On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Assurément, Steven Runciman, mort le 1er novembre 2000 à l’âge de 97 ans, fut l’un des plus grands médiévistes anglais du siècle passé, tant par sa longévité que par sa production prolifique servie par sa position institutionnelle prééminente en tant que professeur à Cambridge et comme vice-président de la London Library dès 1974 ..
Avant tout spécialiste du monde byzantin auquel il a consacré la plupart de ses ouvrages , sa grande connaissance des langues anciennes (latin et grec) et modernes (il maîtrisait l’anglais, le français, le russe et l’arabe) lui permet de présenter une synthèse volumineuse et équilibrée – car elle présente pour la première fois le point de vue de tous les belligérants (Occidentaux, Byzantins, Musulmans) - de l’Histoire des Croisades, son œuvre maîtresse qui fait de lui le spécialiste anglais du monde méditerranéen au XIIIe siècle. Quant aux Vêpres siciliennes, elles seraient plutôt à classer parmi les études qu’il a consacrées aux prétentions hégémoniques et théocratiques des Églises d’Orient et d’Occident : paru en anglais en 1958, il fut traduit en allemand un an plus tard, puis en italien en 1971, avant qu’Hugues et Alain Defrance ne parachèvent cette entreprise de traduction.
Malgré la notoriété de son auteur, ce livre fut pourtant vivement critiqué dès sa publication en anglais : que peut alors nous apporter sa traduction cinquante ans après sa publication ? L’ouvrage de Runciman entend replacer l’évènement des Vêpres siciliennes au sein de la "géopolitique" méditerranéenne de la fin du XIIIe siècle, détaillant en particulier les années 1262-1282. L’ouvrage est construit en deux temps : l’analyse de la situation de la Sicile au sein de l’échiquier européen (chap. 1 à 11), qui voit l’affirmation de rois puissants (France, Angleterre, etc.) au détriment d’empires en retrait (Byzance, Empire Germanique, monde musulman éclaté, Papauté) ; puis l’épisode des Vêpres proprement dit, aux causes et résonances multiples (chap. 12 à 17).
Le premier moment est dominé par la figure de Charles d’Anjou. Les fréquents revirements politiques des papes (il en "enterre" près de dix), tantôt amis, tantôt ennemis de l’Angevin contrastent avec l’opiniâtreté de ce dernier poursuivant ses deux objectifs : accroître ses possessions territoriales et prendre la tête d’une croisade visant à renverser l’empereur byzantin considéré comme schismatique.
Il contrôle en effet un agrégat de territoires divers, comprenant notamment l’Anjou et le Maine, la Provence, auxquels il ajoute la Sicile et le Royaume de Naples en se faisant le bras armé de la Papauté, tremplin vers ses conquêtes orientales (Corfou, Albanie, Achaïe, etc.), destinées à déstabiliser l’empereur byzantin. Son parcours impressionnant aurait toutefois été plus facilement compréhensible si l’édition française avait reproduit les cartes figurant dans les éditions étrangères.
1 commentaire
philippe
totalement dépassé,aucune attention au contexte socio-économique,le
peuple sicilien n'existe pas dans cet ouvrage.Mieux vaut lire l'ouvrage de
E-G.Léonard sur "Les Angevins de Naples" ou la somme de H.Bresc sur
la Sicile(malgré son parti-pris de ne pas s'intéresser aux événements,d'ou
une grande difficulté à se repérer chronologiquement).A quand une histoire des Vépres profitant des acquis historiques de ces derniéres décennies?Le meme probléme s'est posé pour l'histoire de la St Barthélémy,longtemps mal étudiée,mais les travaux de J-L. Bourgeon
l'ont améliorée(ceux de Denis Crouzet me laissent perplexes et fortement contestables,imprégnés de folies mystiques et de violences irrationnelles totalement fruits de la grande imagination de D. Crouzet).
Pour revenir à Mr Runciman,pourquoi Les Belles Lettres,éditeur remarquable(dont je posséde une trentaine de références),fait il paraitre ce genre de livres vieillis sans aucun apparat critique et sans actualisation( possible grace à l'avancée des connaissances),alors que ses ouvrages d'auteurs antiques sont truffés de notes et d'une présentation critique?
Merci, respectueuses salutations,
Philippe BRACHET?
87 Cours Alsace-Lorraine,33000 bordeaux.