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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Comment vendre l'Europe
[dimanche 14 octobre 2007 - 12:00]
Susciter un élan populaire autour du projet européen a toujours été une gageure pour les responsables politiques. C'est particulièrement le cas en France, où les dirigeants donnent parfois le sentiment de ne pas y croire eux-mêmes. Pour le publicitaire Jacques Séguéla, qui a accordé un entretien sur ce thème à la Revue des Deux Mondes, le désamour pour l’Europe se nourrirait de "trois erreurs fatales" sur le plan de la communication.

L'Europe serait d’abord victime, soixante ans après ses débuts, de n’être encore qu’une idée inaboutie et laborieuse, à une époque frappée par une "frénésie de vitesse". Elle ferait également les frais d’une communication ratée, quasi exclusivement basée sur la monnaie unique, un "plébiscite technique" qui ne véhicule pas "la moindre émotion culturelle ou onirique" – une idée déjà formulée par un Jacques Delors affirmant qu'"on ne tombe pas amoureux d'un grand marché". La troisième erreur serait cet "élargissement à marche forcée", qui a décidément du mal à passer auprès des Français.

Pour autant, le résultat du référendum de 2005 ne traduirait pas un rejet de l’Europe, mais un vote anti-élites. Autrement dit, "voter 'merde' ce n’est pas dire non mais plutôt affirmer son désintérêt pour une cause mal vendue". On retrouve derrière cette formulation la foi du publicitaire dans la toute-puissance de son art, alors qu’on peut raisonnablement penser que le "non" français recouvre une réalité socio-économique complexe, qui dépasse de loin le seul domaine de la communication.

Jacques Séguéla propose de reconstruire le discours sur l'Europe autour de quatre "grandes familles" de valeurs. En premier lieu, "les valeurs humanistes, humanitaires et écologiques, ces valeurs durables qui mobilisent tous les jeunes européens autour d’elles". Viendrait ensuite "l’art de vivre européen", dont le centre de gravité se situerait au sud du continent, autour de la Méditerranée. Troisième valeur sur laquelle il faudrait insister, la "générosité", car "l'Europe est généreuse, et elle l'est naturellement, contrairement à d'autres cultures qui ne le sont qu'avec des arrière-pensées de business ou de mauvaise conscience". Le quatrième enjeu de mobilisation, le souci de combattre les déséquilibres Nord-Sud, est le corollaire du précédent.

A ce stade de son argumentation, on a l'impression que Jacques Séguéla n'invite plus seulement à promouvoir certains aspects de la construction européenne, mais qu'il assigne à l'Europe des missions précises, fondées sur des valeurs humanistes et généreuses. En ce sens, il confond plan de communication et programme politique – mais peut-être est-ce là une marque de fabrique du personnage, sinon un signe des temps.

Ce dont pâtit aujourd'hui l'Union européenne, c'est d'une absence de consensus sur ses grandes orientations politiques, qui la condamne à tenir un discours à dominante économique, parfois teinté de préoccupations sociales et, de plus en plus, de volontarisme humanitaire et écologique. C'est probablement en définissant clairement quelques priorités politiques – ce qu'elle n'a pas su faire au cours des dix dernières années, passées à résoudre des problèmes d'ordre institutionnel – que l'Europe pourra se doter d'une communication globale plus efficace, car adossée à des objectifs identifiables par l'opinion.


"Europe à vendre", entretien avec Jacques Séguéla, La Revue des Deux Mondes, septembre 2007, p. 162-167
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