On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Aux origines de la pratique du journal intime
Comme le suggère Philippe Lejeune dans l’avant-propos, l’ouvrage est précieux en ce qu’il nous donne un éclairage sur les prémices de l’écriture intime : "On sait encore peu de choses sur la manière dont, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, s’est développée la pratique du journal personnel, comment on est passé d’écritures plus sociales, comme le récit de voyage ou la correspondance, à des écritures plus solitaires et intimes. C’est cette intériorisation progressive" qui est révélée par l’enquête d’Elena Gretchanaia et de Catherine Viollet. L’ouvrage témoigne donc d’un moment-charnière de l’histoire du journal personnel, moment où ce dernier acquiert ses caractéristiques thématiques et énonciatives. Commencer une lettre ou une entrée de journal se confond avec le geste de mettre la date, d’inscrire le moment de l’énonciation : trait fondamental où se retrouvent la lettre et le journal, où, plutôt, le journal a rejoint la lettre. Dans "Au jour d’aujourd’hui" (Épistolaire n° 32, 2006), Philippe Lejeune a montré "comment le journal devient “intime” en investissant le système d’énonciation de la lettre", autrement dit en datant le moment de l’énonciation : cette transformation ne s’opère pas de façon tranchée mais est très perceptible à la fin du XVIIIe siècle.
De cette analyse, l’anthologie des journaux francophones russes donne une excellente illustration : le recueil réunit en effet des journaux-chroniques où s’inscrit la date de l’énoncé ("Ce fut le 29 juillet 1789, à 9 heures du matin que je partis de ma Campagne de Karcoula, près de Petersbourg, à laquelle j’ai, depuis, donné le nom de Cra parce que je l’aimois beaucoup» ) et des journaux au sens moderne du terme où la date est employée pour certifier le moment de l’écriture ("Le 21 de Juillet / Je ne puis résister à la douce sensation que j’éprouve" ).
Lettre et journal
Dans une partie non négligeable du corpus sélectionné, le journal personnel manifeste une grande proximité formelle avec la lettre. La pratique du journal est en effet perçue comme ouverte à autrui, et la diariste écrit pour des destinataires qui peuvent être soit des amis proches, soit des membres du cercle familial : sœurs, enfants, bien-aimés, époux. Quand il est explicitement adressé à l’une de ces personnes, le journal peut adopter une forme dialogique. Maria Bakmeteva, s’adressant à son fiancé, écrit : "J’ai quitté le lit à neuf heures pour vous expédier ma lettre. Ma sœur est arrivée à honze (sic) heures chez nous. Et vous seul avez été l’objet de notre conversation pendant toute la journée." L’usage épistolaire de ces journaux est attesté non seulement par leurs caractéristiques énonciatives mais aussi par le fait que certains d’entre eux sont envoyés par la poste, missives de bonne taille propres à satisfaire la soif de nouvelles des correspondants.
Le volume, touffu et varié, est une contribution précieuse à l’histoire des pratiques d’écritures féminines et démontre leur ampleur. Il rectifie également l’image un peu faussée que l’on avait du spectaculaire journal de Marie Baskkirtseff, best-seller de la fin du XIXe siècle, un des seuls journaux rédigés en français par une Russe connu jusqu’à maintenant et que l’on avait tendance à considérer comme un ovni littéraire ! Cette enquête montre qu’il vient s’inscrire à la suite d’une longue et riche tradition du diarisme féminin en Russie![]()
3 commentaires
invité du soir
Il aurait fallu de l'audace et de l'autorité de la part de nos gouvernements pour que la position de la langue française ne soit pas bafouée comme elle l'est aujourd'hui, chute précipitée depuis une dizaine d'années par divers événements toutes dignes de la boîte de pandore.
c'est parce que nous avons eu des imbéciles qu'aujourd'hui nous devons combattre l'anglais comme jadis l'allemand über alles a été combattu, puisqu'aujourd'hui, si je me balade à Paris, il y a presque un bilinguisme total dans la ville.
pour les touristes ? que non ! ils ne veulent pas voir ce qu'il y a déjà chez eux ou une langue parasite !
mais c'est ainsi, la stupidité des faibles et des corrompus achemine lentement la langue française vers l'agonie et la disparition, la fin d'une civilisation.
sauf si...
Europate
Géorgie : une simple erreur de traduction a prolongé la guerre d'un mois !
Europate
Lire : Géorgie : une simple erreur de traduction a prolongé la guerre d'un mois !
http://www.lesmotsontunsens.com/georgie-une-simple-erreur-de-traduction-a-prolonge-la-guerre-d-un-mois-sarkozy-kouchner