Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
François Berreur : "les corps sont indispensables à la théâtralité de Lagarce"
[jeudi 09 octobre 2008 - 16:00]
Page  1  2  3  4 

 Alors que reprend le spectacle Ébauche d’un portrait, réalisé à partir du journal de Jean-Luc Lagarce, nonfiction.fr.fr a rencontré François Berreur, metteur en scène et éditeur de Jean-Luc Lagarce et qui fut l’un de ses plus proches collaborateurs.

 
  

Nonfiction.fr : 2007 était L’Année Lagarce, à l’occasion du cinquantenaire de sa naissance. Cela a donné lieu à un certain nombre de manifestations, de mises en scène, à des colloques qui eux-mêmes ont permis en 2008 la parution de plusieurs ouvrages. Un an après, quel bilan tirez-vous, en tant qu’éditeur, de cette année Lagarce ?

 

François Berreur : L’année Lagarce, c’est un ensemble, et c’est difficile de dissocier les colloques des spectacles. Mais organiser des colloques a permis d’approfondir le regard de beaucoup de gens sur une œuvre qui apparaît au final beaucoup plus construite, beaucoup plus profonde, au-delà du simple fait qu’il y ait des spectacles qui aient bien marché. Et ce regard plus ouvert sur l’œuvre contribue à sortir Jean-Luc Lagarce de la problématique de la maladie et de la mort, en raison du sida. Ca c’est important.

Les colloques ont aussi permis à pas mal d’universitaires de s’engager dans une réflexion, et tous ceux qui ont travaillé dessus ont été très surpris par la richesse et la profondeur de l’écriture.

 
nonfiction.fr : Quelle est la réception de Lagarce à l’étranger ?
 

François Berreur : Il y a de plus en plus de projets. Ronconni, immense metteur en scène en Italie, va monter au Piccolo  deux pièces. Il y a une circulation de ses pièces en Europe, car ses textes sont de plus en plus joués et surtout de plus en plus traduits. Mais dans les pays de tradition théâtrale, comme les pays anglo-saxons ou l’Allemagne, ça marche moins bien.

 

nonfiction.fr : Comment expliquer aujourd’hui, une dizaine d’années après sa mort, cet engouement pour son œuvre ?

 

François Berreur : C’est une œuvre importante (au sens où Lagarce a écrit une vingtaine de pièces) et donc plus les gens la découvrent, plus ils ont envie d’aller voir d’autres spectacles. Le spectacle à la Comédie Française a incroyablement marché, c’était plein pour une œuvre qui entrait au répertoire, avec des débats sur la mise en scène, sur ses choix, par rapport à d’autres mises en scène.

C’est des textes assez ouverts qui laissent une place à l’expression du metteur en scène et à celle des acteurs. Et en ça, c’est une vraie écriture théâtrale. Forte, profonde, qui laisse véritablement la place au théâtre. C’est la grande qualité de son écriture qui devait faire peur il y a quelques années, car on avait l’impression que ça manquait de structure, que Lagarce mélangeait les temps, qu’il n’y avait pas de dialogues précis. Et en fait c’est un peu l’inverse. On a découvert que cette écriture était une magnifique matière théâtrale qui laisse une grande liberté et un grand espace pour des metteurs en scène.

 

nonfiction.fr : Lagarce avait-il lui-même une conception précise de la manière de mettre en scène ses textes ?

 

François Berreur : Comme metteur en scène oui. Mais en tant qu’auteur, il était d’avis que les metteurs en scène font comme ils veulent. C’est l’inverse de Beckett vis-à-vis de ses textes. Il y a ainsi très peu de didascalies dans son théâtre. À partir du moment où on respecte le texte écrit, Lagarce pensait que le reste ne le regardait pas.

 

Page  1  2  3  4 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici