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      <title>Nonfiction.fr le portail des livres et des idees</title>
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      <description>Le portail des livres et des idees</description>
      <language>fr</language>
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         <title>Qui conna&#238;t Carlos Monsiv&#225;is en France ? Qui ne conna&#238;t pas Carlos Monsiv&#225;is au Mexique ?</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3715-qui_connait_carlos_monsivais_en_france__qui_ne_connait_pas_carlos_monsivais_au_mexique_.htm</link>
         <description> Carlos Monsiv&#225;is reste tr&#232;s peu connu en France alors qu&amp;rsquo;il est un intellectuel des plus importants dans le milieu culturel mexicain. N&#233; en 1938 au Mexique, il s&amp;rsquo;oriente vers le journalisme et notamment vers la r&#233;daction de chroniques de la soci&#233;t&#233; mexicaine. Cet auteur prolifique est connu et reconnu pour sa relecture sarcastique des ph&#233;nom&#232;nes sociaux. L&amp;rsquo;ironie, l&amp;rsquo;humour acide sont les armes que manie parfaitement Carlos Monsiv&#225;is pour lutter contre la d&#233;magogie de l&amp;rsquo;&#233;lite politique, &#233;conomique et religieuse de son pays. Pour p&#233;n&#233;trer dans l&amp;rsquo;univers de Monsiv&#225;is, ce livre est une incroyable porte d&amp;rsquo;entr&#233;e. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Le cat&#233;chisme pour Indiens insoumis  est n&#233; lors de la rencontre de la culture hispanique et la culture du nouveau monde. A cette &#233;poque, il a &#233;t&#233; &#233;crit afin de convertir les indiens r&#233;fractaires &#224; la nouvelle religion. Francisco Toledo, peintre, sculpteur, c&#233;ramiste et graveur mexicain trouve le cat&#233;chisme pour Indiens insoumis et re&#231;oit des gravures du XVIIe si&#232;cle. Il travaille les gravures, en ajoutant des &#233;l&#233;ments de la mythologie zapot&#232;que et de sa propre imagination. Il intitule son travail  Nouveau cat&#233;chisme pour Indiens insoumis . Il demande &#224; Carlos Monsiv&#225;is de composer des textes, de transcrire de mani&#232;re litt&#233;raire l&amp;rsquo;esprit des gravures. Monsiv&#225;is choisit d&amp;rsquo;&#233;crire sous forme de paraboles, r&#233;cits all&#233;goriques utilis&#233;s dans la Bible afin de dispenser des enseignements religieux. A partir de neuf gravures, Carlos Monsiv&#225;is r&#233;digera cinquante et une paraboles, dressant ainsi un panorama fragment&#233; des croyances de la culture populaire mexicaine tout en conservant le ton humoristique dict&#233; par Francisco Toledo. Entrer dans ce livre c&amp;rsquo;est accepter d&amp;rsquo;entrer dans un monde de fables, de r&#233;cits, de miracles. Le lecteur se retrouve plong&#233; dans la complexit&#233;, les paradoxes et les incoh&#233;rences de la culture populaire mexicaine fruit de la rencontre de deux mondes. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Dans  Nouveau cat&#233;chisme pour Indiens insoumis , Carlos Monsiv&#225;is a choisi la fiction pour plonger dans le Mexique, dans le monde des saints, des th&#233;ologiens mais aussi des sculpteurs, des sorciers et autres miracles. Le livre est rythm&#233; par une succession de paraboles courtes. Ces derni&#232;res n&amp;rsquo;ont jamais la fin escompt&#233;e, l&amp;rsquo;ironie est toujours mani&#233;e avec subtilit&#233; afin de mener le lecteur &#224; s&amp;rsquo;interroger sur la tradition et la doctrine. Le lecteur doit &#234;tre lui-m&#234;me un lecteur insoumis, pr&#234;t &#224; voir derri&#232;re les masques. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Que se passe-t-il derri&#232;re le masque de la culture ? Carlos Monsiv&#225;is met en lumi&#232;re la complexit&#233; de la culture mexicaine, m&#233;lange de croyances mais &#233;galement opposition de la haute culture et de la culture populaire parfaitement symbolis&#233;e dans &quot;parabole de la vierge provinciale et de la vierge cosmopolite&quot;. Cette parabole est la premi&#232;re du livre, elle aborde une th&#233;matique centrale dans l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre de Carlos Monsiv&#225;is. La culture populaire d&#233;nigr&#233;e et instrumentalis&#233;e par la haute culture. Cette derni&#232;re essaie de faire de la culture populaire un objet de divertissement pour ne pas avoir &#224; lui accorder l&amp;rsquo;espace qu&amp;rsquo;elle m&#233;rite. La culture populaire n&amp;rsquo;est en somme que populaire&amp;hellip; En miroir, la pr&#233;servation de la tradition devient un objectif en soi parce qu&amp;rsquo;elle n&amp;rsquo;a rien de transcendant. Les paraboles &quot;si tu ne veux pas qu&amp;rsquo;elles se d&#233;forment, &#233;vite les traditions &quot;d&#233;montre comment cette volont&#233; de conservation conduit paradoxalement les traditions &quot;&#224; se d&#233;tourner du droit chemin&quot;, en un mot au syncr&#233;tisme. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Que se passe-t-il derri&#232;re le masque de la religion ? Le cat&#233;chisme, pr&#233;vient Carlos Monsiv&#225;is, est un puissant narcotique capable d&amp;rsquo;empoisonner &quot;le c&amp;oelig;ur des croyants&quot;. Monsiv&#225;is, lui, n&amp;rsquo;essaie pas d&amp;rsquo;&#233;crire un cat&#233;chisme mais d&amp;rsquo;instruire, d&amp;rsquo;&#233;lever la r&#233;flexion, d&amp;rsquo;analyser. Il ne critique pas la foi mais les folies qu&amp;rsquo;elle peut provoquer, le chemin dict&#233; par la doctrine pour l&amp;rsquo;atteindre, il pousse la logique des superstitions &#224; leur extr&#234;me. Il d&#233;nonce la &quot;soif d&amp;rsquo;&#233;vang&#233;lisation&quot;, les pr&#233;dicateurs pr&#234;ts &#224; toutes les supercheries pour augmenter le nombre de convertis et la situation de soumission des &#233;vang&#233;lis&#233;s. Il met en sc&#232;ne la force et les limites du langage: les paroles incantatoires du sorcier de Moctezuma ne r&#233;sistent pas aux lances des conquistadors. Il joue avec l&amp;rsquo;ambigu&#239;t&#233; de la figure des Saints : qui se cache derri&#232;re Mar&#237;a Dolores Santillana, &quot;prodige humain et surhumain&quot; ? La saintet&#233; est-elle le r&#233;sultat d&amp;rsquo;un comportement vertueux ou d'un incroyable besoin de croire ? R&#233;veiller l&amp;rsquo;esp&#233;rance mystique, telle est la fonction assign&#233;e au Saint. Il d&#233;montre que l&amp;rsquo;homme sans croyance religieuse ne peut pas supporter l&amp;rsquo;id&#233;e de vie &#233;ternelle. Carlos Monsiv&#225;is poursuit sa qu&#234;te de puret&#233; et applique la loi de l&amp;rsquo;offre et de la demande &#224; la fondation d&amp;rsquo;une religion. Il lutte contre les faux-semblants et raconte la r&#233;pudiation d&amp;rsquo;une vierge, l&amp;rsquo;&#233;glise condamn&#233;e &#224; entrer dans une surench&#232;re de miracles et une s&#233;ance d&amp;rsquo;exorcisme victime de la soci&#233;t&#233; du spectacle. Carlos Monsiv&#225;is, infatigable d&#233;fenseur de la s&#233;cularisation de la soci&#233;t&#233;, d&#233;monte et remonte le cat&#233;chisme &amp;hellip; &#224; l&amp;rsquo;envers ! &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; L&amp;rsquo;indien de Carlos Monsiv&#225;is est un indien insoumis, un indien qui accepte la nouvelle religion impos&#233;e par les Espagnols sans pour autant d&#233;laisser les anciennes divinit&#233;s. La parabole &quot;les doutes des pr&#233;dicateurs&quot; retrace les pri&#232;res qu&amp;rsquo;un indien adresse &#224; Saint Michel&amp;hellip; pri&#232;res pas toujours catholiques&amp;hellip; Pourtant l&amp;rsquo;indien insoumis ne cesse pas, pour les d&#233;tenteurs de la science et de la connaissance d&amp;rsquo;&#234;tre indien. M&#234;me une admirable prouesse de sa part ne peut &#234;tre pour eux qu&amp;rsquo;&quot;un argument suppl&#233;mentaire contre l&amp;rsquo;existence de l&amp;rsquo;&#226;me chez les indiens&quot;. La parabole &quot;le Bouc Emissaire qui aurait aim&#233; &#234;tre quelqu&amp;rsquo;un d&amp;rsquo;autre&quot; termine ainsi : &quot;parce qu&amp;rsquo;en y regardant de plus pr&#232;s, chacun a une fonction pr&#233;cise dans la vie&quot; et donc dans la soci&#233;t&#233; ; l&amp;rsquo;indien, lui, est vou&#233; &#224; &#234;tre rel&#233;gu&#233; aux confins de la pyramide sociale. L&amp;rsquo;hypocrisie est mise &#224; nue, la soci&#233;t&#233; est face &#224; ses propres pr&#233;jug&#233;s&amp;hellip; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Monsiv&#225;is a &#233;t&#233; emport&#233; par  Mictlantecuhtli , divinit&#233; azt&#232;que de la mort, le 19 juin 2010. Il laisse une &amp;oelig;uvre importante qui a profond&#233;ment marqu&#233; la soci&#233;t&#233; mexicaine. Les Mexicains l&amp;rsquo;avaient surnomm&#233; &quot;Monsi&quot;, preuve que le d&#233;fenseur et l&amp;rsquo;analyste de la culture mexicaine &#233;tait lui-m&#234;me devenu un acteur de cette culture populaire. &quot;Croyez ce que vous voyez&quot;, &#233;crit Monsiv&#225;is. Il aura, &#224; travers son &amp;oelig;uvre, justement transmis &#224; ses lecteurs la possibilit&#233; de voir derri&#232;re la fa&#231;ade impos&#233;e par la soci&#233;t&#233;. &#13;&#10;&#160; &#13;&#10;  A lire sur nonfiction.fr :  &#13;&#10; Le commentaire sur les gravures de Francisco Toledo qui ont inspir&#233; le livre de Carlos Monsivais,&#160; Francisco Toledo, iconographe du Nouveau cat&#233;chisme pour Indiens insoumis , par Nizza Santiago. </description>
         <pubDate>09/01/10 21:36:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Carlos Monsiv&aacute;is reste tr&egrave;s peu connu en France alors qu&rsquo;il est un intellectuel des plus importants dans le milieu culturel mexicain. N&eacute; en 1938 au Mexique, il s&rsquo;oriente vers le journalisme et notamment vers la r&eacute;daction de chroniques de la soci&eacute;t&eacute; mexicaine. Cet auteur prolifique est connu et reconnu pour sa relecture sarcastique des ph&eacute;nom&egrave;nes sociaux. L&rsquo;ironie, l&rsquo;humour acide sont les armes que manie parfaitement Carlos Monsiv&aacute;is pour lutter contre la d&eacute;magogie de l&rsquo;&eacute;lite politique, &eacute;conomique et religieuse de son pays. Pour p&eacute;n&eacute;trer dans l&rsquo;univers de Monsiv&aacute;is, ce livre est une incroyable porte d&rsquo;entr&eacute;e.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Le cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis</em> est n&eacute; lors de la rencontre de la culture hispanique et la culture du nouveau monde. A cette &eacute;poque, il a &eacute;t&eacute; &eacute;crit afin de convertir les indiens r&eacute;fractaires &agrave; la nouvelle religion. Francisco Toledo, peintre, sculpteur, c&eacute;ramiste et graveur mexicain trouve le cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis et re&ccedil;oit des gravures du XVIIe si&egrave;cle. Il travaille les gravures, en ajoutant des &eacute;l&eacute;ments de la mythologie zapot&egrave;que et de sa propre imagination. Il intitule son travail <em>Nouveau cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis</em>. Il demande &agrave; Carlos Monsiv&aacute;is de composer des textes, de transcrire de mani&egrave;re litt&eacute;raire l&rsquo;esprit des gravures. Monsiv&aacute;is choisit d&rsquo;&eacute;crire sous forme de paraboles, r&eacute;cits all&eacute;goriques utilis&eacute;s dans la Bible afin de dispenser des enseignements religieux. A partir de neuf gravures, Carlos Monsiv&aacute;is r&eacute;digera cinquante et une paraboles, dressant ainsi un panorama fragment&eacute; des croyances de la culture populaire mexicaine tout en conservant le ton humoristique dict&eacute; par Francisco Toledo. Entrer dans ce livre c&rsquo;est accepter d&rsquo;entrer dans un monde de fables, de r&eacute;cits, de miracles. Le lecteur se retrouve plong&eacute; dans la complexit&eacute;, les paradoxes et les incoh&eacute;rences de la culture populaire mexicaine fruit de la rencontre de deux mondes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans <em>Nouveau cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis</em>, Carlos Monsiv&aacute;is a choisi la fiction pour plonger dans le Mexique, dans le monde des saints, des th&eacute;ologiens mais aussi des sculpteurs, des sorciers et autres miracles. Le livre est rythm&eacute; par une succession de paraboles courtes. Ces derni&egrave;res n&rsquo;ont jamais la fin escompt&eacute;e, l&rsquo;ironie est toujours mani&eacute;e avec subtilit&eacute; afin de mener le lecteur &agrave; s&rsquo;interroger sur la tradition et la doctrine. Le lecteur doit &ecirc;tre lui-m&ecirc;me un lecteur insoumis, pr&ecirc;t &agrave; voir derri&egrave;re les masques.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Que se passe-t-il derri&egrave;re le masque de la culture ? Carlos Monsiv&aacute;is met en lumi&egrave;re la complexit&eacute; de la culture mexicaine, m&eacute;lange de croyances mais &eacute;galement opposition de la haute culture et de la culture populaire parfaitement symbolis&eacute;e dans &quot;parabole de la vierge provinciale et de la vierge cosmopolite&quot;. Cette parabole est la premi&egrave;re du livre, elle aborde une th&eacute;matique centrale dans l&rsquo;&oelig;uvre de Carlos Monsiv&aacute;is. La culture populaire d&eacute;nigr&eacute;e et instrumentalis&eacute;e par la haute culture. Cette derni&egrave;re essaie de faire de la culture populaire un objet de divertissement pour ne pas avoir &agrave; lui accorder l&rsquo;espace qu&rsquo;elle m&eacute;rite. La culture populaire n&rsquo;est en somme que populaire&hellip; En miroir, la pr&eacute;servation de la tradition devient un objectif en soi parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a rien de transcendant. Les paraboles &quot;si tu ne veux pas qu&rsquo;elles se d&eacute;forment, &eacute;vite les traditions &quot;d&eacute;montre comment cette volont&eacute; de conservation conduit paradoxalement les traditions &quot;&agrave; se d&eacute;tourner du droit chemin&quot;, en un mot au syncr&eacute;tisme.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Que se passe-t-il derri&egrave;re le masque de la religion ? Le cat&eacute;chisme, pr&eacute;vient Carlos Monsiv&aacute;is, est un puissant narcotique capable d&rsquo;empoisonner &quot;le c&oelig;ur des croyants&quot;. Monsiv&aacute;is, lui, n&rsquo;essaie pas d&rsquo;&eacute;crire un cat&eacute;chisme mais d&rsquo;instruire, d&rsquo;&eacute;lever la r&eacute;flexion, d&rsquo;analyser. Il ne critique pas la foi mais les folies qu&rsquo;elle peut provoquer, le chemin dict&eacute; par la doctrine pour l&rsquo;atteindre, il pousse la logique des superstitions &agrave; leur extr&ecirc;me. Il d&eacute;nonce la &quot;soif d&rsquo;&eacute;vang&eacute;lisation&quot;, les pr&eacute;dicateurs pr&ecirc;ts &agrave; toutes les supercheries pour augmenter le nombre de convertis et la situation de soumission des &eacute;vang&eacute;lis&eacute;s. Il met en sc&egrave;ne la force et les limites du langage: les paroles incantatoires du sorcier de Moctezuma ne r&eacute;sistent pas aux lances des conquistadors. Il joue avec l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; de la figure des Saints : qui se cache derri&egrave;re Mar&iacute;a Dolores Santillana, &quot;prodige humain et surhumain&quot; ? La saintet&eacute; est-elle le r&eacute;sultat d&rsquo;un comportement vertueux ou d'un incroyable besoin de croire ? R&eacute;veiller l&rsquo;esp&eacute;rance mystique, telle est la fonction assign&eacute;e au Saint. Il d&eacute;montre que l&rsquo;homme sans croyance religieuse ne peut pas supporter l&rsquo;id&eacute;e de vie &eacute;ternelle. Carlos Monsiv&aacute;is poursuit sa qu&ecirc;te de puret&eacute; et applique la loi de l&rsquo;offre et de la demande &agrave; la fondation d&rsquo;une religion. Il lutte contre les faux-semblants et raconte la r&eacute;pudiation d&rsquo;une vierge, l&rsquo;&eacute;glise condamn&eacute;e &agrave; entrer dans une surench&egrave;re de miracles et une s&eacute;ance d&rsquo;exorcisme victime de la soci&eacute;t&eacute; du spectacle. Carlos Monsiv&aacute;is, infatigable d&eacute;fenseur de la s&eacute;cularisation de la soci&eacute;t&eacute;, d&eacute;monte et remonte le cat&eacute;chisme &hellip; &agrave; l&rsquo;envers !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L&rsquo;indien de Carlos Monsiv&aacute;is est un indien insoumis, un indien qui accepte la nouvelle religion impos&eacute;e par les Espagnols sans pour autant d&eacute;laisser les anciennes divinit&eacute;s. La parabole &quot;les doutes des pr&eacute;dicateurs&quot; retrace les pri&egrave;res qu&rsquo;un indien adresse &agrave; Saint Michel&hellip; pri&egrave;res pas toujours catholiques&hellip; Pourtant l&rsquo;indien insoumis ne cesse pas, pour les d&eacute;tenteurs de la science et de la connaissance d&rsquo;&ecirc;tre indien. M&ecirc;me une admirable prouesse de sa part ne peut &ecirc;tre pour eux qu&rsquo;&quot;un argument suppl&eacute;mentaire contre l&rsquo;existence de l&rsquo;&acirc;me chez les indiens&quot;. La parabole &quot;le Bouc Emissaire qui aurait aim&eacute; &ecirc;tre quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre&quot; termine ainsi : &quot;parce qu&rsquo;en y regardant de plus pr&egrave;s, chacun a une fonction pr&eacute;cise dans la vie&quot; et donc dans la soci&eacute;t&eacute; ; l&rsquo;indien, lui, est vou&eacute; &agrave; &ecirc;tre rel&eacute;gu&eacute; aux confins de la pyramide sociale. L&rsquo;hypocrisie est mise &agrave; nue, la soci&eacute;t&eacute; est face &agrave; ses propres pr&eacute;jug&eacute;s&hellip;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Monsiv&aacute;is a &eacute;t&eacute; emport&eacute; par <em>Mictlantecuhtli</em>, divinit&eacute; azt&egrave;que de la mort, le 19 juin 2010. Il laisse une &oelig;uvre importante qui a profond&eacute;ment marqu&eacute; la soci&eacute;t&eacute; mexicaine. Les Mexicains l&rsquo;avaient surnomm&eacute; &quot;Monsi&quot;, preuve que le d&eacute;fenseur et l&rsquo;analyste de la culture mexicaine &eacute;tait lui-m&ecirc;me devenu un acteur de cette culture populaire. &quot;Croyez ce que vous voyez&quot;, &eacute;crit Monsiv&aacute;is. Il aura, &agrave; travers son &oelig;uvre, justement transmis &agrave; ses lecteurs la possibilit&eacute; de voir derri&egrave;re la fa&ccedil;ade impos&eacute;e par la soci&eacute;t&eacute;.<br />
