Histoire

Les héros du sport : Une histoire des champions soviétiques (années 1930-années 1980)

Couverture ouvrage

Sylvain Dufraisse
Champ Vallon , 328 pages

Le sport soviétique, entre mythes et fantasmes
[lundi 15 avril 2019]


Louvrage de Sylvain Duffraisse se propose de mettre en perspective l'histoire du sport sovitique, entre mythes et fantasmes.

Les héros du sport de Sylvain Duffraisse est issu d’une thèse d’histoire sur ce même thème. Elle est fondée sur le dépouillement d’archives sportives, sociales et politiques de l’ex-URSS. L’auteur propose un découpage chronologique en trois grands temps afin de déployer son analyse. D’abord les années allant de la fondation du régime jusqu’à l’arrivée des Soviétiques dans les Jeux olympiques, correspondant à la mort de Staline. Ensuite, la transition au temps du khrouchtchévisme de la mort de Staline à l’avènement de Léonid Brejnev. Enfin, la dernière période qui court jusqu’aux années 1980.

 

Une valeur du régime

Le sport en Union soviétique n’est initialement pas une chose évidente : il est antinomique avec l’esprit révolutionnaire animant les premiers temps du régime. Mais, le sport est aussi un extraordinaire moyen de propagande et en même temps de formation d’une élite — sportive mais pouvant aussi rendre des services aux régimes, via les services de sécurité ou l’Armée rouge par exemple. Outre ces dimensions, le sport demeure surtout une activité de loisirs.

C’est avec le stalinisme triomphant que le sport s’installe durablement comme une valeur dans la société soviétique. Il s’agit de mettre en valeur les corps, la force physique mais aussi de vanter l’Union soviétique, son éducation ou son hygiène, à grand renfort de propagande. Ce qui sous-entend aussi d’organiser, de repérer et développer les organismes sportifs.

Des filières pour développer le sport de haut niveau sont mises en place. Elles sont structurées essentiellement par l’armée et les services de sécurité. Le pouvoir privilégie quelques disciplines : athlétisme, confrontation (boxe, escrime, etc.) et la glace.

Enfin, dans cette première période, les grands sportifs deviennent des objets de propagande mélangeant le culte de la personnalité et des modes de vie, valorisant l’hygiène ou les valeurs patriotiques nées de la grande guerre.

 

L’entrée dans la compétition olympique

La participation de l’URSS aux Jeux olympiques de Stockholm en 1952 ouvre une nouvelle phase que la mort de Staline accélère. Les échanges internationaux commencent à se développer. Il s’agit pour l’URSS de placer le pays à la première place, comme Nikita Khrouchtchev y invite dans le modèle productif ou dans les relations internationales. Les confrontations avec l’étranger deviennent un moyen d’affirmer la supériorité du communisme sur le capitalisme.

La personnalisation du sport n’est pas sans poser quelques problèmes à la propagande soviétique. Que ce soit le vol de chapeaux en Angleterre par Nina Ponoimarëva, la lanceuse de disques, qui entraine une mini crise diplomatique assez rocambolesque, ou le passage à l’Ouest de quelques figures du sport soviétique et, plus largement, des pays d’Europe de l’Est comme le « 11 en or » de l’équipe hongroise de football.

Les sportifs deviennent, à l’intérieur des frontières de l’Union, l’objet d’un véritable culte à l’image de Lidija Skoblikova qui reçoit à sa demande sa carte du Parti des mains de Khrouchtchev, sans passer par les différentes étapes du cursus honorum communiste. Ils sont soit instrumentalisés par le régime soit parfois utilisés par la population. L’URSS entre par ce biais dans la fabrique des champions. Ces héros modernes, par leur statut, entrent dans le monde « des plus égaux que d’autres », pour paraphraser Orwell et se voient attribuer des compensations matérielles (argent, logement, etc.).

 

Une vitrine de la propagande soviétique

Dans les années 1970-1980, le sport devient une véritable vitrine de la propagande soviétique. L’objectif pour les hiérarques soviétiques est que les Jeux olympiques de Moscou en constituent l’apothéose. Les sportifs doivent en être les ambassadeurs et porter les lettres de noblesse de l’Union. Mais, le modèle se confronte à la réalité. La propagande n’avait pas pensé au boycott des JO de Moscou en 1980. De même, si le dopage était légalisé, les mécanismes de contrôle se développant ont rendu nombre de sportifs suspects.

Enfin, la contestation du modèle soviétique est aussi passée par le sport. L’effondrement rapide de l’URSS a laissé un vide, et les structures ont été partiellement et temporairement démantelées. Il reste aujourd’hui en Russie un certain nombre d’aspects qui ont structuré le sport en URSS. La présence du FSB et le caractère propagandiste du sport demeurent des constantes.

 

Dans ce livre important, Sylvain Dufraisse montre que le sport soviétique a été finalement à l’image de l’URSS : la propagande aura recouvert une réalité plus complexe.

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