Les racines de l'Europe divisent les historiens
[vendredi 25 avril 2008 - 14:00]
Depuis quelques semaines, une polémique divise la communauté historienne, et les médiévistes en particulier. L'excellente collection "L'univers historique" des éditions du Seuil a en effet publié, en mars dernier, un livre qui n'est pas passé inaperçu. Prochainement chroniqué sur
nonfiction.fr, il s'intitule
Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne. Son auteur, Sylvain Gouguenheim, est professeur d'histoire médiévale à l'École normale supérieure de Lyon, et auteur notamment d'un ouvrage remarquable sur les
Chevaliers teutoniques (Tallandier, 2008).
Que nous dit-il ? En substance, l'héritage grec antique, prétendument disparu de l'Europe, n'aurait en réalité jamais été oublié (en témoigne l'activité de copie des oeuvres d'Aristote de l'abbaye du Mont-Saint Michel, dès le XIIe siècle), notamment en raison des liens avec Byzance et d'une volonté des élites de l'époque, dès les Carolingiens. Ainsi, l'Europe ne devrait que très peu à l'Islam dans la transmission du savoir antique - ce serait même l'inverse
. D'ailleurs, explique-t-il, l'hellénisation du monde musulman n'aurait été que superficielle, d'abord en raison de l'absence d'une connaissance directe de la langue grecque, d'une différence d'attitude vis-à-vis du savoir grec entre lettrés chrétiens et musulmans, et du statut du Coran
.
Positivement critiqué par Roger-Pol Droit dans
Le Monde des Livres du 4 avril dernier, l'ouvrage de Sylvain Gouguenheim a suscité trois nouveaux articles dans le supplément littéraire du grand quotidien du soir - dont ils couvrent entièrement la deuxième page -, daté de ce jour. Jean Birnbaum fait état de
quelques réactions (en particulier Alain de Libera), tandis que les médiévistes Gabriel Martinez-Gros et Julien Loiseau
contestent l'analyse de Gouguenheim, l'accusant d'établir une "hiérarchie des civilisations" et d'accointances avec l'extrême droite. Procès en sorcellerie ? Interviewé par
Le Monde,
Sylvain Gouguenheim, se défend de telles intentions et se dit "bouleversé par la virulence et la nature de ces attaques".
* Lire la critique d'Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne (Seuil), par Rémi Gaillard.
4 commentaires
Spartel
Le problème est connu : les éditions du Seuil.
La ligne éditoriale devient ultra- réactionnaire et maréchaliste.
Ne le dites surtout pas à Julliard.
Fred T.
http://www.passion-histoire.net/phpBB3/viewtopic.php?f=106&t=16841
Luc
C'est Le Seuil qui publie les mémoires de Pasqua, qui publie aussi Georges Frèche et tous les dissidents de droite du Parti socialiste. Que penser aussi du livre de Fabrice Hadjadj, "La profondeur des sexes", qui défend les positions les plus réactionnaires du Vatican. Il est vrai que c'est un militant monarchiste pur et dur... Ou du livre "Latin or not latin" qui défend la messe en latin ! ça commence à faire beaucoup et les fondateurs du Seuil doivent se retourner dans leur tombe !
backnano
http://passouline.blog.lemonde.fr/
"L’affaire Aristote, chronique d’un scandale annoncé"