On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.


Depuis la proclamation officielle de la naissance de l’État d’Israël, le 14 mai 1948, le territoire aujourd’hui partagé entre Israël et la Palestine a fait l’actualité internationale de manière ininterrompue. Par contraste, la période précédente demeure dans une relative obscurité. Il est vrai que, arrachée à son sommeil séculaire par l’expédition de Bonaparte en 1799, la région a constitué tout au long du XIXème et dans la première moitié du XXème siècle une entité aux contours incertains et au statut mal défini. C’est cette lacune que s’attache à combler ces deux ouvrages collectifs dirigés par Dominique Trimbur et Ran Aaronsohn. Le premier, originellement publié en 2001, est consacré à la période s’étendant de l’expédition napoléonienne à la déclaration Balfour en 1917 ; le second, publié en 2008, aborde la période suivante, de la déclaration Balfour à la proclamation de l’État d’Israël.
La Terre sainte dans le jeu des puissances
L’expédition de Bonaparte, si elle réveille l’intérêt économique et littéraire pour la Palestine, avivé par les romantiques français et allemands, n’a cependant pas de conséquences politiques immédiates. Il faut attendre les rivalités croissantes entre la Russie, très active en Palestine à travers le patriarcat grec-orthodoxe, et les puissances catholiques et protestantes pour que soit lancée une véritable course aux implantations sur le territoire. Dans ce contexte, la France joue un rôle prééminent, en tant que protectrice des catholiques latins – ce rôle étant reconnu dès les capitulations de 1770 par l’Empire ottoman. Dès lors, France, Grande-Bretagne, Russie, Italie, Autriche-Hongrie, Prusse activent les canaux traditionnels d’influence, dont les modalités sont décrites dans ce volume. En raison de la forte charge religieuse du territoire, les différentes communautés et congrégations religieuses jouent un rôle essentiel. La recherche de zones d’influence politico-économiques se double d’une lutte de légitimité religieuse, mettant en route un jeu complexe d’interactions entre facteurs de politique intérieure et nécessités de la politique étrangères. Dominique Trimbur et Catherine Nicault montrent ainsi que les tensions croissantes entre les autorités de la IIIème République et les congrégations n’empêchent pas le Quai d’Orsay de maintenir des relations harmonieuses avec celles-ci, grâce notamment à la personnalité des consuls de France successifs, tous fervents catholiques. La faiblesse croissante de la tutelle ottomane favorise ainsi l’obtention d’avantages économiques toujours plus importants, tandis que les différentes communautés religieuses ouvrent des hôpitaux et des établissements d’enseignements.
Dès la fin du XIXème siècle, un phénomène nouveau fait son apparition : l’émergence d’un intérêt des communautés juives d’Europe pour la Palestine. Là encore, les rivalités nationales interfèrent, l’Alliance israélite universelle, d’influence française, s’opposant au Hilfsverein der deutschen Juden, germanophone et plus porté vers l’orthodoxie. Les rivalités, notamment à propos de l’enseignement, iront croissant, se compliquant de l’émergence du mouvement sioniste, dont les objectifs sont différents, jusqu’à la Première Guerre Mondiale qui rebattra définitivement les cartes.
1 commentaire
Didier Spaier
Tome premier : 1799-1922 L'invention de la Terre sainte
Tome deuxième : 1922-1947 Une mission sacrée de civilisation
Tome troisième : 1947-1967 L'accomplissement des prophéties
Je ne sais pas ce qu'apportent de plus les deux tomes de Dominique Trimbour et Ran Aaronsohn, ne les ayant pas lus.
Didier