On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Il n’est pas facile de faire une critique du dernier livre d’Ilan Pappé, un livre, qui, par son titre même, et de l’aveu de l’auteur, appelle à la polémique. Quelque position que l’on prenne, pour ou contre l’ouvrage, celle-ci est à même de susciter colère et récriminations des soutiens de l’une ou l’autre des parties en conflit au Proche-Orient. Toutefois, d’un point de vue historique et de recherche, ce livre laisse une impression de malaise. Non que ce soit un livre dérangeant, remettant en cause les certitudes, mettant à l’épreuve les convictions et les connaissances de son lecteur – et l’auteur de ces lignes aurait réellement préféré qu’il en soit ainsi – mais plutôt un livre gênant.
Ilan Pappé est un historien de talent, une des figures de proue de la recherche sur la guerre de 1948, et il a apporté des éléments extrêmement précieux pour une meilleure compréhension de cette période, contribuant de façon décisive à la déconstruction de l’historiographie traditionnelle israélienne. Il poursuit ici dans cette voie, relevant minutieusement, et avec un grand souci du détail, les multiples exactions qui ont accompagné la mise en place de l’État d’Israël : vols, viols, meurtres, profanation de sanctuaires… Toutefois, en cela, ce travail ne se distingue de ceux qui l’ont précédé que par l’ampleur de la recension et sa volonté de tendre vers l’exhaustivité, en l’état des connaissances actuelles. En cela, le livre, douloureux à la lecture, prend par endroits une forme de catalogue, de musée des horreurs. Mais cela n’est pas à proprement parler nouveau : à moins d’avoir eu les yeux bandés depuis plus de dix ans sur les avancées et les débats de l’historiographie israélienne, aucune recherche à prétention un tant soit peu sérieuse ne prend plus le récit mythique de la fondation de l’État hébreu au pied de la lettre. Il est entendu, prouvé, certain, que celle-ci s’est faite dans la douleur et les larmes, et qu’elle s’est accompagnée de nombreuses violences à l’encontre des Palestiniens, sous la forme d’une dépossession généralisée, accompagnée de massacres en divers points du territoire progressivement passés sous contrôle des troupes israéliennes, lesquelles se sont révélées sur le terrain, très largement supérieures militairement à leurs adversaires.
Du travail d’historien à un moralisme décevant
Certes, il ne sera jamais inutile de trop répéter ces faits, mais, pour l’essentiel, ils sont acquis. L’avancée notable est dans le titre de l’ouvrage : mettre les mots sur les choses, et le processus qui a conduit au départ ou à l’expulsion (selon l’endroit) des Palestiniens d’une grande partie de la Palestine historique, toujours sous la menace de la violence, ressort bien de la catégorie de la purification ethnique : éliminer une population donnée d’un territoire considéré comme sien par le groupe antagoniste, en général en la chassant. Ce sens technique semble bien pouvoir s’appliquer au fameux plan Daleth, et à l’attitude de certains responsables israéliens de l'époque, mais est à distinguer d’un usage stigmatisant du terme, ce que ne parvient pas toujours à faire Illan Pappé.
1 commentaire
Somud
On peut donc supposer que c'est perdre son temps que d'expliquer pourquoi parce que ce sera censuré.
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