On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
"Quand un écrivain s'engage dans la politique, il doit le faire en tant que citoyen, en tant qu'être humain, et non pas en tant qu'écrivain." Pourtant, si l’on devait présenter en quelques mots l’auteur de cette citation, George Orwell, cela donnerait à peu de choses près ceci : Éric Arthur Blair (Bengale, 1903 - Londres, 1950) a publié sous le nom de George Orwell deux best-sellers fondamentaux de la pensée politique : La Ferme des animaux (1945), qui peut également être lu par des enfants, et 1984 (1949), dans lequel il invente la théorie du Big Brother.
Le journaliste, essayiste et ancien conseilleur du parti travailliste britannique Bernard Crick a eu de la chance. En effet, il a pu s’étendre confortablement sur plus de sept cents pages pour présenter, raconter, expliquer et commenter la vie et l’œuvre de George Orwell. Comme le cite avec fierté la quatrième de couverture, selon Arthur Koestler, "l'esprit analytique de Crick, associé à sa parfaite connaissance du contexte historique, en fait le guide idéal, permettant au lecteur de suivre pas à pas le chemin tortueux de son paradoxal héros". Le chemin est en effet tortueux pour qui voudrait voir clair en Orwell, chose à laquelle Crick a renoncé dès le départ, laissant volontairement quelques zones d’ombre planer sur son récit.
Mais l’on en apprend néanmoins beaucoup. Son enfance avec un père sans grand intérêt et une mère féministe, absente et aimante à la fois. Sa scolarité, de la prep school, qui l’écœure à vie, au prestigieux Eton. Son service pour devenir sergent dans la police impériale en Birmanie, qui réveille son dégoût du colonialisme. Puis s’enchaînent sa démission et sa décision de devenir écrivain, son séjour à Paris, sa rencontre et son mariage avec Eileen O'Shaugnessy, son engagement dans la guerre d’Espagne puis la Seconde Guerre mondiale, son expérience journalistique pour la publication de la gauche travailliste The Tribune… Jusqu’au double événement de l’année 1945 : la mort prématurée de son épouse et la publication (laborieuse) de La Ferme des animaux. Suivent alors un remariage, son militantisme au sein du Freedom Defense Committee, son remariage avec Sonia Brownell … et son chant du cygne, 1984, publié quelques mois avant sa mort. C’est une riche et brève existence que Bernard Crick nous détaille ici, avec force commentaires contextuels. Sonia Brownell-Orwell joue un grand rôle dans la précision et la véracité du récit de Crick. Outre son témoignage, elle lui confie moult documents qui aideront le biographe à redessiner la personnalité d’Orwell.
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