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<p><strong>A lire sur nonfiction.fr :</strong></p>
<p>Le commentaire sur les gravures de Francisco Toledo qui ont inspir&eacute; le livre de Carlos Monsivais,&nbsp;<a title="Francisco Toledo, iconographe du Nouveau cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis" href="http://www.nonfiction.fr/article-3716-francisco_toledo_iconographe_du_nouveau_catechisme_pour_indiens_insoumis.htm">Francisco Toledo, iconographe du Nouveau cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis</a>, par Nizza Santiago.</p> 
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      </item>
      <item>
         <title>Regards crois&#233;s sur la ville dessin&#233;e</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3712-regards_croises_sur_la_ville_dessinee.htm</link>
         <description> L&amp;rsquo;exposition &#224; La Cit&#233; de l&amp;rsquo;Architecture et du Patrimoine a d&#233;j&#224; s&#233;duit une bonne partie des estivants parisiens et constitue jusqu&amp;rsquo;&#224; fin novembre une sortie culturelle tout public. Car c&amp;rsquo;est bien de cela qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit&#160;: m&#234;ler une discipline consid&#233;r&#233;e comme le 1er des arts, &quot;l&amp;rsquo;Archi&quot;, &#224; un symbole de culture populaire, la &quot;BD&quot;, laquelle revendique le statut de 9&#232;me art. On pourrait d&amp;rsquo;ailleurs rapprocher ce projet de l&amp;rsquo;exposition  Dreamlands  actuellement au Centre Pompidou-Paris par cette m&#234;me volont&#233; de d&#233;cloisonner l&amp;rsquo;architecture et par une tentative de r&#233;conciliation  high  et  low  culture. &#13;&#10; &#13;&#10;Exposition tr&#232;s attendue pour bon nombre de passionn&#233;s et pl&#233;biscit&#233;e par les m&#233;dias, le programme est &#224; premi&#232;re vue all&#233;chant&#160;: 350 &amp;oelig;uvres, 150 auteurs de bande dessin&#233;e, certains projets d&amp;rsquo;architectes, le tout pr&#233;sent&#233; dans une dynamique d&amp;rsquo;allers-retours entre ces deux types de &quot;visionnaires urbains&quot;. &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Voyage dans la ville dessin&#233;e  &#13;&#10; &#13;&#10;Le catalogue se divise en quatre parties et reprend assez fid&#232;lement la structure de l&amp;rsquo;exposition. La premi&#232;re,  Il &#233;tait une fois Winsor Mc Cay  place l&#233;gitimement  Little Nemo in Slumberland  (cr&#233;&#233; en 1905) comme point de d&#233;part de l&amp;rsquo;importance de la ville, ici la m&#233;tropole am&#233;ricaine naissante, dans la bande dessin&#233;e. Le focus est alors mis sur New York, premi&#232;re ic&#244;ne urbaine de bande dessin&#233;e. Les villes am&#233;ricaines deviennent peu &#224; peu des personnages prot&#233;g&#233;s par les super h&#233;ros des  Comics . Plus qu&amp;rsquo;un simple cadre de l&amp;rsquo;action, la ville am&#233;ricaine influe directement sur les personnages. Comment imaginer Superman sans M&#233;tropolis, Batman sans Gotham City - soit deux m&#233;galopoles fictives mais intrins&#232;quement am&#233;ricaines - ou Spiderman et les X-Men sans New York&#160;? Cependant, il est regrettable que ces divers personnages de Comics ne soient pas davantage repr&#233;sent&#233;s&#160;: les commissaires ont souvent privil&#233;gi&#233; une vision franco-belge de la bande dessin&#233;e plut&#244;t qu&amp;rsquo;une immersion dans les diff&#233;rentes facettes du 9&#232;me art. Que penser par exemple de l&amp;rsquo;oubli manifeste de l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre de Will Eisner sur New York, notamment les cinq volumes de  Big City  qui relatent la vie dans ses diff&#233;rents quartiers&#160;? &#13;&#10; &#13;&#10;Dans  L&amp;rsquo;esprit moderne , la deuxi&#232;me partie du catalogue, le propos revient clairement en Europe, entre l&amp;rsquo;Exposition universelle de 1958 &#224; Bruxelles, la bande dessin&#233;e belge et un focus sur une autre m&#233;tropole&#160;: Paris. Si la question de l&amp;rsquo;esprit moderne associ&#233;e &#224; celle des utopies est logique dans une r&#233;flexion sur la ville et la bande dessin&#233;e, la pr&#233;gnance de la bande dessin&#233;e franco-belge n&amp;rsquo;est pas toujours fond&#233;e et finit m&#234;me par lasser. Il est par ailleurs dommage, dans la s&#233;quence consacr&#233;e aux banlieues que la planche d&amp;rsquo;Hok Tak Yeung extraite de  Qu&amp;rsquo;elle &#233;tait bleue ma vall&#233;e  ne b&#233;n&#233;ficie pas de plus d&amp;rsquo;espace afin de faire conna&#238;tre au public parisien des modes de repr&#233;sentation de la ville chinoise et de la bande dessin&#233;e qui viennent perturber nos habitudes de lecture. Concernant la mise en exergue de Paris, si les planches se laissent regarder avec plaisir, force est de constater que la ville ne constitue pas un cadre d&amp;rsquo;inspiration majeur pour la bande dessin&#233;e&amp;hellip; La capitale est illustr&#233;e, parfois avec d&#233;tails et caract&#232;re comme dans  Les aventures d&amp;rsquo;Ad&#232;le Blanc-Sec  de Tardi, mais elle ne repr&#233;sente pas un point de transformation remarquable du rapport entre l&amp;rsquo;architecture et la bande dessin&#233;e comme a pu l&amp;rsquo;&#234;tre la ville am&#233;ricaine ou asiatique et leurs cultures respectives. &#13;&#10; &#13;&#10;La partie  Itin&#233;rances de la bande dessin&#233;e  pr&#233;sente une &#233;volution de celle-ci vers le carnet de voyage, Loustal repr&#233;sentant l&amp;rsquo;un des pr&#233;curseurs de ce genre, plus intimiste et moins fictionnel. La ville mise en avant dans cette nouvelle vague de la bande dessin&#233;e est alors T&#244;ky&#244;, puissant stimulant pour les auteurs qui ont alors donn&#233; naissance &#224; des albums originaux, depuis  Le promeneur  de Taniguchi jusqu&amp;rsquo;&#224;  Tokyo Sanpo , dynamique carnet de voyage d&amp;rsquo;un fran&#231;ais - Florent Chavouet - &#224; Tokyo. &#13;&#10; &#13;&#10;La quatri&#232;me partie, nettement plus courte,  La bande dessin&#233;e comme media , cl&#244;ture l&amp;rsquo;ouvrage et pr&#233;sente des projets d&amp;rsquo;architectes qui ont utilis&#233; les codes du 9&#232;me art dans la communication de leurs projets. Ainsi, un &quot;mur narratif de 7 m&#232;tres sur 13 sur un projet urbain &#224; Lisbonne&quot; que Jean Nouvel a command&#233; &#224; des auteurs de bande dessin&#233;e afin de repr&#233;senter de fa&#231;on sensible des espaces architecturaux. &#13;&#10; &#13;&#10;La lecture est intelligemment ponctu&#233;e par des  Regards crois&#233;s , donnant au lecteur &#224; voir des projets d&amp;rsquo;architecture ou de bande dessin&#233;e dans une r&#233;elle dynamique de d&#233;cloisonnement des genres via des &#233;changes effectifs d&amp;rsquo;un art &#224; l&amp;rsquo;autre. &#13;&#10; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;L&amp;rsquo;architecture visuelle du propos  &#13;&#10; &#13;&#10;Le catalogue pr&#233;sente une dynamique d&amp;rsquo;allers-retours plus explicite que l&amp;rsquo;exposition en elle-m&#234;me, notamment gr&#226;ce &#224; l&amp;rsquo;entretien entre Jean-Marc Th&#233;venet et Francis Rambert, les deux commissaires de l&amp;rsquo;exposition. Ce texte permet de mieux saisir le propos et ouvre des pistes de r&#233;flexion sur le dialogue entre les deux arts l&#224; o&#249; l&amp;rsquo;exposition accentue un d&#233;s&#233;quilibre en faveur de la bande dessin&#233;e. Ainsi, Francis Rambert explique&#160;: &quot;Auteurs de bande dessin&#233;e et architectes ont ceci en commun de travailler sur la planche. Si l&amp;rsquo;&#233;chelle et l&amp;rsquo;enjeu sont loin d&amp;rsquo;&#234;tre les m&#234;mes, tout est affaire de sc&#233;nario pour installer la vie au c&amp;oelig;ur de l&amp;rsquo;espace b&#226;ti. La bande dessin&#233;e comme l&amp;rsquo;architecture sont le reflet de la soci&#233;t&#233;&quot;.  &#13;&#10; &#13;&#10;Les diff&#233;rents textes du catalogue permettent ainsi d&amp;rsquo;&#233;tayer la r&#233;flexion, tout en restant synth&#233;tiques et plaisants &#224; lire. Outre les deux commissaires de l&amp;rsquo;exposition, les auteurs des diff&#233;rents textes ont &#233;t&#233; clairement choisis dans un souci de multiplicit&#233; des points de vue&#160;: auteurs et sc&#233;naristes de bande dessin&#233;e (Thierry Smoleren et Beno&#238;t Peeters), architectes (Philippe Morin et Manuel Tardits), expert de  Comics  (Olivier Jalabert), directeur du Centre belge de la bande dessin&#233;e (Jean Auquier), &#233;diteur (&#201;ric Verhoest), critiques (Jacques Samson et Sophie Trelcat) et journalistes (Joseph Ghosn et Thierry Bellefroid). &#13;&#10;Mais, si le contenu est pertinent, la mise en page tr&#232;s classique du catalogue est d&#233;cevante. Il aurait &#233;t&#233; int&#233;ressant de sortir d&amp;rsquo;une trop conventionnelle maquette o&#249; le propos est juste illustr&#233; pour r&#233;fl&#233;chir &#224; un autre rapport texte-image, ce que ne cesse de faire &#224; sa mani&#232;re la bande dessin&#233;e. Pourtant, l&amp;rsquo;affiche sign&#233;e Nicolas de Cr&#233;cy ainsi que la grande fresque historique dessin&#233;e par Fran&#231;ois Olislaeger m&#234;lant personnages de bandes dessin&#233;e et r&#233;f&#233;rences architecturales laissaient pr&#233;sager d&amp;rsquo;un travail graphique subtil. L&amp;rsquo;occasion &#233;tait alors id&#233;ale pour proposer un objet graphique original et in&#233;dit. En r&#233;sum&#233;, le catalogue est soutenu par une architecture stable et un propos stimulant mais visuellement sans personnalit&#233;. &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Regards crois&#233;s  &#13;&#10; &#13;&#10;Pour le lecteur, le d&#233;s&#233;quilibre entre &quot;Archi&quot; et &quot;BD&quot; est palpable. D&amp;rsquo;une part, dans la plus grande partie du propos, c&amp;rsquo;est clairement la bande dessin&#233;e qui tient le haut du pav&#233;, et les dessins d&amp;rsquo;architectes mis en parall&#232;le semblent uniquement destin&#233;s &#224; &#233;tablir la comparaison. Ce n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;au travers des  Regards crois&#233;s  que les liens r&#233;ciproques entre les deux disciplines sont plus clairement pens&#233;s. Ainsi, Pierre-Alain Bertola, dans  les Sept couleurs du noir  a choisi pour personnage principal une villa imaginaire inspir&#233;e de Franck Lloyd Wright dont il a &#233;labor&#233; les plans, travaillant &#224; la fois sur une bande dessin&#233;e et sur un projet architectural. Autre projet ici in&#233;vitable, le mus&#233;e Herg&#233; de Christian de Portzamparc et Joost Swarte (le premier est architecte tandis que le second est auteur de bandes dessin&#233;es).  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Architecture du    Comic Strip   &#13;&#10; &#13;&#10;D&amp;rsquo;autre part, ce n&amp;rsquo;est pas tant l&amp;rsquo;architecture qui est trait&#233;e comme le laisse penser le titre, mais bien plut&#244;t la ville, l&amp;rsquo;imaginaire urbain. Il n&amp;rsquo;y a que les &quot;regards crois&#233;s&quot; qui investissent r&#233;ellement les probl&#233;matiques associ&#233;es au lien entre architecture et bande dessin&#233;e. Le parall&#232;le le plus attendu reste l&amp;rsquo;histoire commune des fa&#231;ades d&amp;rsquo;immeubles et planches de bande dessin&#233;e. Outre une ressemblance formelle &#233;vidente, la question du sc&#233;nario, de la narration et de l&amp;rsquo;&#233;volution de la grille ou de ce qu&amp;rsquo;Andr&#233; Franquin appelait &quot;le gaufrier&quot;, permettent de r&#233;fl&#233;chir aux liens structurels qui unissent les deux arts. Le &quot;Strip&quot; de Las Vegas n&amp;rsquo;est-il pas &#224; rapprocher du &quot;strip&quot; de bande dessin&#233;e, ces dessins sur deux ou trois cases dispos&#233;s horizontalement ?  &#13;&#10; &#13;&#10;Finalement le sous-titre &quot;la ville dessin&#233;e&quot; est plus proche du contenu r&#233;el du catalogue. En effet, les auteurs de bandes dessin&#233;es exploitent la ville tant&#244;t comme cadre, comme motif, comme source d&amp;rsquo;inspiration voire de fascination, comme personnage &#224; part enti&#232;re ou encore comme fa&#231;on de penser l&amp;rsquo;espace de la page. La phrase inaugurale du catalogue &#233;nonc&#233;e par Fr&#233;d&#233;ric Mitterand, ministre de la Culture et de la Communication, est sur ce point limpide&#160;: &quot;Villes futuristes, villes oniriques, po&#233;tiques ou fantastiques, m&#233;tropoles am&#233;ricaines ou asiatiques, cit&#233;s du r&#234;ve ou villes fant&#244;mes, simples d&#233;cors urbains ou quasi personnages &#224; part enti&#232;re&#160;: la Ville dans tous ses &#233;tats constitue, depuis les origines du genre, l&amp;rsquo;un des motifs f&#233;tiches de la bande dessin&#233;e, une source d&amp;rsquo;inspiration in&#233;puisable qui envahit les cases, investit les planches et nourrit les sc&#233;narios de maints albums&quot;. &#13;&#10; &#13;&#10;Bien entendu les dessins de Claude Parent, les volum&#233;tries verticales inqui&#233;tantes d&amp;rsquo;Hugh Ferriss ou la communication des projets de Rem Koolhaas sont autant de ponts entre l&amp;rsquo;architecture et la bande dessin&#233;e, mettant parfois davantage en avant le dessin &#224; proprement parler plut&#244;t que la bande dessin&#233;e  stricto sensu . Mais c&amp;rsquo;est peut &#234;tre au travers d&amp;rsquo;Archigram et de ces utopies architecturales de science-fiction que la d&#233;monstration de l&amp;rsquo;influence de la bande dessin&#233;e sur l&amp;rsquo;architecture est la plus probante. Aujourd&amp;rsquo;hui, aux c&#244;t&#233;s d&amp;rsquo;Herzog et de Meuron avec  MetroBasel  ou encore de l&amp;rsquo;agence BIG men&#233;e par Bjarke Ingels dans  Yes is more , les architectes commencent &#224; investir pleinement la bande dessin&#233;e comme un m&#233;dium original et surtout populaire, apte &#224; &quot;raconter l&amp;rsquo;histoire qui se cache derri&#232;re chaque projet&quot;.  &#13;&#10;Ainsi, si la bande dessin&#233;e investit les projets des architectes c&amp;rsquo;est conjointement au principe de narration, dans l&amp;rsquo;id&#233;e que l&amp;rsquo;architecture est devenue une histoire &#224; raconter. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; </description>
         <pubDate>09/01/10 11:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3712-regards_croises_sur_la_ville_dessinee.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>L&rsquo;exposition &agrave; La Cit&eacute; de l&rsquo;Architecture et du Patrimoine a d&eacute;j&agrave; s&eacute;duit une bonne partie des estivants parisiens et constitue jusqu&rsquo;&agrave; fin novembre une sortie culturelle tout public. Car c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit&nbsp;: m&ecirc;ler une discipline consid&eacute;r&eacute;e comme le 1er des arts, &quot;l&rsquo;Archi&quot;, &agrave; un symbole de culture populaire, la &quot;BD&quot;, laquelle revendique le statut de 9&egrave;me art. On pourrait d&rsquo;ailleurs rapprocher ce projet de l&rsquo;exposition <em>Dreamlands</em> actuellement au Centre Pompidou-Paris par cette m&ecirc;me volont&eacute; de d&eacute;cloisonner l&rsquo;architecture et par une tentative de r&eacute;conciliation <em>high</em> et <em>low</em> culture.<br />
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Exposition tr&egrave;s attendue pour bon nombre de passionn&eacute;s et pl&eacute;biscit&eacute;e par les m&eacute;dias, le programme est &agrave; premi&egrave;re vue all&eacute;chant&nbsp;: 350 &oelig;uvres, 150 auteurs de bande dessin&eacute;e, certains projets d&rsquo;architectes, le tout pr&eacute;sent&eacute; dans une dynamique d&rsquo;allers-retours entre ces deux types de &quot;visionnaires urbains&quot;.<br />
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<strong>Voyage dans la ville dessin&eacute;e</strong><br />
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Le catalogue se divise en quatre parties et reprend assez fid&egrave;lement la structure de l&rsquo;exposition. La premi&egrave;re, <em>Il &eacute;tait une fois Winsor Mc Cay</em> place l&eacute;gitimement <em>Little Nemo in Slumberland</em> (cr&eacute;&eacute; en 1905) comme point de d&eacute;part de l&rsquo;importance de la ville, ici la m&eacute;tropole am&eacute;ricaine naissante, dans la bande dessin&eacute;e. Le focus est alors mis sur New York, premi&egrave;re ic&ocirc;ne urbaine de bande dessin&eacute;e. Les villes am&eacute;ricaines deviennent peu &agrave; peu des personnages prot&eacute;g&eacute;s par les super h&eacute;ros des <em>Comics</em>. Plus qu&rsquo;un simple cadre de l&rsquo;action, la ville am&eacute;ricaine influe directement sur les personnages. Comment imaginer Superman sans M&eacute;tropolis, Batman sans Gotham City - soit deux m&eacute;galopoles fictives mais intrins&egrave;quement am&eacute;ricaines - ou Spiderman et les X-Men sans New York&nbsp;? Cependant, il est regrettable que ces divers personnages de Comics ne soient pas davantage repr&eacute;sent&eacute;s&nbsp;: les commissaires ont souvent privil&eacute;gi&eacute; une vision franco-belge de la bande dessin&eacute;e plut&ocirc;t qu&rsquo;une immersion dans les diff&eacute;rentes facettes du 9&egrave;me art. Que penser par exemple de l&rsquo;oubli manifeste de l&rsquo;&oelig;uvre de Will Eisner sur New York, notamment les cinq volumes de <em>Big City</em> qui relatent la vie dans ses diff&eacute;rents quartiers&nbsp;?<br />
