Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Il est désormais fréquent d’évoquer le concept d’État failli, alors que la communauté internationale s’interroge – de manière récurrente – sur la mise au ban d’États telle la République islamique du Pakistan, sans cependant préciser quelle en seraient les modalités. Aussi l’étude d’Ayesha Siddiqa constitue-t-elle, à tout le moins, un rappel de réalités que les médias sous nos cieux tendent à ignorer. Est-ce d’ailleurs une méconnaissance de l’évolution du Pakistan de sa naissance (le 14 août 1947) à nos jours, ou une volonté d’appréhender la scène pakistanaise à travers le prisme que nous a offert une guerre contre la terreur née au lendemain des drames du 11 septembre 2001 ?
Bien des chercheurs, en quête de notoriété, souhaiteraient obtenir la publicité dont bénéficia – à son corps défendant – l’analyste militaire Ayesha Siddiqa. Tandis qu’elle avait déjà publié un ouvrage intitulé Pakistan's Arms Procurement and Military Buildup, 1979-99: In Search of a Policy , elle proposa (au milieu de l’année 2007) une étude au titre significatif : Military Inc. Inside Pakistan’s Military Economy . Venue présenter son ouvrage au public pakistanais, Siddiqa – une nouvelle fois expatriée – fut enjointe d’écourter son séjour. Cependant, Military Inc. ne fut pas interdit. L’armée, s’étant vraisemblablement portée acquéreuse de l’ensemble des exemplaires alors en vente dans le pays , décida-t-elle d’en tirer profit ? Ou le gouvernement alors présidé par Pervez Musharraf voulut-il démontrer – une nouvelle fois – que, contrairement aux régimes à dominante militaire précédents, il ne s’opposait pas à la liberté d’expression ? En tout état de cause, le public se précipita vers les librairies qui n’étaient pas – selon notre expérience – en mal d’approvisionnement.
Siddiqa choisit un thème périlleux : celui de l’emprise économique et financière (à la résonnance inquiétante) de l’armée sur la société pakistanaise, et cela avec l’assentiment de l’élite politique et financière. Et la démonstration à laquelle l’auteure se livre tend à balayer toute prévision optimiste selon laquelle cette institution consentirait, un jour prochain, à un retour dans ses casernes, tandis que ses décideurs prééminents – lesquels sont traditionnellement issus de l’armée de terre – renonceraient à l’influence politique, économique et financière dont ils jouissent. Les chapitres 2 et 3 de Military Inc. sont sans conteste les plus intéressants : l’un retrace le développement des ambitions de l’armée pakistanaise (de la naissance du pays au coup d’État fomenté par le Général Zia ul-Haq, au mois de juillet 1977) ; le second traite de l’évolution – d’après l’expression employée par Siddiqa – de la "classe militaire" de 1977 à 2005. Dès le premier coup d’État (qui eu lieu en 1958), l’armée – à dominance d’ailleurs pendjabie – s’attacha à consolider une hégémonie qui visait le champ politique, sociétal mais également économique. C’est là une réalité dont les Pakistanais sont au fait, mais ils ignorent sans doute l’ampleur du véritable empire financier qui a été mis en place.
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