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Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

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Fondation Terra Nova
Une nouvelle fondation pour la gauche progressiste
Du Folk Art aux culture wars
[mardi 23 septembre 2008 - 11:00]
Politique culturelle
Couverture ouvrage
Arts, Inc.: How Greed and Neglect Have Destroyed Our Cultural Rights
Bill Ivey
Éditeur : University of California Press
342 pages / € sur
Résumé : Des questions de politique culturelle aux États-Unis abordées pas le biais d'une critique sévère mais juste du système américain.
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Arts, inc. Il y a des titres qui frappent fort et sonnent juste. Associer dans une même formule l’art et le symbole du capitalisme américain, le fameux Inc., comme on dirait en France "Société Anonyme", est non seulement habile, mais aussi efficace. Slogan et résumé à la fois, tag et catch phrase, Arts, inc. est un choix de titre judicieux pour ce premier livre de Bill Ivey.

Personne ne connaît, en Europe, Bill Ivey et il n’y a rien d’anormal à cela. Américain, Ivey vient de l’industrie de la musique country à Nashville, dans le Tennessee. Il a été président de l’American Folklore Society et le directeur de la Country Music Foundation, le lobby national de la musique country. C’est un homme discret, c’est un homme du Sud, longtemps un homme de l’ombre. En janvier 1998, le président Bill Clinton le repère pourtant (il fut le gouverneur de l’État voisin, l’Arkansas) et en fait son Malraux, ou son Jack Lang, bref son "ministre de la Culture".

Le titre de ministre, Ivey ne l’a en fait jamais eu : il a été nommé président de l’agence culturelle fédérale qui est en charge des arts – ce qui correspond au poste le plus proche de ce que nous appelons ministre de la Culture. Le titulaire de ce petit maroquin doit quand même être nommé par le président et confirmé par le Congrès, ce qui à Washington n’est pas rien. Mais l’agence n’est qu’une maigre copie de ce que nous nommons ministère : elle n’en a ni les prérogatives, ni le budget. Ivey ne peut nommer aucun directeur de musée, de bibliothèque ou de théâtre, n’a pas de pouvoir administratif ni de pouvoir de sanction. Il est à peine un directeur d’administration centrale. Mais là n’est pas l’essentiel.

Quand Clinton nomme Ivey en charge de "la culture américaine", le président est déjà affecté par les culture wars. Cette expression signifie beaucoup de choses aux États-Unis, et renvoie notamment à la très vive tension autour du financement public de la culture et en particulier la polémique sur les subventions indirectes accordées à des expositions du photographe Robert Mapplethorpe (The Perfect Moment), de l’artiste Andres Serrano (Piss Christ), de la photographe Nan Goldin (et plus tard du dramaturge Tony Kushner autour de l’interdiction momentanée d’Angels in America). Clinton est accusé de favoriser les artistes élitistes plutôt que le peuple, New York plutôt que San Antonio, les gays et les malades du sida plutôt que les valeurs américaines. Las et déjà critiqué pour ses propensions féminines, le président fait venir Bill Ivey.

À la tête de l’agence culturelle américaine, Ivey fut actif et efficace, rencontrant tous les parlementaires et rassurant notamment les élus du Sud, en finançant la réalisation d’une grande encyclopédie de la culture folk. Bill Ivey fait adopter des règles de répartition strictes de subventions pour casser l’image élitiste de l’agence artistique de Washington, met en œuvre l’idée de Clinton de s’appuyer sur les "communautés" pour diffuser la culture et tente de réguler les industries culturelles. Mais faute de moyens et d’autorité, Ivey ne réussit guère à imposer ses vues. Une agence artistique fédérale minuscule tentant de réglementer les industries culturelles ? À Hollywood et à Broadway, quand le budget de l’agence est plus petit que celui d’un seul long métrage, cela n’a pas dû beaucoup impressionner.

Bill Ivey c’est la nomination country et folk de Clinton. Et c’est cela qui est intéressant et un bon résumé de l’évolution de sa présidence : vers le Sud, vers les régions négligées, vers les quartiers noirs, contre l’élite de la côte-Est, vers le folk art, vers les "gens". Un président qui, du reste, est devenu complètement silencieux sur la question des arts durant son second mandat – celui où Ivey entre à Washington –, très vite affaibli par le scandale autour de Monica Lewinsky et l’hystérie qu’elle suscite chez ceux-là même qui ont attaqué Mapplethorpe et Serrano (Hillary Clinton les a dénoncés dans ses mémoires par une formule fameuse "la conspiration de la droite radicale"). Pour comprendre la haine suscitée par Clinton, il faut d’ailleurs garder à l’esprit qu’il est haï moins pour ce qu’il a fait, moins pour sa politique, que pour ce qu’il représente : l’emblème d’une culture pluraliste et multiraciale, l’emblème des sixties. Les républicains qui ont mené les culture wars n’ont pas besoin de s’interroger longtemps pour le détester : il leur suffit d’obéir à leur pente. Il est le premier enfant du baby-boom arrivé au pouvoir et il est conspué comme tel, en symbole générationnel, c’est-à-dire immature, manquant de discipline, efféminé et self-absorbed (égocentrique). La droite radicale s’en donne à cœur joie et d’ailleurs ne parle de lui qu’en évoquant "Clinton et Clinton" : Bill ne serait que le porte-serviette d’Hillary.

Certes, le président n’a jamais abandonné le combat. Il dit même un jour à Newt Gingrich, son ennemi républicain : "Je suis le gros clown en caoutchouc que vous aviez enfant. Plus vous me frappez fort, plus je me remets d’applomb." Mais s’il a sauvé sa peau et évité la démission, Clinton n’a rapidement plus trouvé l’énergie réformatrice pour s’occuper des "folks", de la "diversité", des "communautés" et des "kids", qui avait tant suscité d’espoirs à ses débuts. Son action n’a pas été à la hauteur de son éclat d’opinion. Lui qui avait l’intelligence de l’Amérique et de la situation laisse à son passage à la Maison Blanche une impression de présidence inachevée.

Titre du livre : Arts, Inc.: How Greed and Neglect Have Destroyed Our Cultural Rights
Auteur : Bill Ivey
Éditeur : University of California Press
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