Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

On peut apercevoir, sur l’une des photographies insérées dans le livre-CD consacré à Marie NDiaye, par Dominique Rabaté, la tranche du Siècle de Kafka, catalogue de l’exposition du même nom, qui eut lieu au Centre Pompidou, en 1984. C’est bien dans le "siècle de Kafka" que commence l’écriture de l’œuvre romanesque de Marie NDiaye, marquée peut-être, dans ses tous premiers livres, par ce modèle qui voit l’oppression, le comique de l’horreur et la beauté de la métamorphose envahir l’univers du roman.
Pour autant, l’auteur de ce premier livre sur Marie NDiaye, coédité par CulturesFrance et Textuel, en partenariat avec l’INA, n’envisage pas ce parcours d’écriture, entamé très précocement , sous l’angle d’une famille ou d’une nébuleuse littéraire, comme la collaboration périodique de l’auteur aux éditions de Minuit aurait pu le laisser entendre. Dominique Rabaté a souligné ce détachement relatif de l’auteur de Rosie Carpe de toute filiation précise, ainsi que de tout groupe littéraire, dans un entretien récemment donné sur France Culture . Son ouvrage, de même, s’il indique quelques références de circonstance (Kafka, Faulkner), n’envisage pas de véritable panorama. C’est plutôt une saisissante singularité, d’écriture et de fiction, d’imaginaire et de densité romanesque, que se propose de décrire l’étude de Dominique Rabaté, servie, dans cette édition accessible et claire, par un CD d’archives radiophoniques, une iconographie, et une courte anthologie.
Une modernité savante
Cette singularité extrême, qui fait pour partie de Marie NDiaye l’un des écrivains les plus importants aujourd’hui en France, semble d’ailleurs avoir constitué une difficulté réelle, mais propre à engager peut-être une nouvelle dynamique critique, pour Dominique Rabaté, qui enseigne la littérature contemporaine à l’université de Bordeaux III, où il dirige le Centre de recherches sur les modernités littéraires. Car c’est bien à une modernité savante en littérature, mais singulièrement détachée de tout discours, d’escorte qu’ouvre l’œuvre de Marie NDiaye, dans laquelle la dramaturgie théâtrale prend une place tout à la fois articulée (au roman) et nouvelle. La ponctuation régulière, dans le propos de Dominique Rabaté, des formules d’approximation ("une sorte de fantastique quasi ethnologique" , "une sorte de folie de l’identité" ), témoignerait au moins, à cet égard, de l’écart dans lequel nous laisse, critiques et lecteurs, cette œuvre en cours, qui s’échafaude depuis plus de vingt ans, déjà susceptible d’éclairage, encore retranchée dans une solitude fascinante.
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Dominique Rabaté