On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le parcours de Matthew Carr est un rêve pour beaucoup de journalistes. Reporter freelance pour The Observer, The Guardian, ou encore la BBC, ce Britannique de 53 ans a parcouru un monde en proie aux pires brutalités. Il a couvert de nombreux conflits, des crimes mafieux en Sicile au drame israélo-palestien, en passant par le combat entre le gouvernement espagnol et l'ETA. Autant d'événements qui lui ont permis de se faire une idée précise sur ce phénomène qui marque au fer rouge sang le début du XXIe siècle: le terrorisme.
C'est l'évolution de ce - récent - type de violence que Carr a voulu décrire dans son dernier essai, La Mécanique infernale. L'Histoire du XXe siècle à travers le terrorisme : des nihilistes russes à Al-Qaida. Un récit qui refuse cependant de se fondre dans le moule habituel, perçu comme bien pensant par l'auteur, où le terrorisme se trouverait être uniquement une attaque contre la démocratie. Pour l'auteur, "les notions élémentaires de légalité, de moralité et de dignité humaine sont allègrement piétinées des deux côtés" . Selon lui, il s'agit ici de remettre en question les idées reçues, tout en retraçant les épisodes de l'histoire du terrorisme qui ont marqué l'époque contemporaine.
Si le résultat constitue au final un ouvrage complet, passionnant, bien que marqué par quelques inexactitudes, cette Mécanique infernale ne parvient malheureusement pas à rester un exposé impartial de la situation. Une gêne réelle gagne peu à peu le lecteur face à certains "stratagèmes" démagogiques utilisés par Matthew Carr qui laisse trop souvent ses opinions prendre le pas sur la réalité.
À l'origine, l'anarchisme russe
Mais concentrons-nous d'abord sur ce qu'il nous dit de la chronologie de l'histoire du terrorisme. Selon Carr, presque toutes les organisations évoquées dans son livre possèdent quelque chose de "la tradition russe". Les anarchistes de la Volonté du Peuple sont la première organisation au monde à se déclarer terroriste. Le 1er mars 1881, ils assassinent le dirigeant le plus puissant de la planète, le tsar Alexandre II. Ce meurtre "annonce l'avènement d'une nouvelle forme de violence que le monde moderne associerait au terrorisme" . Pour l'auteur, ce sont les raisons d'un tel acte qui se révèlent ici inédites : la Volonté du Peuple veut abattre un système et non seulement un homme. La tactique employée consiste à créer des tensions qui épuiseront peu à peu la puissance du régime, vaincu par un ennemi invisible. En clair, seule la violence peut changer la société. Une vision qui fera date.
Ce premier terrorisme est donc principalement de gauche. Outre la Russie, les anarchistes font aussi parler d'eux à Chicago – avec le drame d'Haymarket Square – en Italie, en Espagne, ou encore en France, avec notamment le meurtre de Sadi Carnot par Sante Caserio. Mais cette violence gagne également d'autres rangs. En Irlande, les républicains de l'Irish Revolutionnary Brotherood – plus connue sous le nom de Confréries des Fenians- choisissent de recourir à ce moyen contre les Britanniques. Après la Première Guerre mondiale, l'organisation est intégrée à l'Armée républicaine irlandaise (IRA) qui mène, rien qu'en 1920, près de 3000 raids contre la police et les bâtiments de l'armée, tuant 200 policiers et soldats. Une action qui amènera Londres à accepter un État libre d'Irlande, en 1921.
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