On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Ce livre pourrait avoir été écrit à l’attention du successeur de Moubarak, tant son analyse de l’autoritarisme à l’égyptienne recèle de bons conseils pour maintenir cet état de fait.
On peut ne pas toujours être d’accord avec les analyses et les projections de Jean-Noël Ferrié, qui voit notamment dans une démocratisation prématurée un danger plus grand que le maintien du statu quo actuel. Cependant, son décryptage des mécanismes et des dynamiques propres à la société égyptienne mérite le détour.
Cher dictateur, voici les conseils à suivre pour te maintenir à la tête du gouvernement égyptien après la disparition de Moubarak :
Les citoyens
1. Reléguer les attentes des citoyens à la sphère privée
Le régime égyptien est parvenu à susciter de la part des citoyens un "individualisme stratégique spontané". Les moyens de la réussite ainsi que les espaces de liberté sont transférés, d’une façon très commode pour l’État, à la sphère privée. Les attentes des citoyens envers leur gouvernement deviennent peu à peu nulles et seules les entreprises individuelles semblent pouvoir conduire à la réussite.
2. Favoriser la dépolitisation des citoyens
De la première affirmation découle naturellement celle-ci : en reportant leurs attentes vers le secteur privé et l’initiative individuelle, les citoyens se dépolitisent peu à peu.
Cette dépolitisation repose sur deux conditions simultanées : une sphère politique inaccessible et l’absence d’alternative crédible. Ces deux faits assimilés par les citoyens étouffent dans l’œuf les velléités de changement, d’autant que, comme on l’a vu précédemment, la sphère publique reste régie par l’autoritarisme, alors que les espoirs de réussite et les ressources sont dans la sphère privée.
Les bases du cercle "vertueux" de l’autoritarisme sont donc bien posées.
2 commentaires
mafouzonaute
Allez dire aux malheureux homosexuels raflés et encagés que leur calvaire ne mérite pas qu'on le dénonce !
Allez expliquer aux infortunés cairiotes condamnés à vivre au milieu des tombes que ce régime ne mérite pas qu'on le conchie...
Et pour finir, n'oubliez pas que le meilleur allié des réactionnaires islamo-intégristes réside dans le silence accusateur des masses. À force de les brimer on les jette dans le désespoir et la folie messianique du fondamentalisme. L'exemple de l'Iran est assez éloquent.
Le pauvre peuple égyptien n'a-t-il d'autres perspectives que la tyrannie des uns ou le fanatisme des autres ? Charybde ou Scylla ?
arabionaute