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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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L’Europe-protection : nouvelle matrice de la construction européenne?
[vendredi 08 août 2008 - 11:00]
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À l’occasion de la présidence française de l’Union européenne, nonfiction.fr s’est associé à l’association des Jeunes Européens - Universités de Paris pour publier une série d’articles de fond sur l’avenir de l’Europe, qui permettront également de se rediriger vers d’autres publications ayant trait aux questions européennes.

Aujourd’hui, Nicolas Leron se penche sur la notion d’"Europe-protection", récemment mise en avant dans ses discours par Nicolas Sarkozy.


Le président Sarkozy a placé la présidence française du Conseil de l’Union européenne sous le signe de l’"Europe-protection" . L’Europe inquiète, rendons la bienveillante aux yeux des citoyens. Déjà, dans son discours du 13 novembre 2007 devant le Parlement européen, Nicolas Sarkozy, prenant acte du sentiment de défiance des citoyens à l’égard de l’Union, a voulu présenter celle-ci comme protectrice et non réductrice des identités nationales : "L’Europe doit faire en sorte de ne pas être vécu comme une menace contre les identités mais comme une protection" . Dans son discours du 10 juillet 2006 devant la même assemblée, Nicolas Sarkozy est allé plus loin en érigeant l’"Europe-protection" comme matrice de la présidence française : "la première [des priorités], c’est de montrer que l’Europe peut protéger [les citoyens européens]" . Les quatre priorités de la présidence française – défense, énergie et climat, agriculture et sécurité alimentaire, et immigration – doivent se lire à travers ce prisme .

Plus encore, il s’agit de faire de l’Europe un acteur premier au sein de la redéfinition de l’ordre international : "L’Europe ne peut être l’Europe aux yeux de tous les hommes que si elle défend des valeurs, des valeurs de civilisation, des valeurs spirituelles, qui si elle rassemble toutes ses forces pour défendre la diversité culturelle" . Par le biais de la protection, l’Union européenne cherche à (re)trouver une stature suscitant l’adhésion pour ne plus se reposer sur un consensus permissif en pleine érosion.

L’"Europe-protection" comme socle potentiel d’une relance européenne

L’Europe est en panne. Elle a besoin d’une nouvelle base sur laquelle bâtir le consensus nécessaire à tout approfondissement de l’intégration européenne. La notion de "marché", par sa polysémie, a pu jouer dans les années 1985-1995 le rôle de "répertoire stratégique d’idées" permettant de créer autour d’elle un consensus à court et moyen terme englobant des acteurs aux visions à long terme différentes, voire antagonistes . Pour les partisans d’une Europe comme vaste espace économique de libre échange (le Royaume-Uni de Margaret Thatcher), le marché intérieur devait correspondre à l’aboutissement de l’Union, tandis que pour les partisans d’une Europe politique (la France et l’Allemagne du couple Mitterrand-Kohl), le marché intérieur était pensé comme une étape majeure de l’approfondissement de l’intégration européenne. Cette notion de marché a été mobilisée par la Commission européenne (présidée par Jacques Delors) comme ressource stratégique autour de laquelle s’est axée la relance européenne, dont le point de départ fut le "Livre blanc sur l’achèvement du marché intérieur" de 1985 qui ouvrit la voie à l’Acte unique européen de 1986, puis au Traité de Maastricht de 1992 .

Mais à partir de la deuxième moitié des années 1990, la notion de marché n’a pu continuer à jouer ce rôle fédérateur. La prise de conscience du passage à une Europe politique, le décalage entre le succès de l’établissement du marché intérieur et l’échec relatif des politiques européennes, notamment dans le domaine social, ont sapé le compromis fragile sur lequel s’était construite la relance européenne .

L’"Europe-protection" comme signe de la présidence française amène la question de savoir si cette notion a le potentiel pour constituer le socle nécessaire sur lequel bâtir une nouvelle étape de l’intégration européenne, et subsidiairement si Nicolas Sarkozy en a l’objectif politique.

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1 commentaire

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Fanny Dubray

10/08/08 10:26
Cet article m'inspire un avis mitigé. De fait, il recourt à des concepts problématiques qu'il ne prends pas soin d'interroger, ni même de définir. Au premier rang, la notion d'identité et celle de protection. Qu'est-ce que notre identité? Ce qui fait que nous sommes identiques? Ici, seule l'identité nationale semble avoir sa place. Mais ne sommes-nous pas traversés par plusieurs identités? Quant à la notion de protection, elle est extrêmement ambivalente: est-il question de sécurité physique, de protection sociale, de bien-être moral? Plus que ces notions-mêmes, l'emploi qui a pu en être fait par Nicolas Sarkozy dans le contexte de sa politique d'immigration me paraît leur conférer un sens particulier. Enfin, l'association-même de ces termes tend à insister sur un danger pesant sur nos identités -nationales, même si le mot n'est pas évoqué. Le concept d'Europe-protection me semble donc jouer sur les craintes des peuples européens bien plus que sur leur adhésion. Crainte commune, voire crainte mutuelle. Pour répondre à la question de Nicolas, et si je peux me permettre un avis personnel et totalement subjectif. Non. La crainte, la peur, le repliement sur soi ne sont pas des valeurs sur lesquelles nous pourront construire, ou reconstruire, l'Europe.

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