<br />
Dans <em>L&rsquo;esprit moderne</em>, la deuxi&egrave;me partie du catalogue, le propos revient clairement en Europe, entre l&rsquo;Exposition universelle de 1958 &agrave; Bruxelles, la bande dessin&eacute;e belge et un focus sur une autre m&eacute;tropole&nbsp;: Paris. Si la question de l&rsquo;esprit moderne associ&eacute;e &agrave; celle des utopies est logique dans une r&eacute;flexion sur la ville et la bande dessin&eacute;e, la pr&eacute;gnance de la bande dessin&eacute;e franco-belge n&rsquo;est pas toujours fond&eacute;e et finit m&ecirc;me par lasser. Il est par ailleurs dommage, dans la s&eacute;quence consacr&eacute;e aux banlieues que la planche d&rsquo;Hok Tak Yeung extraite de <em>Qu&rsquo;elle &eacute;tait bleue ma vall&eacute;e</em> ne b&eacute;n&eacute;ficie pas de plus d&rsquo;espace afin de faire conna&icirc;tre au public parisien des modes de repr&eacute;sentation de la ville chinoise et de la bande dessin&eacute;e qui viennent perturber nos habitudes de lecture. Concernant la mise en exergue de Paris, si les planches se laissent regarder avec plaisir, force est de constater que la ville ne constitue pas un cadre d&rsquo;inspiration majeur pour la bande dessin&eacute;e&hellip; La capitale est illustr&eacute;e, parfois avec d&eacute;tails et caract&egrave;re comme dans <em>Les aventures d&rsquo;Ad&egrave;le Blanc-Sec </em>de Tardi, mais elle ne repr&eacute;sente pas un point de transformation remarquable du rapport entre l&rsquo;architecture et la bande dessin&eacute;e comme a pu l&rsquo;&ecirc;tre la ville am&eacute;ricaine ou asiatique et leurs cultures respectives.<br />
<br />
La partie <em>Itin&eacute;rances de la bande dessin&eacute;e</em> pr&eacute;sente une &eacute;volution de celle-ci vers le carnet de voyage, Loustal repr&eacute;sentant l&rsquo;un des pr&eacute;curseurs de ce genre, plus intimiste et moins fictionnel. La ville mise en avant dans cette nouvelle vague de la bande dessin&eacute;e est alors T&ocirc;ky&ocirc;, puissant stimulant pour les auteurs qui ont alors donn&eacute; naissance &agrave; des albums originaux, depuis <em>Le promeneur</em> de Taniguchi jusqu&rsquo;&agrave; <em>Tokyo Sanpo</em>, dynamique carnet de voyage d&rsquo;un fran&ccedil;ais - Florent Chavouet - &agrave; Tokyo.<br />
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La quatri&egrave;me partie, nettement plus courte, <em>La bande dessin&eacute;e comme media</em>, cl&ocirc;ture l&rsquo;ouvrage et pr&eacute;sente des projets d&rsquo;architectes qui ont utilis&eacute; les codes du 9&egrave;me art dans la communication de leurs projets. Ainsi, un &quot;mur narratif de 7 m&egrave;tres sur 13 sur un projet urbain &agrave; Lisbonne&quot; que Jean Nouvel a command&eacute; &agrave; des auteurs de bande dessin&eacute;e afin de repr&eacute;senter de fa&ccedil;on sensible des espaces architecturaux.<br />
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La lecture est intelligemment ponctu&eacute;e par des <em>Regards crois&eacute;s</em>, donnant au lecteur &agrave; voir des projets d&rsquo;architecture ou de bande dessin&eacute;e dans une r&eacute;elle dynamique de d&eacute;cloisonnement des genres via des &eacute;changes effectifs d&rsquo;un art &agrave; l&rsquo;autre.<br />
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<strong>&nbsp;<br />
L&rsquo;architecture visuelle du propos</strong><br />
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Le catalogue pr&eacute;sente une dynamique d&rsquo;allers-retours plus explicite que l&rsquo;exposition en elle-m&ecirc;me, notamment gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;entretien entre Jean-Marc Th&eacute;venet et Francis Rambert, les deux commissaires de l&rsquo;exposition. Ce texte permet de mieux saisir le propos et ouvre des pistes de r&eacute;flexion sur le dialogue entre les deux arts l&agrave; o&ugrave; l&rsquo;exposition accentue un d&eacute;s&eacute;quilibre en faveur de la bande dessin&eacute;e. Ainsi, Francis Rambert explique&nbsp;: &quot;Auteurs de bande dessin&eacute;e et architectes ont ceci en commun de travailler sur la planche. Si l&rsquo;&eacute;chelle et l&rsquo;enjeu sont loin d&rsquo;&ecirc;tre les m&ecirc;mes, tout est affaire de sc&eacute;nario pour installer la vie au c&oelig;ur de l&rsquo;espace b&acirc;ti. La bande dessin&eacute;e comme l&rsquo;architecture sont le reflet de la soci&eacute;t&eacute;&quot;. <br />
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Les diff&eacute;rents textes du catalogue permettent ainsi d&rsquo;&eacute;tayer la r&eacute;flexion, tout en restant synth&eacute;tiques et plaisants &agrave; lire. Outre les deux commissaires de l&rsquo;exposition, les auteurs des diff&eacute;rents textes ont &eacute;t&eacute; clairement choisis dans un souci de multiplicit&eacute; des points de vue&nbsp;: auteurs et sc&eacute;naristes de bande dessin&eacute;e (Thierry Smoleren et Beno&icirc;t Peeters), architectes (Philippe Morin et Manuel Tardits), expert de <em>Comics</em> (Olivier Jalabert), directeur du Centre belge de la bande dessin&eacute;e (Jean Auquier), &eacute;diteur (&Eacute;ric Verhoest), critiques (Jacques Samson et Sophie Trelcat) et journalistes (Joseph Ghosn et Thierry Bellefroid).<br />
Mais, si le contenu est pertinent, la mise en page tr&egrave;s classique du catalogue est d&eacute;cevante. Il aurait &eacute;t&eacute; int&eacute;ressant de sortir d&rsquo;une trop conventionnelle maquette o&ugrave; le propos est juste illustr&eacute; pour r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; un autre rapport texte-image, ce que ne cesse de faire &agrave; sa mani&egrave;re la bande dessin&eacute;e. Pourtant, l&rsquo;affiche sign&eacute;e Nicolas de Cr&eacute;cy ainsi que la grande fresque historique dessin&eacute;e par Fran&ccedil;ois Olislaeger m&ecirc;lant personnages de bandes dessin&eacute;e et r&eacute;f&eacute;rences architecturales laissaient pr&eacute;sager d&rsquo;un travail graphique subtil. L&rsquo;occasion &eacute;tait alors id&eacute;ale pour proposer un objet graphique original et in&eacute;dit. En r&eacute;sum&eacute;, le catalogue est soutenu par une architecture stable et un propos stimulant mais visuellement sans personnalit&eacute;.<br />
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<strong>Regards crois&eacute;s</strong><br />
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Pour le lecteur, le d&eacute;s&eacute;quilibre entre &quot;Archi&quot; et &quot;BD&quot; est palpable. D&rsquo;une part, dans la plus grande partie du propos, c&rsquo;est clairement la bande dessin&eacute;e qui tient le haut du pav&eacute;, et les dessins d&rsquo;architectes mis en parall&egrave;le semblent uniquement destin&eacute;s &agrave; &eacute;tablir la comparaison. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au travers des <em>Regards crois&eacute;s</em> que les liens r&eacute;ciproques entre les deux disciplines sont plus clairement pens&eacute;s. Ainsi, Pierre-Alain Bertola, dans <em>les Sept couleurs du noir</em> a choisi pour personnage principal une villa imaginaire inspir&eacute;e de Franck Lloyd Wright dont il a &eacute;labor&eacute; les plans, travaillant &agrave; la fois sur une bande dessin&eacute;e et sur un projet architectural. Autre projet ici in&eacute;vitable, le mus&eacute;e Herg&eacute; de Christian de Portzamparc et Joost Swarte (le premier est architecte tandis que le second est auteur de bandes dessin&eacute;es). <br />
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<strong>Architecture du </strong><em><strong>Comic Strip</strong></em><br />
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D&rsquo;autre part, ce n&rsquo;est pas tant l&rsquo;architecture qui est trait&eacute;e comme le laisse penser le titre, mais bien plut&ocirc;t la ville, l&rsquo;imaginaire urbain. Il n&rsquo;y a que les &quot;regards crois&eacute;s&quot; qui investissent r&eacute;ellement les probl&eacute;matiques associ&eacute;es au lien entre architecture et bande dessin&eacute;e. Le parall&egrave;le le plus attendu reste l&rsquo;histoire commune des fa&ccedil;ades d&rsquo;immeubles et planches de bande dessin&eacute;e. Outre une ressemblance formelle &eacute;vidente, la question du sc&eacute;nario, de la narration et de l&rsquo;&eacute;volution de la grille ou de ce qu&rsquo;Andr&eacute; Franquin appelait &quot;le gaufrier&quot;, permettent de r&eacute;fl&eacute;chir aux liens structurels qui unissent les deux arts. Le &quot;Strip&quot; de Las Vegas n&rsquo;est-il pas &agrave; rapprocher du &quot;strip&quot; de bande dessin&eacute;e, ces dessins sur deux ou trois cases dispos&eacute;s horizontalement ? <br />
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Finalement le sous-titre &quot;la ville dessin&eacute;e&quot; est plus proche du contenu r&eacute;el du catalogue. En effet, les auteurs de bandes dessin&eacute;es exploitent la ville tant&ocirc;t comme cadre, comme motif, comme source d&rsquo;inspiration voire de fascination, comme personnage &agrave; part enti&egrave;re ou encore comme fa&ccedil;on de penser l&rsquo;espace de la page. La phrase inaugurale du catalogue &eacute;nonc&eacute;e par Fr&eacute;d&eacute;ric Mitterand, ministre de la Culture et de la Communication, est sur ce point limpide&nbsp;: &quot;Villes futuristes, villes oniriques, po&eacute;tiques ou fantastiques, m&eacute;tropoles am&eacute;ricaines ou asiatiques, cit&eacute;s du r&ecirc;ve ou villes fant&ocirc;mes, simples d&eacute;cors urbains ou quasi personnages &agrave; part enti&egrave;re&nbsp;: la Ville dans tous ses &eacute;tats constitue, depuis les origines du genre, l&rsquo;un des motifs f&eacute;tiches de la bande dessin&eacute;e, une source d&rsquo;inspiration in&eacute;puisable qui envahit les cases, investit les planches et nourrit les sc&eacute;narios de maints albums&quot;.<br />
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Bien entendu les dessins de Claude Parent, les volum&eacute;tries verticales inqui&eacute;tantes d&rsquo;Hugh Ferriss ou la communication des projets de Rem Koolhaas sont autant de ponts entre l&rsquo;architecture et la bande dessin&eacute;e, mettant parfois davantage en avant le dessin &agrave; proprement parler plut&ocirc;t que la bande dessin&eacute;e <em>stricto sensu</em>. Mais c&rsquo;est peut &ecirc;tre au travers d&rsquo;Archigram et de ces utopies architecturales de science-fiction que la d&eacute;monstration de l&rsquo;influence de la bande dessin&eacute;e sur l&rsquo;architecture est la plus probante. Aujourd&rsquo;hui, aux c&ocirc;t&eacute;s d&rsquo;Herzog et de Meuron avec <em>MetroBasel</em> ou encore de l&rsquo;agence BIG men&eacute;e par Bjarke Ingels dans <em>Yes is more</em>, les architectes commencent &agrave; investir pleinement la bande dessin&eacute;e comme un m&eacute;dium original et surtout populaire, apte &agrave; &quot;raconter l&rsquo;histoire qui se cache derri&egrave;re chaque projet&quot;. <br />
Ainsi, si la bande dessin&eacute;e investit les projets des architectes c&rsquo;est conjointement au principe de narration, dans l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;architecture est devenue une histoire &agrave; raconter.</p>
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		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Po&#233;tique &#233;l&#233;mentaire</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3699-poetique_elementaire.htm</link>
         <description> Le titre de ce livre annonce un projet d'&#233;tude, en vertu duquel les &#233;tudes cin&#233;matographiques pourraient s'enrichir de la posture &#233;pist&#233;mologique et des m&#233;thodes analytiques d&#233;velopp&#233;es par les &#233;tudes po&#233;tiques de Gaston Bachelard. Parmi les essais fameux du philosophe, qui conjoignent ses pr&#233;occupations pour la po&#233;sie et les sciences physiques et chimiques, en &#233;tudiant l'imaginaire des quatre &#201;l&#233;ments, c'est bien s&#251;r celui consacr&#233; &#224; l'eau,  L'Eau et les r&#234;ves. Essai sur l'imagination de la mati&#232;re  1 ) qu'&#233;voque le titre du livre d'&#201;ric Thouvenel. &#201;veillant de telles attentes chez son lecteur, il ne les d&#233;&#231;oit pas, et m&#234;me, les d&#233;passe. Son travail s'av&#232;re bien plus qu'une r&#233;-application de Bachelard, m&#234;me si celui-ci est, comme il se doit, cit&#233; et salu&#233;. La filiation rel&#232;ve plut&#244;t de l'inspiration renouvelante, ne serait-ce que de par le d&#233;placement du champ d'application textuel &#224; celui des images, du cin&#233;ma muet. Le r&#233;sultat est si probant, qu'apr&#232;s lecture des  Images de l'eau dans le cin&#233;ma fran&#231;ais des ann&#233;es 1920 , on est port&#233; &#224; esp&#233;rer de futures &#233;tudes dans ce sillage. Comme Bachelard sut inspirer Thouvenel, le livre de Thouvenel pourrait en inspirer d'autres ; car on imagine d'aussi passionnants livres sur le feu, l'air ou la terre, et encore l'eau, &#233;tudi&#233;s dans d'autres ensembles de films que celui du cin&#233;ma fran&#231;ais des ann&#233;es 1920. &#13;&#10;  &#13;&#10;Pourquoi s'int&#233;resser &#224; ce contexte pr&#233;cis ? Ces ann&#233;es de jeunesse du cin&#233;ma fran&#231;ais (puisque le Cin&#233;matographe Lumi&#232;re est brevet&#233; en 1895) font figure de &quot;laboratoire exp&#233;rimental&quot; 2 . Comme le rappelle Thouvenel dans son introduction : &quot;Universitaires, chercheurs, historiens, critiques, programmateurs s'accordent en effet &#224; dire qu'entre la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale et la g&#233;n&#233;ralisation du parlant, s'est jou&#233; en France quelque chose de d&#233;cisif pour l'&#233;volution des formes cin&#233;matographiques [et] s'est d&#233;velopp&#233;e avec le plus d'opini&#226;tret&#233; l'id&#233;e que le cin&#233;ma est un art.&quot; 2   &#13;&#10;Cette id&#233;e n&amp;rsquo;&#233;tait certes pas absente de la vogue ant&#233;rieure des &quot;Films d&amp;rsquo;Art&quot; (apparus en 1908 avec  L&amp;rsquo;Assassinat du Duc de Guise ), qui cherch&#232;rent &#224; conf&#233;rer ses premi&#232;res lettres de &quot;noblesse&quot; au cin&#233;ma en filmant des drames dont tous les rouages (auteurs, com&#233;diens, costumes, mise en sc&#232;ne, etc.) venaient du th&#233;&#226;tre le plus acad&#233;mique. Mais de cette l&#233;gitimation/valeur ajout&#233;e de d&#233;corum, ni le cin&#233;ma ni le th&#233;&#226;tre ne sortaient vraiment grandis. La d&#233;cennie suivante (1920-1930) se caract&#233;rise en revanche par la volont&#233; de certains cin&#233;astes de trouver leur propre l&#233;gitimation artistique. Exit les films &quot;de r&#233;pertoire&quot;. Place aux recherches sur/par les proc&#233;d&#233;s filmiques : montage, cadrage, angle de vue, &#233;chelle de plan, mouvement de l'image, ralenti, acc&#233;l&#233;r&#233;, d&#233;filement invers&#233; du film, image en n&#233;gatif, surimpression, etc. Recherche aussi bien pratique que th&#233;orique, puisque ces cin&#233;astes accompagnent alors souvent leurs r&#233;alisations filmiques d'&#233;crits r&#233;flexifs. Ceux-ci s'av&#232;rent aussi importants, voire parfois davantage, que leurs films, pour la compr&#233;hension du cin&#233;ma dans ses puissances ; et leur valeur est &#224; ce titre appr&#233;ciable aujourd'hui encore. Dans cette remarquable effervescence cr&#233;ative, o&#249; nous replonge le livre d'&#201;ric Thouvenel, on trouve notamment les &amp;oelig;uvres de Jean Epstein, Abel Gance, Marcel L'Herbier, Germaine Dulac, Louis Delluc, Jean Renoir et Jean Vigo. &#13;&#10; &#13;&#10;Pour ces raisons, le contexte cin&#233;matographique a d&#233;j&#224; fait l'objet de nombreux &quot;colloques, publications, restaurations de films, travaux monographiques&quot; 2 , avant que le pr&#233;sent livre ne s'y int&#233;resse. Son auteur ne saurait l'ignorer. Son originalit&#233; consiste dans son optique particuli&#232;re, et&#160; n&#233;anmoins transversale, par laquelle le contexte est r&#233;-envisag&#233;. La th&#232;se g&#233;n&#233;rale du livre est que &quot;le cin&#233;ma fran&#231;ais des ann&#233;es vingt entretient un rapport extr&#234;mement privil&#233;gi&#233; avec l'eau. Que l'&#233;l&#233;ment est une &quot;traverse&quot;, un motif &amp;ndash; esth&#233;tique, &#233;conomique, narratif, technique, th&#233;orique, social &amp;ndash; [&amp;hellip;] qu'il s'agit de prendre au s&#233;rieux, d'interroger v&#233;ritablement, au-del&#224; de consid&#233;rations h&#226;tives sur la &quot;po&#233;sie&quot; des eaux ch&#232;res &#224; tel cin&#233;aste, ou sur le rythme &quot;fluide&quot; du montage&quot; 5 . &#13;&#10;  &#13;&#10; Les images de l'eau dans le cin&#233;ma fran&#231;ais des ann&#233;es 1920  r&#233;pondent bien &#224; l'exigence d'une saisie, dans sa profondeur et sa complexit&#233;, du probl&#232;me pos&#233;. Contre le  fast-thinking , l'heuristique offerte par un tel ouvrage &amp;ndash; issu d'une th&#232;se universitaire, bien que r&#233;&#233;crite pour la pr&#233;sente publication &amp;ndash; permet de donner consistance &#224; une &#233;paisseur signifiante, tonifiante, pour la vie intellectuelle. &#192; cet &#233;gard, le travail &#233;ditorial des Presses Universitaires de Rennes r&#233;v&#232;le une nouvelle fois sa grande valeur. &#13;&#10;Au lecteur trop press&#233;, l'auteur sugg&#232;re donc cette exemplarit&#233; : &quot;La premi&#232;re vertu de l'eau est&#160; patience&quot; 6  &#13;&#10; &#13;&#10;Simplement l'eau ? &quot;Il faut &#234;tre insensible pour penser que la vision de l'eau est quelque chose de monotone&quot; 7 , note l'auteur au milieu d'une analyse. Observateur subtil des manifestations filmiques de l'&#233;l&#233;ment, Thouvenel insuffle &#224; son ouvrage une qualit&#233; d'attention qui, g&#233;n&#233;ralis&#233;e, vaut pour une &#233;thique d'attention au monde ; &#224; l&amp;rsquo;instar film de Joris Ivens  Pluie  (1929), enti&#232;rement consacr&#233; au ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique, qui en r&#233;v&#232;le &quot;l'infini des variations&quot; 8 . &#13;&#10;  &#13;&#10;Ce qu'Ivens r&#233;v&#232;le de la pluie en particulier, Thouvenel le r&#233;v&#232;le de l'eau en g&#233;n&#233;ral dans le cin&#233;ma fran&#231;ais des ann&#233;es 1920. Ses descriptions d&#233;signent l'&#233;l&#233;ment aquatique dans des formes et des &#233;tats infiniment vari&#233;s : oc&#233;an et mer, &quot;d'huile&quot; ou en temp&#234;te, en passant par les gradations interm&#233;diaires de la vague et du reflux ; eau vive du torrent et de la cascade, eau calme et majestueuse du fleuve (qui peut toutefois entrer en crue), eau morte du marais ; eau domestiqu&#233;e du canal et du jet ; flaque al&#233;atoire, dont la surface s'anime de cercles concentriques sous la pluie ; celle-ci d&#233;ployant sa gamme du crachin aux &quot;cordes&quot; ; neige ; gr&#234;le ; nuage ; brouillard et brume, &#233;tat de l'eau &quot;&#224; mi-chemin de la pluie et du nuage&quot; 9  ; ros&#233;e ; larme humaine ; etc. Sans compter les mouvements divers de ces &#233;tats &#233;l&#233;mentaires, en reconfiguration incessante, ce que peut enregistrer l'image-mouvement cin&#233;matographique (&#224; la diff&#233;rence, par exemple, de l'image fixe photographique) ; et les rencontres de toutes ces eaux avec la lumi&#232;re, qui produisent reflets, miroitements, scintillations, moires, etc. &#13;&#10;  &#13;&#10;L'une des r&#233;ussites du livre tient dans sa capacit&#233; &#224; organiser ces figures mat&#233;riologiques et m&#233;t&#233;orologiques h&#233;t&#233;roclites, suivant la dynamique de son argumentation, &#233;vitant la typologie s&#232;che, et annexant &#224; la logique m&#234;me du livre quelque chose d'aquatique. &#13;&#10;  &#13;&#10; &#13;&#10;L'un des int&#233;r&#234;ts centraux du motif de l'eau pour repenser le cin&#233;ma fran&#231;ais des ann&#233;es 1920, c'est d'&#234;tre &quot;un motif m&#233;diateur&quot; 10 , qui permet de d&#233;passer certains antagonismes pr&#233;suppos&#233;s. Op&#233;rateur de rapprochements entre des films aux intentions  a priori  divergentes, le motif, commun  a posteriori , permet &#224; l'analyste de nuancer subtilement des rapports, de sorte que ses comparaisons tendent moins &#224; arr&#234;ter des classifications, qu'&#224; s'effectuer selon une logique de gradients. &#13;&#10;  &#13;&#10;Ainsi en va-t-il de l'opposition d'usage entre deux avant-gardes, l'une esth&#233;tique, l'autre politique. Certes, Germaine Dulac semble se borner &#224; la premi&#232;re cat&#233;gorie, avec les jeux d'eaux de ses  Arabesques  (1929),  Th&#232;mes et variations  (1928), et  La Coquille et le clergyman  (1927) o&#249; la cin&#233;aste &quot;se transforme en v&#233;ritable laborantine, enfermant son tournage dans l'espace confin&#233; du studio [o&#249;] les images de l'eau [sont] tourn&#233;es dans un bassin [&amp;hellip;] permettant de filmer l'&#233;l&#233;ment sous tous les angles, d'obtenir les &#233;clairages sp&#233;cifiques afin de rendre l'eau claire, opaque ou laiteuse, d'en capturer les reflets sur un fond pr&#233;alablement dispos&#233; pour en souligner la dimension graphique, jusqu'&#224; l'abstraction&quot; bref &quot;r&#233;inventer les propri&#233;t&#233;s optiques et mat&#233;rielles de l'eau&quot; 11 . &#13;&#10;  &#13;&#10;Mais l'eau film&#233;e par L&#225;szl&#243; Moholy-Nagy dans  Marseille, Vieux-Port  (1929) d&#233;fie les cat&#233;gories en tant que &quot;documentaire stylis&#233;&quot;  12 , dont la vision est &quot;p&#233;trie de mouvements &amp;ndash; politique et social autant que formel&quot;  13 . Lui-m&#234;me exil&#233;, et en partance pour les &#201;tats-Unis, l'artiste sublime la mer, scintillante et mouvante, vers l'horizon, tandis que les eaux sombres stagnent aux rives du Vieux Continent, pr&#233;figurant peut-&#234;tre &#233;galement une terre d'accueil qui ne tiendra pas ses promesses. De m&#234;me pour Jean Vigo, dans  &#192; propos de Nice  (1930) : les eaux donnent substance &#224; l'analyse sociale, &#224; travers un montage constructiviste qui oppose le va-et-vient du reflux maritime ber&#231;ant la sieste des touristes sur la C&#244;te d'Azur, et les eaux sales des trottoirs mises en mouvement par les balayeurs, tandis qu'ailleurs dans les quartiers pauvres, l'eau croupit dans des flaques boueuses. &#13;&#10;  &#13;&#10;Dans cette articulation d'une po&#233;tique &#233;l&#233;mentaire avec des pr&#233;occupations sociales et politiques, Thouvenel analyse encore le cas du &quot;fantastique social&quot; qui, dans la lign&#233;e du surr&#233;alisme, vise &#224; transfigurer le r&#233;el, r&#233;v&#233;ler le merveilleux dans le quotidien apparemment le plus prosa&#239;que. Ainsi, les  &#201;tudes sur Paris  (1928) d'Andr&#233; Sauvage, &quot;exploration quasi-syst&#233;matique de la capitale &#224; partir de ses cours d'eau, proc&#232;de d'un regard tellement minutieux et attentif que le documentaire finit par y approcher les limites du fantastique&quot; par &quot;l'abstraction des reflets, des eaux noires et blanches qui s'agitent doucement en gros plan au passage des &#233;cluses ; la d&#233;mat&#233;rialisation des monuments par le filmage de leur reflet dans l'eau&quot; 14  ou les &quot;images plus &#233;tranges [...] qu'on dirait prises sous l'eau [&amp;hellip;] et ne cessent de se d&#233;former sous l'effet des ondulations de la mati&#232;re&quot; 15 . Parti paradoxal &quot;qui ancre le merveilleux, l'&#233;trange, la po&#233;sie de l'irrationnel dans une perception suraig&#252;e du r&#233;el&quot; 15 . &#13;&#10;  &#13;&#10;Ce sont finalement les oppositions entre figuration et abstraction, documentaire et fiction, que le motif de l'eau trouble. M&#234;me Henri Chomette avec ses  Jeux de vitesse et de lumi&#232;re  (1925), qui exalte les bouillonnements d'&#233;cume et les scintillations &#224; la surface de la Seine, en gros plans, &quot;pr&#233;occup&#233; des propri&#233;t&#233;s strictement visuelles du cin&#233;ma&quot; 17 , ne rel&#232;ve pas de la cat&#233;gorie de l'abstraction au sens strict &amp;ndash; laquelle concerne plut&#244;t les  Rhythmus  (1919-1923) de Walter Ruttmann ou  La Symphonie diagonale  (1921) de Viking Eggeling, aux graphismes g&#233;om&#233;triques sur fond noir. &#13;&#10;  &#13;&#10;Exemplairement, la figuration de turbulences m&#233;t&#233;orologiques et aquatiques dans les drames naturalistes &amp;ndash; comme les temp&#234;tes maritimes dans  P&#234;cheur d'Islande  (1924) de Baroncelli ou dans  Le Diable au coeur  (1926) de L'Herbier, ou encore,  L'inondation  (1923) de Delluc&#160; &amp;ndash; brouillent les rep&#232;res visuels de la repr&#233;sentation, f&#251;t-ce momentan&#233;ment dans un r&#233;cit, au lieu de constituer l'unique objet d'&#233;tude d'un court-m&#233;trage exp&#233;rimental ; mais les images s'av&#232;rent souvent comparables, et distinctes de l'abstraction proprement dite. Les fictions tourn&#233;es en ext&#233;rieurs naturels sont ainsi ambivalentes. D'un c&#244;t&#233;, elles ont un ancrage documentaire g&#233;ographique, suivant un nationalisme d'entre-deux-guerres qui porte au r&#233;gionalisme, teint&#233; en surplus d'un catastrophisme, o&#249; la m&#233;t&#233;orologie exprime (inconsciemment ou pas) le contexte politique. Et d'un autre c&#244;t&#233;, ces films portent une tendance &#224; l'&quot;impressionnisme&quot;, inspir&#233;e par le contexte artistique, qui incite aux &quot;effets de brouillage et de flou permis par les nuages, la neige et la brume&quot; 18 , o&#249; les formes repr&#233;sentatives c&#232;dent au final &#224; l'informe. L'objectif de la cam&#233;ra face aux embruns des vagues de la Manche d&#233;cha&#238;n&#233;es, dans la brume des campagnes fran&#231;aises, ou dans les temp&#234;tes de neige alpines, enregistre des  vues  conform&#233;ment &#224; la gen&#232;se documentaire, mais restitue du  visuel .  &#13;&#10; &#13;&#10;Qu'on les dise naturalistes, impressionnistes, esth&#232;tes, exp&#233;rimentateurs, avant-garde, politiques, ou autre, ce qui r&#233;unit ces cin&#233;astes port&#233;s vers l'eau, en France dans les ann&#233;es 1920, d&#233;passe les questions de mouvements cin&#233;matographiques. En amont des films, Thouvenel analyse le r&#233;seau de d&#233;terminations historiques, &#233;conomiques et culturelles convergeant pour amener tant d'images aquatiques sur les &#233;crans. C'est l'occasion, notamment, d'examiner la question du paysage et de la culture visuelle dans son rapport au territoire, en retra&#231;ant une g&#233;n&#233;alogie issue du XIXe si&#232;cle. Le d&#233;veloppement d'une culture des loisirs, porte les citadins en vacances au tourisme de bord de mer ou&#160; &#224; la neige des montagnes, et les parisiens en weekend aux guinguettes de bord de Marne. Autant de destinations qui attirent aussi les tournages de cin&#233;ma, pour des raisons commerciales : pour mettre en bo&#238;te quelques &quot;points de vue&quot; d'&quot;&#233;vasion&quot;, &#224; revendre bon march&#233; sur les &#233;crans de cin&#233;ma, aux classes sociales qui ne peuvent pas se payer de tels loisirs dans la vie. On retrouve ainsi les images de l'eau dans la part la plus commerciale de la production de l'&#233;poque. Mais platement : en tant que toile de fond &#224; effet de carte postale. Dans les m&#233;lodrames, par exemple, les affres sentimentaux des jeunes premiers se jouent volontiers sur fond de chromo maritime au soleil couchant, frisant le kitsch. Plus int&#233;ressants sont les films de croisi&#232;re sur les canaux fran&#231;ais, telle la &quot;fiction-travelogue&quot; 19   L'Hirondelle et la m&#233;sange  (1920) d'Andr&#233; Antoine, o&#249; les travellings par la cam&#233;ra &quot;embarqu&#233;e&quot; sur la p&#233;niche, &quot;oeil-p&#233;niche&quot; 19 , &quot;permet d'interroger efficacement la notion de point de vue&quot; 21 . C'est-&#224;-dire : repenser la question du paysage h&#233;rit&#233;e du point de vue fixe, pictural puis photographique, selon les modalit&#233;s de l'image-mouvement, dont le cadre mobile. &#13;&#10;  &#13;&#10;Mais le contexte historique imm&#233;diat est aussi d&#233;terminant pour l'essor de telles images. La Grande Guerre a profond&#233;ment boulevers&#233; les structures nationales et mondiales. Les infrastructures cin&#233;matographes, notamment, sont d&#233;labr&#233;es, et c'est dor&#233;navant le cin&#233;ma am&#233;ricain qui domine le march&#233; international. Une affirmation identitaire nationale se joue alors en r&#233;action, dans la figuration du territoire national et du folklore local, tandis que la d&#233;gradation des studios et l'all&#232;gement des techniques de prise de vue incitent aux tournages en ext&#233;rieur. Dans ce contexte,  Le Tour de France par deux enfants  (1924) est adapt&#233; au cin&#233;ma par Louis de Carbonnat. Les deux orphelins y explorent la &quot;M&#232;re-Patrie&quot; en p&#233;niche, entre autres moyens de locomotion, les cours d'eau faisant figure de &quot;r&#233;seau sanguin du territoire&quot; 22  exprimant l'unit&#233; nationale. &#13;&#10;Plus particuli&#232;rement, la Bretagne est le site de tournage d'une vingtaine de films majeurs de la d&#233;cennie, dont  L'Homme du large  (1920) de L'Herbier,  Finis Terrae  (1928) d'Epstein,  Gardiens de phare  (1929) de Gr&#233;millon. Outre leur rattachement aux probl&#232;mes des identit&#233;s r&#233;gionale et nationale, face &#224; l'h&#233;g&#233;monie nouvelle du cin&#233;ma hollywoodien sur la sc&#232;ne internationale, l'enjeu politique de ces films est &#233;galement l'affirmation d'une image de la France alternative &#224; celle des &quot;Ann&#233;es Folles&quot;. En opposition aux mondanit&#233;s &#233;lectriques des cabarets, le quotidien des  Travailleurs de la mer  (d'ailleurs adapt&#233; par Andr&#233; Antoine en 1917) fait figure de garant de valeurs et de modes de vie plus authentiques. Marins, p&#234;cheurs, haleurs, g&#233;omoniers des c&#244;tes fran&#231;aises figurent ainsi sur les &#233;crans, comme les bateliers des rivi&#232;res et des canaux int&#233;rieurs au territoire.  L'Atalante  (1934) de Jean Vigo participe encore d'un tel esprit. Celui-ci s'incarne m&#234;me dans les images les plus &quot;abstraites&quot; de l'eau, tels les gros plans des mouvements des vagues et de leurs scintillations, enclins &#224; &quot;la tentation plastique&quot; 23 . Car cette avant-garde naturaliste, s'oppose &#224; l'avant-garde futuriste, laquelle exalte, dans ses exp&#233;rimentations plastiques, la m&#233;canisation et la vitesse du monde moderne &amp;ndash; comme le film, au titre r&#233;v&#233;lateur,  Le Ballet m&#233;canique  (1924) de Fernand L&#233;ger. Qui plus est, le fait m&#234;me de faire de l'eau, le protagoniste principal ou unique d'un film, porte une certaine critique contre l'industrie du cin&#233;ma. Remplacer les stars et vedettes de cin&#233;ma par l'oc&#233;an, pour des cin&#233;-po&#232;mes &#233;l&#233;mentaires, relativise le &quot;monde du cin&#233;ma&quot;.  &#13;&#10; &#13;&#10;Un axe de r&#233;flexion remarquablement stimulant du livre, consid&#232;re l'image de l'eau, au-del&#224; d'une d&#233;finition strictement visuelle de l'image, en tant qu'image mentale ou image de la pens&#233;e, et image &#224; penser. &#13;&#10;  &#13;&#10;Incontournable vu le sujet d'&#233;tude, le mythe de Narcisse n'est pourtant pas ce sur quoi s'attarde l'auteur. Quoiqu'il lui inspire quelques analyses filmiques ing&#233;nieuses autour des th&#232;mes connexes de &quot;l'eau-miroir&quot; et de &quot;l'eau-&#233;cran&quot; 24 . L'eau m&#233;ta-image engage plus longuement l'analyse dans les th&#233;ories de cin&#233;astes. &#192; la fin du livre, un lexique recense les nombreuses occurrences de m&#233;taphores aquatiques dans les textes th&#233;oriques et critiques des ann&#233;es 1920, avec des entr&#233;es alphab&#233;tiques telles que : aqueux, courant, &#233;coulement, fluidit&#233;, flux, liqu&#233;faction, liquide, ondulation, viscosit&#233;. Plusieurs sections du livre travaillent &#224; interroger en substance cette isotopie aquatique dans la pens&#233;e du cin&#233;ma.  &#13;&#10;Un premier fondement qu'analyse Touvenel est d'ordre r&#233;flexif. Car, comme le remarquait Renoir, r&#233;alisateur de  La Fille de l'eau  (1924) : &quot;Il y a dans le mouvement du film un c&#244;t&#233; in&#233;luctable qui l'apparente au courant des ruisseaux, au d&#233;roulement des fleuves&quot; 25 . Dans le contexte d'exploration des puissances du dispositif cin&#233;matographique, l'analogie avec l'eau permet de penser les propri&#233;t&#233;s physiques et perceptives du m&#233;dium. Image-mouvement, flux d'images, coul&#233;e perceptive viennent qualifier l'exp&#233;rience du d&#233;filement&#160; filmique &amp;ndash; par distinction avec les r&#233;gimes perceptifs des images fixes et des mobiles. M&#234;me les th&#233;ories du rapport cin&#233;ma/musique, notoires, s'impr&#232;gnent de cette pens&#233;e de l'&#233;coulement et de la fluidit&#233; : via la notion de  rythme , con&#231;ue selon le sens originel, du grec  rhein , &quot;couler&quot;, plut&#244;t qu'au sens de la mesure et de la d&#233;coupe. Rapport&#233;e &#224; la question du montage cin&#233;matographique, ces questions permettent d'&#233;clairer une logique des intervalles en termes d'intensit&#233;, plut&#244;t que d'intelligibilit&#233; discursive &amp;ndash; comme le cherchaient par exemple les cin&#233;astes sovi&#233;tiques de l'&#233;poque. &#13;&#10;  &#13;&#10;Ce mod&#232;le du fluidique proc&#232;de plus largement d'un renouvellement des cadres &#233;pist&#233;mologiques, au sein duquel le cin&#233;ma serait &quot;le r&#233;v&#233;lateur et l'instrument d'un rapport au monde in&#233;dit&quot; 26 . Sur ce point, le cin&#233;aste-th&#233;oricien Epstein (dont le film   Coeur fid&#232;le &#160; a fait l'objet d'une &#233;tude r&#233;cente de Prosper Hillairet) est au centre de l'analyse de Thouvenel, qui ne manque toutefois pas de replacer son &amp;oelig;uvre en perspective dans les champs de la philosophie (une lign&#233;e d'H&#233;raclite &#224; Bergson) et des sciences physiques (autour d'Einstein). L'auteur montre ainsi comment le cin&#233;ma participe de la pens&#233;e du devenir contre la philosophie m&#233;taphysique, et de la reconsid&#233;ration des cat&#233;gories du temps et de l'espace, dans leur rapport et en elles-m&#234;mes. Car, comme l'&#233;crivait Epstein : avec le cin&#233;ma, c'est &quot;l'av&#232;nement d'un monde o&#249; le mouvement r&#232;gne en ma&#238;tre, o&#249; la forme, perp&#233;tuellement mobile, comme liqu&#233;fi&#233;e, n'est plus qu'une certaine lenteur d'&#233;coulement. [Ce faisant] toutes les doctrines de la solidit&#233; &amp;ndash; religieuses, philosophiques, scientifiques &amp;ndash; d&#233;j&#224; fl&#233;chissent, chassent leurs attaches, se trouvent mobilis&#233;es par la d&#233;rive, entrent en liquidit&#233;&quot; 27 . Le cin&#233;ma serait ainsi une machine &#224; repr&#233;senter &quot;la fluidit&#233; de l'univers&quot; 28 ..   Notes :  1 - Gaston Bachelard (&#201;ditions Jos&#233; Corti, 1942 2 - p. 9 3 - p. 9 4 - p. 9 5 - p. 11 6 - Jean Epstein cit&#233; p. 43 7 - p. 190 8 - p. 270 9 - p.271 10 - pp. 101-148 11 - p. 138 12 - p. 60 13 - p. 61 14 - p. 118 15 - p. 119 16 - p. 119 17 - p. 51 18 - p. 89 19 - p. 47 20 - p. 47 21 - p. 48 22 - p. 36 23 - p.158 24 - pp. 152-160 25 - cit&#233; p. 50 26 - p. 200 27 - cit&#233; p. 202 28 - p. 210 </description>
