Ils sont trois jeunes français revenus des Etats-Unis pour imprégner leur terre natale des méthodes de campagne d’Obama. Arthur Muller, Vincent Pons et Guillaume Liegey sont membres de l’équipe de François Hollande. Au préalable, intervenants au Laboratoire des idées du PS (think tank interne au PS), ils ont animé à l’été 2010 des ateliers  lors de ses universités d’été à La Rochelle. Les trois " bostoniens " comme on les surnomme, ont fait naître leur projet de mobilisation électorale via le porte-à-porte en s’inspirant de la campagne d’Obama de 2008   . Forts de leurs diplômes en science politique et en économie - d’universités américaines prestigieuses : Harvard et le Massachussetts Institute of Technology -, et de leur expérience de militants à la section socialiste de Boston, ils ont vu comme une évidence l’importation en France de la pratique du porte-à-porte pour l’échéance électorale de cette année.

Si le porte-à-porte n’est pas un usage de mobilisation électorale nouveau, le déploiement qui en est fait aujourd’hui comporte toutefois une originalité de premier ordre. En effet, les trois " bostoniens " ne se lancent pas dans la bataille de la présidentielle sans outils. Le porte-à-porte requiert une méthodologie rigoureuse, qui ne s’improvise pas. Le trio tente méticuleusement de mettre en place le procédé et pour cela, il s’appuie sur une base de données tirée des résultats de l’ensemble des bureaux de vote du territoire français. Ces " données quantitatives permettent de savoir au niveau du bureau vote comment les gens ont pu voter " (Guillaume Liegey) afin d’obtenir une radiographie de la participation électorale à un degré relativement précis. Ainsi, à partir de ces données, il est possible d’établir un " ciblage ", afin de rallier au mieux les abstentionnistes – intermittents – de gauche. Le défi de ce porte-à-porte version 2012 est l’ouverture de 5 millions de portes. Cependant, pour atteindre l’objectif fixé, il faut recruter 150 000 volontaires prêts à se mobiliser pour le candidat socialiste. Ces volontaires sont d’abord recrutés " par mail via les électeurs des primaires qui ont laissé leur coordonnées " (Vincent Pons), puis ces derniers sont invités à élargir la mobilisation à leurs amis. Ils précisent également que la pratique du porte-à-porte doit s’exercer dans une configuration la plus simple possible. Certes, les volontaires ne seront pas livrés à eux-mêmes, ils pourront être accompagnés de militants plus chevronnés et cette mobilisation ne doit pas prendre beaucoup de temps, ni contraindre au bachotage de l’ensemble du programme de François Hollande. Tous insistent sur l’importance de la simplicité de la participation. Aux Etats-Unis, l’engagement dans le porte-à-porte s’effectue en trois clics : " j’ai indiqué que j’étais prêt à faire du terrain, (…) 48 heures après, on m’a indiqué, ‘‘tu peux aller là-bas, c’est un endroit important’’, on m’a briefé et donné des outils et j’ai pu aller faire du porte-à-porte " (Arthur Muller a participé à la mobilisation pour la campagne de B.Obama).

Depuis le 3 février 2012, le site toushollande.fr  mobilise et organise les soutiens du candidat. Cette plateforme permet à l’équipe Web de la campagne de François Hollande, dirigée par Vincent Feltesse, de déployer le procédé du porte-à-porte en réduisant au maximum les coûts d’organisation. Un réseau de 10 000 mobilisateurs est progressivement mis en place, prêts à préparer les volontaires sur le terrain pour frapper aux portes et tenter de rallier le plus d’abstentionnistes le jour de l’élection.
Bien que le porte-à-porte puisse paraître un peu désuet à notre époque, l’alliage terrain-Web permet de renouveler les pratiques du militantisme traditionnel. En ce sens, le projet-pilote qui a été mené dès la fin 2009 avec l’équipe de campagne de Jean-Paul Huchon aux élections régionales, a montré que les manières les plus efficaces de s’investir dans une campagne ne sont pas toujours les plus spectaculaires.

Si pour le sociologue et politiste Daniel Gaxie (auteur du Cens caché), il existe une " fracture politique " entre une minorité d’électeurs politisés et une majorité qui ne s’intéresse pas à la politique, les trois nouveaux venus dans le pôle numérique du candidat Hollande ont bien l’intention de la réduire. Leur importation américaine du porte-à-porte vise essentiellement à renouer " le lien " entre " ces abstentionnistes de gauche et le politique, (...) à recréer de la confiance dans l’activité politique " déclare l'un d'eux.

* A retrouver sur Mediapart, l'article La campagne militante de Hollande expérimente le "modèle bostonien"