On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Sport joué, suivi et commenté sur l’ensemble des continents, le football a accompagné et parfois précédé les évolutions de la retransmission télévisuelle. En son temps, le premier spectacle diffusé en direct à l’étranger fut le couronnement de la reine d’Angleterre Élizabeth II. Désormais, les innovations en matière de réalisation et de retransmission sont réservées aux événements sportifs, en premier lieu les jeux Olympiques et la Coupe du monde de football. Parallèlement, l’amateur de ce sport peut désormais suivre pratiquement en continu des retransmissions de matches disputés sur l’ensemble de la planète. Bref, le football est devenu le spectacle par excellence, envahissant les écrans, engendrant des revenus faramineux.
Rien que de très banal jusque-là : les malheureux qui n’ont aucun intérêt pour le football sont condamnés à en subir l’omniprésence, tout en déplorant l’inflation absurde des salaires des joueurs. Or Jacques Blociszewski, en abordant les liaisons dangereuses entre football et télévision, ne s’adresse pas, ou pas seulement, à ceux-là. En imposant ses exigences de tous ordres, mais aussi ses innovations technologiques aux acteurs du football comme à ses spectateurs, la télévision va bien plus loin : elle engendre d’une manière particulièrement pernicieuse une véritable dénaturation du jeu.
Progrès de la réalisation, recul de la compréhension
La réalisation a d’abord dû s’adapter au spectacle sportif, non sans mal : les caméras uniques et peu mobiles empêchaient la plupart du temps de suivre correctement l’action. Le rapport de forces évoluant progressivement en faveur du diffuseur, les réalisateurs ont par la suite pu installer un nombre croissant d’équipements tout autour du terrain, voire désormais au-dessus. Des réalisateurs comme Jean-Paul Jaud ou François-Charles Bideaux , ont mis à profit l’espace qui leur était accordé pour mettre en œuvre des idées dépassant largement un cadre en apparence purement technique. Le premier se réclame ainsi de Kurosawa pour justifier sa prédilection pour le contre-plongé. Dirigeant simultanément jusqu’à vingt cameramen, le réalisateur se mue en véritable chef d’orchestre omnipotent. Alors que la télévision prétend s’ajuster progressivement à la réalité du match de football, Jacques Blociszewski montre comment l’abus des ralentis et des plans individuels, les diverses interruptions comme les plans sur les personnalités en tribune, ont progressivement imposé une temporalité à part, qui n’entretient plus qu’une lointaine parenté avec celle, relativement linéaire, du match lui-même.
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