         <pubDate>09/01/10 00:00:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Le titre de ce livre annonce un projet d'&eacute;tude, en vertu duquel les &eacute;tudes cin&eacute;matographiques pourraient s'enrichir de la posture &eacute;pist&eacute;mologique et des m&eacute;thodes analytiques d&eacute;velopp&eacute;es par les &eacute;tudes po&eacute;tiques de Gaston Bachelard. Parmi les essais fameux du philosophe, qui conjoignent ses pr&eacute;occupations pour la po&eacute;sie et les sciences physiques et chimiques, en &eacute;tudiant l'imaginaire des quatre &Eacute;l&eacute;ments, c'est bien s&ucirc;r celui consacr&eacute; &agrave; l'eau, <em>L'Eau et les r&ecirc;ves. Essai sur l'imagination de la mati&egrave;re</em><sup>1</sup>) qu'&eacute;voque le titre du livre d'&Eacute;ric Thouvenel. &Eacute;veillant de telles attentes chez son lecteur, il ne les d&eacute;&ccedil;oit pas, et m&ecirc;me, les d&eacute;passe. Son travail s'av&egrave;re bien plus qu'une r&eacute;-application de Bachelard, m&ecirc;me si celui-ci est, comme il se doit, cit&eacute; et salu&eacute;. La filiation rel&egrave;ve plut&ocirc;t de l'inspiration renouvelante, ne serait-ce que de par le d&eacute;placement du champ d'application textuel &agrave; celui des images, du cin&eacute;ma muet. Le r&eacute;sultat est si probant, qu'apr&egrave;s lecture des <em>Images de l'eau dans le cin&eacute;ma fran&ccedil;ais des ann&eacute;es 1920</em>, on est port&eacute; &agrave; esp&eacute;rer de futures &eacute;tudes dans ce sillage. Comme Bachelard sut inspirer Thouvenel, le livre de Thouvenel pourrait en inspirer d'autres ; car on imagine d'aussi passionnants livres sur le feu, l'air ou la terre, et encore l'eau, &eacute;tudi&eacute;s dans d'autres ensembles de films que celui du cin&eacute;ma fran&ccedil;ais des ann&eacute;es 1920.</p>
<p><br />
Pourquoi s'int&eacute;resser &agrave; ce contexte pr&eacute;cis ? Ces ann&eacute;es de jeunesse du cin&eacute;ma fran&ccedil;ais (puisque le Cin&eacute;matographe Lumi&egrave;re est brevet&eacute; en 1895) font figure de &quot;laboratoire exp&eacute;rimental&quot;<sup>2</sup>. Comme le rappelle Thouvenel dans son introduction : &quot;Universitaires, chercheurs, historiens, critiques, programmateurs s'accordent en effet &agrave; dire qu'entre la fin de la Premi&egrave;re Guerre mondiale et la g&eacute;n&eacute;ralisation du parlant, s'est jou&eacute; en France quelque chose de d&eacute;cisif pour l'&eacute;volution des formes cin&eacute;matographiques [et] s'est d&eacute;velopp&eacute;e avec le plus d'opini&acirc;tret&eacute; l'id&eacute;e que le cin&eacute;ma est un art.&quot;<sup>2</sup> <br />
Cette id&eacute;e n&rsquo;&eacute;tait certes pas absente de la vogue ant&eacute;rieure des &quot;Films d&rsquo;Art&quot; (apparus en 1908 avec <em>L&rsquo;Assassinat du Duc de Guise</em>), qui cherch&egrave;rent &agrave; conf&eacute;rer ses premi&egrave;res lettres de &quot;noblesse&quot; au cin&eacute;ma en filmant des drames dont tous les rouages (auteurs, com&eacute;diens, costumes, mise en sc&egrave;ne, etc.) venaient du th&eacute;&acirc;tre le plus acad&eacute;mique. Mais de cette l&eacute;gitimation/valeur ajout&eacute;e de d&eacute;corum, ni le cin&eacute;ma ni le th&eacute;&acirc;tre ne sortaient vraiment grandis. La d&eacute;cennie suivante (1920-1930) se caract&eacute;rise en revanche par la volont&eacute; de certains cin&eacute;astes de trouver leur propre l&eacute;gitimation artistique. Exit les films &quot;de r&eacute;pertoire&quot;. Place aux recherches sur/par les proc&eacute;d&eacute;s filmiques : montage, cadrage, angle de vue, &eacute;chelle de plan, mouvement de l'image, ralenti, acc&eacute;l&eacute;r&eacute;, d&eacute;filement invers&eacute; du film, image en n&eacute;gatif, surimpression, etc. Recherche aussi bien pratique que th&eacute;orique, puisque ces cin&eacute;astes accompagnent alors souvent leurs r&eacute;alisations filmiques d'&eacute;crits r&eacute;flexifs. Ceux-ci s'av&egrave;rent aussi importants, voire parfois davantage, que leurs films, pour la compr&eacute;hension du cin&eacute;ma dans ses puissances ; et leur valeur est &agrave; ce titre appr&eacute;ciable aujourd'hui encore. Dans cette remarquable effervescence cr&eacute;ative, o&ugrave; nous replonge le livre d'&Eacute;ric Thouvenel, on trouve notamment les &oelig;uvres de Jean Epstein, Abel Gance, Marcel L'Herbier, Germaine Dulac, Louis Delluc, Jean Renoir et Jean Vigo.<br />
<br />
Pour ces raisons, le contexte cin&eacute;matographique a d&eacute;j&agrave; fait l'objet de nombreux &quot;colloques, publications, restaurations de films, travaux monographiques&quot;<sup>2</sup>, avant que le pr&eacute;sent livre ne s'y int&eacute;resse. Son auteur ne saurait l'ignorer. Son originalit&eacute; consiste dans son optique particuli&egrave;re, et&nbsp; n&eacute;anmoins transversale, par laquelle le contexte est r&eacute;-envisag&eacute;. La th&egrave;se g&eacute;n&eacute;rale du livre est que &quot;le cin&eacute;ma fran&ccedil;ais des ann&eacute;es vingt entretient un rapport extr&ecirc;mement privil&eacute;gi&eacute; avec l'eau. Que l'&eacute;l&eacute;ment est une &quot;traverse&quot;, un motif &ndash; esth&eacute;tique, &eacute;conomique, narratif, technique, th&eacute;orique, social &ndash; [&hellip;] qu'il s'agit de prendre au s&eacute;rieux, d'interroger v&eacute;ritablement, au-del&agrave; de consid&eacute;rations h&acirc;tives sur la &quot;po&eacute;sie&quot; des eaux ch&egrave;res &agrave; tel cin&eacute;aste, ou sur le rythme &quot;fluide&quot; du montage&quot;<sup>5</sup>.</p>
<p><br />
<em>Les images de l'eau dans le cin&eacute;ma fran&ccedil;ais des ann&eacute;es 1920</em> r&eacute;pondent bien &agrave; l'exigence d'une saisie, dans sa profondeur et sa complexit&eacute;, du probl&egrave;me pos&eacute;. Contre le <em>fast-thinking</em>, l'heuristique offerte par un tel ouvrage &ndash; issu d'une th&egrave;se universitaire, bien que r&eacute;&eacute;crite pour la pr&eacute;sente publication &ndash; permet de donner consistance &agrave; une &eacute;paisseur signifiante, tonifiante, pour la vie intellectuelle. &Agrave; cet &eacute;gard, le travail &eacute;ditorial des Presses Universitaires de Rennes r&eacute;v&egrave;le une nouvelle fois sa grande valeur.<br />
Au lecteur trop press&eacute;, l'auteur sugg&egrave;re donc cette exemplarit&eacute; : &quot;La premi&egrave;re vertu de l'eau est&nbsp; patience&quot;<sup>6</sup><br />
<br />
Simplement l'eau ? &quot;Il faut &ecirc;tre insensible pour penser que la vision de l'eau est quelque chose de monotone&quot;<sup>7</sup>, note l'auteur au milieu d'une analyse. Observateur subtil des manifestations filmiques de l'&eacute;l&eacute;ment, Thouvenel insuffle &agrave; son ouvrage une qualit&eacute; d'attention qui, g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, vaut pour une &eacute;thique d'attention au monde ; &agrave; l&rsquo;instar film de Joris Ivens <em>Pluie </em>(1929), enti&egrave;rement consacr&eacute; au ph&eacute;nom&egrave;ne m&eacute;t&eacute;orologique, qui en r&eacute;v&egrave;le &quot;l'infini des variations&quot;<sup>8</sup>.</p>
<p><br />
Ce qu'Ivens r&eacute;v&egrave;le de la pluie en particulier, Thouvenel le r&eacute;v&egrave;le de l'eau en g&eacute;n&eacute;ral dans le cin&eacute;ma fran&ccedil;ais des ann&eacute;es 1920. Ses descriptions d&eacute;signent l'&eacute;l&eacute;ment aquatique dans des formes et des &eacute;tats infiniment vari&eacute;s : oc&eacute;an et mer, &quot;d'huile&quot; ou en temp&ecirc;te, en passant par les gradations interm&eacute;diaires de la vague et du reflux ; eau vive du torrent et de la cascade, eau calme et majestueuse du fleuve (qui peut toutefois entrer en crue), eau morte du marais ; eau domestiqu&eacute;e du canal et du jet ; flaque al&eacute;atoire, dont la surface s'anime de cercles concentriques sous la pluie ; celle-ci d&eacute;ployant sa gamme du crachin aux &quot;cordes&quot; ; neige ; gr&ecirc;le ; nuage ; brouillard et brume, &eacute;tat de l'eau &quot;&agrave; mi-chemin de la pluie et du nuage&quot;<sup>9</sup> ; ros&eacute;e ; larme humaine ; etc. Sans compter les mouvements divers de ces &eacute;tats &eacute;l&eacute;mentaires, en reconfiguration incessante, ce que peut enregistrer l'image-mouvement cin&eacute;matographique (&agrave; la diff&eacute;rence, par exemple, de l'image fixe photographique) ; et les rencontres de toutes ces eaux avec la lumi&egrave;re, qui produisent reflets, miroitements, scintillations, moires, etc.</p>
<p><br />
L'une des r&eacute;ussites du livre tient dans sa capacit&eacute; &agrave; organiser ces figures mat&eacute;riologiques et m&eacute;t&eacute;orologiques h&eacute;t&eacute;roclites, suivant la dynamique de son argumentation, &eacute;vitant la typologie s&egrave;che, et annexant &agrave; la logique m&ecirc;me du livre quelque chose d'aquatique.</p>
<p><br />
<br />
L'un des int&eacute;r&ecirc;ts centraux du motif de l'eau pour repenser le cin&eacute;ma fran&ccedil;ais des ann&eacute;es 1920, c'est d'&ecirc;tre &quot;un motif m&eacute;diateur&quot;<sup>10</sup>, qui permet de d&eacute;passer certains antagonismes pr&eacute;suppos&eacute;s. Op&eacute;rateur de rapprochements entre des films aux intentions <em>a priori</em> divergentes, le motif, commun <em>a posteriori</em>, permet &agrave; l'analyste de nuancer subtilement des rapports, de sorte que ses comparaisons tendent moins &agrave; arr&ecirc;ter des classifications, qu'&agrave; s'effectuer selon une logique de gradients.</p>
<p><br />
Ainsi en va-t-il de l'opposition d'usage entre deux avant-gardes, l'une esth&eacute;tique, l'autre politique. Certes, Germaine Dulac semble se borner &agrave; la premi&egrave;re cat&eacute;gorie, avec les jeux d'eaux de ses <em>Arabesques</em> (1929), <em>Th&egrave;mes et variations</em> (1928), et <em>La Coquille et le clergyman</em> (1927) o&ugrave; la cin&eacute;aste &quot;se transforme en v&eacute;ritable laborantine, enfermant son tournage dans l'espace confin&eacute; du studio [o&ugrave;] les images de l'eau [sont] tourn&eacute;es dans un bassin [&hellip;] permettant de filmer l'&eacute;l&eacute;ment sous tous les angles, d'obtenir les &eacute;clairages sp&eacute;cifiques afin de rendre l'eau claire, opaque ou laiteuse, d'en capturer les reflets sur un fond pr&eacute;alablement dispos&eacute; pour en souligner la dimension graphique, jusqu'&agrave; l'abstraction&quot; bref &quot;r&eacute;inventer les propri&eacute;t&eacute;s optiques et mat&eacute;rielles de l'eau&quot;<sup>11</sup>.</p>
<p><br />
Mais l'eau film&eacute;e par L&aacute;szl&oacute; Moholy-Nagy dans <em>Marseille, Vieux-Port</em> (1929) d&eacute;fie les cat&eacute;gories en tant que &quot;documentaire stylis&eacute;&quot; <sup>12</sup>, dont la vision est &quot;p&eacute;trie de mouvements &ndash; politique et social autant que formel&quot; <sup>13</sup>. Lui-m&ecirc;me exil&eacute;, et en partance pour les &Eacute;tats-Unis, l'artiste sublime la mer, scintillante et mouvante, vers l'horizon, tandis que les eaux sombres stagnent aux rives du Vieux Continent, pr&eacute;figurant peut-&ecirc;tre &eacute;galement une terre d'accueil qui ne tiendra pas ses promesses. De m&ecirc;me pour Jean Vigo, dans <em>&Agrave; propos de Nice</em> (1930) : les eaux donnent substance &agrave; l'analyse sociale, &agrave; travers un montage constructiviste qui oppose le va-et-vient du reflux maritime ber&ccedil;ant la sieste des touristes sur la C&ocirc;te d'Azur, et les eaux sales des trottoirs mises en mouvement par les balayeurs, tandis qu'ailleurs dans les quartiers pauvres, l'eau croupit dans des flaques boueuses.</p>
<p><br />
Dans cette articulation d'une po&eacute;tique &eacute;l&eacute;mentaire avec des pr&eacute;occupations sociales et politiques, Thouvenel analyse encore le cas du &quot;fantastique social&quot; qui, dans la lign&eacute;e du surr&eacute;alisme, vise &agrave; transfigurer le r&eacute;el, r&eacute;v&eacute;ler le merveilleux dans le quotidien apparemment le plus prosa&iuml;que. Ainsi, les <em>&Eacute;tudes sur Paris</em> (1928) d'Andr&eacute; Sauvage, &quot;exploration quasi-syst&eacute;matique de la capitale &agrave; partir de ses cours d'eau, proc&egrave;de d'un regard tellement minutieux et attentif que le documentaire finit par y approcher les limites du fantastique&quot; par &quot;l'abstraction des reflets, des eaux noires et blanches qui s'agitent doucement en gros plan au passage des &eacute;cluses ; la d&eacute;mat&eacute;rialisation des monuments par le filmage de leur reflet dans l'eau&quot;<sup>14</sup> ou les &quot;images plus &eacute;tranges [...] qu'on dirait prises sous l'eau [&hellip;] et ne cessent de se d&eacute;former sous l'effet des ondulations de la mati&egrave;re&quot;<sup>15</sup>. Parti paradoxal &quot;qui ancre le merveilleux, l'&eacute;trange, la po&eacute;sie de l'irrationnel dans une perception suraig&uuml;e du r&eacute;el&quot;<sup>15</sup>.</p>
<p><br />
Ce sont finalement les oppositions entre figuration et abstraction, documentaire et fiction, que le motif de l'eau trouble. M&ecirc;me Henri Chomette avec ses <em>Jeux de vitesse et de lumi&egrave;re</em> (1925), qui exalte les bouillonnements d'&eacute;cume et les scintillations &agrave; la surface de la Seine, en gros plans, &quot;pr&eacute;occup&eacute; des propri&eacute;t&eacute;s strictement visuelles du cin&eacute;ma&quot;<sup>17</sup>, ne rel&egrave;ve pas de la cat&eacute;gorie de l'abstraction au sens strict &ndash; laquelle concerne plut&ocirc;t les <em>Rhythmus</em> (1919-1923) de Walter Ruttmann ou <em>La Symphonie diagonale</em> (1921) de Viking Eggeling, aux graphismes g&eacute;om&eacute;triques sur fond noir.</p>
<p><br />
Exemplairement, la figuration de turbulences m&eacute;t&eacute;orologiques et aquatiques dans les drames naturalistes &ndash; comme les temp&ecirc;tes maritimes dans <em>P&ecirc;cheur d'Islande</em> (1924) de Baroncelli ou dans <em>Le Diable au coeur</em> (1926) de L'Herbier, ou encore, <em>L'inondation</em> (1923) de Delluc&nbsp; &ndash; brouillent les rep&egrave;res visuels de la repr&eacute;sentation, f&ucirc;t-ce momentan&eacute;ment dans un r&eacute;cit, au lieu de constituer l'unique objet d'&eacute;tude d'un court-m&eacute;trage exp&eacute;rimental ; mais les images s'av&egrave;rent souvent comparables, et distinctes de l'abstraction proprement dite. Les fictions tourn&eacute;es en ext&eacute;rieurs naturels sont ainsi ambivalentes. D'un c&ocirc;t&eacute;, elles ont un ancrage documentaire g&eacute;ographique, suivant un nationalisme d'entre-deux-guerres qui porte au r&eacute;gionalisme, teint&eacute; en surplus d'un catastrophisme, o&ugrave; la m&eacute;t&eacute;orologie exprime (inconsciemment ou pas) le contexte politique. Et d'un autre c&ocirc;t&eacute;, ces films portent une tendance &agrave; l'&quot;impressionnisme&quot;, inspir&eacute;e par le contexte artistique, qui incite aux &quot;effets de brouillage et de flou permis par les nuages, la neige et la brume&quot;<sup>18</sup>, o&ugrave; les formes repr&eacute;sentatives c&egrave;dent au final &agrave; l'informe. L'objectif de la cam&eacute;ra face aux embruns des vagues de la Manche d&eacute;cha&icirc;n&eacute;es, dans la brume des campagnes fran&ccedil;aises, ou dans les temp&ecirc;tes de neige alpines, enregistre des<em> vues</em> conform&eacute;ment &agrave; la gen&egrave;se documentaire, mais restitue du <em>visuel</em>. <br />
<br />
Qu'on les dise naturalistes, impressionnistes, esth&egrave;tes, exp&eacute;rimentateurs, avant-garde, politiques, ou autre, ce qui r&eacute;unit ces cin&eacute;astes port&eacute;s vers l'eau, en France dans les ann&eacute;es 1920, d&eacute;passe les questions de mouvements cin&eacute;matographiques. En amont des films, Thouvenel analyse le r&eacute;seau de d&eacute;terminations historiques, &eacute;conomiques et culturelles convergeant pour amener tant d'images aquatiques sur les &eacute;crans. C'est l'occasion, notamment, d'examiner la question du paysage et de la culture visuelle dans son rapport au territoire, en retra&ccedil;ant une g&eacute;n&eacute;alogie issue du XIXe si&egrave;cle. Le d&eacute;veloppement d'une culture des loisirs, porte les citadins en vacances au tourisme de bord de mer ou&nbsp; &agrave; la neige des montagnes, et les parisiens en weekend aux guinguettes de bord de Marne. Autant de destinations qui attirent aussi les tournages de cin&eacute;ma, pour des raisons commerciales : pour mettre en bo&icirc;te quelques &quot;points de vue&quot; d'&quot;&eacute;vasion&quot;, &agrave; revendre bon march&eacute; sur les &eacute;crans de cin&eacute;ma, aux classes sociales qui ne peuvent pas se payer de tels loisirs dans la vie. On retrouve ainsi les images de l'eau dans la part la plus commerciale de la production de l'&eacute;poque. Mais platement : en tant que toile de fond &agrave; effet de carte postale. Dans les m&eacute;lodrames, par exemple, les affres sentimentaux des jeunes premiers se jouent volontiers sur fond de chromo maritime au soleil couchant, frisant le kitsch. Plus int&eacute;ressants sont les films de croisi&egrave;re sur les canaux fran&ccedil;ais, telle la &quot;fiction-travelogue&quot;<sup>19</sup> <em>L'Hirondelle et la m&eacute;sange</em> (1920) d'Andr&eacute; Antoine, o&ugrave; les travellings par la cam&eacute;ra &quot;embarqu&eacute;e&quot; sur la p&eacute;niche, &quot;oeil-p&eacute;niche&quot;<sup>19</sup>, &quot;permet d'interroger efficacement la notion de point de vue&quot;<sup>21</sup>. C'est-&agrave;-dire : repenser la question du paysage h&eacute;rit&eacute;e du point de vue fixe, pictural puis photographique, selon les modalit&eacute;s de l'image-mouvement, dont le cadre mobile.</p>
