Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La Bible du web
[mardi 26 août 2008 - 08:00]
Décryptage du web
Couverture ouvrage
Culture web
Xavier Greffe et Nathalie Sonnac
Éditeur : Dalloz
904 pages
Résumé : Destiné aux initiés ou aux passionnés, l’ouvrage collectif Culture Web s’empare de la problématique des "produits de contenu" numériques.
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Entre propos platement descriptifs, discours hautement euphorique ou amèrement alarmiste, il peut s’avérer laborieux de trouver un ouvrage critique et consistant sur le web – un ouvrage qui par exemple irait au-delà de la vulgarisation sans trop jargonner, étayerait ses analyses de références reconnues, ouvrirait des perspectives sans tomber dans la prospective, un ouvrage, en deux mots, intellectuellement satisfaisant.

Que ceux qui cherchent encore leur "Bible" du web se réjouissent donc : voici une somme de plus de 800 pages, fruit de la collaboration d’une soixantaine de chercheurs et universitaires, croisant les disciplines (économie surtout, mais aussi droit, marketing, management de la culture ou des médias, sciences humaines…) et les thématiques (nature de l’information numérique, formes et conséquences de sa distribution, impact sur la créativité, sur les modèles d’affaires, sur la diversité culturelle, sur les régulations juridiques…) pour poser les bases d’une appréhension honnête de la "culture web" - entendez, nouveau système de création et de diffusion de "contenus" numériques, ces innombrables articles, images, vidéos etc. que professionnels et amateurs créent, publient et manipulent sur la toile.
 

Des bases d’abord : non pas ces éternels émerveillements sur MySpace ou Wikipédia (quoiqu’il y soit parfois fait allusion, entre quelques chiffres sur le temps passé en ligne, dans une introduction un peu plus emphatique que le reste de l’ouvrage) mais des concepts outils : versioning (vente d’un même contenu sur des formes ou versions différentes), bundling (vente groupée de contenus différents), typologie des dynamiques de plateformes (d’échanges, d’audience, d’exploitation), marché à deux versants (tirant profit de l’intérêt de deux types d’agents économiques, typiquement audience/annonceurs), effet de réseau (le profit d’un agent économique dépend du nombre d’utilisateurs de la plateforme), stratégies et mesures d’audience, modes de captation de la valeur, j’en passe et des meilleures.

Certains l’auront compris, la "culture web" dont il est ici question est (surtout) une culture marchande, et la création de contenu reste une industrie, en dépit de ce trublion qu’est "l’auto-contenu" (ou UGC, User Generated Content pour ceux que la francisation déroute). Si l’on souscrit dès l’introduction au constat d’un changement qui va bien au-delà d’une simple accélération des échanges, on ne s’enthousiasmera pas au sujet d’une révolution anthropologique. Les pieds sur terre, on nous rappelle sans ambages qu’"aucun producteur ne se présenterait sur le marché s’il n’était sûr en y cédant son bien ou un droit à l’utilisation d’un service, de récupérer une valeur économique, le plus généralement sous une forme monétaire". Et à ceux qui voudraient brandir l’étendard de la gratuité, on répond : "gratuité ne signifie évidemment pas absence de valorisation économique, et il serait stupide de s’engager dans cette voie sans lendemain. Elle montre simplement que les mécanismes de révélation et de mobilisation des valeurs économiques vont devenir plus complexes et qu’il convient d’innover". En d’autres termes, si vous comptiez vous gargariser de la force triomphante du communautarisme altruiste, de l’intelligence collective désintéressée et autre culte de l’amateur, passez votre chemin. Certes, le "web 2.0" inaugure une nouvelle ère créative où "chacun d’entre nous est une plateforme en soi", où "chaque citoyen [peut] passer du statut de simple récepteur à celui d’émetteur récepteur", et l’on osera même dire qu’Internet peut "sous-tendre un domaine public de créativité culturelle", mais "un tel domaine se situe dans une économie de marché, ce qui conduira à combiner les logiques de partage de l’espace public avec celles de l’économie marchande".

Titre du livre : Culture web
Auteur : Xavier Greffe et Nathalie Sonnac
Éditeur : Dalloz
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