Suivez-nous

FacebookRSS

Economie

Machine, Platform, Crowd: Harnessing Our Digital Future

Couverture ouvrage

Erik Brynjolfsson Andrew McAfee
W. W. Norton , 416 pages

Le numérique : un futur âge d'or ?
[jeudi 12 octobre 2017]


Le dveloppement de l'apprentissage profond, des plateformes et du partage du savoir via le web seront-ils sources de changements positifs ?

Dans l’ouvrage Machine, Platform, Crowd , Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson analysent l’impact économique de l’augmentation des performances des ordinateurs, des nouveaux systèmes d’offres et des nouveaux modes de communication offerts par Internet. Cet ouvrage prolonge, en adoptant une approche plus microéconomique, la réflexion qu’ils avaient menée dans leur précédent ouvrage Le deuxième âge de la machine.

 

L’apprentissage profond : un concurrent de l’intelligence humaine ?

Grâce à l’augmentation des performances des outils informatiques et des algorithmes, les ordinateurs sont désormais capables d’effectuer des tâches qui ne sont pas uniquement préprogrammées ou répétitives. Grâce à l’augmentation des données disponibles et la sophistication croissante des algorithmes, les machines sont désormais capables d’effectuer des tâches qui exigent des réponses qui prennent en compte la spécificité de chaque situation.

Les systèmes informatiques peuvent être testés et améliorés au fil du temps grâce notamment à la méthode de l’apprentissage profond (« Deep Learning »). Cette méthode, qui permet d’enseigner aux machines à apprendre par elles-mêmes, tente d’imiter le fonctionnement neuronal du cerveau humain, par le biais d’un réseau de neurones artificiels composé de milliers d’unités de calcul. Ces neurones, qui sont organisés en couches hiérarchiques, catégorisent les informations les plus simples, avant de passer aux données les plus compliquées. Lorsque le programme a accumulé les informations sur les éléments de base, il peut alors les réorganiser de manière autonome et de différentes manières en blocs plus complexes. Grâce à la mise au point d’une nouvelle génération de puces graphiques (GPU) et l’accès à une quantité croissante de données, cette approche, qui a commencé à rencontrer des succès significatifs à la fin des années 2000, est devenue le mode privilégié de programmation des systèmes informatiques sophistiqués.

Les machines, qui sont fiables, peuvent remplir des tâches de plus en plus sophistiquées en proposant des solutions plus adaptées que celles proposées par l’homme. Selon les auteurs, les hommes reconnaissent difficilement leurs erreurs, éprouvent des difficultés pour corriger leurs biais cognitifs et sont toujours susceptibles de répéter leurs erreurs . Cependant, l’homme a la capacité de faire face à l’imprévu et fait preuve de bon sens. Selon les auteurs, la combinaison optimale entre l’homme et la machine est de laisser aux machines le soin de proposer les décisions tandis que l’homme vérifie la cohérence de cette décision et intervient dans les situations exceptionnelles.

 

Le pouvoir des plateformes sur les marchés

Selon les auteurs, les caractéristiques techniques d’une plateforme sur Internet lui fournissent l’avantage suivant : au regard du nombre de ses clients, le coût de sa création, de son entretien et de son accès est très faible. Pour analyser l’impact économique de ces plateformes, les auteurs s’appuient sur les conclusions de la théorie économique des marchés bifaces qui est apparue au début du XXIème siècle notamment sous l’impulsion du prix Nobel d’économie, Jean Tirole. Selon cette théorie, ce type de marché a deux caractéristiques majeures : d’une part, deux catégories d’agents interagissent grâce à une interface ou un intermédiaire et, d’autre part, les décisions d’une catégorie d’agents ont un impact sur le bien-être ou le comportement de l’autre catégorie. Les plateformes bouleversent la dynamique de l’offre et de la demande sur les marchés où elles existent en raison notamment de leurs stratégies flexibles et sophistiquées : offre de produits gratuits, formules d’abonnement, offre combinée etc. Grâce à leur système de récupération de données, les plateformes disposent de nombreuses informations sur leurs clients ce qui leur permet de mettre en œuvre des stratégies de vente très adaptées ou de vendre ces informations à d’autres entreprises.

Les plateformes, qui opéraient initialement essentiellement dans le secteur de l’information et des produits culturels, concernent dorénavant tous les secteurs de l’économie (« online to offline » (O2O)). Selon les auteurs, ces plateformes offrent un avantage très important : la liquidité, c’est-à-dire la certitude de pouvoir effectuer la transaction sans avoir à changer le prix significativement. En outre, d’un point de vue économique, elles améliorent l’utilisation de certains biens, qui, sans ces plateformes commerciales, demeurerait faible.

