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La phrase

Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale.

Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.

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Savant ou politique ?
[mardi 14 octobre 2008 - 09:00]
Essais politiques
Couverture ouvrage
La Révolution française n'est pas terminée
Vincent Peillon
Éditeur : Seuil
214 pages / 15,20 € sur
Résumé : Vincent Peillon navigue entre posture du savant et compétiteur politique, au risque de couler.
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Sur les rayonnages débordant d’essais de responsables politiques, l’ouvrage de Vincent Peillon brille d’un éclat particulier. Il se tient, en effet, à bonne distance des opuscules saisonniers que l’on voit fleurir à chaque élection. Il n’appartient pas non plus à la catégorie foisonnante des "ce que je crois…", le genre d’ouvrage que se met en devoir de publier tout élu qui se sent pousser des ailes. Il se distingue enfin de ces biographies rédigées d’une plume distante (souvent celle du nègre qui la tient) pour se placer à hauteur d’un personnage historique. Le livre de Vincent Peillon témoigne, au contraire, d’un remarquable effort d’originalité. Enfin un responsable politique qui se veut aussi "savant" ! Enfin un savant qui fait (vraiment) de la politique .

Cette entreprise n’étonne qu’à moitié de la part de ce responsable politique de premier plan du parti socialiste qui n’a jamais voulu abandonner, malgré les exigences de la carrière, son statut d’intellectuel. Il a d’ailleurs écrit plusieurs ouvrages consacrés à des penseurs que l’on retrouve dans celui dont il est question ici : Pierre Leroux et Jean Jaurès notamment .

On relèvera d’ailleurs que cette appétence pour le débat d’idées a particulièrement séduit les journalistes qui ont accueilli l’ouvrage de Vincent Peillon avec enthousiasme. Car voilà un homme politique qui écrit lui-même des choses très sérieuses et se situe de plain-pied dans le débat d’idées ; et ce d’autant plus qu’il attaque de front un monument historiographique national, la thèse de François Furet sur la "fin" de la Révolution française ! On imagine sans peine l’émoi suscité par un tel OPNI (ouvrage politique non identifié) dans les services politiques des rédactions, peu habitués à une telle audace.

 

Titre du livre : La Révolution française n'est pas terminée
Auteur : Vincent Peillon
Éditeur : Seuil
Collection : essais
Date de publication : 21/08/08
N° ISBN : 2020985209
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6 commentaires

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Mouramu

15/11/09 11:43
Hallucinant!
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Mazarin 2.0

27/11/08 06:37
Quelle joyeuse distraction que le commentaire sur un commentaire de son commentaire... Monsieur d'Atger semble bien s'ennuyer ! C'est d'ailleurs bien le propre du désoeuvré que d'inventer des polémiques qui n'en sont pas sur la base de, je cite, "cette morgue qui suinte entre les lignes de [la] faible critique" de Laurent Bouvet (qui par ailleurs est politiste et non historien, un peu de précision ne fait pas de mal).

La perfidie sous-entendant quelques déceptions quant à l'expérience de l'auteur d'engager le savant dans la vie politique est pathétique : comment supposer cela d'un homme qui a été rédacteur en chef de la Revue socialiste et secrétaire général de la République des Idées ?

Par ailleurs, A. d'Atger ne semble pas savoir que le propre de l'activité scientifique et du débat intellectuel est justement la confrontation des contraintes méthodologiques tout autant que des concepts structurants. La rigueur de l'universitaire est effectivement le gage du progrès de la connaissance, par opposition à l'opinion ou l'intuition.

En somme, ce commentaire est lui-même d’un ton excessivement polémique, voire péremptoire. Figure classique de l’arroseur qui s’arrose… Au point que l’on ne peut pas s’empêcher de soupçonner le motif d’un obscur règlement de compte entre M. d'Atger et M. Bouvet. Mais le duel est inégal puisque le second signe au moins de son nom.
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L. BOUVET

16/10/08 16:54
Brisons là en effet, cher A. d'Atger, de peur de lasser. Et laissons le lecteur (courageux) juge de notre échange. J'ai toute confiance dans son discernement quant aux arguments que nous avons échangés et quant à leur pertinence que vous mentionnez fort à propos !
Et merci pour vos conseils de lecture, ils m'aideront, j'en suis persuadé, à mieux comprendre l'"autojustification" de mon non engagement (si j'ai bien compris...) et ma "lecture antipolitique" (une expression me concernant qui ferait bien rire amis, collègues, étudiants et autres camarades).
Merci, enfin, pour votre conclusion sur le "procès d'intention" que vous assumez. Votre clairvoyance me rassure d'une certaine manière.
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A. d'Atger

