On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Après le journalisme, c’est au tour de la profession d’auteur de voir sa définition chamboulée par le participatisme exacerbé propre à Internet. Le réseau fourmille en effet d’initiatives permettant au quidam de devenir romancier en quelques clics.
NaNoWriMo (pour national novel writing month, ou “mois national d’écriture de roman ») est de celles là. Son principe est simple : chaque participant dispose d’une durée d’un mois précisément pour écrire un roman de 50 000 mots, soit 175 pages environ. Peut importe le contenu : l’important est de franchir la barre fatidique des 50 000 sans dépasser le temps imparti.
NaNoWriNo a le mérite de ne pas trop se prendre au sérieux. Point de prétention artistique là dedans : le but premier pour les participants n’est pas de créer des œuvres d’art, mais bien "d’impressionner les gens" grâce à l’icône Internet dûment gagné, à mettre en évidence sur le blog ou le site personnel.
Si cette initiative parvient à se démarquer des autres, c’est moins par son succès que par son déroutant crédo, assumé et affiché : "la quantité, pas la qualité". Partant de là, le principe même de cette "expérience" peut se voir comme un éloge au travail "vite fait" type production industrielle (le participant est contraint de fait d’écrire environ quatre pages par jour en moyenne). Ou alors, au contraire, on peut considérer qu’une fois énoncé, ce renoncement solennel à la qualité désamorce toute crainte et libère l’écriture. Enfin, on peut tout simplement se dire que Chris Baty et ses ouailles ont trouvé là le meilleur moyen d’attirer le chaland. La présentation de l’expérience par le site lui-même ("une des plus enchanteresses formes d’art de notre ère !", une "aventure littéraire" qui vous fera "superstar NaNoWriter pour toujours" si vous réussissez, mais de toute façon, "que vous soyez victorieux ou non, vous êtes exceptionnel de vous être lancé") ferait même pencher la balance de ce côté-là. Mais ne soyons pas cyniques…
En tout cas, ça marche : de 21 participants pour la première édition, en 1999, NaNoWriMo se targue d’avoir réuni près de 80 000 écrivains-à-durée-déterminée venus des quatre coins du globe (dont 13 000 seulement ont franchi la ligne d’arrivée, soit un petit 16 %...), et se diversifie en proposant depuis peu le NaNoFiMo ("mois national de finition de roman") et le NaNoEdMo ("mois national d’édition de roman"). Comme une petite entreprise qui monte, en somme![]()
2 commentaires
zekobel
Fred
je suis un peu étonné de la manière dont est traité cet évènement qui pour moi est marrant, sympa etc... son logo d'accueil est un marathonien du dimanche, je cours et j'apprécie de courir avec des gens connus dans cet univers, de la manière dont les gens jouent le jeu autour (..) Un groupe qui joue en pub se base sur le même principe, "j'essaie de faire au mieux pourquoi pas mon petit label mais en attendant je me fais semblant d'être une célébrité et les spectateurs sont autant acteurs et s'amusent aux fans d'un soir"... c'est cet esprit qui me plait dans le nano... loin des snobismes de la littérature et plus de légèreté (ce qui sauvera peut-être le livre de la star academy).
En ce qui concerne la technique est proche de celle que propose S King (ça n'est pas le meilleur exemple me direz-vous mais son livre Ecriture est pourl moins reconnu maintenant)... écrire 6 pages par jour, balancer son idée tant que 'est en effervescence, ensuite souffler et revoir le tout
le retravailler....
Moi qui suit partisan des plans et schémas, ça m'oblige à la spontanéité.. quant à un Levy ou un Nothomb, je ne pense pas qu'ils volent beaucoup plus haut qu'un nano...
C'est mon avis.. merci pour cet article toutefois.