Si elle atteint un certain niveau de développement, la plateforme a des coûts marginaux très faibles qui lui permettent de détenir une position dominante et d’avoir une profitabilité exceptionnelle. Les plateformes accroissent la concurrence sur les marchés des biens et des services en réduisant les barrières à l’entrée, en banalisant les offres et en faisant baisser les prix. Ces plateformes menacent certaines entreprises établies ou certaines professions qui perdent le contact direct avec leurs clients et qui doivent subir la concurrence de nouveaux entrants.

 

Le partage du savoir

Le Web, en mettant à disposition une multitude d’informations en croissance et en évolution permanente, transforme le système des productions intellectuelles et remet en cause les hiérarchies traditionnelles. L’accès aisé à de multiples expertises individuelles et à des connaissances variées crée une intelligence collective sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, on estime qu’environ 130 millions de livres ont été publiés depuis le début de l’humanité dont 30 millions sont accessibles à la bibliothèque du Congrès américain, qui est la plus grande bibliothèque du monde. À titre de comparaison, le web contenait environ 45 milliards de pages et le web permet l’accès à 25 millions d’ouvrages.

Le partage de ce savoir et de ces compétences bouleverse les hiérarchies fondées traditionnellement sur les diplômes et la séniorité. Plus précisément, une foule d’individus qui collaborent est plus compétente qu’une poignée d’experts. En effet, le savoir se développe si vite qu’il est difficile pour les individus de connaître de manière exhaustive et immédiate toutes ses avancées. Par ailleurs, l’étude de nombreuses questions bénéficie de la confrontation d’approches fondées sur des perspectives variées.

Le développement des technologies de l’information et de communication a permis le développement de l’externalisation, de la délocalisation et du recours au travail indépendant. Les différentes tâches d’un processus de production ou intervenant dans la fourniture d’un service ne sont plus exclusivement accomplies dans le cadre d’une organisation unifiée et hiérarchisée. En outre, le financement communautaire (« crowdfunding »), et plus généralement le contact direct aisé avec les consommateurs, ont modifié la séquence des étapes de la production : la production ou la mise sur le marché n’intervient que si, préalablement, un nombre suffisant d’investisseurs ont financé la production ou d’acheteurs ont acheté le produit ou le service.

Cependant, selon les auteurs, les entreprises ne sont pas condamnées à disparaître en raison de l’imperfection des contrats . Les entreprises existent en grande partie parce que des contrats complets qui fonctionnent parfaitement sont impossibles à rédiger et non pas parce qu’ils sont trop difficiles à appliquer. Une entreprise, qui est un ensemble d’actifs physiques et intangibles, soumis à une propriété unifiée et à un contrôle unique, permet l’allocation des droits de propriété et du pouvoir de décision pour remédier à l’incomplétude des contrats.

Selon les auteurs, les entreprises ont un besoin croissant de cadres dotés de capacités relationnelles et de gestion d’équipes en raison de la complexité croissante de l’environnement des entreprises, de la nécessité de convaincre les collaborateurs et de créer des communautés de travail. Dans ce cadre, bien que les structures hiérarchiques continuent d’exister, les entreprises doivent être à l’écoute des idées innovantes qui sont formulées par les jeunes collaborateurs ou ceux qui ne se trouvent pas dans les départements d’innovation. Ensuite, les entreprises doivent faire preuve de transparence et être capables de partager l’information.

 

Un avenir radieux ?

Cet ouvrage conduit à s’interroger sur l’ampleur et la nature des changements décrits. Les auteurs estiment que les changements, qui sont déjà profonds, devraient se poursuivre dans les années à venir. En outre, ces changements sont positifs car ils améliorent le bien-être des individus . Les auteurs, qui sont résolument optimistes, s’inscrivent dans une perspective libérale. La digitalisation améliore le fonctionnement du marché et le marché permet l’exploitation des opportunités offertes par la digitalisation. Selon eux, Internet permet à une économie de marché de fonctionner pleinement grâce à l’échange et la collecte d’un maximum d’informations et en réduisant les coûts de friction. Mais tous ces constats méritent d’être examinés.

Tout d’abord, les auteurs supposent que l’augmentation de la capacité des ordinateurs devrait se poursuivre dans le futur en particulier grâce à la « loi » de Moore. Selon cette « loi », le nombre de circuits intégré sur une puce de silicium double tous les 18 mois et, depuis le milieu des années 1970, tous les 2 ans. Fondée sur l’observation statistique, la poursuite de cette loi fait l’objet de nombreux débats. Cependant, à technologie inchangée, la « loi » de Moore devrait se heurter à une barrière physique et le coût des investissements dans le secteur des semi-conducteurs devient exorbitant. Surtout, il n’existe pas de consensus sur l’évolution future de la performance des composants et des ordinateurs .

