On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’historien est régulièrement amené à caractériser les faits qu’il étudie et qu’il explique en termes de réussite ou d’échec. Comme le rappelle Fabienne Bock dans son introduction, certaines périodes sont ainsi généralement qualifiées d’échec, à l’instar de la République de Weimar ou de la Troisième République. Il s’agit de jugement de valeurs, certes révisables, mais qui n’en relèvent pas moins du domaine du subjectif.
Le colloque organisé en mai 2007 à l’université Paris Est cherchait à revenir sur la notion d’échec, qui s’avère beaucoup plus complexe qu’au premier abord. Les vingt-et-une contributions transcendent les périodes historiques, abordant les gouverneurs de province romains (Agnès Bérenger), le Moyen Âge byzantin (Éric Limousin et Sandrine Lerou), l’échec de Guizot en 1848 (Servane Marzin) ou encore la décolonisation du Congo (Pedro Monaville) et la transition russe entre 1993 et 2003 (Irène Hermann). De même, c’est la politique au sens large qu’il faut entendre. En effet, à côté d’échecs individuels relevant strictement du domaine politique – celui du roi suédois Magnus Eriksson en 1363 (Corinne Péneau) par exemple ou de Tommasino Fregoso au XVe siècle (Antoine Franzini) – ou encore de l’échec d’institutions, comme les royaumes carolingiens (Benoît Grévin), le colloque proposait aussi de revenir sur l’échec des médecins à la fin du Moyen Âge et les solutions juridiques adoptées pour y faire face (Marylin Micoud), ou encore les lettres de demande rédigées par les jésuites désirant être envoyés en mission (Pascale Girard). À travers ce panel large et ces études de cas très diverses, c’est bien la notion d’échec en histoire dans son ensemble qu’il s’agit de cerner.
Chercher les causes
La notion d’échec suscite en effet plusieurs questionnements, que la structure de l’ouvrage laisse transparaître. Face à un échec tout d’abord, le premier réflexe est de chercher à l’expliquer. Les raisons peuvent être multiples et de nature différente. Ainsi Pierre-Jean Souriac se demande quels sont les facteurs qui expliquent l’échec du baron de Terride, chargé de pacifier le sud-ouest du royaume de France lors des guerres de Religion. Quelle est la part de l’individu dans son échec ? Ses jugements, ses décisions, ses liens de clientèle et ses relations avec Montluc expliquent-ils, à eux seuls, son incapacité à tenir la province ? Au-delà de l’échec personnel, on peut y voir également celui de la monarchie française, qui envoie un homme en mission mais ne lui apporte pas les moyens de la mener à bien. Le baron de Terride doit en effet compter avec ses seules ressources personnelles. P-J Souriac montre que, en plus de l’échec d’un individu, de l’échec d’une politique, l’exemple de Terride incarne également un échec militaire. Chargé d’un commandement militaire, il échoue dans les campagnes qu’il mène de 1568 à 1570. Benjamin Mercier s’interroge, quant à lui, sur l’échec d’une institution, à travers l’exemple des contrôleurs généraux au XVIIIe siècle.
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