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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
L’âne d’Arcadie, qui mange chardons et orties, charge d’or
[jeudi 02 octobre 2008 - 09:00]
Ethnologie, Anthropologie
Couverture ouvrage
Rome, l'Arcadie et la mer des Argonautes. Essai sur la naissance d'une mythologie des origines en Occident
Jacqueline Fabre-Serris
Éditeur : Presses universitaires du Septentrion
252 pages / 21,85 € sur
Résumé : Redonner à la Rome augustéenne toute sa place dans la production des mythes étiologiques. Un vaste programme mais un traitement inégal.
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Il est une catégorie d’ouvrages qui laisse au chroniqueur une profonde insatisfaction une fois la quatrième de couverture rabattue. Rome, l’Arcadie et la mer des Argonautes en est un assez bon exemple, et ce pour une raison principale : il y a, pour ainsi dire, "erreur sur la marchandise". Le sous-titre, la présentation de l’ouvrage et sa classification disciplinaire, font espérer un ouvrage ambitieux à la croisée de la littérature, de l’anthropologie et de l’histoire. Les deux problématiques qui prétendent structurer le livre sont également très alléchantes, l’auteur affichant sa volonté de rendre compte des modalités de production des mythes à l’époque augustéenne et surtout de souligner en quoi Rome "aurait transmis aux cultures européennes un modèle de fabrication et de fonctionnement des mythes". Or problème majeur : l’approche de Jacqueline Fabre-Serris est quasi-exclusivement littéraire et ne répond finalement que très partiellement aux ambitions affichées.


Deux mythes étiologiques produits dans et par une société romaine en crise

La période comprise entre le Ier siècle avant notre ère et le Ier siècle après est celle de tous les dangers mais aussi de tous les espoirs pour le monde romain. Subissant un demi-siècle de guerres civiles ébranlant une République rongée par sa propre dynamique impérialiste, Rome ne retrouve sa stabilité qu’avec le régime impérial d’Auguste considéré comme le nouveau Romulus et l’annonciateur d’un âge d’or que l’on croyait à jamais disparu. C’est dans ce contexte de crise polymorphe que vont émerger deux mythes étiologiques, i.e des origines, empruntés aux Grecs.

Les auteurs romains, à l’instar de Virgile dans l’Énéide et dans ses Bucoliques, vont tacher en effet de reconstituer l’arbre généalogique de l’urbs, en l’enracinant dans la célèbre Troie mais surtout dans l’Arcadie, première terre habitée et éden perdu, dont la spécificité majeure est la proximité des dieux et des hommes, et qui connaît une fin dramatique suite à la première traversée des Argonautes. Les emprunts sont très sélectifs, nous dit Fabre-Serris, et permettent de lire une critique de l’impérialisme qui a perverti la loi des ancêtres, notamment après les guerres puniques qui ont vu les Romains prendre possession des deux rives de la Méditerranée, et ont entrainé guerres civiles, désolations et la fin du plus équilibré des régimes (dixit Polybe).

Par une analyse intertextuelle savante mais très souvent déroutante pour le béotien, Fabre-Serris interroge le processus de retractatio . D’un point de vue anthropologique, on retiendra l’importance des catégories de perception dans la sélection des éléments mythologiques grecs, tels que l’importance des exempla (le passé pris comme modèle) ou le primat accordé à la toponymie, caractéristique des sociétés aristocratiques.

L’auteur retrace le cheminement généalogique de ces récits et permet ainsi de saisir les liens entre les différentes traditions littéraires (bucolique ou élégiaque par exemple), mettant en évidence la forte polysémie des termes mythologiques. À ce propos, Fabre-Serris éclaire les oppositions politiques qui se reflètent dans leurs usages herméneutiques, notamment à travers un Virgile laudateur du régime augustéen et un Ovide critique, proche des milieux républicains. Au final, semble s’esquisser un champ littéraire romain très dynamique avec ses réseaux, ses passeurs (Lucrèce) et ses tensions, où règne tout sauf l’unité intellectuelle dans cette période charnière.

Titre du livre : Rome, l'Arcadie et la mer des Argonautes. Essai sur la naissance d'une mythologie des origines en Occident
Auteur : Jacqueline Fabre-Serris
Éditeur : Presses universitaires du Septentrion
Collection : Mythes, imaginaires, religions
Date de publication : 22/05/08
N° ISBN : 2757400347
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4 commentaires

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sara Kateb

07/10/08 22:17
Cher antiquisant,
Pouvez vous m'expliquer la scientificité en littérature que vous supposez ? La littérature n'a aucune démarche scientifique il me semble.

Cordialement, Sara K.
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La rédaction

06/10/08 11:18
La coquille est à présent corrigée.
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Mathieu Fonvieille

06/10/08 11:00
Cher ami antiquisant,

Permettez moi de vous remercier pour votre commentaire critique et alerte. "Troyes" est bien sur une honteuse coquille, a tel point qu'elle est passée inaperçue chez tous les lecteurs-correcteurs !

Je n'ai jamais prétendu que les ouvrages de Fabre-Serris étaient ininterressants bien au contraire : je cite son précédent ouvrage que je considère comme bien plus clair et dont la construction est plus propice à la compréhension de son propos.
En ce qui concerne "l'erreur sur la marchandise" : je parle justement de sa classification et des ambitions affichées par l'auteur. Et non, bien évidemment, de son approche littéraire qu'elle manie fort bien.
Enfin j'ai fait en sorte de montrer ses multiples intérets heuristiques et cognitifs.
Mais comparé à son précédent ouvrage traitant d'Ovide, "Rome..." souffre de certaines lacunes. J'ai donc essayé de rester objectif et de montrer intérets et limites.

Vous aurez donc pu constater que je me suis imposé un format court (moins de 2 pages) ce qui implique des raccourcis et une certaine concision. Le Ovide "républicain" peut faire sourire mais, malgré son opportunisme lié à son exclusion de la cour, c'est une posture revendiquée et que Fabre-Serris souligne dans ses ouvrages.

Bien à vous et merci encore pour votre commentaire,

M. Fonvieille
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un antiquisant

05/10/08 17:51
La ville de Troie n'est pas Troyes.... L'une est en Ionie, l'autre en Champagne...
Au demeurant, les chemins de Jacqueline Fabre-Serris semblent intéressants et ne peuvent être limités à une "tromperie sur la marchandise". Pourquoi faudrait-il que la littérature soit écartée de la réflexion historique ? Pourquoi le sciences littéraires fausseraient l'approche d'un moment culturel essentiel de l'histoire de Rome et du monde dont elle est devenue seule puissance ? Enfin attention : l'Ovide "républicain" fait sourire. Il écrit parce qu'il a été éloigné de la cour où il se sentait fort bien...

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