Lagarce : contemporain et classique
[vendredi 10 octobre 2008 - 05:00]
Spectacle vivant
Jean-Luc Lagarce dans le mouvement dramatique
Collectif
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs
3. Le statut du personnage : la mise en question du personnage traditionnel, individualisé, doté d’un caractère défini, est liée pour une part à la remise en question de l’action. Les personnages chez Lagarce sont avant tout des " êtres de parole" , et non des sujets agissants. Mais même là, la singularité de la voix d’un personnage tend à se dissoudre dans une langue commune à tous les personnages
. Dans
Juste la fin du monde et
J’étais dans ma maison… particulièrement, " les personnages semblent tous parler une même langue, qui vient niveler la singularité de chaque discours…De tels procédés tendent à faire circuler le sens par-delà le partage de la parole entre les personnages, conférant une dimension chorale au dialogue… Dès lors se construit une voix lyrique…"
.
Cela dit, si Lagarce s’inscrit là encore, par cet effacement du personnage, dans le mouvement dramatique de son époque, il se démarque tout autant de celui-ci sur cette même question : c’est l’objet de l’étude de Jean-Pierre Ryngaert et Emmanuel Motte
. Car on trouve chez Lagarce le retour constant d’un certain nombre de figures, de personnages, qui " remettent dans le jeu la question de l’identité" : ainsi les couples parodiques, les parents, les marginaux, les revenants, les trios amoureux, ou les figures de l’auteur. Tout comme ses personnages sont sans cesse en prise avec le langage et leur parole, qu’ils reprennent sans cesse, rectifient, nuancent, "Lagarce, lui, reprend, réinvestit, rectifie, d’une pièce à l’autre, ces personnages qui semblent lui tenir à cœur. Il entretient avec eux le même combat que ceux-ci mènent avec le langage"
.
4. "Le Théâtre comme voyage de la voix"
: la parole est au cœur du théâtre de Lagarce. "Ça parle, et ça parle tout le temps, en multipliant les sources de parole, et sans construire un sens univoque" , écrit Geneviève Jolly
. Les personnages ne cessent de se reprendre, de déconstruire le sens immédiat de leur discours, au point que la parole semble se frayer son chemin propre, devenir autonome. C’est ce qui séduit les acteurs, en ceci qu’elle permet à chaque acteur de se réapproprier une écriture qui part dans tous les sens" et refuse l’immédiateté d’un sens prédéfini… Elle permet à chacun de devenir en somme un double de l’auteur"
. Pour les spectateurs, cette importance de la parole sur scène implique naturellement une écoute particulière : c’est à travers ce qui est dit qu’il y a quelque chose à voir, et le théâtre de Lagarce donne à "voir-entendre" . C’est à Henri Meschonnic que G. Jolly emprunte cette belle formule. "Quand nous regardons de toutes nos oreilles, et les yeux suivent, chacun de nous est à la fois acteur et spectateur"
. L'écriture de Lagarce exemplifie de manière particulièrement frappante ce propos
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alcandre