Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Le journaliste du Washington Post, Bob Woodward, est un monstre sacré aux États-Unis. Vestige d’une époque où la presse représentait réellement le quatrième pouvoir, celui par qui le scandale du Watergate est arrivé a depuis gagné plusieurs prix Pulitzer et écrit nombre de livres. Son nouvel ouvrage, publié il y a deux semaines aux États-Unis, tombe à pic dans une campagne électorale passionnelle et hautement disputée.
The War Within : A Secret White House History 2006-2008 ("La guerre interne : histoire secrète de la Maison Blanche 2006-2008") est le quatrième tome de la saga que Woodward a consacrée à l’administration de George W. Bush et en particulier à ses prises de décisions concernant la guerre en Irak. Pour ce livre, le journaliste a pu rencontrer Bush, ses principaux conseillers, et a eu accès à de nombreux documents internes. Malgré cette entrée privilégiée (ou peut-être à cause de celle-ci), Woodward peint un portrait hautement critique d’un personnage qu’il décrit à la fois comme tranchant et désengagé, impatient, un leader passif et peu curieux qui n’a jamais su véritablement gouverner son administration, ni son pays.
Bush n’est qu’un homme parmi d’autres dans ce puissant réquisitoire contre la lenteur de l’administration à reviser sa stratégie en Irak. La majorité du livre est consacrée aux délibérations internes qui ont eu lieu au cours de l’année 2006 : continuer la politique actuelle sans rien changer, retirer progressivement les troupes américaines ou, au contraire, augmenter leur nombre de façon conséquente ?
Woodward nous révèle des débats qui furent en grande partie cachés au public. La raison en est simple : 2006 était une année électorale. Avant les élections de mi-mandat de novembre, il était hors de question de suggérer que la stratégie américaine ne fonctionnait pas, même si en privé tout le monde s’accordait pour le reconnaître. Bush était donc contraint de tenir un double discours : en privé, il se rendait lentement à l’évidence qu’un changement de politique était nécessaire ; en public, il continuait à déclarer que les troupes américaines étaient en train de gagner en Irak et que la victoire était imminente.
Le tourbillon d’initiatives secrètes et concurrentes pour réévaluer la stratégie américaine en Irak révèle les graves dysfonctionnements au sein de l’administration Bush. Woodward détaille par le menu les conflits internes entre le Pentagone et le State Department, entre les militaires et le cabinet du Joint Chief of Staff, entre les partisans d’une solution pragmatique et les "neo-cons" prêts à poursuivre leur aventure en Irak à tout prix.
Le livre nous apprend que Bush a décidé de déléguer entièrement le processus de réévaluation à Steve Hadley, son National Security Adviser. En dépit des rapports alarmistes provenant d’Irak ou de la CIA, à l’encontre de la position du ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, des commandants militaires, et même de la ministre des Affaires étrangères, Condoleezza Rice, Hadley en vint à la conclusion que la seule solution possible était le "surge" – c’est-à-dire le gonflement rapide des effectifs militaires américains en Irak. Il réussit fort facilement à convaincre Bush que c’était la meilleure solution. Rumsfeld fut donc limogé après le résultat désastreux des élections (remplacé par Bob Gates), une partie des commandants militaires furent remplacés, et Hadley eut la voie libre pour mettre en place sa nouvelle stratégie.
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