Nelson Mandela : l'héritage d'un symbole
[vendredi 06 dcembre 2013]



Décédé à l’âge de 95 ans dans la nuit du jeudi  5 décembre à Johannesburg, Nelson Mandela, exemple de courage et d’engagement politique, laisse en héritage à l’Afrique du Sud et au monde entier les valeurs fondamentales qu’il incarne : la paix par la réconciliation et la sagesse du pardon.

Inculpé en 1967 en réactions aux opérations de sabotages de l’ANC, oppositions violentes contre le parti nationaliste (non sans avoir lutté pacifiquement de 1944 à 1961 contre l’apartheid), il devient un symbole des combats pour l’égalité raciale à sa sortie de prison le 11 février 1990. Il y travaillera jusqu’à sa mort, toute la communauté internationale lui voue une reconnaissance hors du commun.

Nonfiction.fr vous propose de redécouvrir les articles qui mettent en perspective les enjeux politiques et sociaux de l’Afrique du Sud aujourd’hui que ce "dernier des héros" (qualificatif récurrent par lequel la presse et les dirigeants internationaux ce matin lui rendent hommage) aura tant contribué à transformer.

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1 commentaire

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Serge ULESKI

07/12/13 22:33
Nelson Mandela : l'homme qui lave plus blanc malgré lui...


***



« Nelson Mandela entre au Congrès national africain (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, mises en place par le gouvernement du Parti national à partir de 1948. L'ANC est interdit en 1960, et la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC en 1961. Le 12 juillet 1963, il est arrêté puis condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. »


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Si Mandela a été un temps le plus courageux des activistes, il aura été, contrairement à ce qui a pu être affirmé ici et là, lhomme le moins influent d'une Afrique du Sud post-apartheid ; doù lunanimité autour de lui en ce jour de deuil international car lOligarchie mondiale et ses représentants naiment rien tant que les insoumis rentrés dans le rang, qui plus est... symboles et icônes dun pacifisme fruit d'un renoncement qui a bien dû en rassurer plus dun.

Après sa libération et la fin de lapartheid, si Nelson Mandela avait engagé, sans faiblesse ni compromission, une véritable politique de lutte pour une justice sociale en faveur de ceux qui en ont été longtemps privés, on peut sans risque parier qu'il aurait été beaucoup moins unanimement célébré pour tous les chefs dEtat de la planète, et en priorité par ceux qui appartiennent à ce quil est maintenant convenu dappeler lEmpire ; entité qui assure la progression dune mondialisation sans scrupules au service dun monde unipolaire.


Drapeaux en berne sur l'Elysée, portrait de Mandela sur le Quai d'Orsay ; un François Hollande qui, voici quelques jours encore, célébrait aux côtés dun Netanyahu volubile un Etat qui depuis 1967 na sans doute plus rien à envier à lAfrique du Sud de lapartheid (comme un fait exprès, Israël - avec la Grande Bretagne de Thatcher -, sera le plus fidèle allié de lAfrique du Sud et son principal fournisseur d'armes durant ces années - 1), sans oublier une politique africaine, plus connue sous le nom de « Françafrique » - un des plus longs scandales de notre République -, qui vise le plus souvent à exploiter les ressources naturelles et géopolitiques des pays francophones. Et tous les moyens sont bons pour protéger les intérêts des multinationales françaises : la corruption, le meurtre, la manipulation et la guerre.

Quant à Obama, il na pas perdu de temps ! Oiseau de proie déjà juché sur son perchoir, serpent aussi, à tenter darracher un peu de sa superbe à un homme qui nest plus là pour sy opposer ou bien pour donner son accord tel un don dorgane de moralité -, Obama se sert au passage. Pourquoi se gêner après tout ? Qui osera lui contester ce hold-up sur la personne de Mandela ? Lui qui aura servi au monde une Présidence pour rien ou pour si peu en comparaison de ce que des millions dindividus pensaient pouvoir encore espérer de celui quils avaient la naïveté de prendre pour lun des leurs

Car enfin, pour la liberté et la justice de qui tous ces hommeslà seraient-ils prêts à se sacrifier ? Jusquà la prison à vie ? Ou bien alors, jusquà risquer le confort de leur carrière politique, inénarrable représentation dun show-médiatique de faux-semblants : ceux de limpuissance et de labsence et de courage et de convictions ?

On peut en douter.