16/10/08 10:19
Mon commentaire sur votre commentaire de mon commentaire sera le plus court possible (fatigue du lecteur...).
1 - "Dire quelles sont les intentions cachées éventuelles de l'auteur", c'est exactement le fond de votre lecture anti-politique (vous enfoncez même le clou du "marketing politique") du livre de M. Peillon. Votre dénégation (flagrante) est la conclusion paradoxale de votre autojustification.
2 - "Monde académique", "auteurs qui ont bien connu (je dirai plutôt : suivi) Furet" (au passage, le débat Raynaud-Peillon ne nous portait pas spécialement à convenir de la pertinence des arguments de M. Raynaud), ton très pontifiant de tout votre point 4, moralisme esthétique à propos des couvertures des livres politiques... : voici bien ce que l'on appelle, en sociologie, une "escalade de l'engagement" (il ne s'agit pas de l'engagement politique, mais de la façon dont on persévère dans une certaine action au défi de la raison).
3 - Puisque vous fréquentez des sociologues, interrogez-les sur l'autojustification comme rationalisation de l'escalade de l'engagement (travaux de Barry Staw, Glen Whyte, Max Bazerman...). Cela peut nous aider à une certaine prise de conscience (comme à propos de la connotation douteuse de "pedigree" dont on abuse en matière humaine). Je me permets de vous recommander, dans le même sens, la lecture salutaire de "Mes démons", d'E. Morin, qui vient de paraître (pas de photo de l'éminent philosophe en couverture)...
4 - "Procès d'intention" : j'assume. Mais "attaque ad hominem" : certainement pas. Donc : bien respectueusement !
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L. BOUVET

15/10/08 23:50
Mille excuses lecteur fatigué !!! Mais voici un commentaire sur le commentaire. Ce n'est pas trop dans mes habitudes qu’une telle occupation de l’espace disponible mais le « commentaire » tout en procès d’intention d’A. d'Atger mérite une « petite » mise au point tant il sent bon l’attaque ad hominem.

1/ Un mot d’abord sur les remarques que vous vous permettez sur mes "intentions" supposées, cachées, etc. Car il en a toujours, n'est-ce pas ! Cela me rappelle les débats méthodologiques (eh oui...) que j'ai régulièrement sur le sujet avec certains collègues politistes et sociologues ! Il se trouve que je n'ai aucun "compte" d'aucune sorte à régler avec Vincent Peillon. J’ai le vague souvenir de l’avoir croisé deux ou peut-être trois fois (?) dans des circonstances toujours collectives à l’occasion de mon « engagement » au PS lorsque j’étais rédacteur en chef de la Revue socialiste – à ce propos, non, je ne suis pas un « déçu » ni un frustré de l’engagement… Je me contente donc de lire Vincent Peillon et d’apprécier, à l’occasion, son travail lorsqu’il présente et commente les idées d’auteurs tels que Leroux ou Jaurès par exemple. Pour ne rien vous cacher, je partage même largement ses idées sur le fait que le socialisme français ait trop longtemps souffert de la domination de son cousin allemand.

2/ Concernant le vocabulaire que vous me reprochez d’avoir employé : « zoologique » et « commercial » dites-vous ! Ah ? Je voudrais simplement vous signaler que l’expression « travaux de seconde main » est une expression consacrée et usuelle dans le monde académique pour désigner des ouvrages de commentaire sur des auteurs ou des œuvres alors qu’on parle de « première main » lorsqu’il s’agit d’une source directe ou d’un ouvrage de la main de l’auteur dont on traite directement. Or Vincent Peillon ne commente pas Furet, il se contente de citer Jean-Fabien Spitz, notamment, commentant Furet. « Seconde main » donc. Ce n’est pas péjoratif, c’est simplement un fait. Pour le reste, le terme « pedigree académique » ne me paraît pas particulièrement insultant, je l’emploie volontiers pour moi-même. Mais bon, dont acte. Quant aux expressions « promotion politique » et « vendre son discours », oui, certes, il s’agit de marketing politique. Mais n’est-ce pas précisément ce que fait Vincent Peillon avec ce livre ? Il contribue certes à l’avancée de la connaissance et du savoir, j’en conviens, mais il se sert aussi de son travail pour être présent dans la médias et défendre ses idées et intérêts de responsable socialiste de premier plan, engagé dans une bataille politique. Je l’ai lu, vu et entendu à plusieurs reprises parler de son livre et de la situation du PS ou de la politique du gouvernement dans les mêmes entretiens.

3/ D’où la question de la photo de couverture. Qui est bel et bien, me semble-t-il (à vérifier auprès des spécialistes) ce que l’on appelle techniquement un « portrait américain ». Or vous semblez y voir de ma part une forme déguisée d’antiaméricanisme (« c’est tout dire » dites-vous…) ! Pas ça, pas à moi ! Si c’est le cas, vous vous êtes vraiment trompé d’adresse… Et la prochaine fois, renseignez-vous un tant soit peu (deux clics sur Google suffiront j’imagine) avant de me prêter des intentions de ce genre. Sur le fond de l’affaire, cette mise en scène de l’auteur sur la couverture pose problème dès lors que le livre est présenté et revendiqué par celui-ci comme un livre « savant » (discussion des thèses historiographiques de Furet sur la Révolution française, exposition de doctrines oubliées ou maltraitées de l’histoire des idées, discussion d’interprétations classiques sur certains événements historiques, dont Marx sur 1848 ou 1871, etc.). Tout simplement parce que pour un « savant », aussi éminent soit-il, il n’est pas d’usage de s’afficher ainsi. Les éditeurs finissent par mettre les portraits en couverture des plus grands et des plus célèbres mais essentiellement de manière posthume – les deux volumes parus l’an dernier des écrits de Furet, l’un chez Gallimard, l’autre chez Bouquins illustrent bien ce cas par exemple… Le portrait en couverture du moindre opuscule est plutôt une habitude de politique ! Vous dites « double-jeu », c’est le mot exact.

