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Rédacteur

critique à nonfiction.fr

La phrase

Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale.

André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.  

L'emprise tentaculaire du clan Moubarak
[mardi 19 août 2008 - 11:00]
Moyen-Orient
Couverture ouvrage
Egypte, l'envers du décor
Sophie Pommier
Éditeur : La Découverte
297 pages / 21,38 € sur
Résumé : Un livre clef sur l'Égypte contemporaine qui décrit le fonctionnement politique de ce pays au regard de son histoire récente.
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Certains Français sont encore passionnés par l'Égypte, du moins quand ils entendent les mots "Vallée des Rois", "Néfertiti" ou encore "Toutankhamon". Pour le reste, l'Égypte reste relativement obscure, et peu de gens s'intéressent à sa société civile, son système politique, ou encore à son histoire contemporaine. Il n'y a qu'à voir le faible nombre de livres français traitant de ce sujet.

Pour le spécialiste du Moyen-Orient du Monde Diplomatique, Alain Gresh, c'est certain : ce livre "est d’autant plus important qu’il n’en existe pas d’équivalent récent en français" . Sophie Pommier, anciennement attachée au ministère des Affaires étrangères et aujourd'hui chargée de cours à l'IEP de Paris, veut nous livrer, sans aprioris ni langue de bois, un ouvrage indispensable, cassant enfin ce "silence qui entoure aujourd'hui l'Égypte".

L'atout principal de ces 270 pages est sûrement qu'elles retracent plus de deux cents ans d'histoire. Pour quiconque désire mieux comprendre les mécanismes politiques de l'Égypte contemporaine, cette étape est obligatoire. Pourquoi Sadate "pactisa"-t-il avec Israël ? Pourquoi la société civile n'accepta-t-elle pas le départ de Nasser et le poussa-t-elle à garder la présidence à la fin de la guerre des Six Jours ? Tant de questions auxquelles il faut répondre avant de tenter de comprendre comment le pays "tourne" aujourd'hui.

Dans un long raisonnement, certaines portes de l'arène politique égyptienne s'ouvrent aux lecteurs, pour arriver à l'heure actuelle, à la présidence plus que controversée du président Hosni Moubarak.


Une forte emprise sur les institutions

Dès la mort de Sadate (assassiné le 6 octobre 1981 par un membre du Jihad islamique égyptien opposé à la négociation entamée avec Israël), Moubarak profite de sa place confortable au sein des cercles militaires pour enfin passer du statut de vice-président, à celui tant convoité de chef de l'État. Avec le temps, Moubarak va utiliser le parti présidentiel, le PND, pour s'assurer une emprise politique et mettre en place l'impossibilité de se faire remplacer par un quelconque outsider. Comme le déclare Sophie Pommier, "le PND, qui compte aujourd'hui 2 millions de membres, est le passage quasi-obligé pour obtenir un siège au Parlement".
 
La constitution de 1971 ajoute encore à ce pouvoir présidentiel fort : celui-ci peut nommer et révoquer le Premier ministre. Les ministres de la Défense, de l'Intérieur ou encore des Affaires étrangères doivent lui rendre des comptes "directement". En plus de cela, Hosni Moubarak nomme 10 personnes sur les 454 de l'Assemblée du peuple (Majlis al-Chaab) et un tiers des 264 membres du Conseil consultatif (Majlis al-Chouta). Rien de moins.


et sur les masses

Depuis Nasser, la figure du père-président est omniprésente en Égypte. Moubarak, voulant sortir de cette image "soviétique" du régime, limitera rapidement les affiches et autres effigies à sa propre gloire. Paradoxalement, les médias s'en donneront à cœur joie  et le président fera régulièrement la Une des plus importants quotidiens et hebdomadaires du pays. Comme dans tous les régimes que beaucoup se plaisent à définir comme dictatoriaux, le malaise de Moubarak en direct à la télévision en 2003 laisse la population en "total désarroi".

En fier stratège, Moubarak comprit rapidement qu'il devait laisser à la population une certaine "liberté dans la contestation", sans pour autant la laisser croître vers un stade critique qui lui serait préjudiciable. Face aux Frères musulmans par exemple, première force d'opposition du pays, il n'hésitera pas à utiliser la technique dite de la "douche écossaise" qui se caractérise sur le plan politique par la manière d'allier durcissements et assouplissements. Ainsi, Moubarak donnera un semblant de liberté au Frères dans certains domaines (en particulier au niveau caritatif ou associatif) mais, au contraire, en restreindra d'autres (généralement ceux ayant attrait à la politique), multipliant arrestations et étouffements économiques.

Pour l'auteur, il est clair que "la phase de durcissement ouverte depuis deux ans s'inscrit dans la perspective de la succession".

Titre du livre : Egypte, l'envers du décor
Auteur : Sophie Pommier
Éditeur : La Découverte
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