Musiques
Around The World : Daft Punk
Violaine Schütz
Éditeur : Scali
Nostalgie, quand tu nous tiens.Les trentenaires prennent ici pour leur grade : c’était il y a dix ans et c’est déjà de l’Histoire. Le récit est alors une bonne occasion de se replonger dans nos sensations musicales de l’époque, qui appartiennent pourtant à l’épilogue d’une décennie pas très folichonne. Le style est clair, journalistique certes, loin d’être vierge des tics propres à la presse musicale, mais sans la complaisance que l’on y trouve également souvent. Évitant la béatitude de groupie, Violaine Schütz a construit son livre en s’appuyant sur force documents, témoignages originaux et extraits d’interviews. Elle l’introduit avec un premier chapitre pédagogique sur le contexte de la sortie d’
Around The World, puis se lance dans le vif du sujet sans en dépasser les limites. Loin de céder à l’envie d’en faire plus (ou trop), elle ne se concentre que sur
Homework, sans doute consciente que chacun des albums des Daft Punk mériterait un livre entier. Elle conclut cependant en évoquant les nombreux héritiers du groupe : les déjà cultes Klaxons, les jeunes Naive New Beaters et, bien sûr, Justice. Mais les Daft Punk, qu’on le veuille ou non, sont des dieux réputés indétrônables. Ils jouent avec virtuosité de la culture funk et rock à l’aide de boîtes à rythme précisément efficaces et de synthétiseurs transformés en instruments lyriques.
Ces dieux vivants, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Cristo, se cachent encore derrière l’apparence de robots. Gambadant dans les prés ou surplombant un urbanisme japonais, comme dans les photographies de Seb Janiak, ils n’ont jamais cessé de jouer avec l’imaginaire du masque. Ils ont rendu le vocoder sensuel, et donc sensiblement humain. Ils ont également joué du charme des personnages de mangas, avec
Discovery et
Interstella 5555. Ils ont enfin mis en scène la chute de leur être-au-monde-robot dans leur dernier album,
Human After All, et leur film, le planant
Electroma. Au-delà d’
Around The World et des machines de toutes sortes, les humains de Daft Punk ont réussi à établir un lien généreusement nourri d’affect avec leur public. Comme le dit Violaine Schütz,
Around The World a provoqué "une inflammation des sens, un endormissement immédiat de la conscience, une excitation irrémédiable des nerfs, trois minutes d’extase pure". Et Daft Punk fut.
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