Littérature

Les grandes notions littéraires

Couverture ouvrage

Joël Loehr
Editions universitaires de Dijon (EUD) , 130 pages

Guide de l’analyse littéraire
[dimanche 27 novembre 2011]


Le point didactique sur les grandes notions littéraires : la fiction, le genre, le statut du lecteur ou encore la notion d’auteur.

Joël Loehr, maître de conférences à l’université de Bourgogne, a récemment publié un petit ouvrage dont le titre annonce le contenu. L’organisation du volume en cinq chapitres et (en sous chapitres) a le mérite d’une grande clarté : l’auteur, le lecteur, le personnage, la fiction et le genre. Les nombreuses références bibliographiques permettent à son lecteur de se reporter aux textes dont il analyse le fonctionnement. Elles sont, à la fin de chaque chapitre, structurées elles-mêmes en quatre rubriques : réflexions d’écrivains, philosophie, essais critiques, synthèses.

Joël Loehr s’appuie sur les ouvrages critiques de références : Compagnon, Baktine, Jauss, Barthes, Blanchot, Genette ou encore sur les écrits de Ricœur et aussi d’Aristote, Derrida, sans oublier quelques sites Internet spécialisés. La table des matières se veut pragmatique. L’ouvrage est destiné à des élèves de terminale et à des étudiants à l’université ou de classes préparatoires. Les professeurs y trouveront eux aussi un intérêt certain car le parti pris de Joël Loehr est celui de la rigueur au service d’une compréhension de notions pas toujours faciles à définir et enjeux de bien des débats de spécialistes.

Joël Loehr propose à ses lecteurs un vaste parcours dans la littérature française, des fabliaux à Claude Simon en passant par Molière, Huysmans, Malraux entre bien d’autres. Ce parcours est pour lui l’occasion de problématiser les grandes notions littéraires comme celle du statut de l’auteur ou la notion de genre. Les trois derniers chapitres proposent une présentation didactique des notions. Joël Loehr y interroge la construction du personnage, l’effet de son nom, son statut dans la fiction, son opacité ou au contraire sa lisibilité et son évolution au regard des découvertes de la psychanalyse jusqu’à sa désindividualisation, chez Queneau par exemple ou dans le Nouveau Roman. Joël Loehr traite également la question si problématique de la fiction, des références qu’elle inclut et du souci de vraisemblance, au regard de laquelle il interroge l’histoire racontée et les personnages. Que sont, en ce sens, ces derniers : des créations ? Des copies de la réalité ? Un assemblage par l’auteur d’éléments disparates ? Une intention que ce soit chez Flaubert ou chez Molière ? Sont-ils plus crédibles que le “je” qui s’exprime dans les textes autobiographiques ?

Mais si le statut du personnage se dissout, s’il n’est plus qu’une pièce dans un jeu de construction, qu’en est-il du roman lui-même voire de la pièce de théâtre ? Le texte littéraire, s’il n’est qu’une construction (aussi sophistiquée soit-elle), peut-il encore dire quelque chose de “vrai” qui touche le lecteur ? L’écrivain a-t-il encore quelque chance d’y faire entendre sa voix ? Peut-il toujours prétendre avoir accès à la conscience de son lecteur, et si oui, par quels procédés ? Joël Loehr montre, au fil des chapitres, que selon les choix des romanciers, le roman s’est, depuis le XIXe siècle, radicalement diversifié, obligeant la critique à repenser dans son ensemble la question des genres littéraires. Certes, nous n’en sommes plus à la théorie des genres mise en place par Aristote et plus tard remodelée à la période romantique (que Joël Loehr rappelle) mais à une classification qui prend en compte, à la suite des analyses de Jauss, la réception de l’œuvre par le lecteur, sujette à variations au fil des époques. On ne lit plus Nicomède aujourd’hui comme au temps de Racine. Plus encore, Joël Loehr montre avec précision qu’actuellement, les frontières entre les genres se brouillent. Joël Loehr aurait pu mentionner, dans cette perspective, la revendication de Pascal Quignard dans Dernier Royaume d’un “non-genre”, en fait, d’un genre omnigérique.

En amont de la question des genres, Joël Loehr analyse le couple inséparable de l’auteur et du lecteur avec une question simple : faut-il, aujourd’hui, rallumer la guerre entre Anciens et Modernes ? Le statut de l’auteur s’est, depuis la Renaissance, fondamentalement transformé mais reste problématique. Est-il détenteur, comme par miracle, d’un don particulier qui en ferait le favori des Muses et à ce titre leur messager ? Écrit-il ex nihilo ? N’est-il, à l’inverse, que le successeur et peut-être l’imitateur de ses anciens ? Y a-t-il un progrès en littérature ? Qu’est-ce qui fait la valeur d’une œuvre littéraire ? Est-ce sa dette aux Anciens ? Et en quoi le lecteur est-il partie prenante du livre ? Joël Loehr aborde toutes ces questions dans une perspective historique. L’auteur, sans statut dans l’Antiquité et au Moyen Âge, se trouve sacrifié à la période romantique au profit d’une sacralisation de l’écrivain, avant que l’accent soit porté sur l’énonciation et sur le “fonctionnement” du texte et non plus, comme Barthes l’a montré à la suite des structuralistes, sur l’auteur qui se dépersonnalise de plus en plus et n’est plus que le porteur d’une parole, dont Flaubert a revendiqué la neutralité. Robbe-Grillet en a même fait une entité “réactionnaire”. A-t-il encore une quelconque nécessité en tant que sujet ? Cette “crise de l’auteur” est le symptôme de la “crise du sujet” qui a marqué le XXe siècle. Pourtant, le statut de l’auteur est récemment restauré. Son moi n’est plus écarté mais repensé dans l’écriture, entre réalité et fiction, comme le propose Enfance de Nathalie Sarraute.

Le dernier point de l’analyse de Joël Loehr porte sur le lecteur. Non sur sa nécessité présupposée mais sur son mode d’inscription, entre présence et absence, dans le texte littéraire. Il arrive que le lecteur n’ait aucune place repérable ou, qu’à l’inverse, il s’y trouve inscrit. À cela deux raisons : la première tient au caractère spécifique de la parole littéraire qui est un échange fictif avec un destinataire absent ; la seconde est le statut du lecteur que l’écrivain imagine et qui ne correspond jamais à celui du lecteur qu’il inscrit dans son texte et, j’ajoute, encore moins à celui du lecteur réel qui se trouve interpellé dans le texte et qui va lire le livre. Joël Loehr analyse les différents modes d’inscription du lecteur que ce soit dans les romans, chez Balzac par exemple, ou dans des textes autobiographiques comme Les Confessions de Rousseau. Ou encore chez Diderot, chez Baudelaire. Bref, quoi qu’il en soit, pas de livre sans lecteur. Le livre inscrit toujours en creux l’acte de lire que Joël Loehr pense à la lumière des analyses de Derrida, de Genette et de Jauss. Il s’agit par la lecture de combler les “vides” du texte considéré alors comme une présomption de sens. La lecture parachève, en quelque sorte, le livre. Il faut donc lire l’ouvrage de Joël Loehr pour, à sa suite, combler peut-être quelques lacunes dans ses propres connaissances et plus sûrement pour interroger le texte littéraire au regard des quelques grandes notions analysées ici..

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1 commentaire

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Etudiant 06

07/03/12 20:49
Etudiants en lettres : à posséder absolument !

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