On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

"En présence des éventualités créées par la soudaineté et la violence de l'irruption des Rifains [...], il est impossible de rester dans cette situation, sous peine, je le dis nettement, de risquer de perdre le Maroc." . Ainsi s'exprime le maréchal Lyautey en 1925, résident général au Maroc depuis 1912 alors que la guerre du Rif, jusque là cantonnée à la zone espagnole touche le protectorat français. Et c'est là, justement, tout l'enjeu de ce premier ouvrage grand public en langue française, d'analyser les tenants et aboutissants de la position française au Maroc, face à cette rébellion républicaine anticoloniale qui mobilisa toute la classe politique des années 1920. Si la littérature espagnole sur le sujet est abondante, la bibliographie en français se limite à l'ouvrage de Germain Ayache paru en 1996 . Mais les deux auteurs ne tiennent pas leur pari. Le premier est avocat, le second journaliste et on sent bien dès les premières pages qu'ils ont plus de talents de conteurs que d'historiens.
Pour mieux comprendre les mécanismes qui menèrent au conflit, les auteurs choisissent en prologue de rappeler brièvement la chronologie de l'établissement du protectorat au Maroc au début du XXe siècle en montrant l'importance du jeu diplomatique entre Britanniques (qui veulent continuer de contrôler l'entrée en Méditerranée sans être face aux Français), Allemands, Français et Espagnols. Les deux derniers se partagent finalement le territoire du sultan, les Espagnols dominant une large bande côtière quand les Français administrent le reste. Le livre évoque ensuite les tergiversations espagnoles jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, l'Espagne n'ayant qu'un faible appétit colonial renforcé par la difficulté à prendre pied au delà de Ceuta et Melilla. C'est à partir de 1920 que les choses se compliquent pour les Espagnols, désireux de conquérir le Rif central. Ils se heurtent alors à la forte rébellion d'Abdelkrim, longtemps ami de l'Espagne mais qui choisit de résister.
C'est certainement la figure la plus imposante et la plus intéressante du livre que ce chef de guerre, éduqué à l'Espagnole, qui réussit à réunir autour de lui une armée estimée au plus fort à 10 000 hommes, à unir des tribus autrefois ennemies et à instaurer un système de gouvernement républicain efficace, respectueux de la religion musulmane. Face à ce chef de guerre se dressent des figures imposantes de l'histoire espagnole et française. C'est en effet lors de la guerre du Rif que Franco s'illustre pour la première fois comme un soldat fort et discipliné dans une armée espagnole en proie à la désorganisation, l'indiscipline. C'est aussi Primo de Rivera, le dictateur espagnol, intransigeant et belliqueux, qui emploie l'ypérite pour combattre les rebelles et qui refuse toute négociation politique, préférant la décision des armes.
Aucun commentaire