4/ Plus au fond encore… Les critiques de nature académique que j’adresse au travail de Vincent Peillon ne le sont précisément que dans la mesure où il se revendique lui-même de ce milieu – voir à ce propos l’insistance qu’il met à rappeler qu’il est philosophe, agrégé et docteur, qu’il a été « directeur de recherche au CNRS » pendant deux ans… La manière même dont il présente son livre appelle ce genre de critique. Ne serait-ce que par le type de discussion qu’il prétend mener contre la thèse de Furet par exemple. Il s’agirait d’un homme politique lambda qui ne revendique pas son statut de « savant », il ne serait pas question de lui faire des critiques de ce genre, bien évidemment ! Et contrairement à ce que vous avez l’air de penser, non, Vincent Peillon n’est pas précis du tout dans la contextualisation de son propos. Et non il n’est pas rigoureux dans l’usage qu’il fait des textes des auteurs sur lesquels il s’appuie – puisqu’il les utilise pour conforter ses thèses et non pour ce qu’ils disent ou ne disent pas eux-mêmes. L’interprétation qu’il donne de Louis Blanc ou de Edgar Quinet par exemple est tout à fait contestable et si son livre avait été lu non par des journalistes politiques mais par des spécialistes de cette période et de ces auteurs, elle l’aurait été. De plus, Vincent Peillon n’a pas nécessairement raison parce qu’il expose l’opinion qu’il porte sur des événements historiques ou des idées politiques sur le ton de « voilà la vérité ». C’est en cela qu’il est péremptoire. Ainsi, le cadre historiographique d’interprétation du républicanisme dans lequel il s’inscrit n’est-il d’ailleurs lui-même qu’un lecture particulière de la notion de liberté ou de celle d’autonomie. Elle est discutable même si on la trouve riche heuristiquement en ce qu’elle complète celle des penseurs et historiens libéraux ou marxistes par exemple. Mais croire en une vision de l’histoire (des idées…) n’est pas avoir nécessairement raison. Or, Vincent Peillon ne cesse de dire qu’un tel ou un tel (la liste est longue et prestigieuse : Furet, Nicolet, Marx, Tocqueville…) se trompe sur la lecture de tel événement ou face à l’Histoire… Je ne dis pas quant à moi que Vincent Peillon se trompe, je dis simplement qu’il ne s’y prend pas avec toutes les précautions nécessaires lorsqu’il se lance à l’assaut de certaines thèses et interprétations qui ont été travaillées en profondeur par leurs auteurs, elles… On sent bien d’ailleurs que Vincent Peillon manque de temps à la manière dont il cite ses sources. C’est une indication très sûre sur la manière de travailler d’un auteur.

5/ Enfin, vous me reprochez d’user d’un « argument d’autorité » parce que je reprends à mon compte en les évoquant les critiques de Mona Ozouf (et de Philippe Raynaud d’ailleurs que vous avez oublié). Je ne vois pas bien le rapport avec l’argument d’autorité. Il s’agit simplement de signaler que des auteurs qui ont bien connu Furet ont souligné que Vincent Peillon ne l’avait sans doute pas lu avec toute l’attention nécessaire. Et plutôt que de reprendre en détail leur argumentation, j’ai préféré y renvoyer le lecteur de ma recension. Là encore, usage normal, fréquent et habituel de ce genre d’exercice. Mais argument d’autorité, là, je ne vois pas. Ou alors nous n’en avons pas la même définition.

Conclusion (provisoire ?) : vous avez totalement le droit d’avoir apprécié l’ouvrage de Vincent Peillon, et d’apprécier l’homme politique qu’il est, et de souhaiter le dire publiquement – à l’occasion d’un commentaire sur nonfiction.fr pourquoi pas !? C’est très bien. Je me contente pour ma part, ici, sur ce même site, de faire des recensions et des critiques d’ouvrages pour ce qu’ils sont, en fonction de leur contenu et non de l’appréciation personnelle que je porte à leur auteur – à condition même que je le connaisse. Contrairement à ce que vous avancez un peu rapidement, j’explique en quoi je trouve tel ou tel aspect problématique, je n’assène jamais de jugement qui viendrait en surplomb et surtout, je ne me permets jamais de dire quelles sont les intentions cachées éventuelles de l’auteur. C’est précisément là une différence, essentielle à mes yeux, entre ce qui relève du commentaire en forme de dénonciation et ce qui renvoie à l’analyse explicative.

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