On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les faits divers pleuvent. En faisant "diversion", selon le mot de Pierre Bourdieu, ils justifient une inflation de politiques sécuritaires qui visent à rétablir la quiétude dans nos rues et nos quartiers, dans nos stades de football et nos transports en commun. Des réformes du système pénal à l’organisation policière, en passant par l’introduction de nouvelles techniques de surveillance et de gestion des populations, c’est une véritable "frénésie sécuritaire" qui semble s’abattre sur notre pays.
Les sciences sociales, et la sociologie en particulier, se doivent de lutter contre les évidences. En la matière, Laurent Muchielli rappelle à juste titre dans son introduction que la question de l’insécurité "n’est pas nouvelle, de même que ses objets – les bandes de jeunes par exemple" . Telle question historique n’est cependant pas la question centrale de l’ouvrage. Celui-ci traite plus spécifiquement de la manière concrète dont se déploie cette "frénésie", la façon dont elle est justifiée et dont elle est déclinée au quotidien.
L’un des problèmes auxquels tente de répondre l’ouvrage est celui qui consiste à évaluer le rôle de "Sarko" dans cette frénésie sécuritaire. Laurent Mucchielli évoque ainsi l’alignement des positions, de droite comme de gauche, sur les thématiques sécuritaires dans le courant des années 1990. Le "tournant sécuritaire" aurait ainsi été définitivement adopté quand, revenue au pouvoir en 1997, la gauche "plurielle" emmenée par Lionel Jospin a voulu occuper pleinement le terrain. Si la politique menée fut "équilibrée et ambitieuse", "reste qu’un tournant était pris et qu’une escalade était engagée, sur un double plan médiatique et politique" . En témoigne le colloque de Villepinte d’octobre 1997 durant lequel Lionel Jospin proclama que la sécurité était "une valeur républicaine, ni de droite ni de gauche". Il n’en reste pas moins, insiste l’auteur, que depuis 2002 et une élection présidentielle qui se fit sur les thèmes de "l’insécurité" et la "tolérance zéro", un "cap important" a été franchi "dans l’évolution des politiques publiques". Dramatisation , criminalisation , déshumanisation , disciplinarisation et désocialisation en seraient les pierres angulaires.
Le livre est composé de dix contributions. L’un de ses grands mérites est de faire tenir ensemble, dans un ouvrage sérieux qui se lit aisément, des juristes, des sociologues ou encore des politologues, dont l’introducteur rappelle qu’ils sont des "spécialistes reconnus dans leur domaine et indépendants du pouvoir politique" .
2 commentaires
Nicoch
Par ailleurs, "la police" n'est pas un concept flottant, mais une institution qui évolue au gré d'une mutation perpétuelle des "valeurs" et de choix politiques qu'il appartient à une science, la sociologie, d'analyser. Tout cela pour dire que "avoir besoin de la police" n'annule pas la possibilité, voire la nécessité, d'en faire l'analyse sociologique. Ni même de la critiquer.
sol invictus