Aux côtés de Marie NDiaye
[mercredi 03 septembre 2008 - 17:00]
Littérature
Marie Ndiaye
Dominique Rabaté
Éditeur : Textuel - Culturesfrance
116 pages
Cependant, l’intérêt apparemment secondaire, mais sans doute majeur, de son étude, résiderait davantage dans l’analyse de l’obstination propre à l’écriture de Marie NDiaye, que la journaliste Paula Jacques essaie également d’éclairer, aux côtés de l’écrivain, dans les entretiens radiophoniques. "Et le jeu continue"
, écrit Dominique Rabaté. Dans les souffrances, parfois insupportables au lecteur, d’une Rosie Carpe, sur les ondes mouvantes du fantastique "quasi ethnologique", bien exposé par notre étude, dans le flot d’ironie froide mais également de douceur subtile qui enveloppe bien des personnages, enfin surtout dans la réelle jubilation de l’écriture, rendue parfois palpable à la surface de ces romans.
L’ostinato romanesque de Marie NDiaye, pour emprunter précisément la formule à Louis-René des Forêts, impose ainsi au critique le même recul nécessaire qu’au lecteur fréquemment saisi, à la lecture, par cette "sorte de folie de l’identité" des personnages
, qui gagne de fait la scène comme le hors-scène, non seulement de l’action dramatique, dans
Hilda (2002),
Papa doit manger (2003) ou
Les Serpents (2005), comme le souligne Dominique Rabaté
, mais aussi du roman lui-même, espace pluridimensionnel dont les "lois" internes, quoique rigoureuses chez Marie NDiaye, laissent place à une interrogation lancinante, voire douloureuse face à cette "plongée dans le chaos [des] consciences"
.
"Le secret du langage […] de la douleur d’être"
Quant à l’actualité de l’œuvre de Marie NDiaye, elle est également mise en perspective par l’étude de Dominique Rabaté, que ce soit dans l’exacerbation des relations "(in)humaines" de son théâtre (le critique allant jusqu’à comparer la première pièce de théâtre Hilda, à un traité marxiste), ou dans les jeux spéculaires de la désindividualisation au sein des récits, jusqu’aux récits de jeunesse (voir à ce titre les cœurs palpitants des parents du
Souhait ). C’est probablement dans l’abondance des notations psychologiques, mais aussi sensorielles ou émotionnelles que s’étoffe, dans une grande originalité de facture, l’épaisseur des textes de Marie NDiaye. On regrettera peut-être alors que l’étude de Dominique Rabaté n’aille pas plus avant à travers le tissu dense des romans, lorsque, dans la découverte plus intime de ceux-ci, on reste sur sa faim. Mais demeure, dans cette présentation éclairante du monde "à la fois ordinaire et anomique"
de Marie NDiaye, une démarche critique vitale : entendre l’érection décisive d’une langue. À condition de bien vouloir, comme le rappelle Dominique Rabaté, "tendre l’oreille"
1 commentaire
Dominique Rabaté