Un algorithme est un modèle qui est une représentation abstraite et statistique de la réalité et dont le fonctionnement repose sur l’existence de données quantifiées. Ce modèle est une représentation simplifiée de la réalité qui repose implicitement ou explicitement sur des hypothèses qui peuvent être discutables : les algorithmes utilisent des modèles probabilistes reposant sur des approximations statistiques et ils supposent l’invariabilité de l’environnement pour effectuer des déductions prédictives. Cependant, en raison de leur utilisation très répandue, l’utilisation des algorithmes favorise le mimétisme des comportements et accroît l’ampleur et la vitesse des phénomènes de contagion.

Mais ces modèles sont limités à la fois en raison de leurs hypothèses qui ne peuvent prendre en compte que certains aspects de la réalité et l’insuffisance de données. Enfin, bien que cela soit débattu, certains pensent que l’apprentissage profond est un apprentissage supervisé qui demeure incapable de déboucher sur l’élaboration de nouveaux concepts dont seul l’esprit humain est capable.

Un des fondements du succès économique des plateformes, en particulier celles qui ne sont pas rémunérées pas leurs utilisateurs, est l’exploitation directe ou la revente de données individuelles collectées gratuitement. Dans ce cadre, l’utilisation gratuite des plateformes repose sur une contribution non rémunérée de leurs utilisateurs qui fournissent des données sur eux-mêmes. Outre les questions économiques, l’utilisation de ces données personnelles soulève des problèmes juridiques quant au consentement accordé par les individus et la protection de la vie privée.

Bien que les auteurs ne traitent pas de ces sujets en profondeur, ces plateformes bouleversent la dynamique des marchés de deux façons. Tout d’abord, la frontière entre le marché et le « hors-marché » devient plus floue et plus poreuse : par exemple, des biens qui n’étaient pas utilisés de manière continue précédemment (par exemple, les appartements des particuliers) peuvent faire l’objet de transactions qui permettent d’accroître leur utilisation. D’autre part, elles favorisent l’émergence de position dominante sur de nombreux marchés. Ces deux évolutions posent des défis à la puissance publique notamment pour prélever l’impôt et réguler les marchés.

Enfin, il est possible de se demander si l’analyse des auteurs, qui se limitent à une approche économique, est suffisante pour traiter des bouleversements actuellement à l’œuvre. Grâce à leur ubiquité et la rapidité des évolutions, les nouvelles technologies de l’information, en particulier Internet, changent les comportements des individus et leurs modes de vie . Cet ouvrage est donc une bonne mise au point mais ne saurait prétendre épuiser le sujet.

Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

3 commentaires

Avatar

Leon

14/10/17 15:38
Les auteurs écrivent que « Un algorithme est un modèle qui utilise des modèles probabilistes reposant sur des approximations statistiques et ils supposent linvariabilité de lenvironnement pour effectuer des déductions prédictive »s.
Sauf que Un mémoire de recherche présenté par Olivier Hoste de lUniversité de Louvain témoigne autrement. Il écrit :
« Lalgorithme génétique est un algorithme dont la forme est plus sophistiquée que celle de lalgorithme traditionnel. Sa grande particularité réside dans sa capacité impressionnante à apprendre de ses erreurs passées. Parfois appelé algorithme dapprentissage Grâce à ce pouvoir de mémorisation lalgorithme est capable dadapter son comportement Possédant sa propre autonomie, le comportement de lAG face à une situation concrète est plus difficilement prévisible, et ce même pour son propre concepteur ».
Lapprenti sorcier mis en musique par Paul Dukas.
Lien vers la source : http://dial.uclouvain.be/memoire/ucl/fr/object/thesis%3A2532/datastream/PDF_01/view


Avatar

Franois Carmignola

12/10/17 21:40
"Un algorithme est un modèle qui est une représentation abstraite et statistique de la réalité et dont le fonctionnement repose sur lexistence de données quantifiées."

Etrange définition sortie de nulle part.... Un algorithme n'a strictement rien de statistique en général. Par exemple, un algorithme de tri. Quand à la représentation de la "réalité", vous repasserez. Bref choucroute.
Avatar

Jean B

12/10/17 10:33
On pourrait sans doute évoquer également le risque de perte de contrôle par l'homme de ces machines ou encore les disparitions d'emplois que ces développements font craindre, même si ces mêmes auteurs font partie des plus optimistes sur le sujet.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr