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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.
Spécialiste du XIVe siècle français et européen, Élie Barnavi est professeur d’université, ancien diplomate et conseiller scientifique auprès du musée de l’Europe. C’est en puisant dans ce parcours universaliste, digne des humanistes de la Renaissance qu’il affectionne tant, qu’Élie Barnavi a rédigé son texte, mi-essai savant, mi-pamphlet révolté, en amoureux déçu, mais rempli d’espoir, de la construction européenne.
Dès l’ouverture, le ton caustique et révolté de Barnavi règle leurs comptes aux "nonistes" de tous poils, avec une mention spéciale pour ceux qui détruisent l’utopie réelle de la construction européenne au nom de cette "autre Europe" chimérique. Là où d’autres invoquent de prétendues carences démocratiques, injustices sociales et regains patriotiques, Barnavi présente une explication simple : "Du malheur d’être heureux". Du malheur d’être riche, bien portant et à l’abri de la guerre. Du malheur d’avoir perdu le sens tragique de l’histoire au profit des égoïsmes souverains. Est-ce la faute à l’élargissement ? Est-ce par peur du monde qui bouge trop vite ? Il est vrai qu’avant la chute du Mur de Berlin, les Européens vivaient dans le confort de l’ennemi commun qui les obligeait à rester unis. Un autre grand militant de la cause européenne, fatigué de trop de combats, a pour coutume de dire que l’Europe avait été faite pour résister à la menace soviétique et pour contenir la renaissance de la puissance allemande. La chute du Mur a rendu ces objectifs caducs et au lieu de trouver un nouveau projet politique fédérateur et enthousiasmant, les dirigeants européens ont choisi la fuite en avant.
Une fois le diagnostic posé, Barnavi consacre la grande partie de son texte à explorer les "racines" européennes : Antiquité, chrétienté, démocratie, ville, État, humanisme, réforme, Révolution, nation…L’Europe est multiple, sans doute l’un des plus épais mille-feuille historique qui soit. De cette complexité multiséculaire, Barnavi veut cependant extraire les "Tables de la Loi de l’Europe". La rationalité, la Liberté et les libertés, la laïcité, la solidarité, l’égalité. Voilà les fondements, curieusement très français, que Barnavi donne à l’Europe. Il y aurait aussi la démocratie, le patriotisme et la diversité, mais ce ne sont pas des valeurs aux yeux de l’auteur, plutôt un outil pour la première et des faits pour les deux autres.
Après avoir établi les fondements de l’Europe, Barnavi s’attaque à la question difficile de "l’identité, c'est-à-dire des frontières". "Si l’Europe est partout, elle ne sera nulle-part." C’est cette idée simple que Barnavi veut opposer à ceux qui, sous couvert de vocation universaliste, veulent "condamner l’Europe politique à mort". Il veut tracer les frontières de l’Europe "là où l’histoire rencontre la géographie". Pour dessiner l’espace européen, il faut donc le distinguer du "pays-continent" russe et de la Turquie que l’auteur veut replacer dans ses frontières géographiques et historiques, en contrebalançant cette position controversée par l’exemple de sa patrie, Israël, qui n’a pas d’avantage vocation à faire partie de la construction européenne. Plutôt que de vouloir élargir l’Europe à l’infini, Barnavi souhaite qu’elle devienne un espace politique délimité et cohérent, qui puisse servir de modèle à d’autres ensembles géographiques désirant dépasser les conflits historiques sanglants et accéder à la prospérité économique.
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sol invictus