<p><br />
Mais le contexte historique imm&eacute;diat est aussi d&eacute;terminant pour l'essor de telles images. La Grande Guerre a profond&eacute;ment boulevers&eacute; les structures nationales et mondiales. Les infrastructures cin&eacute;matographes, notamment, sont d&eacute;labr&eacute;es, et c'est dor&eacute;navant le cin&eacute;ma am&eacute;ricain qui domine le march&eacute; international. Une affirmation identitaire nationale se joue alors en r&eacute;action, dans la figuration du territoire national et du folklore local, tandis que la d&eacute;gradation des studios et l'all&egrave;gement des techniques de prise de vue incitent aux tournages en ext&eacute;rieur. Dans ce contexte, <em>Le Tour de France par deux enfants</em> (1924) est adapt&eacute; au cin&eacute;ma par Louis de Carbonnat. Les deux orphelins y explorent la &quot;M&egrave;re-Patrie&quot; en p&eacute;niche, entre autres moyens de locomotion, les cours d'eau faisant figure de &quot;r&eacute;seau sanguin du territoire&quot;<sup>22</sup> exprimant l'unit&eacute; nationale.<br />
Plus particuli&egrave;rement, la Bretagne est le site de tournage d'une vingtaine de films majeurs de la d&eacute;cennie, dont <em>L'Homme du large</em> (1920) de L'Herbier, <em>Finis Terrae</em> (1928) d'Epstein, <em>Gardiens de phare</em> (1929) de Gr&eacute;millon. Outre leur rattachement aux probl&egrave;mes des identit&eacute;s r&eacute;gionale et nationale, face &agrave; l'h&eacute;g&eacute;monie nouvelle du cin&eacute;ma hollywoodien sur la sc&egrave;ne internationale, l'enjeu politique de ces films est &eacute;galement l'affirmation d'une image de la France alternative &agrave; celle des &quot;Ann&eacute;es Folles&quot;. En opposition aux mondanit&eacute;s &eacute;lectriques des cabarets, le quotidien des <em>Travailleurs de la mer</em> (d'ailleurs adapt&eacute; par Andr&eacute; Antoine en 1917) fait figure de garant de valeurs et de modes de vie plus authentiques. Marins, p&ecirc;cheurs, haleurs, g&eacute;omoniers des c&ocirc;tes fran&ccedil;aises figurent ainsi sur les &eacute;crans, comme les bateliers des rivi&egrave;res et des canaux int&eacute;rieurs au territoire. <em>L'Atalante</em> (1934) de Jean Vigo participe encore d'un tel esprit. Celui-ci s'incarne m&ecirc;me dans les images les plus &quot;abstraites&quot; de l'eau, tels les gros plans des mouvements des vagues et de leurs scintillations, enclins &agrave; &quot;la tentation plastique&quot;<sup>23</sup>. Car cette avant-garde naturaliste, s'oppose &agrave; l'avant-garde futuriste, laquelle exalte, dans ses exp&eacute;rimentations plastiques, la m&eacute;canisation et la vitesse du monde moderne &ndash; comme le film, au titre r&eacute;v&eacute;lateur, <em>Le Ballet m&eacute;canique</em> (1924) de Fernand L&eacute;ger. Qui plus est, le fait m&ecirc;me de faire de l'eau, le protagoniste principal ou unique d'un film, porte une certaine critique contre l'industrie du cin&eacute;ma. Remplacer les stars et vedettes de cin&eacute;ma par l'oc&eacute;an, pour des cin&eacute;-po&egrave;mes &eacute;l&eacute;mentaires, relativise le &quot;monde du cin&eacute;ma&quot;. <br />
<br />
Un axe de r&eacute;flexion remarquablement stimulant du livre, consid&egrave;re l'image de l'eau, au-del&agrave; d'une d&eacute;finition strictement visuelle de l'image, en tant qu'image mentale ou image de la pens&eacute;e, et image &agrave; penser.</p>
<p><br />
Incontournable vu le sujet d'&eacute;tude, le mythe de Narcisse n'est pourtant pas ce sur quoi s'attarde l'auteur. Quoiqu'il lui inspire quelques analyses filmiques ing&eacute;nieuses autour des th&egrave;mes connexes de &quot;l'eau-miroir&quot; et de &quot;l'eau-&eacute;cran&quot;<sup>24</sup>. L'eau m&eacute;ta-image engage plus longuement l'analyse dans les th&eacute;ories de cin&eacute;astes. &Agrave; la fin du livre, un lexique recense les nombreuses occurrences de m&eacute;taphores aquatiques dans les textes th&eacute;oriques et critiques des ann&eacute;es 1920, avec des entr&eacute;es alphab&eacute;tiques telles que : aqueux, courant, &eacute;coulement, fluidit&eacute;, flux, liqu&eacute;faction, liquide, ondulation, viscosit&eacute;. Plusieurs sections du livre travaillent &agrave; interroger en substance cette isotopie aquatique dans la pens&eacute;e du cin&eacute;ma. <br />
Un premier fondement qu'analyse Touvenel est d'ordre r&eacute;flexif. Car, comme le remarquait Renoir, r&eacute;alisateur de <em>La Fille de l'eau </em>(1924) : &quot;Il y a dans le mouvement du film un c&ocirc;t&eacute; in&eacute;luctable qui l'apparente au courant des ruisseaux, au d&eacute;roulement des fleuves&quot;<sup>25</sup>. Dans le contexte d'exploration des puissances du dispositif cin&eacute;matographique, l'analogie avec l'eau permet de penser les propri&eacute;t&eacute;s physiques et perceptives du m&eacute;dium. Image-mouvement, flux d'images, coul&eacute;e perceptive viennent qualifier l'exp&eacute;rience du d&eacute;filement&nbsp; filmique &ndash; par distinction avec les r&eacute;gimes perceptifs des images fixes et des mobiles. M&ecirc;me les th&eacute;ories du rapport cin&eacute;ma/musique, notoires, s'impr&egrave;gnent de cette pens&eacute;e de l'&eacute;coulement et de la fluidit&eacute; : via la notion de <em>rythme</em>, con&ccedil;ue selon le sens originel, du grec <em>rhein</em>, &quot;couler&quot;, plut&ocirc;t qu'au sens de la mesure et de la d&eacute;coupe. Rapport&eacute;e &agrave; la question du montage cin&eacute;matographique, ces questions permettent d'&eacute;clairer une logique des intervalles en termes d'intensit&eacute;, plut&ocirc;t que d'intelligibilit&eacute; discursive &ndash; comme le cherchaient par exemple les cin&eacute;astes sovi&eacute;tiques de l'&eacute;poque.</p>
<p><br />
Ce mod&egrave;le du fluidique proc&egrave;de plus largement d'un renouvellement des cadres &eacute;pist&eacute;mologiques, au sein duquel le cin&eacute;ma serait &quot;le r&eacute;v&eacute;lateur et l'instrument d'un rapport au monde in&eacute;dit&quot;<sup>26</sup>. Sur ce point, le cin&eacute;aste-th&eacute;oricien Epstein (dont le film <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-1174-epstein_fidele_au_cinema.htm">Coeur fid&egrave;le</a>&nbsp;</em>a fait l'objet d'une &eacute;tude r&eacute;cente de Prosper Hillairet) est au centre de l'analyse de Thouvenel, qui ne manque toutefois pas de replacer son &oelig;uvre en perspective dans les champs de la philosophie (une lign&eacute;e d'H&eacute;raclite &agrave; Bergson) et des sciences physiques (autour d'Einstein). L'auteur montre ainsi comment le cin&eacute;ma participe de la pens&eacute;e du devenir contre la philosophie m&eacute;taphysique, et de la reconsid&eacute;ration des cat&eacute;gories du temps et de l'espace, dans leur rapport et en elles-m&ecirc;mes. Car, comme l'&eacute;crivait Epstein : avec le cin&eacute;ma, c'est &quot;l'av&egrave;nement d'un monde o&ugrave; le mouvement r&egrave;gne en ma&icirc;tre, o&ugrave; la forme, perp&eacute;tuellement mobile, comme liqu&eacute;fi&eacute;e, n'est plus qu'une certaine lenteur d'&eacute;coulement. [Ce faisant] toutes les doctrines de la solidit&eacute; &ndash; religieuses, philosophiques, scientifiques &ndash; d&eacute;j&agrave; fl&eacute;chissent, chassent leurs attaches, se trouvent mobilis&eacute;es par la d&eacute;rive, entrent en liquidit&eacute;&quot;<sup>27</sup>. Le cin&eacute;ma serait ainsi une machine &agrave; repr&eacute;senter &quot;la fluidit&eacute; de l'univers&quot;<sup>28</sup>..</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Gaston Bachelard (&Eacute;ditions Jos&eacute; Corti, 1942<br />2 - p. 9<br />3 - p. 9<br />4 - p. 9<br />5 - p. 11<br />6 - Jean Epstein cit&eacute; p. 43<br />7 - p. 190<br />8 - p. 270<br />9 - p.271<br />10 - pp. 101-148<br />11 - p. 138<br />12 - p. 60<br />13 - p. 61<br />14 - p. 118<br />15 - p. 119<br />16 - p. 119<br />17 - p. 51<br />18 - p. 89<br />19 - p. 47<br />20 - p. 47<br />21 - p. 48<br />22 - p. 36<br />23 - p.158<br />24 - pp. 152-160<br />25 - cit&eacute; p. 50<br />26 - p. 200<br />27 - cit&eacute; p. 202<br />28 - p. 210<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Visions mystiques de la guerre</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3710-visions_mystiques_de_la_guerre.htm</link>
         <description> L&amp;rsquo;association de la mystique et de la guerre peut sembler paradoxale, mais la mobilisation de 1914 s&amp;rsquo;accompagna d&amp;rsquo;une exaltation parfois voisine de l&amp;rsquo;extase, m&#234;me chez les esprits les mieux tremp&#233;s : Durkheim, Hauriou, Bergson en France, Mann, J&#252;nger en Allemagne, pour ne citer que les plus grands. In&#233;gal et h&#233;t&#233;rog&#232;ne suivant la loi du genre des actes de colloques, ce livre explore quelques facettes de ce voisinage de la mystique et de la guerre : la guerre comme exp&#233;rience mystique (&quot;La guerre est une chose si surnaturelle, si poignante, que seul le jugement dernier pourra remplir mes yeux davantage&quot;, &#233;crit Massignon, alors soldat, &#224; Claudel en 1916) ; la mystique comme moyen de donner un sens &#224; la situation, avec le culte de Th&#233;r&#232;se de Lisieux chez les poilus (Anthony Feneuil), comme mod&#232;le d&amp;rsquo;une  humilit&#233;  qui est le seul sens qu&amp;rsquo;on puisse donner &#224; cette guerre d&amp;rsquo;an&#233;antissement qui ne fait aucune place &#224; l&amp;rsquo;h&#233;ro&#239;sme ; et m&#234;me, la th&#232;se d&amp;rsquo;une &quot;guerre mystique&quot;, pour Bergson, &quot;occasion unique offerte au monde depuis la pr&#233;dication de l&amp;rsquo;&#201;vangile, de faire passer l&amp;rsquo;esprit &#233;vang&#233;lique entre les nations&quot; (1936, cit&#233; p. 144), ou encore, pour J&#252;nger, &quot;mouvement sup&#233;rieur&quot; en tant qu&amp;rsquo;elle est &#224; la fois la manifestation extr&#234;me et le d&#233;passement du monde d&#233;senchant&#233; de la technique et de l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t. &#13;&#10;  &#13;&#10; &#13;&#10;Mystique et politique  &#13;&#10; &#13;&#10;D&#232;s avant 1914, la fermentation n&#233;o-mystique est le laboratoire des &quot;religions de l&amp;rsquo;avenir&quot;, bolchevisme, fascisme, nazisme. Le texte passionnant et trop bref de Pierre Gisel &#233;voque les mouvements de germanisation du christianisme (Bonus, Gogarten) dans les ann&#233;es 1880, amplifi&#233;s par les &quot;Id&#233;es de 1914&quot; (expression qu&amp;rsquo;il faut entendre comme sym&#233;trique inverse des &quot;id&#233;es de 1789&quot;). La Grande Guerre est v&#233;cue comme &quot;exp&#233;rience religieuse, pi&#233;t&#233; disposant au sacrifice, et moment permettant unit&#233;, communaut&#233;, fusion&quot; (109), &quot;loin d&amp;rsquo;&#234;tre un malheur, elle cr&#233;e un monde nouveau, &#224; l&amp;rsquo;instar de la mort de J&#233;sus&quot; (112). &#13;&#10; &#13;&#10;On sait que parmi les diff&#233;rents rameaux du nationalisme anti-moderne en Allemagne (ce que Fritz Stern appelle la politique du d&#233;sespoir culturel  1 ), le &quot;christianisme allemand&quot; sera une cheville essentielle du nazisme, pour autant que celui-ci est une entreprise contre-religieuse visant &#224; &#233;radiquer le jud&#233;o-christianisme. D&#232;s 1915, Arthur Bonus (1864-1941) avait publi&#233; un  Religion als Wille  (la religion comme volont&#233;), un titre qui annonce la mystique nazie. &#13;&#10; &#13;&#10;La belle &#233;tude de Johann Chapoutot  2  montre bien cette dimension de mystique sans transcendance dans le nazisme : la p&#233;rennit&#233; de l&amp;rsquo;Allemagne comme sol et comme race est un substitut d&amp;rsquo;&#233;ternit&#233;. Par del&#224; ses traits r&#233;actifs et pass&#233;istes, le nazisme formule une eschatologie, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire &quot;un discours des fins derni&#232;res de l&amp;rsquo;histoire, de mani&#232;re volontiers proph&#233;tique, mais surtout pr&#233;dictive, car il a une pr&#233;tention &#224; la scientificit&#233;&quot; (221), &#224; l&amp;rsquo;instar du marxisme qu&amp;rsquo;il combat. C&amp;rsquo;est une &quot;eschatologie n&#233;gative, une sorte de mill&#233;narisme par d&#233;faut&quot;, une &quot;pastorale de l&amp;rsquo;angoisse&quot; : une formule saisissante (225), qui &#233;claire le mixte apocalyptique de promesse et d&amp;rsquo;angoisse propre au nazisme, qu&amp;rsquo;on ne saurait r&#233;duire &#224; la propagande et &#224; la terreur. Cette eschatologie est une cl&#233; pour comprendre la fid&#233;lit&#233; jusqu&amp;rsquo;au bout des soldats allemands, en d&#233;pit de la d&#233;faite et de l&amp;rsquo;ampleur des souffrances  3 .&#160;  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Le miroir franco-allemand  &#13;&#10; Ne retrouve-t-on pas chez Bergson quelque chose des id&#233;es allemandes en version fran&#231;aise (c&amp;rsquo;est-&#224;-dire optimiste, universaliste et d&#233;tendue, par contraste avec la version originale), dans le th&#232;me d&amp;rsquo;une religion patriotique et le rapport paradoxal chez lui (bien analys&#233; par Jean-Louis Vieillard-Baron et Ghislain Waterlot) entre le mysticisme comme exp&#233;rience individuelle et comme &quot;&#233;lan collectif&quot; ? L&amp;rsquo;exaltation de &quot;l&amp;rsquo;&#226;me&quot; de la France par Bergson, contrastant avec le primat de la force dans cette Allemagne &quot;devenue d&#233;finitivement une nation de proie&quot;, pourrait parfaitement se dire dans le langage allemand de la lutte entre la &quot;culture&quot; et la &quot;civilisation&quot;. Bergson va jusqu&amp;rsquo;&#224; formuler une curieuse analogie entre le mystique comme personnalit&#233; exceptionnelle et la masse des soldats ordinaires, &quot;comme si le soldat fran&#231;ais avait amen&#233; son &#226;me &#224; ne plus faire qu&amp;rsquo;un avec l&amp;rsquo;unit&#233; de la patrie, tirant alors, de cette co&#239;ncidence avec quelque chose qui tient de l&amp;rsquo;infini et de l&amp;rsquo;&#233;ternel, la force d&amp;rsquo;aller n&amp;rsquo;importe o&#249;, m&#234;me &#224; la mort certaine, avec un sentiment de s&#233;curit&#233;&quot; (discours de 1915, cit&#233; p. 137). &#13;&#10; &#13;&#10;Cette vue de Bergson est aussi fragile que p&#233;rilleuse : l&amp;rsquo;id&#233;alisation de la France est le sym&#233;trique de l&amp;rsquo;id&#233;alisation de l&amp;rsquo;Allemagne de la  Kultur  ; qui d&#233;cide qu&amp;rsquo;une guerre est mystique, et &quot;comment savoir qu&amp;rsquo;on n&amp;rsquo;est pas la dupe d&amp;rsquo;enjeux beaucoup moins relev&#233;s que ceux pour lesquels on pensait se battre ?&quot;, comme le rel&#232;ve Jean-Louis Vieillard-Baron (p. 151). &#13;&#10; &#13;&#10;Que l&amp;rsquo;universel abstrait &#224; la fran&#231;aise et la particularit&#233; organique &#224; l&amp;rsquo;allemande se tiennent autant qu&amp;rsquo;ils s&amp;rsquo;opposent, comme les deux faces d&amp;rsquo;une m&#234;me m&#233;daille, c&amp;rsquo;est ce que montre &#233;galement le cas des sociologues fran&#231;ais, Durkheim, L&#233;vy-Bruhl, mais aussi Bataille et L&#233;vi-Strauss (voir l&amp;rsquo;&#233;tude de Fr&#233;d&#233;ric Keck). &#13;&#10; &#13;&#10;Au-del&#224; du disparate in&#233;vitable du livre, deux th&#232;mes &#233;mergent en filigrane : la comparaison entre la France et l&amp;rsquo;Allemagne, comme deux versions semblables et contraires d&amp;rsquo;une mystique politique, et le r&#244;le s&#233;minal de la Grande Guerre, qui fut non seulement le point de d&#233;part des malheurs du si&#232;cle mais aussi le sch&#232;me conceptuel &#224; travers lequel la guerre suivante sera comprise.   Notes :  1 - Fritz Stern,  Politique du d&#233;sespoir. Les ressentiments contre la modernit&#233; dans l&amp;rsquo;Allemagne hitl&#233;rienne  (1961), trad. fcse, Paris, Armand Colin, 1990. 2 - A qui l&amp;rsquo;on doit le remarquable   Le National socialisme et l&amp;rsquo;antiquit&#233;  , Paris, PUF, 2008 3 - &quot;Sur les 5,3 millions de morts militaires allemands de la Seconde guerre mondiale, la moiti&#233; a &#233;t&#233; tu&#233;e en quelques mois, entre juillet 1944 et mai 1945&quot;. C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;&#233;nigme de cet assentiment &#224; l&amp;rsquo;ordalie qui est le point de d&#233;part des r&#233;flexions de J. Chapoutot sur &quot;l&amp;rsquo;eschatologie nazie&quot;. </description>
