L’année 2009, celle des vingt ans de la chute du Mur de Berlin et des soixante ans d’existence de la République fédérale, est marquée en Allemagne par une intense activité électorale.

L’élection des députés du Bundestag le 27 septembre prochain ouvre une période de recomposition des équilibres politiques après quatre années de "grande coalition" menée par Angela Merkel, rassemblant chrétiens-démocrates (CDU) et sociaux-démocrates (SPD). La campagne, qui oppose la chancelière à son vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, bat désormais son plein. Les discours s’échauffent pour souligner des clivages restés sous-jacents pendant les années d’exercice commun du pouvoir. Mais les antagonismes, afin de ne cristalliser aucune configuration possible, restent tièdes.

Angela Merkel, dont le parti est crédité de 39 % d’intentions de vote , s’efforce de conserver une posture inattaquable de chef d’Etat. Au moment où le magazine américain Forbes la présente comme la femme la plus puissante du monde, elle endosse avec réserve et sang-froid les habits d’une "chancelière en Teflon", ainsi que la surnomme la Süddeutsche Zeitung : retournant contre leurs auteurs les critiques qui lui sont adressées, elle invoque le rôle de son parti lors de la réunification du pays pour mettre en avant sa réactivité face aux situations de crise.

En effet, les principaux thèmes de la campagne, sous l’influence de la conjoncture économique, semblent jouer en faveur de la droite conservatrice. On peut certes émettre des doutes quant au réalisme des mesures proposées par les principaux partis : quand Frank-Walter Steinmeier promet la création de quatre millions d’emplois d’ici 2020 afin d’atteindre à cette date le plein emploi en Allemagne, la CDU et les libéraux du FDP mettent l’accent sur des baisses d’impôts, peu envisageables au vu de l’endettement record des finances publiques. Mais les enquêtes d’opinion suggèrent une nette identification de la chancelière aux compétences requises par son poste en matière économique, au détriment de son rival social-démocrate .

 

 

Tandis que l’idée d’une alliance jaune-noire (CDU-FDP) paraît acquise et largement anticipée par l’opinion publique , le SPD se trouve donc dans une position délicate. Le journal conservateur Die Welt évoque une "campagne cauchemardesque" pour un parti qui peine à se différencier des chrétiens-démocrates avec lesquels il a gouverné presque sans heurt quatre années durant. La crise d’identité du parti remonte aux réformes économiques controversées du chancelier Schröder, qui avaient conduit à la formation d’un nouveau parti à la gauche du SPD, Die Linke (La Gauche).

Si Frank-Walter Steinmeier est une personnalité appréciée par l’opinion publique, défenseur d’une ligne médiane dans son parti, il a néanmoins conduit la politique étrangère du pays pour une part dans l’ombre d’une chancelière à l’envergure internationale croissante. Au cours du récent débat télévisé, les deux candidats sont apparus comme un "vieux couple" , moins un "duel" qu’un "duo" défendant un bilan commun, sans que les divergences sur les choix en matière énergétique, l’engagement allemand en Afghanistan ou la politique fiscale ne suffisent à créer une impression de désaccord profond. En outre, les trois élections qui ont eu lieu fin août dans des Länder, quoiqu’elles aient fait perdre à la CDU sa majorité absolue en Thuringe et dans la Sarre et conduit à un recul, dans une moindre mesure, dans la Saxe, marquent un succès à double tranchant pour les sociaux-démocrates : l’alliance rouge-rouge envisagée avec La Gauche au sein des gouvernements fédéraux, explicitement exclue à l’échelle nationale, peut être perçue comme une incohérence et suscite des débats internes ainsi que des critiques de l’extérieur.

Cependant, la campagne très personnalisée menée par la CDU rend aussi Angela Merkel plus vulnérable que sa popularité ne le suggère. L’unanimité des chrétiens-démocrates n’est pas garantie, des tensions latentes persistent avec la fraction bavaroise (CSU), et les risques de pression sont réels si le score obtenu fin septembre ne suffit pas à former une majorité CDU-FDP. En réalité, depuis l’accession au pouvoir de la chancelière, les résultats de son parti n’ont pas sensiblement progressé par rapport aux 35,2 % obtenus en 2005.

Mais au-delà des enjeux de personnes et des pronostics combinatoires aux couleurs des différents partis, du "drapeau jamaïcain" au "feu tricolore", l’Allemagne est confrontée à une question profonde sur sa culture politique. La pratique de la "grande coalition", à la différence de l’Autriche ou surtout de la Suisse, y est rare (la seule autre expérience à cet égard date de 1966-1969), et des critiques s’élèvent aujourd’hui contre le pragmatisme dont se vantent les candidats, dans lequel risquent de se dissoudre les débats idéologiques et la substance des grands partis#nf#