Suivez-nous

FacebookRSS

Economie

Manger tous et bien

Couverture ouvrage

Bruno Parmentier
Seuil , 336 pages

Le Bien manger
[vendredi 16 mars 2012]


Essai à n’en pas douter, mais aussi ouvrage de vulgarisation adressé d’abord aux lecteurs rassasiés, il aborde de nombreux points très concrets auxquels chacun se heurte un jour ou l’autre dans son parcours de mangeur 

Avec" Manger tous et bien", Bruno Parmentier nous livre un nouveau volet de la réflexion qu’il mène sur la question alimentaire. L’angle choisi se distingue de la plupart des ouvrages publiés sur le thème ces dernières années puisqu’il laisse de côté la question de la capacité des systèmes de production à nourrir durablement l’humanité, préférant mettre l’accent sur la consommation. Il ne sera donc point question – ou presque – de crise alimentaire, pas plus que de développements inquiets sur les conséquences que la croissance démographique et la raréfaction des ressources naturelles pourraient avoir sur l’abondance alimentaire dans le monde de demain.

 

Didactique et de lecture agréable, l’ouvrage embrasse une multitude de thèmes mêlant des approches sanitaires, socioculturelles, ou économiques, témoignant d’un important travail de compilation d’informations de seconde main. Bruno Parmentier balaie au fil des parties le bien et le mal manger, l’acte alimentaire comme construit social, pour terminer par des aspects plus généralistes en tentant d’établir des liens avec la distribution et la production des aliments. Mais ce sont moins ici les questions quantitatives que les enjeux de société attachés à chaque famille de produits qu’il aborde, avant de s’interroger sur la place faite dans nos sociétés urbanisées à ceux qui les produisent.

Si ce n’est peut être pas là sont objectif unique, l’apport principal de ce livre réside dans ses premiers développements sur l’acte alimentaire : le tour d’horizon, à la fois pointu et complet sur les grandes questions agitant nos sociétés face à la nourriture constitue une synthèse tout à faire bienvenue qui faisait défaut jusqu’alors dans les ouvrages généralistes. Décortiquant des thématiques sous forte influence médiatique telles le fooding, les intoxications alimentaires, les allergies ou les troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, etc.), Bruno Parmentier nous rappelle aussi que notre rapport à l’alimentation est d’abord régi par une culture et par des pulsions. La perception que nous avons de la qualité, la façon dont nous réagissons ou non aux injonctions nutritionnelles sont avant tout affaire de psychologie et de normes socialement construites  . Or le mangeur est aujourd’hui noyé dans un trop plein d’informations plus ou moins alarmistes, souvent alléchantes aussi, que l’auteur s’attache à démythifier. Les consommateurs actuels sont aussi tiraillés entre leur propension à déléguer à d’autres le soin de préparer la nourriture et le manque de confiance qu’ils accordent à ceux qui en ont pris la charge. L’auteur éclaire alors, par touches successives, les différentes facettes de notre alimentation, traduisant la façon dont le passage de la rareté à l’abondance alimentaire et au prêt à manger ont pu modifier notre rapport à ce que nous mangeons.

Jamais manichéen, chacun se trouve doté au long de l’ouvrage d’une capacité d’action dans la tournure que prennent nos régimes alimentaires et nos comportements. Si Bruno Parmentier égratigne à différentes reprises les firmes multinationales pour ne pas agir dans l’intérêt général et participer à la casse des systèmes alimentaires de qualité, il ne verse pas pour autant dans l’adhésion à des systèmes biologiques et locaux, qu’il estime inaptes à répondre seuls aux besoins de l’humanité. Chacun sera libre d’adhérer aux multiples pistes tracées, de construire son propre jugement tant les positions de l’auteur sont mesurées : une posture forte vis-à-vis d’un acteur du système agroalimentaire est presque systématiquement tempérée quelques pages plus loin par un contrepoint. La grande amplitude des thématiques traitées s’accompagne de quelques approximations, ou d’explications parfois rapides, par exemple lorsqu’il traite des intolérances au lactose et évoque entre autres possibilités d’explication" […] la vache transmet à son veau, à travers son lait, un" message" l’encourageant à prendre 200 kg en six mois. On pourrait imaginer que cette information puisse perturber un bébé qui, lui, a pour mission de prendre seulement 7 kg et de développer son cerveau" (p.256). Peut-être pouvons-nous voir dans des passages de ce type le souci simplification pour mieux diffuser son message ?

 

Le dernier quart de l’ouvrage engage à plus de réserve, non du point de vue de son contenu, toujours très documenté et illustré, mais ce celui de sa place dans le propos général. Car l’articulation entre l’acte alimentaire et les enjeux de production n’est pas évidente. Rares sont les auteurs qui s’y risquent, ce n’est sans doute pas sans raison. Mais Bruno Parmentier, par son parcours (ingénieur des mines et économistes, il a dirigé l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers de 2002 à 2011), ne pouvait qu’être tenté d’établir des passerelles entre les consommateurs et le monde agricole. C’est sans doute là le projet qui lui tient à cœur, celui de réconcilier les consommateurs et les agriculteurs en les éclairant, de part et d’autre, sur leurs attentes et contraintes respectives. Renouer un dialogue entre ces deux extrémités du système alimentaire pour permettre, en favorisant la compréhension mutuelle, une réconciliation de la société avec son agriculture telle qu’elle est majoritairement pratiquée aujourd’hui.

 

Si le message qui anime l’auteur peine à passer du fait même de la construction même de l’ouvrage, il n’en reste pas moins que l’ensemble fourmille d’informations fort utiles tant pour les enseignants que pour les professionnels ou les citoyens-mangeurs. Par le contre-pied du focus sur la consommation, l’ouvrage est un bon complément à tous les livres consacrés à la crise alimentaire et permet d’appréhender les enjeux liés à la nourriture dans toute leur complexité en redonnant un poids important à l’acte alimentaire et en permettant de comprendre les aspirations des mangeurs.
 

 

Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr