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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.
Livre de mémoire "pied-noir", collection de mémoires singulières, l’ouvrage de Dominique Fargues n’est pas un livre d’histoire. Le choix des intervenants, dont aucun n’appartient à la classe des grands propriétaires terriens installés en Algérie, les extraits rassemblés, tout oriente vers une mémoire identitaire, celle des classes moyennes européennes présentes en Algérie et déracinées lors de leur venue en France. C’est volontairement que cette présentation occulte toute réflexion historique. Pour autant, les voix des témoins constituent un matériau de l’historien, qu’il convient d’écouter.
De ces récits rapportés selon des axes à la fois thématiques et chronologique ("la vie là-bas", "mémoires de guerre", "la vie ici") ressortent les itinéraires de quelques familles françaises et algériennes. Ils tressent l’image d’une société multiple et cloisonnée, mais dont les composantes possèdent des traits similaires : qu’elles soient d’origine andalouse, italienne ou algérienne, les familles ne sont jamais nucléaires ; élargies aux oncles, tantes, cousins, elles forment de larges ensembles soudés. Aux yeux des pieds-noirs, le temps d’avant, celui de la famille élargie qui se retrouve pour des fêtes ensoleillées, constitue un paradis perdu dont la nostalgie fait d’autant plus ressortir la vie sous la terreur, durant la guerre, puis l’arrivée sur une terre qui est à la fois la leur et étrangère, la France.
Les Européens d’Algérie
Grande est la diversité des "colons" : diversité des origines (Français, Espagnols, Italiens), des religions, des motifs d’implantation (Juifs arrivés au XVe siècle, réfugiés ou exilés politiques français et espagnols du XIXe siècle, immigrés pauvres venus de France, d’Espagne ou d’Italie à l’aube du XXe…), des situations socio-économiques (petits fonctionnaires, colons agricoles aux exploitations de tailles disparates).
Quelle qu’ait été leur origine ou leur position, les femmes et les hommes qui se racontent dans ce livre étaient conscients des clivages, voire des frontières, existant dans leur société : peu d’enfants d’origine algérienne dans leurs classes, surtout à partir de dix ou onze ans ; dans les fêtes, les groupes de jeunes italiens, espagnols et français se côtoyaient sans se mélanger ; si les colons dans les campagnes parlaient l’arabe, il n’en allait pas de même dans les villes. Pas d’animosité entre groupes, d’après les témoignages relevés, à condition de respecter l’autre. Respecter l’autre signifiant souvent "rester à distance". Dans chacune de ces communautés, l’unité de vie était la famille élargie, celle qui permettait de sortir en groupe, d’aller à la mer, de faire surveiller les filles par leurs frères ou leurs cousins ; une telle solidarité familiale créait un sentiment de sécurité et la possibilité d’une liberté de déplacement soulignée par tous les témoignages, surtout ceux des femmes.
Dans cette société en apparence ouverte mais en réalité cloisonnée en groupes communautaires, les inégalités étaient perçues comme liées à l’argent plutôt qu’à l’appartenance ethnique ou religieuse. Là encore, le choix des intervenants y est pour beaucoup : aucun n’appartient aux classes aisées.
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