Rédacteur

Professeur de science politique

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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(Ré)unir les Américains : l'enjeu de la nouvelle présidence
[mercredi 09 juillet 2008 - 14:00]
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La première tâche du nouveau président des États-Unis (Barack Obama ou John McCain, élu en novembre ne prendra ses fonctions qu’en janvier 2009) sera de (ré)unir ses concitoyens. C’est-à-dire de faire tenir ensemble des pans entiers de la société américaine que la présidence Bush a isolés, polarisés ou divisés. La politique menée par George W. Bush pendant huit ans a conduit à une plus grande disparité économique et sociale entre Américains, à des positions politiques de plus en plus radicales et à des visions de l’avenir du pays de moins en moins conciliables. Pour venir à bout des conséquences de cette période particulière de l’histoire du pays sur le plan intérieur, celle de la poursuite de la "Révolution conservatrice" commencée vingt ans plus tôt sous Reagan, le nouvel élu aura à faire face dès les premiers mois de son mandat en 2009 à trois grands défis "domestiques". Un défi économique : rompre avec l’héritage de son prédécesseur tout en faisant face à une conjoncture particulièrement dégradée ; un défi "sociétal" : proposer des règles de vie commune acceptables par le plus grand nombre malgré la profondeur des divergences sur les valeurs morales notamment ; et un défi identitaire qui rejoint en partie le précédent mais qui se joue davantage sur la conception que les Américains se font d’eux-mêmes comme nation malgré les tensions dues en particulier aux phénomènes migratoires. Ces défis ne seront pas moins difficiles à relever que ceux de la politique extérieure dont il est plus souvent question à l’étranger, à cause de l’effet grossissant de la crise irakienne. Cette difficulté sera d’autant plus grande que les deux dimensions, interne et externe, sont étroitement liées aux États-Unis sans doute plus que n’importe où ailleurs – qu’il s’agisse, par exemple, du budget ou de l’image donnée et perçue des États-Unis à travers le monde.


Un double défi économique

Le nouveau président américain devra faire face à la fois à l’héritage de Bush et à une conjoncture fortement dégradée. Les contraintes sont d’ailleurs si fortes que le programme proposé durant la campagne a peu de chances d’être appliqué en l’état. Elles sont d’abord le résultat de la politique menée par George W. Bush pendant ses deux mandats (2001-2008) : diminution des impôts pour les couches supérieures de la population (Paul Krugman a ainsi calculé que la moitié des réductions d’impôts engagées par l’Administration Bush sont allées aux 10% les plus riches de la population américaine ) ; augmentation considérable du budget consacré à la sécurité (intérieur et défense) – ainsi les dépenses militaires sont-elles passées d’un peu plus de 300 milliards de dollars en 2001 à plus de 700 aujourd’hui (elles représentent 4,6% du PIB) ; déficit des balances commerciale et des comptes courants (respectivement 765 et 850 milliards de dollars en 2006), déficit budgétaire (près de 3% du PIB désormais alors qu’il y a dix ans l’excédent représentait 2% du PIB) et endettement records. Ces déficits sont surtout le signe d’une Amérique qui vit grâce à l’épargne étrangère, ainsi les investisseurs non américains, notamment chinois, détiennent-ils 40% des obligations du Trésor et 35% de celles des entreprises. Face à cette fuite en avant autorisée notamment par un dollar durablement faible, en particulier face à l’euro, les revenus du travail ont stagné et les inégalités sociales se sont creusées. Ainsi, par exemple, le salaire minimum n’a-t-il été relevé qu’à l’arrivée de la majorité démocrate au Congrès en 2007 (cela faisait dix ans qu’il n’avait pas bougé…) ou encore les retraites fournies par les entreprises sont-elles passées de plus en plus du système de pensions garanties (dont le fameux exemple de General Motors a permis de mesure l’ampleur) à celui des comptes d’épargne personnels (dits 401(k)) qui fluctuent en fonction des aléas des marchés. La conjoncture internationale rend encore plus difficile toute action économique ou sociale : crise des prêts immobiliers à risque (subprimes), crise de l’immobilier, crise énergétique, crise alimentaire… Les Américains sont désormais confrontés à un renchérissement continu des matières premières et énergétiques alors qu’ils ne peuvent plus accéder au crédit aussi facilement qu’auparavant – ce qui leur permettait de faire face à la stagnation du pouvoir d’achat par exemple.

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