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Halal-luia ?
[lundi 22 fvrier 2010]

Dans le cadre du partenariat de nonfiction.fr avec le site cartessurtable.eu, retrouvez une fois par semaine sur nonfiction.fr un article qui revient sur un sujet au coeur de l'actualité du débat d'idées. Cette semaine, voici une contribution de Julia Cagé au débat récent sur le choix d'un restaurant Quick de Roubaix de ne servir que de la viande halal.

 

La polémique autour du Quick halal, ou la goutte de ketchup qui fait déborder le hamburger. Les minarets, le foulard d’une jeune militante, et maintenant le menu d’un fast-food. Jusqu’où ira-t-on dans la stigmatisation de la religion de cinq millions de Français ? Combien de temps continuera-t-on à jouer avec ce feu dangereux qui entretient deux foyers ardents ? D’un côté, un possible repli sur soi d’une population musulmane qui se voit à tout bout de champ montrée du doigt, et dont les croyances sont mises en accusation – dans des procès dignes de Kafka. De l’autre, une croissance malsaine des fantasmes racistes dans une population non musulmane qui tend à voir comme une atteinte à son intégrité et à ses valeurs ce qui n’est que l’expression d’une foi somme toute assez semblable aux autres, mais encore nouvelle dans le paysage culturel français.

Deux poids, deux mesures, telle semble être désormais la devise de la morale française, sauce idéologie dominante, certifiée gouvernementale.
L’existence de partis démocrates-chrétiens en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Belgique, en Italie, et depuis 2009, du parti chrétien-démocrate de Madame Boutin en France, ne paraît pas dans le débat public poser de problème de confusion entre d’une part la religion et d’autre part la politique. Si on ne saurait ignorer qu’une candidate qui porte un foulard – et pas un voile comme il a souvent été écrit à tort – est musulmane, ignore-t-on que les membres d’un parti démocrate-chrétien sont chrétiens ? Alors qu’on ne peut inférer du foulard d’une candidate qu’elle veuille défendre politiquement les valeurs de l’islam, les candidats démocrates-chrétiens affirment haut et fort quant à eux qu’ils cherchent à défendre politiquement les valeurs chrétiennes. Sans que cela ne semble poser de problème, pas même du point de vue de la laïcité. A-t-on d’ailleurs interdit à l’abbé Pierre de se présenter aux élections législatives au nom de la laïcité ?

Deux poids, deux mesures. Equilibre de départ difficile si l’on souhaite construire une société intégrée et égalitaire sur des bases saines.
L’islam n’est pas la seule religion à reposer en partie sur des interdits alimentaires. Dans l’islam, le mot "halal" – qui concerne notamment l’alimentation –  définit ce qui est permis pour le musulman. La nourriture kasher est l’alimentation permise et définie par la loi juive. En France aujourd’hui, associé à hamburger, l’utilisation du mot halal constitue une nouvelle occasion pour un gouvernement qui se veut en charge de la préservation de l’identité nationale de ranimer les tensions, de mettre de l’huile sur le feu, et de dénoncer le soi-disant "péril arabo-musulman". Pourtant, y a-t-il une différence de nature entre des fast-foods kasher – dont l’existence ne semble pas faire débat – et des fast-foods halals, dont la création est désormais au cœur d’une polémique nationale ?
A-t-on uniquement le droit d’être musulman en France dans des salles de prière invisibles ou dans des fast-foods halal à l’enseigne moins prestigieuse que Quick ? Etre musulman en France, être musulman français, mais sans le dire, sans le montrer, sans surtout être susceptible d’apporter le moindre changement à un paysage culturel et religieux fixé il y a plus d’un siècle, est-ce cela l’intégration ?
Est-on vraiment certain que les "problèmes" et les débats liés à l’islam en France viennent toujours du comportement des musulmans eux-mêmes ? Ne peut-on plutôt légitimement avoir l’impression que c’est toujours aux mêmes que l’on tend de plus en plus à refuser aujourd’hui en France les droits que tous les autres exercent sans difficulté ni polémique aucune ?
Alors qu’il est prévu dans le programme d’histoire de la classe de seconde de remplacer la partie de l’enseignement consacrée à "La Méditerranée au XIIe siècle : carrefour de trois civilisations", abordant "Les espaces de l’Occident chrétien, de l’Empire byzantin et du monde musulman" par un cours dédié à "La civilisation rurale dans l’Occident chrétien médiéval, du IXe siècle au XIIIe siècle", il semble que l’on ait touché définitivement le fond. Et pourtant l’on s’obstine à vouloir creuser un peu plus profond. Quand se rendra-t-on compte que c’est le cercueil du lien social que l’on est en train de fabriquer ?

