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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Un destin brisé et accompli
[jeudi 24 juillet 2008 - 11:00]
Spectacle vivant
Couverture ouvrage
Le roman de Jean-Luc Lagarce
Jean-Pierre Thibaudat
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs
410 pages / 22,80 € sur
Résumé : La vie tortueuse de Jean-Luc Lagarce dans une biographie fouillée.
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Dans les papiers de Jean-Luc Lagarce, Jean-Pierre Thibaudat, dans le rôle du détective privé à vocation de biographe, trouva une phrase de Cioran que l’auteur disparu avait notée sur une feuille de papier : "Celui qui se survit rate… sa biographie. En fin de compte, ne peuvent être tenus pour accomplis que les destins brisés." Sous cet angle, la vie de Lagarce est accomplie ! Fauché à 38 ans par le sida ! Beaucoup d’écrivains et d’artistes ont le temps de constituer leurs archives, de faire le don de leurs manuscrits et de leurs correspondances à des bibliothèques et de préparer secrètement leur éventuelle vie posthume. Rien de tout cela avec l’auteur de Juste la fin du monde. Thibaudat dut ouvrir des cartons au contenu désordonné et enquêter auprès des proches. Son Roman de Jean-Luc Lagarce n’est pas moins un copieux ouvrage, suivant à la trace le personnage adolescent, charmant, aux cheveux bouclés, qui apparaît sur la couverture, jusqu’à l’homme au crâne ras, miné par une maladie dont il eut toujours et le courage l’élégance d’en parler, fort peu, pour ne pas dire jamais, à ses proches et dans ses œuvres de fiction.

Fils d’ouvriers liés à l’activité de Peugeot, Lagarce naquit en 1957 à Héricourt (Haute-Saône) et mourut à Paris en 1995. Le sida eut raison de lui, le tua encore plus tôt que Koltès, mort à l’âge de 39 ans, sans lui avoir laisser le temps d’acquérir la gloire qui auréola l’auteur de Roberto Zucco. Il était à la fois un dramaturge, un metteur en scène, un chef de troupe. Mais les mises en scène de ses textes qui eurent le plus de succès, Le Pays lointain, J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, Les Prétendants, furent réalisées après sa mort par François Rancillac, Joël Jouanneau, Stanislas Nordey, Jean-Pierre Vincent, Michel Raskine…

Quel combat fut sa vie ! Une fois arrivé à Besançon, le fils d’ouvrier fit son lycée, puis s’inscrivit en philo et au conservatoire. Il ne termina pas sa licence. Ce qui importait avant tout, c’était sa compagnie qu’il créa en 1978. À partir de là, le biographe relève et suit trois familles. "On peut parler de cercles qui s’empilent, se superposent, sans s’annuler, écrit-il. Il y a la famille de Valentigney (où habitent ses parents), la famille qu’il s’est choisie, celle de la Roulotte, et, partant, celle du théâtre, il y a Sandra, Théâtre Ouvert, il y a ses vies homosexuelles (de la baise anonyme et dure à l’amour fou), et il y a Dominique Hérard (son camarade de lycée devenu conseiller principal d’éducation)." Pour la Roulotte, il y a avant tout trois partenaires inséparables : Pascale Vurpillot, l’actrice Mireille Herbstmeyer et François Berreur (qui, acteur, deviendra metteur en scène et éditeur – les éditions des Solitaires intempestifs, c’est lui.) Homosexuel, Lagarce eut des amies femmes et faillit se marier ; mais, manifestement, il préféra et privilégia les aventures masculines.

Ses textes furent refusés par les comités de lecture, les subventions lui furent longtemps attribuées au compte-gouttes, ses mises en scène de textes d’autres auteurs plus appréciées que les mises en scène de ses propres pièces (celle de La Cantatrice chauve de Ionesco, reprise par les acteurs après la mort de Lagarce, tournait encore l’an derner, follement réjouissante !). Tel fut son quotidien, avec des éclaircies, des amitiés, des moments de bonheur, et le plaisir de trouver dans les mots le réconfort de l’ironie. Quand la maladie le frappe, il n’en est pas moins un chef de troupe estimé, dont les spectacles se jouent en France et à l’étranger, mais dans un renom si en deçà de ce qu’il méritait. Une grande obsession a nourri également ses désillusions (et c’est l’une des révélations du livre) : il aurait aimé être un romancier. Son seul roman, Les Adieux, si l’on excepte un essai envoyé à Gallimard dans sa jeunesse et dont il ne reste rien, est rejeté par les éditeurs et reste toujours inédit.

Titre du livre : Le roman de Jean-Luc Lagarce
Auteur : Jean-Pierre Thibaudat
Éditeur : Les Solitaires Intempestifs
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