La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Archéologie d'un genre fondateur
[jeudi 14 août 2008 - 11:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
Fight pictures. A History of Boxing and Early Cinema
Éditeur : University of California Press
396 pages / 18,86 € sur
Résumé : L’ouvrage passionnant de Dan Streible revisite les vingt premières années du cinéma américain, tout en explorant un genre fondateur et méconnu, le fight film .
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Dan Streible – professeur d’études cinématographiques à New York University – a réussi avec Fight Pictures un ouvrage parfaitement documenté, écrit dans un anglais limpide et élégant, qui propose à la fois l’archéologie d’un genre fondateur du cinéma, et aussi une excellente introduction – accessible aux non-spécialistes – aux premières années du cinéma américain. Alors que les autres sports n’ont été filmés que de façon irrégulière dans les années qui ont précédé Hollywood, "la boxe a entretenu une relation étroite avec le cinéma depuis ses origines" . Le corpus des "films de combat" se distingue comme l’un des genres cinématographiques les plus prospères de l’époque, générant d’énormes profits pour les professionnels du cinéma comme pour les organisateurs d’événements sportifs. Malgré le grand nombre de films produits avant 1915 (environ 200), le genre a été peu étudié, cette négligence pouvant s’interpréter comme la conséquence indirecte de la censure qui a très tôt frappé ces productions (de fait invisibles durant des années), mais aussi comme le signe du désintérêt des historiens du cinéma pour des films populaires à l’esthétique jugée rudimentaire.


Un genre oublié

Un faisceau de raisons permet d’expliquer la relation étroite nouée très tôt entre la boxe et le cinéma. Les deux pratiques reposent sur des "unités brèves et segmentées", et se développent dans le même milieu social, "une communauté urbaine, masculine, appelée à l’époque ‘le monde du sport et des théâtres’" . De plus, la fascination des premiers opérateurs pour l’enregistrement du mouvement du corps humain a fait de la boxe un de leurs sujets de prédilection. Ces productions s’inscrivent dans la tradition de la photographie du XIXème siècle (cf les Boxeurs nus de Muybridge en 1887, série présentée à Edison en 1888) . Enfin, dès 1894, la boxe retient l’attention des exploitants du kinétoscope car le sport est adapté aux contraintes formelles de l’invention d’Edison. Les machines sont en effet généralement exploitées par rangées de 5 ou 6 : en proposant un film de un round dans un appareil, on encourageait les exploitants à acheter un lot de six films (pour pouvoir proposer un match complet) – et les clients à regarder toute la séquence… Toutefois, "le lien entre boxe et cinéma, à l’époque, ne fut pas purement technique ou conjoncturel" , comme le prouve "la nature polysémique de la réception des premiers films" . C’est ainsi que les films Corbett and Courtney before the kinetograph  en 1894, devinrent les attractions les plus populaires du kinétoscope, dont les spectateurs pouvaient s’apparenter à des fans d’une "star" – Gentleman Jim  fut autant un boxeur qu’un acteur, et signa en 1894 le premier "contrat de star" de l’histoire du cinéma –, des adeptes du sport, des curieux intéressés par une nouvelle technologie, ou encore des personnes attirées par l’importante publicité faite autour de l’événement .