         <pubDate>08/31/10 09:00:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>L&rsquo;association de la mystique et de la guerre peut sembler paradoxale, mais la mobilisation de 1914 s&rsquo;accompagna d&rsquo;une exaltation parfois voisine de l&rsquo;extase, m&ecirc;me chez les esprits les mieux tremp&eacute;s : Durkheim, Hauriou, Bergson en France, Mann, J&uuml;nger en Allemagne, pour ne citer que les plus grands. In&eacute;gal et h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne suivant la loi du genre des actes de colloques, ce livre explore quelques facettes de ce voisinage de la mystique et de la guerre : la guerre comme exp&eacute;rience mystique (&quot;La guerre est une chose si surnaturelle, si poignante, que seul le jugement dernier pourra remplir mes yeux davantage&quot;, &eacute;crit Massignon, alors soldat, &agrave; Claudel en 1916) ; la mystique comme moyen de donner un sens &agrave; la situation, avec le culte de Th&eacute;r&egrave;se de Lisieux chez les poilus (Anthony Feneuil), comme mod&egrave;le d&rsquo;une <em>humilit&eacute; </em>qui est le seul sens qu&rsquo;on puisse donner &agrave; cette guerre d&rsquo;an&eacute;antissement qui ne fait aucune place &agrave; l&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sme ; et m&ecirc;me, la th&egrave;se d&rsquo;une &quot;guerre mystique&quot;, pour Bergson, &quot;occasion unique offerte au monde depuis la pr&eacute;dication de l&rsquo;&Eacute;vangile, de faire passer l&rsquo;esprit &eacute;vang&eacute;lique entre les nations&quot; (1936, cit&eacute; p. 144), ou encore, pour J&uuml;nger, &quot;mouvement sup&eacute;rieur&quot; en tant qu&rsquo;elle est &agrave; la fois la manifestation extr&ecirc;me et le d&eacute;passement du monde d&eacute;senchant&eacute; de la technique et de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t.<br />
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Mystique et politique</strong><br />
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D&egrave;s avant 1914, la fermentation n&eacute;o-mystique est le laboratoire des &quot;religions de l&rsquo;avenir&quot;, bolchevisme, fascisme, nazisme. Le texte passionnant et trop bref de Pierre Gisel &eacute;voque les mouvements de germanisation du christianisme (Bonus, Gogarten) dans les ann&eacute;es 1880, amplifi&eacute;s par les &quot;Id&eacute;es de 1914&quot; (expression qu&rsquo;il faut entendre comme sym&eacute;trique inverse des &quot;id&eacute;es de 1789&quot;). La Grande Guerre est v&eacute;cue comme &quot;exp&eacute;rience religieuse, pi&eacute;t&eacute; disposant au sacrifice, et moment permettant unit&eacute;, communaut&eacute;, fusion&quot; (109), &quot;loin d&rsquo;&ecirc;tre un malheur, elle cr&eacute;e un monde nouveau, &agrave; l&rsquo;instar de la mort de J&eacute;sus&quot; (112).<br />
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On sait que parmi les diff&eacute;rents rameaux du nationalisme anti-moderne en Allemagne (ce que Fritz Stern appelle la politique du d&eacute;sespoir culturel <sup>1</sup>), le &quot;christianisme allemand&quot; sera une cheville essentielle du nazisme, pour autant que celui-ci est une entreprise contre-religieuse visant &agrave; &eacute;radiquer le jud&eacute;o-christianisme. D&egrave;s 1915, Arthur Bonus (1864-1941) avait publi&eacute; un <em>Religion als Wille</em> (la religion comme volont&eacute;), un titre qui annonce la mystique nazie.<br />
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La belle &eacute;tude de Johann Chapoutot <sup>2</sup> montre bien cette dimension de mystique sans transcendance dans le nazisme : la p&eacute;rennit&eacute; de l&rsquo;Allemagne comme sol et comme race est un substitut d&rsquo;&eacute;ternit&eacute;. Par del&agrave; ses traits r&eacute;actifs et pass&eacute;istes, le nazisme formule une eschatologie, c&rsquo;est-&agrave;-dire &quot;un discours des fins derni&egrave;res de l&rsquo;histoire, de mani&egrave;re volontiers proph&eacute;tique, mais surtout pr&eacute;dictive, car il a une pr&eacute;tention &agrave; la scientificit&eacute;&quot; (221), &agrave; l&rsquo;instar du marxisme qu&rsquo;il combat. C&rsquo;est une &quot;eschatologie n&eacute;gative, une sorte de mill&eacute;narisme par d&eacute;faut&quot;, une &quot;pastorale de l&rsquo;angoisse&quot; : une formule saisissante (225), qui &eacute;claire le mixte apocalyptique de promesse et d&rsquo;angoisse propre au nazisme, qu&rsquo;on ne saurait r&eacute;duire &agrave; la propagande et &agrave; la terreur. Cette eschatologie est une cl&eacute; pour comprendre la fid&eacute;lit&eacute; jusqu&rsquo;au bout des soldats allemands, en d&eacute;pit de la d&eacute;faite et de l&rsquo;ampleur des souffrances <sup>3</sup>.&nbsp; <br />
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<strong>Le miroir franco-allemand</strong></p>
<p>Ne retrouve-t-on pas chez Bergson quelque chose des id&eacute;es allemandes en version fran&ccedil;aise (c&rsquo;est-&agrave;-dire optimiste, universaliste et d&eacute;tendue, par contraste avec la version originale), dans le th&egrave;me d&rsquo;une religion patriotique et le rapport paradoxal chez lui (bien analys&eacute; par Jean-Louis Vieillard-Baron et Ghislain Waterlot) entre le mysticisme comme exp&eacute;rience individuelle et comme &quot;&eacute;lan collectif&quot; ? L&rsquo;exaltation de &quot;l&rsquo;&acirc;me&quot; de la France par Bergson, contrastant avec le primat de la force dans cette Allemagne &quot;devenue d&eacute;finitivement une nation de proie&quot;, pourrait parfaitement se dire dans le langage allemand de la lutte entre la &quot;culture&quot; et la &quot;civilisation&quot;. Bergson va jusqu&rsquo;&agrave; formuler une curieuse analogie entre le mystique comme personnalit&eacute; exceptionnelle et la masse des soldats ordinaires, &quot;comme si le soldat fran&ccedil;ais avait amen&eacute; son &acirc;me &agrave; ne plus faire qu&rsquo;un avec l&rsquo;unit&eacute; de la patrie, tirant alors, de cette co&iuml;ncidence avec quelque chose qui tient de l&rsquo;infini et de l&rsquo;&eacute;ternel, la force d&rsquo;aller n&rsquo;importe o&ugrave;, m&ecirc;me &agrave; la mort certaine, avec un sentiment de s&eacute;curit&eacute;&quot; (discours de 1915, cit&eacute; p. 137).<br />
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Cette vue de Bergson est aussi fragile que p&eacute;rilleuse : l&rsquo;id&eacute;alisation de la France est le sym&eacute;trique de l&rsquo;id&eacute;alisation de l&rsquo;Allemagne de la <em>Kultur </em>; qui d&eacute;cide qu&rsquo;une guerre est mystique, et &quot;comment savoir qu&rsquo;on n&rsquo;est pas la dupe d&rsquo;enjeux beaucoup moins relev&eacute;s que ceux pour lesquels on pensait se battre ?&quot;, comme le rel&egrave;ve Jean-Louis Vieillard-Baron (p. 151).<br />
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Que l&rsquo;universel abstrait &agrave; la fran&ccedil;aise et la particularit&eacute; organique &agrave; l&rsquo;allemande se tiennent autant qu&rsquo;ils s&rsquo;opposent, comme les deux faces d&rsquo;une m&ecirc;me m&eacute;daille, c&rsquo;est ce que montre &eacute;galement le cas des sociologues fran&ccedil;ais, Durkheim, L&eacute;vy-Bruhl, mais aussi Bataille et L&eacute;vi-Strauss (voir l&rsquo;&eacute;tude de Fr&eacute;d&eacute;ric Keck).<br />
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Au-del&agrave; du disparate in&eacute;vitable du livre, deux th&egrave;mes &eacute;mergent en filigrane : la comparaison entre la France et l&rsquo;Allemagne, comme deux versions semblables et contraires d&rsquo;une mystique politique, et le r&ocirc;le s&eacute;minal de la Grande Guerre, qui fut non seulement le point de d&eacute;part des malheurs du si&egrave;cle mais aussi le sch&egrave;me conceptuel &agrave; travers lequel la guerre suivante sera comprise.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Fritz Stern, <em>Politique du d&eacute;sespoir. Les ressentiments contre la modernit&eacute; dans l&rsquo;Allemagne hitl&eacute;rienne</em> (1961), trad. fcse, Paris, Armand Colin, 1990.<br />2 - A qui l&rsquo;on doit le remarquable <a href="http://www.nonfiction.fr/article-1908-lantiquite_detournee.htm"><em>Le National socialisme et l&rsquo;antiquit&eacute;</em></a>, Paris, PUF, 2008<br />3 - &quot;Sur les 5,3 millions de morts militaires allemands de la Seconde guerre mondiale, la moiti&eacute; a &eacute;t&eacute; tu&eacute;e en quelques mois, entre juillet 1944 et mai 1945&quot;. C&rsquo;est l&rsquo;&eacute;nigme de cet assentiment &agrave; l&rsquo;ordalie qui est le point de d&eacute;part des r&eacute;flexions de J. Chapoutot sur &quot;l&rsquo;eschatologie nazie&quot;.<br /> 
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      </item>
      <item>
         <title>Qui, quoi, o&#249;&#133; : quelques questions sur le design</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3709-qui_quoi_ou__quelques_questions_sur_le_design.htm</link>
         <description> &quot;Qui, quoi, o&#249;, quand, comment, combien, pourquoi&#160;?&quot; Autour de ces sept questions, consid&#233;r&#233;es comme autant de points de vue sur l&amp;rsquo;objet, Christine Colin  1  livre dans un ouvrage r&#233;cemment paru aux &#233;ditions Flammarion la synth&#232;se de trente ann&#233;es d&amp;rsquo;observation du design.  &#13;&#10; &#13;&#10;Constatant que les artefacts qui nous entourent sont le r&#233;sultat d&amp;rsquo;inspirations et de processus divers et crois&#233;s, et qu&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui ni leur provenance g&#233;ographique, ni leur &quot;style&quot;, ni leur mat&#233;riau ou leur mode de fabrication ne permettent de les classifier ou de les comprendre totalement, l&amp;rsquo;auteur imagine d&amp;rsquo;autres rapprochements possibles&#160;: des cat&#233;gories transversales destin&#233;es non plus &#224; cataloguer les objets, mais &#224; en saisir les multiples influences.  &#13;&#10; &#13;&#10; Un ouvrage coup&#233; en deux &#13;&#10;  &#13;&#10;Dans cette perspective, l&amp;rsquo;ouvrage est scind&#233; en deux grandes parties, chacune &#233;tant structur&#233;e par les sept questions &#233;nonc&#233;es en introduction (qui, quoi, o&#249;&amp;hellip;).  &#13;&#10; &#13;&#10;La premi&#232;re, intitul&#233;e &quot;Portfolio&quot;, est essentiellement iconographique. Elle regroupe pr&#232;s de 1400 photographies d&amp;rsquo;objets issus de la riche collection du Fonds National d&amp;rsquo;Art Contemporain, par proximit&#233; de sujets ou d&amp;rsquo;aspects. Chacune des questions principales y est illustr&#233;e d&amp;rsquo;un court texte de pr&#233;sentation, et de plusieurs pages d&amp;rsquo;images assez denses. Le choix de l&amp;rsquo;iconographie, &#233;vident pour certains th&#232;mes et parfois plus t&#233;nu pour d&amp;rsquo;autres, rend la lecture agr&#233;able, l&amp;rsquo;&amp;oelig;il allant d&amp;rsquo;un visuel &#224; l&amp;rsquo;autre et tissant ses propres liens ou proximit&#233;s. Par ailleurs, ces images sont quelquefois agr&#233;ment&#233;es de citations de designers, bien choisies, qui viennent illustrer chaque th&#233;matique. &#13;&#10; &#13;&#10;La seconde partie rassemble, quant &#224; elle, divers textes pr&#233;c&#233;demment &#233;dit&#233;s, notamment dans des ouvrages appartenant &#224; la collection &quot;Design &amp;&amp;hellip;&quot; qu&amp;rsquo;a dirig&#233;e Christine Colin de 1993 &#224; 2007. Sans hi&#233;rarchie particuli&#232;re, ces &#233;crits explorent diff&#233;rents aspects des questions transversales (qui, quoi, o&#249;&amp;hellip;) et en pr&#233;sentent une vision kal&#233;idoscopique. C&amp;rsquo;est d&amp;rsquo;ailleurs l&#224; leur principal int&#233;r&#234;t et, &#224; travers eux, celui de l&amp;rsquo;ouvrage&#160;: chercher &#224; saisir ce que recouvrent ces grandes th&#233;matiques, et en quoi elles sont essentielles &#224; une bonne compr&#233;hension du design aujourd&amp;rsquo;hui. Autrement dit, qu&amp;rsquo;est-ce qui se cache derri&#232;re le qui, le quoi, le o&#249;, etc.  2  ? &#13;&#10; &#13;&#10;Assez in&#233;gaux, en taille comme en int&#233;r&#234;t, ces textes permettent dans leur ensemble de d&#233;ployer la r&#233;flexion dans plusieurs directions, tissant ainsi une trame globale plut&#244;t coh&#233;rente. Cependant, leur mise en page, plus dense que celle de la premi&#232;re partie, ainsi qu&amp;rsquo;un changement de police de caract&#232;re et de type de papier (moins lisse), donne la curieuse impression d&amp;rsquo;un ouvrage coup&#233; en deux, sans que le lecteur ne comprenne v&#233;ritablement pourquoi. Ayant pour effet de rel&#233;guer la partie plus th&#233;orique et textuelle au second plan, cette scission para&#238;t en effet curieuse dans un recueil dont la vocation est de f&#233;d&#233;rer plusieurs &#233;l&#233;ments &amp;ndash; r&#233;flexions &#233;crites ou visuelles &amp;ndash; autour de questions fortes.  &#13;&#10; &#13;&#10; Le livre de design a-t-il bien &#233;t&#233; &quot; design&#233; &quot;&#160;?  &#13;&#10; &#13;&#10; Question(s) design  d&#233;ploie, on ne peut qu&amp;rsquo;en f&#233;liciter l&amp;rsquo;auteur, un discours riche et pertinent sur le design, et regorge d&amp;rsquo;exemples d&#233;montrant la vitalit&#233; de la discipline et la multiplicit&#233; de ses expressions.  &#13;&#10; &#13;&#10;En tant que lecteur, ou m&#234;me en tant qu&amp;rsquo; &quot;utilisateur&quot; (puisque le livre parle de design, autorisons-nous cette analogie&#160;!), on regrettera par contre que son fonctionnement, non lin&#233;aire et proposant divers croisements et/ou rapprochements, soit peu explicite et peu expliqu&#233;. Il en r&#233;sulte la sensation d&amp;rsquo;un contenu foisonnant, mais dont l&amp;rsquo;acc&#232;s n&amp;rsquo;est pas imm&#233;diat. Par exemple, seul le sommaire, au travers de quelques lignes imprim&#233;es dans une police de caract&#232;re tr&#232;s petite, permet de comprendre ce que contiennent exactement les deux grandes parties et la source des &#233;l&#233;ments (visuels ou textes) qui y sont pr&#233;sent&#233;s. Il manquerait presque ainsi, &#224; notre sens, une sorte de mode d&amp;rsquo;emploi qui permettrait de mieux saisir le d&#233;coupage de ce livre, en explicitant par exemple le rapport qui existe entre ses deux diff&#233;rentes parties, ou le type de relation &#224; rechercher entre les divers &#233;l&#233;ments qui y sont expos&#233;s. &#13;&#10; &#13;&#10;Par ailleurs,  Question(s) design  se voulant m&#233;thodologie, on aurait &#233;galement pu s&amp;rsquo;attendre &#224; un ou plusieurs croquis, tableaux, sch&#233;mas ou fiches de synth&#232;se, reprenant et r&#233;sumant la m&#233;thode expos&#233;e et les probl&#233;matiques qui lui sont associ&#233;es. Ces &#233;l&#233;ments seraient en effet venus comme autant d&amp;rsquo;&#233;chos &#224; la &quot;bo&#238;te &#224; outils pour observer la masse des objets modernes et contemporains et pour tenter de comprendre l&amp;rsquo;origine de leurs formes&quot; que nous promet la pr&#233;face. &#13;&#10; &#13;&#10;En conclusion, nous pourrions dire que les vraies qualit&#233;s de l&amp;rsquo;ouvrage sont, nous l&amp;rsquo;aurons compris, de proposer une large et belle iconographie, mais aussi de lister pr&#233;cis&#233;ment les questions majeures qui traversent le design aujourd&amp;rsquo;hui. Sa limite, par contre, est de parfois vouloir trop en dire, et de fragmenter un propos qui aurait pu, probablement, explorer davantage les croisements et fournir quelques cl&#233;s m&#233;thodologiques plus explicites quant &#224; la compr&#233;hension de la production actuelle. La m&#233;thode imagin&#233;e par l&amp;rsquo;auteur aurait ainsi, &#224; titre d&amp;rsquo;exemple, certainement gagn&#233; &#224; &#234;tre mise en application &#224; quelques reprises, afin d&amp;rsquo;en d&#233;montrer la pertinence.   Notes :  1 - Tout d&amp;rsquo;abord journaliste, puis directrice de la collection Design du Fond National d&amp;rsquo;Art contemporain, expert en design &#224; la Direction G&#233;n&#233;rale de la Cr&#233;ation artistique au minist&#232;re de la Culture et de la Communication, Christine Colin a &#233;galement dirig&#233; la collection &quot;Design &amp;&quot; de 1993 &#224; 2007. 2 - Par exemple, la question &quot;Comment&quot; se d&#233;ploie en &quot;Comment fabriquer ?&quot;, &quot;Comment distribuer ?&quot;, &quot;Comment communiquer&#160;?&quot;, &quot;Comment exposer ? Installer ?&quot;, &quot;Comment organiser, cataloguer ?&quot;, &quot;Comment consommer ?&quot;&amp;hellip; </description>
         <pubDate>08/30/10 12:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3709-qui_quoi_ou__quelques_questions_sur_le_design.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>&quot;Qui, quoi, o&ugrave;, quand, comment, combien, pourquoi&nbsp;?&quot; Autour de ces sept questions, consid&eacute;r&eacute;es comme autant de points de vue sur l&rsquo;objet, Christine Colin <sup>1</sup> livre dans un ouvrage r&eacute;cemment paru aux &eacute;ditions Flammarion la synth&egrave;se de trente ann&eacute;es d&rsquo;observation du design. <br />
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Constatant que les artefacts qui nous entourent sont le r&eacute;sultat d&rsquo;inspirations et de processus divers et crois&eacute;s, et qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui ni leur provenance g&eacute;ographique, ni leur &quot;style&quot;, ni leur mat&eacute;riau ou leur mode de fabrication ne permettent de les classifier ou de les comprendre totalement, l&rsquo;auteur imagine d&rsquo;autres rapprochements possibles&nbsp;: des cat&eacute;gories transversales destin&eacute;es non plus &agrave; cataloguer les objets, mais &agrave; en saisir les multiples influences. <br />
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<strong>Un ouvrage coup&eacute; en deux<br />
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Dans cette perspective, l&rsquo;ouvrage est scind&eacute; en deux grandes parties, chacune &eacute;tant structur&eacute;e par les sept questions &eacute;nonc&eacute;es en introduction (qui, quoi, o&ugrave;&hellip;). <br />
