Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

"À quoi bon en rajouter ?", Polémikoeur, avr 22, 3:16
Critique littéraire et auteur de romans, Pierre Assouline tient depuis 2004 un blog culturel très fréquenté sur le site du Monde. Depuis l’ouverture de la page, certains lecteurs postent des commentaires, font surgir d’autres sujets, évoquent leurs expériences, confrontent leurs vues, et ils ont fini par s’apprivoiser entre eux jusqu’à former une société d’habitués. Pierre Assouline, reconnaissant la richesse de cet échange et y voyant un "nouvel âge de la conversation", a donc publié, sous le titre Brèves de blog, une anthologie de ces commentaires, sans ses propres articles. Sa sélection présente des interventions regroupées par thèmes, eux-mêmes rangés dans un ordre alphabétique facétieux qui met en avant des sujets chauds et des routines de dialogue (comme les "zadieux"). Sa préface est une réflexion sur la sociabilité instaurée par la pratique du blog et les statuts d’auteur et de lecteur.
Mais le thread continue après l’anthologie. La parution du livre, annoncée le 11 septembre par un extrait de sa préface sur "La République des livres", a suscité de nombreuses réactions – 851 exactement, record dépassé seulement par des billets sur Les Bienveillantes et sur Alain Robbe-Grillet si l’on en croit les statistiques d’Assouline –, et la discussion s’est poursuivie jusqu’à d’autres blogs. Au détour de "Clopineries", par exemple ou de "Stalker" , on découvre la dynamique d’un dialogue au cours duquel la parole est passée d’Assouline à ses commentateurs, puis d’eux à lui pour leur revenir enfin. Leur échange révèle l’architecture complexe du réseau et la solidité d’une communauté de causeurs reliés par les fils de la discussion et de l’ADSL.
Avant de présenter l’ouvrage que Pierre Assouline consacre aux commentaires de la "RdL" il faut donc reconnaître ce que l’exercice a de circulaire. Comment rendre compte et s’extraire d’une discussion sans fin ? Commenter des commentaires qui se commentent les uns les autres et ont déjà pris possession du livre qui s’est écrit sur eux, n’est-ce pas finalement les continuer ? Si l’on se prête au jeu, c’est après avoir envisagé sa limite : on arrive trop tard, mais sans pouvoir donner le mot de la fin.
Un "salon d’esprits postmodernes" ?, Rachel Poule, avr 7, 16:02
Saisir le phénomène "blog" supposait une perspective double, celle de la sociabilité révolutionnée par les TIC, et celle de l’analyse du discours. Pierre Assouline manie les deux de concert et fait références à quelques analyses statistiques des réseaux sociaux, mais privilégie finalement l’approche littéraire pour proposer l’ébauche d’un traité. Sa préface est ainsi une invitation à écrire les Fragments d’un discours blogueux, ou une Critique de la raison blogosphérique. "Forum", "agora", "salon littéraire", "ring", "divan", "salon de thé", mais aussi "café des sports", la "toile" se prête à toutes les métaphores et l’auteur fait la liste des textes canoniques à la suite desquels pourrait se placer un tel traité. Le passage des Essais de Montaigne consacré à "l’art de conférer", ou le traité De la conversation de l’abbé Morelet fournissent à cette anthologie un cadre d’analyse, mais servent aussi la revendication d’une valeur littéraire. Si le Traité de conversation à l’usage des temps nouveaux n’est pas encore écrit, la référence aux genres littéraires traditionnels et aux actes de langage permet de comprendre les règles du commentaire. On pense d’abord à une correspondance, mais dont les destinataires sont multiples et qui mêle le littéraire au mondain. Ici, Scholem répond à Paulo qu’il approuve son jugement sur l’œuvre de Houellebecq, là, Mauvaise Langue salue les autres commentateurs de la part de Montaigneàcheval hospitalisé.
3 commentaires
Paul Morand
Et je n'ai pas du tout aimé la façon dont Laure Adler, directrice de France Culture, l'a vidé de son émission du matin "Première édition" en 2002. Elle ne pouvait pas le blairer. Pourquoi ?
Paul Morand
Bref! une certaine beaufitude (de gauche) où celui qui crie le plus fort a raison. Les quelques dames présentes se comportent très bien, elles. Passou est un homme de grande courtoisie, il doit souffrir de lire ce qu'il lit sur son blog, j'imagine. D'autant que - le fait-il exprès? - il a l'art de choisir des sujets souvent hors de son sujet. Alors il arrive que ça dérape. C'est dommage.
Mais le vaisseau est si bien lançé maintenant...
Je vais souvent sur le blog de Philippe Bilger. C'est autre chose. C'est d'une autre tenue, d'un autre niveau, aussi. Je ne rencontre jamais les petits profs qui viennent boire le café chez Pierre. Les bobos et les gogos ne s'en donnent pas à coeur joie comme chez passou.
Que voulez-vous? Passou c'est passou, un chic type obligé de fréquenter des clients qui le sont moins.
Enfin, c'est mon opinion, et comme dirait M. Prud'homme, je la partage volontiers.
Tucroy