Approche gender du film de boxe

En 1897, le combat qui oppose le très populaire Corbett à Fitzsimmons constitue un jalon essentiel à plusieurs titres : il s’agit du premier long métrage de l’histoire du cinéma, du premier combat de championnat filmé, et surtout d’une occasion inédite, pour un public féminin, de pouvoir assister à un sport éminemment masculin. La pratique de la boxe, à l’époque, était particulièrement réglementée, et le film donna lieu à des tentatives de censure fédérales – qui sont parmi les premières exercées à l’encontre du cinéma –, afin "d’interdire la transmission par voie postale ou le commerce d’un état à un autre de tout film (ou de toute ‘description’) ayant pour sujet un combat de boxe" . Cette volonté de contrôle échoua, car la boxe était un sport extrêmement populaire, et aussi parce qu’en 1897 personne n’avait de notion vraiment précise de ce qu’était le cinéma : l’existence de plusieurs technologies concurrentes rendait toute tentative de régulation difficile. Il n’en demeure pas moins que "pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, des groupes de pression réclamaient une censure fédérale du cinéma" . À cette époque déjà, les opposants du Corbett-Fitzsimmons Fight mettaient en garde contre des reproductions "plus vraies que nature de spectacles dégradants", seulement susceptibles de "brutaliser" les spectateurs, "surtout les jeunes", tandis que d’autres s’alarmaient de la puissance néfaste de ces "spectacles hypnotiques" . Le film fut cependant très largement distribué. C’était d’ailleurs la première fois qu’était commercialisé sur une grande partie du territoire un film unique, et non un programme de films. Il fut montré durant plusieurs années dans une grande variété de lieux, dans les théâtres des grandes villes, dans les opera houses municipaux où de très nombreuses personnes virent leurs premiers films, et même dans des parcs d’attraction et des foires.

De façon très étonnante, un nombre important de femmes assistèrent au Corbett-Fitzsimmons Fight. Pour tenter d’asseoir la respectabilité de sa production, la société Veriscope tenta en effet de sélectionner des lieux d’un certain standing pour ses projections, et voulut encourager les "dames" à venir voir cette "illustration" d’un combat de boxe. "En résultait, pour les femmes, la conjonction de deux pratiques culturelles qui étaient loin d’être socialement admises : fréquenter un théâtre, et devenir spectatrices d’un sport masculin" . La plupart des femmes assistèrent à l’une des ladies’ matinee, la publicité, dans la presse, se chargeant de présenter les films non comme un spectacle transgressif, mais comme une distraction "décente" pour un public féminin. Plusieurs témoignages attestent que de nombreuses femmes venaient surtout acclamer leur "grand favori", Gentleman Jim, et il est probable que le film fut une rare occasion, pour ces spectatrices issues des classes moyennes, de contempler des corps masculins athlétiques presque nus. Streible explique que, même si on a parfois exagéré l’engouement des femmes pour le Corbett-Fitzsimmons Fight,  celui-ci demeure un événement essentiel. En effet, on a souvent appliqué aux premières années du cinéma les théories féministes qui postulent que le cinéma hollywoodien contraint généralement la femme à l'état "d'objet du regard" mis en spectacle . Sans contester la validité de cette position, Streible montre que les films de boxe permettent d’émettre quelques nuances : "avec le boxeur (et en particulier Corbett et ses tendances exhibitionnistes) en tant que sujet du film et une spectatrice en guise d’audience, la perspective est déplacée. Même si les films de boxe étaient plutôt des distractions masculines, des femmes, parfois, y assistaient et en retiraient un certain plaisir" . En considérant que le Corbett-Fitzsimmons Fight, malgré sa célébrité et les controverses qu’il a suscitées, n’a jamais constitué un jalon dans l’histoire officielle du Septième Art, Streible plaide enfin pour une redéfinition des pratiques en matière d’histoire du cinéma : "le discours public qui a accompagné un film dont les qualités formelles peuvent paraître insignifiantes témoigne de la nécessité de prêter davantage d’attention aux conditions sociales d’exploitation et de réception lorsque l’on évalue la place d’un film dans l’histoire du cinéma" . Par ailleurs, ces pages consacrées à une étude genrée de la réception sont caractéristiques de la démarche interdisciplinaire de Streible, dont on ne trouvera guère l’équivalent dans un ouvrage francophone. Sans jamais se départir d’une exemplaire rigueur, l’auteur met à profit les acquis de plusieurs approches (principalement histoire du sport et du cinéma, histoire sociale, gender studies) qu’un chercheur français aurait sans doute hésité à confronter.

LA RÉDACTION
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Titre du livre : Fight pictures. A History of Boxing and Early Cinema
Auteur : Dans Streible
Éditeur : University of California Press
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