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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Plus belle la vie d'usine
[vendredi 01 août 2008 - 10:00]
Travail, emploi, relations sociales
Couverture ouvrage
Notre usine est un roman
Sylvain Rossignol
Éditeur : La Découverte
420 pages
Résumé : Vie et mort d'un fleuron industriel français racontées avec brio. Un roman tout simplement indispensable. 
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À cette perspective historique des plus intéressantes, l’ouvrage possède un autre atout : une véritable analyse socio-anthropologique de cet univers industriel. On reconnaît chez l’auteur une connaissance pointue des rapports sociaux qui s’y tissent, et leur mise en récit est des plus habiles. La "valeur travail" pour reprendre un subtil slogan publicitaire de l’an précédent, recoupe en réalité une multiplicité de notions, en constante évolution. Ainsi, aux conflits autour du salaire par exemple se substituent ceux relevant des conditions de travail. Mais surtout les personnages soulignent l’importance du "sens" à donner à leur emploi : la fierté de travailler dans le domaine de la santé en est un, ébranlée lors du phagocytage de l’usine par les actionnaires. L’auteur souligne la diversité au sein de chaque échelon de l’entreprise, et l’importance des trajectoires sociales dans la construction de soi (pourquoi Chantal est-elle plus conservatrice alors que Marie Laure est très impliquée dans la lutte syndicale ?). En résultent de nombreuses tensions, jusqu’au cœur même des syndicats (entre "anciens" et "nouveaux"). Mais le lieu de travail n’est pas réductible au seul poste occupé, il est aussi un puissant facteur de socialisation, au travers de lieux de vie commune (le local CGT, le bar…). Le rôle des rites de passage, la transmission du savoir manuel, ou encore l’éthos ouvrier (ce rapport au corps si peu distancié, véritable conservatisme culturel doublé d’une constante solidarité) sont autant de données anthropologiques traitées en filigrane subtilement et intelligemment par un jeune écrivain à l’écriture exceptionnelle, alerte et didactique, jamais misérabiliste ni populiste. Un auteur fier de ses personnages.

Un roman indispensable et salutaire donc, à l’heure où les conséquences funestes de la mondialisation se renforcent jour après jour, où la casse des services publics de santé est bien avancée, où la propagande médiatique a réussi à faire croire au bien fondé de la fusion GdF-Suez. À tous ces éléments contemporains, Notre usine est un roman, vous fournira des outils pour comprendre et s’interroger.

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1 commentaire

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luc

01/08/08 14:59
C'est vrai que ce livre est à la fois un vrai roman et la meilleure introduction pour comprendre les transformations en cours dans le monde économique.
Ce qui est frappant c'est le talent de l'auteur, en tant qu'écrivain. C'est son premier livre ; on peut penser qu'on entendra parler de lui...

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