Personne ne demande aujourd’hui aux non-musulmans de "s’adapter". Sauf si l’on considère qu’accepter que d’autres croyances que les siennes puissent s’exprimer relève de l’adaptation. S’agit-il désormais d’abandonner sa religion pour "s’intégrer" dans la société française ? Oui, la pratique du catholicisme a fortement reculé en France. Et peut-être demain la pratique de l’islam reculera-t-elle également. Mais sans doute pas en continuant à montrer du doigt ceux qui somme toute ne font qu’exercer l’une des libertés fondamentales au panthéon des valeurs de la République, la liberté de religion et de croyance.
L’islam peut, comme toutes les religions, être un facteur de communautarisme. L’islam peut, comme toutes les religions, conduire à l’intégrisme religieux. L’islam, comme toutes les religions. Stigmatiser en permanence et à tout sujet une seule religion crée racisme d’un côté, repli sur soi de l’autre. Expérience sociale pour le moins hasardeuse…

Jusqu’à quand va-t-on laisser se multiplier les occasions  de briser les tabous de la haine de l’autre et s’échapper les relents xénophobes français ? Comme l’a écrit justement Claude Weill, "ça pue".
Ca pue, Monsieur Bertrand, le débat sur les minarets. Pas certain que l’on ait besoin de minarets en France ? Pas certain plutôt que la cohésion nationale puisse se permettre de pareilles remarques dans la bouche du secrétaire général du parti majoritaire, revenu un peu tard sur ses déclarations.
Ca pue, Monsieur Copé, le débat sur la burqa. A force de clamer haut et fort que ce débat ne porte pas sur l’immigration, vous avez volontairement associé les deux sujets. Et de nous rappeler allègrement que c’est avant tout une question de maintien de l’ordre public. Les musulmans sont à la source de si grands désordres…
Ca pue, Madame Amara, le débat sur le voile d’une candidate du NPA. On veut priver aujourd’hui une femme voilée de se présenter à une élection. Demain d’aller voter ? Après-demain de s’exprimer ? Avant de parler d’éradiquer le voile, peut-être faudrait-il penser à écarter du gouvernement tous les ministres qui jouent sur les préjugés pour instaurer le malaise dans notre société. Sans doute le NPA a-t-il instrumentalisé les croyances de cette jeune militante. Etait-ce une raison suffisante pour lancer une véritable chasse à la femme ?
Ca pue, Monsieur Le Maire, le débat sur le Quick halal. Ca pue parce que ce qui est contraire aux principes et à l’esprit de la République, c’est l’intolérance et le non respect de l’autre. On n’a jamais vu imposer à quiconque ce qu’il doit vendre. Sinon ce sont tous les restaurants "à thème" et toutes les boutiques "spécialisées" qu’il faut interdire. Un ministre est rarement allé aussi loin dans la discrimination, et c’est assez douloureux.
Quant au débat sur l’identité nationale, Monsieur Besson… Sachez que la haine de l’autre en lieu et place de tout débat ne peut tenir lieu de politique.
Discrimination. Stigmatisation. Haine de l’autre. Quoi de plus facile au fond – quoi de plus habile – que de trouver des boucs émissaires lorsque l’on est impuissant ? Il est temps que la gauche s’élève face à cette situation et dénonce avec force et dans l’unité ces paroles puantes qui pourrissent les unes après les autres un peu plus le tissu social. A trop vouloir libérer une parole sans complexe, du "viens me le dire en face" au "casse-toi pauv’ con", notre président a sans doute oublié de rappeler aux membres de son gouvernement que lorsque l’on s’exprime publiquement au nom de l’Etat, les propos que l’on tient peuvent avoir des effets dévastateurs.
 

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