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Histoire

Histoire de la révolution française - Tomes I et II

Couverture ouvrage

Jules Michelet
Gallimard , 1504 pages

Michelet réédité : un monument littéraire pour la Révolution française
[lundi 18 mars 2019]


Cette nouvelle dition, dirige par Paule Petitier, reproduit le texte de ldition originale parue en sept volumes entre 1847 et 1853.

L’Histoire de la Révolution française de Jules Michelet avait déjà été publiée dans la Pléiade en 1962, par l’historien Gérard Walter qui s’était appuyé sur l’édition parue en 1868-1869 chez Lacroix, dernière édition publiée du vivant de l’auteur mort en février 1874. « La décision de donner à lire cet état de l’œuvre […] tient à la volonté de mettre en lumière les scansions initiales d’une œuvre dont la publication s’est étendue sur sept années. Chaque tome […] a sa propre tonalité et développe ses propres questionnements, liés à l’actualité politique et sociale qui évolue très vite de la fin de la monarchie de Juillet au début du Second Empire », explique Paule Petitier. La création de cette œuvre a été « entremêlée aux soubresauts de l’histoire », ce dont cette nouvelle édition peut rendre compte. Au moment où paraît le tome premier, en 1847, Michelet est un historien reconnu, directeur de la section historique des Archives depuis 1830, professeur au Collège de France depuis 1838. Quand sort le dernier volume en 1853, il a connu la tourmente des événements, perdu sa chaire au Collège et son poste aux Archives, quitté Paris ; il est devenu « un exilé de l’intérieur ». Il a en effet refusé en 1852 de prêter le serment exigé des fonctionnaires. Le récit de la Révolution de 1789 est comme traversé par l’histoire en train de se faire, de la révolution de 1848 au prince-président et au coup d’État du 2 décembre 1851. Le passé et le présent s’entrecroisent. La Deuxième République agonise tandis que Michelet tente de faire revivre l’esprit de la Révolution qui est pour lui aussi bien une « Révélation ».

 

Redonner son âme au peuple

Jusqu’au cinquième tome, Michelet adopte une composition en diptyque. Dans le premier tome, chacun des deux livres montre un mouvement qui conduit à une victoire des forces révolutionnaires populaires. La Révolution est définie par le mouvement d’un peuple qui se dresse. Elle est l’avènement du peuple, en même temps que la conquête de la liberté. « Le seul 14 juillet fut le jour du peuple entier ». Paule Petitier explique très bien cette primauté du peuple dans le processus révolutionnaire selon Michelet : « Dans les trois premiers livres, la Révolution est une rupture parce qu’elle amène à l’existence, à la parole et à l’action, cette entité jusque-là virtuelle dans l’histoire, le peuple. La construction du début de l’œuvre établit en effet une équivalence entre le peuple et la Révolution. La Révolution est ce que fait le peuple et ce par quoi le peuple se fait lui-même. » Ensuite se met en place un mouvement général de contraction : « L’histoire de la Révolution est celle d’un lent rétrécissement, conduisant de l’unanimité de 1789 à l’extrême concentration de l’été 1794 où, selon Michelet, Robespierre détient tous les pouvoirs. […] En posant le point final de la Révolution au 9 thermidor, Michelet insiste sur les éléments sans lesquels il n’y a plus de dynamique révolutionnaire : la mobilisation populaire, l’exigence démocratique (telle qu’elle se traduit en particulier dans la Constitution de 1793) et l’aspiration à l’égalité. »

 

Une place pour les femmes

Le lecteur contemporain est frappé par la place considérable que Michelet accorde aux femmes. Leur statut le préoccupe. Leur mise à l’écart de la vie civique est, selon lui, une des causes profondes de l’échec de la démocratie politique. « Qu’on sache bien qu’une société qui ne s’occupe pas de l’éducation des femmes et qui n’en est pas maîtresse est une société perdue », écrit-il. Pour lui, les révolutionnaires se sont privés d’un concours essentiel en abandonnant l’éducation des femmes au clergé. « Les femmes règnent en 91, par le sentiment, par la passion, par la supériorité aussi ». Et l’historien de dresser le portrait de nombreuses femmes ayant marqué la période révolutionnaire comme Mme de Staël, Mme Roland (qui « donne à l’idée républicaine la force morale de son âme stoïque et de son charme passionné ») et Olympe de Gouges, dont il rappelle cette phrase en forme de slogan en faveur des droits civiques des femmes : « Elles ont bien le droit de monter à la tribune, puisqu’elles ont le droit de monter à l’échafaud. »

 

« Un des grands forgerons de la prose moderne »

« Génie authentique et prosateur de grande classe », selon Sartre, Michelet a inspiré de grands écrivains comme Proust, Claude Simon (qui s’approprie clandestinement plusieurs phrases de l’Histoire de la Révolution française dans Les Géorgiques, roman paru en 1981) ou Pierre Michon, notamment dans Les Onze en 2009. Sa prose allie l’éloquence aux images violentes, fond la solennité de l’ancienne rhétorique avec la crudité de la langue réaliste ou la bonhomie du registre populaire. Comme l’explique l’éditrice, « avant Flaubert, Michelet use des discours direct ou indirect libres pour retranscrire les paroles ou les pensées des personnages historiques, et ainsi brouiller les frontières du discours et du récit. Sa prose rythmique est capable de tout accueillir, tant l’exceptionnel que le quotidien, et l’événement aussi bien que la coulée des jours. […] Donnant à l’histoire une dimension esthétique marquée, créant des tableaux flamboyants, des portraits hantés et des scènes qui obsèdent longtemps, il a contribué à faire du passé, de sa mémoire et de son archéologie, la matière d’un nouvel art. » Il déteste Hébert, dont « l’infâme Père Duchesne » est décrit comme « cet excrément du journalisme ». Son portrait de Marat inspire l’horreur : « Le nez au vent, retroussé, vaniteux, aspirant tous les souffles de popularité, les lèves fades comme vomissantes, prêtes, en effet, à vomir au hasard l’injure et les fausses nouvelles, il dégoûtait, indignait, faisait rire. Mais sur cet ensemble bizarre, on croyait lire Septembre, et l’on ne riait plus. »

 

Michelet est le chantre de notre roman national. Paule Petitier fait bien sentir les critiques qu’on peut faire à cette écriture qui crée « une zone franche où les idées se mêlent, une zone d’intersubjectivité entre lui-même et les personnages dont il traite » : « Absence de rigueur, se récriera-t-on. Démon de l’imagination, faiblesse d’une approche psychologique… Mais lorsqu’il s’agit de faire comprendre comment se crée une conscience commune capable de dépasser les conditionnements antérieurs – c’est-à-dire le mystère d’une révolution – a-t-on trouvé moyen qui allie plus de réussite esthétique à plus d’intelligence historique ? » Il faut donc saluer le travail de cette équipe formée pour moitié d’historiens (de la Révolution française et du XIXe siècle) et pour moitié de spécialistes de la littérature française des XVIIIe et XIXe siècles, qui fait dialoguer les disciplines pour éclairer notre présent et souligner le talent de Michelet dans sa description du réveil d’une nation qui se découvre souveraine.

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