On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

À en croire Rougier, personnage central de ce colloque, la solution peut notamment passer, sans verser dans le dirigisme, par une certaine dose d’interventionnisme (Walter Lippman en appelle même, dans La Cité libre, à une politique de financement massif des services publics). Comme il l’écrit en 1938, "Le libéralisme manchestérien pourrait se comparer à un régime routier qui laisserait les autos circuler à leur guise sans code de la route : les encombrements, les embarras de circulation, les accidents seraient innombrables, à moins que les grosses voitures exigent que les plus petites leur cédassent toujours la route, ce qui serait la loi de la jungle […]. L’État véritablement libéral est celui où les automobilistes sont libres d’aller où bon leur semble, mais en respectant le code de la route." Relativement minoritaires lors du colloque, Hayek et ses alliés devront donc attendre les années cinquante et soixante pour l’emporter au sein de la maison néolibérale et en devenir ainsi, en toute légitimité, les porte-parole officiels .
L’une des grandes vertus du travail de Serge Audier est de rappeler que s’il est nécessaire d’appréhender les conditions sociales de production et de diffusion des idées, il n’est pas non plus incohérent de se pencher un peu sérieusement sur leur contenu. Dans le cas précis d’une "histoire du néolibéralisme", de telles précautions auraient certainement permis à certains de ne pas mettre dans un même sac Friedrich Hayek et Raymond Aron. En effet, le second, présent au colloque Lippmann, n’hésitait pas, alors, à se présenter comme socialiste et ne cachait pas son intérêt pour les thèses de Beveridge et de Keynes… Pour autant, s’il est utile, le livre de Serge Audier n’est pas révolutionnaire. La propension de son auteur à choisir lui-même ses rivaux intellectuels (les autres "historiens du néolibéralisme" que sont Serge Halimi, Keith Dixon ou François Denord) a des effets pervers. Comment expliquer, en effet, l’absence, même dans les notes de bas de pages, de Michel Foucault ? Dès la fin des années 1970, le philosophe avait pourtant, dans l’un de ses cours au Collège de France, déjà mis au jour les tensions travaillant le néolibéralisme et établi, entre autres, combien ce dernier ne pouvait être confondu avec un simple "ultra-libéralisme"![]()
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Apollon