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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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La gratuité dans les musées en question
[mercredi 25 juin 2008 - 12:00]
Françoise Benhamou, professeur à l'université de Rouen et chercheuse à l'université Paris-I, responsable de la filière Économie du patrimoine à l'Institut national du patrimoine, publie ce mois-ci dans la revue Esprit un article intitulé "Généraliser la gratuité des musées nationaux ? Une mauvaise réponse... à une mauvaise question".

Remarquant d'emblée que l'opposition gratuit / payant n'est pas pertinente pour les musées et la gestion du patrimoine, où tout un spectre jouant entre gratuité et droits d'accès est déjà en place, elle se propose de reposer la question, de la formuler autrement, afin d'avancer des pistes pour la dépasser. Se livrant d'abord à un historique de la notion de gratuité, qui ne date pas d'hier puisque le Louvre est accessible gratuitement dès son ouverture en 1793, elle enchaîne sur un état des lieux, notamment de l'expérience de gratuité lancée depuis le 1er janvier 2008 dans 14 musées nationaux. En tant qu'expérience, elle remarque son inutilité, pointant les formules s'appuyant sur la gratuité que beaucoup de collectivités locales ont déjà mises en place pour leurs musées, et son caractère néfaste pour la gestion de certains établissements.

L'ensemble de l'article analyse avec précision les coûts et les effets de la gratuité dans les musées, tant sur la fréquentation (ainsi la gratuité n'est pas forcément un argument pour faire venir un public), sur la qualité des collections et de l'entretien que sur la gestion de l'établissement, s'appuyant aussi parfois sur des exemples internationaux. Il s'agit de prendre en compte la tension qui existe entre la louable envie de rendre accessible à tous les grands chefs-d'oeuvres de notre patrimoine culturel et la nécessité de communiquer auprès d'une population, d'entretenir des locaux et des oeuvres et d'accueillir un public.


> Lire l'article de Françoise Benhamou, "Généraliser la gratuité des musées nationaux ?", intégralement en PDF.
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1 commentaire

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ludovic

30/06/08 16:29
Page 86, je trouve bizarre de citer le chauffage parmi les charges qui augmentent lorsque la fréquentation augmente : normalement plus il y a de personnes dans une salle d'une dimension donnée, plus la chaleur humaine augmente et moins il est nécessaire de la chauffer. Par ailleurs Christine Albanel a transformé en musée national payant le hameau de la reine à Versailles, naguère gratuit, bien que ce soit un simple jardin ouvert au vent et à la pluie, non chauffé.

Page 87 : « 1 % seulement des visiteurs interrogés déclarent venir au British Museum « parce que c’est gratuit » : pourquoi s'en étonner ? Ne faut-il pas s'attendre à ce que 99% des visiteurs viennent avant tout au musée pour voir les oeuvres ? Lorsque vous achetez du pain chez le boulanger, est-ce parce qu'il est cher ou parce qu'il n'est pas cher ou bien plutôt parce que vous avez faim ?

Page 94 : « Certaines études relèvent même un effet négatif sur la fréquentation imputable à une dévalorisation de l’institution induite symboliquement par la gratuité ». Voilà un effet très intéressant : les gens vont alors au musée pour de bonnes raisons et non pour d'obscures raisons symboliques. Placer les oeuvres dans une certaine nudité symbolique, en les dépouillant des discours et clichés qu'on leur fait habituellement porter, n'est-ce pas un objectif souhaitable ? Il est souhaitable par exemple, que le public se rende au musée du Louvre pour accéder à l'intelligence de l'égyptologie, et non pour céder à un quelconque effet de mode de l'égyptomanie.

Pages 97-98 : « les comportements changent, ils sont moins respectueux des œuvres » ? J'aimerais bien que Mme Benhamou élabore sa notion de "respect des oeuvres". S'agit-il de faire une génuflexion devant chaque statue au musée du Louvre ? N'a-t-on pas affaire au contraire avec la notion de "respect des oeuvres" à une symbolisation excessive qui frise le fétichisme, le culte de l'objet, culte qu'on retrouve avec les ventes de produits dérivés qui ressemblent beaucoup à ceux des lieux de pélerinages religieux, comme par exemple Lourdes, ses statuettes et ses chapelets en plastique coloré ?

La demande, page 107, de prendre en compte « la part des visiteurs nationaux » me rappelle plus le slogan étriqué « les Français d'abord » de Jean-Marie Le Pen qu'une politique moderne ouverte sur le monde et sur l'Europe. Si les Français accèdent gratuitement aux musées de Londres, est-ce scandaleux s'ils permettent aux Britanniques de visiter gratuitement les musées parisiens ?

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