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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.

Regards lointains réunit les contributions d’un colloque, tenu en juin 2007 à la Sorbonne, autour d’une des œuvres les plus originales et les plus riches de Jean-Luc Lagarce : Le Pays lointain. Le projet de ce colloque, organisé par Denis Guénoun , était de solliciter des lecteurs qui ne soient pas nécessairement des spécialistes ni même des familiers du théâtre de Jean-Luc Lagarce et de cette œuvre en particulier. Se trouvaient ainsi présents la dramaturge Yasmina Reza, la romancière Pascale Roze, et trois philosophes : François-David Sebbah, Paola Marrati et Michel Deguy.
"En mon pays suis en terre lointaine" (Villon)
Dans cette pièce, il est question du retour du fils dans la maison familiale, après des années d’absence, pour annoncer sa mort prochaine, qu’au final il n’annoncera pas. Le pays natal, celui de la famille et de l’enfance, est devenu un pays lointain : "le retour au pays marque la rupture avec le familier, et la difficulté à apprivoiser ce qui pourtant aurait pu être si proche". L’exploration de cette distance constitue le fil directeur de ce colloque, et s’il s’agit de comprendre en quoi le familier peut devenir lointain, une des idées récurrentes des interventions réunies ici est, paradoxalement, la grande proximité que l’on peut ressentir avec ce Pays lointain. C’est l’un des tours de force de cette œuvre de Lagarce (et c’est bien par là qu’elle peut sans doute être comptée comme l’une des plus grande œuvres théâtrales de la fin du XXe siècle) que de nous reconduire à ce mystère de la littérature qu’on exprime simplement et naïvement lorsqu’on ressent qu’une œuvre nous "touche", nous "parle", nous "concerne", qu’il y va d’une certaine expérience humaine universelle. Et sur ce point, le pari de Denis Guénoun, de faire venir pour parler de ce texte des personnes qui n’ont aucune familiarité initiale avec lui, est tout à fait réussi et l’idée était très judicieuse : Yasmina Reza constate sa grande proximité "sur le fond" avec ce texte de Lagarce (p.37), le philosophe F.D. Sebbah, malgré tout ce qui peut le séparer de l’histoire racontée dans cette pièce ou de Lagarce, remarque qu’ "au sein de l’exhibition du singulier, de l’intime peut-être, ce qu’il y a de plus singulier en moi – et dans la différence même entre ces singularités – se retrouve et trouve son "expression". ‘C’est moi’ : j’ai envie d’aller jusqu’à dire ‘Jean-Luc Lagarce, c’est moi’" (p.50). La puissance du sujet du Pays lointain ne peut laisser indifférent : "Un tel sujet : faire la paix avec soi-même et avec les siens avant de mourir (…) résonne avec des préoccupations de notre vie à tous, les plus profondes" souligne également la romancière Pascale Roze.
Des sortes de choses dans un pays lointain
L’ouvrage s’ouvre sur l’intervention de Denis Guénoun, intitulée "Homosexualité transcendantale". Si l’utilisation de la notion kantienne de transcendantal entendue comme "condition de possibilité de l’expérience" peut sembler de prime abord quelque peu artificielle et forcée, le propos de Denis Guénoun est convaincant : ses analyses sont fines et nuancées, et l’usage qu’il fait du terme transcendantal s’avère habilement opératoire. Le point de départ de son intervention est le fait que Le Pays lointain propose de l’homosexualité masculine un mode de présence et de mise au jour très singulier, permettant de "penser la possibilité de l’expérience amoureuse comme telle, sa constitution originaire, sa condition" (p. 13) Car l’homosexualité ne concerne pas seulement, dans cette pièce, l’homosexualité toute seule, mais elle habite tout le texte, et déborde le champ qui lui est supposé étranger : les "champs de vie" des femmes, de l’hétérosexualité, de la famille, de l’amitié, sont marqués par cette homosexualité primordiale, condition de possibilité de toute proximité, si bien que l’on pourrait considérer ici "l’amour entre hommes comme autre chose qu’une affaire d’hommes, concernant les hommes seuls" (p. 23). Et c’est probablement l’une des raisons pour laquelle cette dernière œuvre de Lagarce, si personnelle, si intime, atteint au cœur même du particulier une forme d’universalité qui la rend si puissante : "c’est parce que l’homosexualité s’expose et se présente ici sans concéder le moindre repli au territoire identitaire des amours masculins(Denis Guénoun remarque avec justesse que la pièce ne présente jamais l’homosexualité comme une marque d’identité, comme une cause particulière de souffrance ou d’une certaine fierté. Si elle est omniprésente, on ne trouve pas dans la pièce d’homosexuels au sens strict, note-t-il) comme question posée adressée à la condition des vivants et à l’existence de tous, qu’elle est susceptible, depuis le regard le plus lointain, d’interroger le devenir primordial de l’humain" (p. 35).
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