Et si par chance ou par malheur, prison il devait y avoir pour lun dentre eux, ne serait-ce pas plutôt suite aux arrêts dun tribunal motivés par une corruption avérée et autres forfaitures en lieu et place dun engagement quasi sacrificiel quaurait accompagné une lutte pour la justice et la liberté ?


Au sortir de prison, après 27 ans de captivité, sans doute Nelson Mandela a-t-il en partie intégré, voire... intériorisé -, limage que les Africaners renvoyaient à la majorité noire, la fin de lapartheid - un homme, une voix -, nayant en rien modifié le regard que porte sur lhomme africain les agents de la domination : éternel enfant irresponsable dans le meilleur des cas, barbare non civilisable dans le pire...

Mandela sest-il finalement rendu à la raison du plus fort non pas en nombre ni en droit ou en devoir mais en poids économique et politique (2), se résignant à la paix et à une réconciliation imposée, encadrée toutefois par des effectifs de police demeurés intacts méthodes et murs ! -, contre le risque dune guerre civile sans fin à propos de laquelle les Occidentaux auraient très vite fait le choix de soutenir la minorité blanche ne serait-ce que pour protéger leurs intérêts géostratégiques et économiques contre la menace d'un régime communiste.

Les actionnaires des mines de diamants ont dû respirer, soulagés.

Choix qui, malgré tout, aura permis à Nelson Mandela de sortir la tête haute, très haute même, et de rallier autour de lui tout ce qui, sur notre planète, compte de chefs dEtat même et surtout les moins recommandables. Et ses obsèques nous donneront nul doute loccasion de les passer tous en revue une fois encore et pour toutes les fois où nous aurions été tentés de les oublier, tête en lair que nous sommes tous, les médias ne faisant aucun effort pour nous les remémorer au passage : commémoration oblige ! Réserve et garde à vous, le doigt sur la couture de leur pantalon : celui de la liberté dinformer les ploucs que nous sommes.


Dans un pays où lon tire encore sur des mineurs en grève dans les mines de platine, Nelson Mandela incarnera-t-il léchec dune politique et dune utopie de justice et de liberté ?

En comparaison, un Chavez qui n'était ni un tyran ni un voleur et qui aura refusé de vendre le Vénézuela pour un plat de lentilles à la mafia bancaire mondiale... et aux funérailles duquel lEmpire était absent, se sera donné les moyens de remporter de nombreuses victoires contre la rapacité des classes dirigeantes de son pays ; classes soutenues par une Oligarchie mondiale sans scrupules, celle-là même auquelle nos soi-disant chefs dEtat ont, au quotidien, des comptes à rendre

Et si Chavez aura été des années durant la mauvaise conscience de tous les gouvernements dits « de gauche » ou plus modestement, progressistes - gouvernements et chefs dEtat marionnettes qui nont pas cesser de trahir chacun de leurs engagements, baissant les bras devant les puissances dargent et le chantage au chaos -,

A contrario, Mandela aura été, est et restera sans aucun doute la bonne conscience de ces mêmes serviteurs de cette Oligarchie ! Car, il faut voir et entendre comment tous sy précipitent, sy frottent, sy collent - sy vautrent ? -, dans cet hommage unanime sans doute dans lespoir den sortir un peu moins sales !

De là à penser que Mandela laverait plus blanc...

Devra-t-on désormais craindre quils ne finissent tous par sessuyer les pieds sur cette figure maintenant tutélaire quand la boue quils trainent sous leurs souliers pèsera, tel un boulet, son poids de servitude et de turpitudes criminelles sur le dos des Peuples ?


Mais alors que tous ces tartuffes se retirent et quon laisse le petit Peuple dAfrique du Sud célébrer et commémorer Nelson Mandela que lon se gardera bien de sapproprier car il leur revient à lui seul, lui à qui on ne pourra certainement pas raconter des histoires de l'enterrer, ainsi qu'à tous les Peuples en quête de justice et de liberté. Et à ce sujet on aura une pensée pour le Peuple palestinien. Et lon sera bien les seuls, assurément.


_________________________


1 - Israël enverra-t-il un représentant et lequel ? Il nous tarde d'assister à cette tartufferie d'une obscénité et d'un cynisme inqualifiables et la confirmation de toutes nos assertions définitivement irréfutables.


2 - de Mandela et d'un de Klerk, dernier président blanc de l'Afrique du Sud, qui des deux aura été le plus pragmatique ou le plus fragile ou le moins résolu ?

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