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Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Obama, symbole de la politique postmoderne ?
[dimanche 11 mai 2008 - 09:00]
Amérique du Nord
Couverture ouvrage
Obama : le roman de la nouvelle Amérique
Audrey Claire
Éditeur : Le Rocher
Résumé :Un "faux livre" qui n’apprend rien de plus que la lecture des journaux, ni sur les Etats-Unis, ni sur la politique américaine, ni même sur Barack Obama.
Obama : le roman de la nouvelle Amérique a une particularité : son intérêt se limite à son introduction de neuf pages. Barack Obama y est présenté comme un homme politique postmoderne, non seulement par les ruptures - de génération, de sensibilité religieuse, de style et de vision politique - qu’il accomplit, mais surtout par la nature de son identité. En effet, l’identité de Barack Obama "n’est pas faite d’enracinement, elle n’est plus statique telle l’identité traditionnelle, mais faite de fluidité et de dynamisme"  . Cette identité complexe et fluctuante, due à ses origines ethniques et géographiques et à son parcours personnel, lui permettrait de comprendre la société américaine et de transcender les clivages, d’être, comme il l’aurait exprimé lui-même, "un écran blanc sur lequel des gens de bords politiques différents projettent leurs propres idées"  . Présenter Obama comme un symbole de la postmodernité en politique aurait pu être fertile et stimulant. Mais le problème, c’est que cette intuition reste à l’état embryonnaire, et qu’elle est noyée dans des considérations d’une grande banalité.  

Ce livre est d’autant plus décevant que l’auteur, Audrey Claire, se présente comme une spécialiste en stratégie politique, financière proche des Démocrates et de la nouvelle élite politique américaine. Il était donc légitime d’en attendre des éléments nouveaux sur Barack Obama et la campagne des primaires, et une réflexion appuyée sur une connaissance intime du milieu politique américain. Pourtant, faute d’ambition, en raison, peut-être, du cadre imposé par la collection « Le roman des lieux et destins magiques » des Editions du Rocher, l’ouvrage d’Audrey Claire n’apprend rien. Il n’est en effet qu’une litanie de passages obligés.


Un propos sans distance

La première partie du livre retrace d’abord le parcours de Barack Obama. Mais, s’appuyant sur ses propres écrits   et sur des articles de presse, l’auteur ne cherche en rien à porter un regard critique sur ces sources, et ne déconstruit pas le discours de Barack Obama. Elle reproduit ainsi les explications les plus courantes de sa personnalité et de ses motivations, en insistant notamment sur sa quête identitaire, au risque parfois d’adopter des positions psychologisantes un peu simplistes.

Pas plus que sur le parcours d’Obama, Audrey Claire n’apporte aucun éclairage particulier sur le déroulement des primaires. Le récit est uniquement factuel, abusivement centré sur les "rebondissements" de la campagne. Le propos est également extrêmement partisan, sans aucune distance, l’auteur n’hésitant pas à affirmer que "décidément (sic), Obama était un vrai poète de l’âme populaire (re-sic) !"  .

La dernière partie de l’ouvrage, enfin, se veut plus analytique. Audrey Claire tente de présenter les évolutions de la société américaine qui constituent les "facteurs de succès" de Barack Obama. A cet égard, on peut lui accorder l’intérêt de replacer le "phénomène Obama" dans l’émergence d’une génération d’hommes politiques noirs, jeunes, démocrates, souvent avocats, et porteurs de messages d’optimisme et d’unité, tels, par exemple, Harold Ford Jr., parlementaire du Tennessee, Adrian Fenty, maire de Washington, Cory Booker, maire de Newark, Deval Patrick, gouverneur du Massachusetts, ou encore Michael Nutter, maire de Philadelphie  . Mais pour le reste, ses analyses sur la lassitude américaine après les huit années de gouvernement Bush, l’opposition avec Hillary Clinton, ou les changements affectant l’appréhension de la race aux Etats-Unis restent désespérément superficielles.  


Un "quick book" ?

Aussi, à la fin de la lecture de ce livre, les questions soulevées par Barack Obama, au-delà de l’enthousiasme réel qu’il suscite, restent sans réponse, faute d’avoir été posées. En particulier, si l’on admet qu’il représente une figure de la postmodernité, que devient la politique dans ces conditions ? N’est-elle plus qu’un discours plastique, qui peut convaincre mais reste un peu vague ? Est-elle une action guidée par le seul pragmatisme, ou par des convictions plus profondes ? Peut-elle agir efficacement, finalement, sur une société de plus en plus complexe, et non sur sa seule représentation ?  

Obama : le roman de la nouvelle Amérique ne s’élève donc pas à la hauteur de son sujet. Il n’est, manifestement, qu’un "quick book", ou, pour reprendre l’expression d’Eric Vigne  , un "faux livre", qui correspond à l’air du temps, mais ne répond pas aux exigences de travail, de recherche et de réflexion que le lecteur est pourtant en droit d’attendre. Vite écrit, vite édité, vite diffusé… vite oublié.



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Crédit photo: Flickr/Transplanted Mountaineer
Titre du livre : Obama : le roman de la nouvelle Amérique
Auteur : Audrey Claire
Éditeur : Le Rocher
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1 commentaire

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Phrank Masson

11/05/08 12:09
C'est à se demander si, comme le candidat Sarko, Obama ne devient pas un eldorado éditorial de part la curiosité qu'il suscite. Pourtant, de fait, on a déja tout dit : papa parti, mamie gentille, étudiant appliqué, éducateur engagé, avocat brillant, sénateur conquérant... Un article du Nouvel Obs ou du Monde Diplo suffit à en faire le tour, et pour cause : il n'est pas un animal politique ayant multiplié les coups fourrés et les inimitiés.

Mais vues les stratégies éditoriales, il est bien évident que les "stratèges politiques", les "éminences grises", les "spin doctors" et autres "conseillers de l'ombre" - réels ou supposés, chomeurs ou salariés - vont tenter d'arrondir leurs fins de mois en produisant un opus analytique sur la poule aux oeufs d'or des libraires.

Le but étant juste de faire du pognon ou de se faire un nom, pas la peine d'attendre grand chose de ces trucs là. Depuis Stephanopoulos, rien de bien fabuleux sur les coulisses de la politique américaine. C'est bien dommage !

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