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La premi&egrave;re, intitul&eacute;e &quot;Portfolio&quot;, est essentiellement iconographique. Elle regroupe pr&egrave;s de 1400 photographies d&rsquo;objets issus de la riche collection du Fonds National d&rsquo;Art Contemporain, par proximit&eacute; de sujets ou d&rsquo;aspects. Chacune des questions principales y est illustr&eacute;e d&rsquo;un court texte de pr&eacute;sentation, et de plusieurs pages d&rsquo;images assez denses. Le choix de l&rsquo;iconographie, &eacute;vident pour certains th&egrave;mes et parfois plus t&eacute;nu pour d&rsquo;autres, rend la lecture agr&eacute;able, l&rsquo;&oelig;il allant d&rsquo;un visuel &agrave; l&rsquo;autre et tissant ses propres liens ou proximit&eacute;s. Par ailleurs, ces images sont quelquefois agr&eacute;ment&eacute;es de citations de designers, bien choisies, qui viennent illustrer chaque th&eacute;matique.<br />
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La seconde partie rassemble, quant &agrave; elle, divers textes pr&eacute;c&eacute;demment &eacute;dit&eacute;s, notamment dans des ouvrages appartenant &agrave; la collection &quot;Design &amp;&hellip;&quot; qu&rsquo;a dirig&eacute;e Christine Colin de 1993 &agrave; 2007. Sans hi&eacute;rarchie particuli&egrave;re, ces &eacute;crits explorent diff&eacute;rents aspects des questions transversales (qui, quoi, o&ugrave;&hellip;) et en pr&eacute;sentent une vision kal&eacute;idoscopique. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&agrave; leur principal int&eacute;r&ecirc;t et, &agrave; travers eux, celui de l&rsquo;ouvrage&nbsp;: chercher &agrave; saisir ce que recouvrent ces grandes th&eacute;matiques, et en quoi elles sont essentielles &agrave; une bonne compr&eacute;hension du design aujourd&rsquo;hui. Autrement dit, qu&rsquo;est-ce qui se cache derri&egrave;re le qui, le quoi, le o&ugrave;, etc. <sup>2</sup> ?<br />
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Assez in&eacute;gaux, en taille comme en int&eacute;r&ecirc;t, ces textes permettent dans leur ensemble de d&eacute;ployer la r&eacute;flexion dans plusieurs directions, tissant ainsi une trame globale plut&ocirc;t coh&eacute;rente. Cependant, leur mise en page, plus dense que celle de la premi&egrave;re partie, ainsi qu&rsquo;un changement de police de caract&egrave;re et de type de papier (moins lisse), donne la curieuse impression d&rsquo;un ouvrage coup&eacute; en deux, sans que le lecteur ne comprenne v&eacute;ritablement pourquoi. Ayant pour effet de rel&eacute;guer la partie plus th&eacute;orique et textuelle au second plan, cette scission para&icirc;t en effet curieuse dans un recueil dont la vocation est de f&eacute;d&eacute;rer plusieurs &eacute;l&eacute;ments &ndash; r&eacute;flexions &eacute;crites ou visuelles &ndash; autour de questions fortes. <br />
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<strong>Le livre de design a-t-il bien &eacute;t&eacute; &quot;<em>design&eacute;</em>&quot;&nbsp;?</strong><br />
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<em>Question(s) design</em> d&eacute;ploie, on ne peut qu&rsquo;en f&eacute;liciter l&rsquo;auteur, un discours riche et pertinent sur le design, et regorge d&rsquo;exemples d&eacute;montrant la vitalit&eacute; de la discipline et la multiplicit&eacute; de ses expressions. <br />
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En tant que lecteur, ou m&ecirc;me en tant qu&rsquo; &quot;utilisateur&quot; (puisque le livre parle de design, autorisons-nous cette analogie&nbsp;!), on regrettera par contre que son fonctionnement, non lin&eacute;aire et proposant divers croisements et/ou rapprochements, soit peu explicite et peu expliqu&eacute;. Il en r&eacute;sulte la sensation d&rsquo;un contenu foisonnant, mais dont l&rsquo;acc&egrave;s n&rsquo;est pas imm&eacute;diat. Par exemple, seul le sommaire, au travers de quelques lignes imprim&eacute;es dans une police de caract&egrave;re tr&egrave;s petite, permet de comprendre ce que contiennent exactement les deux grandes parties et la source des &eacute;l&eacute;ments (visuels ou textes) qui y sont pr&eacute;sent&eacute;s. Il manquerait presque ainsi, &agrave; notre sens, une sorte de mode d&rsquo;emploi qui permettrait de mieux saisir le d&eacute;coupage de ce livre, en explicitant par exemple le rapport qui existe entre ses deux diff&eacute;rentes parties, ou le type de relation &agrave; rechercher entre les divers &eacute;l&eacute;ments qui y sont expos&eacute;s.<br />
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Par ailleurs, <em>Question(s) design</em> se voulant m&eacute;thodologie, on aurait &eacute;galement pu s&rsquo;attendre &agrave; un ou plusieurs croquis, tableaux, sch&eacute;mas ou fiches de synth&egrave;se, reprenant et r&eacute;sumant la m&eacute;thode expos&eacute;e et les probl&eacute;matiques qui lui sont associ&eacute;es. Ces &eacute;l&eacute;ments seraient en effet venus comme autant d&rsquo;&eacute;chos &agrave; la &quot;bo&icirc;te &agrave; outils pour observer la masse des objets modernes et contemporains et pour tenter de comprendre l&rsquo;origine de leurs formes&quot; que nous promet la pr&eacute;face.<br />
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En conclusion, nous pourrions dire que les vraies qualit&eacute;s de l&rsquo;ouvrage sont, nous l&rsquo;aurons compris, de proposer une large et belle iconographie, mais aussi de lister pr&eacute;cis&eacute;ment les questions majeures qui traversent le design aujourd&rsquo;hui. Sa limite, par contre, est de parfois vouloir trop en dire, et de fragmenter un propos qui aurait pu, probablement, explorer davantage les croisements et fournir quelques cl&eacute;s m&eacute;thodologiques plus explicites quant &agrave; la compr&eacute;hension de la production actuelle. La m&eacute;thode imagin&eacute;e par l&rsquo;auteur aurait ainsi, &agrave; titre d&rsquo;exemple, certainement gagn&eacute; &agrave; &ecirc;tre mise en application &agrave; quelques reprises, afin d&rsquo;en d&eacute;montrer la pertinence.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Tout d&rsquo;abord journaliste, puis directrice de la collection Design du Fond National d&rsquo;Art contemporain, expert en design &agrave; la Direction G&eacute;n&eacute;rale de la Cr&eacute;ation artistique au minist&egrave;re de la Culture et de la Communication, Christine Colin a &eacute;galement dirig&eacute; la collection &quot;Design &amp;&quot; de 1993 &agrave; 2007.<br />2 - Par exemple, la question &quot;Comment&quot; se d&eacute;ploie en &quot;Comment fabriquer ?&quot;, &quot;Comment distribuer ?&quot;, &quot;Comment communiquer&nbsp;?&quot;, &quot;Comment exposer ? Installer ?&quot;, &quot;Comment organiser, cataloguer ?&quot;, &quot;Comment consommer ?&quot;&hellip;<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>L'arch&#233;ologie au service de l'id&#233;ologie</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3705-larcheologie_au_service_de_lideologie.htm</link>
         <description> Avec cet ouvrage tr&#232;s dense, qui compte un demi-millier de pages (en petits caract&#232;res !), Francisco Gracia Alonso propose une r&#233;flexion sur les &#233;volutions du cadre institutionnel et l&#233;gal de l'arch&#233;ologie en Espagne, pendant les 17 premi&#232;res ann&#233;es de la dictature de Franco. Sa recherche r&#233;pond d&amp;rsquo;abord &#224; une pr&#233;occupation &quot;g&#233;n&#233;rationnelle&quot; : celle des &quot;petits-fils&quot; de la guerre civile (1936-1939), dont la d&#233;marche de &quot;r&#233;cup&#233;ration de la m&#233;moire historique&quot; se veut &#224; la fois scientifique et engag&#233;e. Elle applique en outre &#224; l&amp;rsquo;Espagne franquiste certains des questionnements soulev&#233;s par l&amp;rsquo;historiographie r&#233;cente, notamment sur l&amp;rsquo;utilisation de l&amp;rsquo;arch&#233;ologie par les r&#233;gimes totalitaires  1 . &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Avant la guerre civile : une arch&#233;ologie espagnole &#224; l'&#233;cole allemande  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Les fondements th&#233;oriques et la pratique scientifique de l'arch&#233;ologie correspondaient pour l&amp;rsquo;essentiel, dans l&amp;rsquo;Espagne d&amp;rsquo;avant 1936, &#224; ceux qu&amp;rsquo;avait d&#233;gag&#233;s l'&#233;cole allemande. Quant &#224; la pratique arch&#233;ologique, elle s&amp;rsquo;incarnait dans une bourgeoisie souvent form&#233;e en Allemagne, &#224; l&amp;rsquo;instar des intellectuels de la &quot;g&#233;n&#233;ration de 14&quot;  2 . Cette proximit&#233; avec l&amp;rsquo;Allemagne n&amp;rsquo;emp&#234;cherait pas du reste les intellectuels espagnols de prendre position en faveur de l&amp;rsquo;Entente entre 1914 et 1918  3 . Mais au regard de l&amp;rsquo;histoire de la pratique arch&#233;ologique, la p&#233;riode qui s&amp;rsquo;ouvre en 1939 et se cl&#244;t en 1956 fait figure de parenth&#232;se : c&amp;rsquo;est la th&#232;se que d&#233;fend ici Francisco Gracia Alonso. L&amp;rsquo;auteur rend compte des fractures qui parcourent &#224; cette &#233;poque le monde de l&amp;rsquo;arch&#233;ologie en Espagne. Comme dans la soci&#233;t&#233; civile, les id&#233;ologies y d&#233;chirent des familles de chercheurs, &#224; tel point qu&amp;rsquo;on se prend &#224; r&#234;ver parfois au parti qu&amp;rsquo;un romancier ou un metteur en sc&#232;ne pourrait tirer du livre. Pourtant, apr&#232;s 1956, tout se passe comme si la parenth&#232;se d'une arch&#233;ologie con&#231;ue comme champ de bataille des id&#233;ologies se refermait en Espagne. Vint alors le temps du retour &#224; une forme de continuit&#233; acad&#233;mique avec l&amp;rsquo;avant-1939. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  La parenth&#232;se (1939-1956) : vers une arch&#233;ologie &quot;phalangiste&quot;?  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; En quoi cette fameuse parenth&#232;se a-t-elle consist&#233; entre 1939 et 1956 ? D&amp;rsquo;abord dans la mainmise d'un arch&#233;ologue phalangiste, aux sympathies nazies, sur l&amp;rsquo;arch&#233;ologie espagnole. Fils d'un g&#233;n&#233;ral ami du  Caudillo , Julio Mart&#237;nez Santa Olalla mit &#224; profit les premi&#232;res ann&#233;es de la dictature franquiste et de la reconstruction id&#233;ologique et mat&#233;rielle du pays afin d&amp;rsquo;&#233;tablir un nouveau cadre institutionnel et l&#233;gal pour l&amp;rsquo;arch&#233;ologie. Il restructura un r&#233;seau d&amp;rsquo;inspecteurs et &#233;tablit son autorit&#233; sur les fouilles arch&#233;ologiques. Il s&amp;rsquo;agissait de placer la recherche au service du r&#233;gime et d&amp;rsquo;inventer une arch&#233;ologie &quot;phalangiste&quot;. L&amp;rsquo;action de Julio Mart&#237;nez Santa Olalla se nourrissait d&amp;rsquo;abord de sa communion id&#233;ologique avec le r&#233;gime nazi, qui le conduisit &#224; nouer des rapports personnels avec Himmler, chef des SS et de la &quot;Soci&#233;t&#233; pour la recherche et l'enseignement sur l'h&#233;ritage ancestral allemand&quot;  4 , souvent d&#233;sign&#233;e comme l' Ahnenerbe . Le pouvoir de cet arch&#233;ologue phalangiste d&#233;pendait ensuite de sa proximit&#233; avec le r&#233;gime et avec le  Caudillo . Enfin, la marge de manoeuvre de Julio Mart&#237;nez Santa Olalla fut contrainte par le contexte international et les positions adopt&#233;es par le r&#233;gime franquiste pendant la Seconde Guerre mondiale &amp;ndash; tr&#232;s favorable aux puissances de l'Axe dans un premier temps, puis plus &quot;neutre&quot; &#224; mesure que la victoire des Alli&#233;s se profilait &amp;ndash; puis dans la Guerre froide. &#13;&#10; Julio Mart&#237;nez Santa Olalla a toutefois rencontr&#233; des obstacles dans sa volont&#233; de faire marcher l&amp;rsquo;arch&#233;ologie au pas phalangiste. Sa personnalit&#233; nuisait ainsi &#224; son action. Autoritaire et plein de ressentiment &#224; l&amp;rsquo;&#233;gard du monde acad&#233;mique, il dressa contre lui l'immense majorit&#233; des arch&#233;ologues reconnus. Avec les d&#233;buts de la Guerre froide, les puissances occidentales tourn&#232;rent de surcro&#238;t leur regard vers l&amp;rsquo;Espagne. D&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme un rempart face &#224; l'expansion communiste dans le monde, le pays pouvait s&amp;rsquo;autoriser des pratiques autoritaires, mais devait dissimuler les aspects les plus &#233;videmment &quot;fascisants&quot; du franquisme. &#13;&#10;  &#13;&#10;  Quelques r&#233;serves de forme  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Le livre de Francisco Gracia Alonso fera date, &#224; n&amp;rsquo;en pas douter. Il s&amp;rsquo;av&#232;re d&amp;rsquo;ores et d&#233;j&#224; indispensable pour comprendre l&amp;rsquo;histoire de la pratique arch&#233;ologique en Espagne au XX&#232;me si&#232;cle. L&amp;rsquo;ouvrage souffre n&#233;anmoins d&amp;rsquo;un d&#233;faut qui n&amp;rsquo;est pas mineur. L&amp;rsquo;ampleur des sources consult&#233;es impressionne, d&amp;rsquo;autant qu&amp;rsquo;elles sont bien r&#233;f&#233;renc&#233;es dans le chapitre &quot; Fuentes Documentales &quot;. Le lecteur savant regrettera toutefois que les documents appuyant certaines d&#233;monstrations ne soient pas indiqu&#233;s  dans le texte  : le r&#233;sultat &#233;vite certes la &quot;lourdeur&quot; de certains textes scientifiques, mais il donne aussi parfois la sensation g&#234;nante de lire un &quot;r&#233;cit&quot; sans argumentation. Les r&#232;gles de l&amp;rsquo;administration de la preuve en histoire comme en arch&#233;ologie veulent pourtant que le lecteur puisse, s&amp;rsquo;il le souhaite,  v&#233;rifier sur pi&#232;ces . Ce principe, qui repose le plus souvent sur une fiction, nous semble pourtant indispensable pour avancer vers l&amp;rsquo;horizon d&amp;rsquo;exactitude et d&amp;rsquo;objectivit&#233; que doivent aussi s&amp;rsquo;assigner les sciences humaines et sociales. On observe &#233;galement que le chapitre 7 du livre est la reproduction mot par mot d'un article du m&#234;me auteur publi&#233; il y a six ans  5 . La pratique n&amp;rsquo;a rien d&amp;rsquo;inhabituel, mais on aurait pu s&amp;rsquo;attendre &#224; ce qu&amp;rsquo;une note apporte &#224; tout le moins cette pr&#233;cision. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Lire les arch&#233;ologues franquistes  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Cet ouvrage manque surtout d'une perspective plus explicitement historiographique. La production bibliographique des arch&#233;ologues espagnols entre 1939 et 1956 est ainsi n&#233;glig&#233;e, alors m&#234;me que le contexte id&#233;ologique et la nuance des trajectoires personnelles sont parfaitement restitu&#233;s. Nulle r&#233;f&#233;rence, par exemple, &#224; l&amp;rsquo;historicisme dans lequel &#233;tait plong&#233;e l'arch&#233;ologie espagnole &#224; l&amp;rsquo;&#233;poque ; ce courant &#233;tait li&#233; intimement &#224; celui du diffusionnisme en anthropologie. Faute d'une &#233;tude pr&#233;cise de cette production intellectuelle, Francisco Gracia Alonso renonce &#224; rendre intelligibles certaines r&#233;alit&#233;s paradoxales, comme le soutien apport&#233; par l'Australien Vere Gordon Childe, arch&#233;ologue marxiste s'il en fut, aux initiatives de Julio Mart&#237;nez Santa Olalla. &#13;&#10; Une analyse attentive des &#233;crits de Santa Olalla d&#233;montrerait probablement que ses th&#233;matiques r&#233;currentes &#233;taient tributaires de l'id&#233;ologie, et plus encore de sa proximit&#233; avec l' Ahnenerbe  d'Heinrich Himmler. Il voyait par exemple dans les Wisigoths hispaniques la preuve d&amp;rsquo;une relation mill&#233;naire entre l'Espagne et l'Allemagne et n'h&#233;sitait pas &#224; consid&#233;rer les indig&#232;nes des &#238;les Canaries comme les descendants des Aryens qui auraient peupl&#233; l&amp;rsquo;Atlantide. Cette mobilisation de l'arch&#233;ologie &#224; des fins id&#233;ologiques, mais aussi g&#233;opolitiques, est illustr&#233;e jusqu'&#224; l&amp;rsquo;absurde par cette sc&#232;ne, que d&#233;crit Francisco Gracia Alonso : pour pr&#233;parer la visite d'Himmler, chef des SS, aux fouilles de la n&#233;cropole wisigothique de Castiltierra (S&#233;govie), les arch&#233;ologues proches de Santa Olalla se mirent en qu&#234;te, dans l'urgence, de paysans grands ou blonds pour d&#233;montrer  hic et nunc  la continuit&#233; ethnique des Wisigoths... &#13;&#10;&#160; &#13;&#10;  Un livre n&#233;cessaire  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; L'arch&#233;ologie est peut-&#234;tre, avec la biologie, la discipline scientifique qui a le plus contribu&#233; &#224; la l&#233;gitimation de l'id&#233;ologie nazie. Or, il est remarquable que, quel que soit le r&#233;gime politique, l'arch&#233;ologie exige aussi davantage de r&#233;glementation et de contr&#244;le que d'autres pratiques scientifiques. Le cadre l&#233;gal, r&#233;glementaire et institutionnel qui commen&#231;a &#224; &#234;tre mis en place au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle avait ainsi &#233;t&#233; maintenu globalement en vigueur, et &#233;tendu par le r&#233;gime franquiste. L'apparition de&#160; l' &quot;arch&#233;ologie lib&#233;rale&quot; ne date en effet que des vingt derni&#232;res ann&#233;es. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; On peut avancer, pour conclure, que Francisco Gracia Alonso a fait oeuvre utile en signant ce livre : &amp;oelig;uvre utile pour les arch&#233;ologues espagnols qui peuvent d&#233;sormais mieux conna&#238;tre leur discipline et son histoire ; &amp;oelig;uvre utile pour tout citoyen, qui y verra un exemple de la menace permanente d'une ing&#233;rence du pouvoir et de l'id&#233;ologie dans la recherche scientifique &amp;ndash; qu'on songe &#224; l'exhumation r&#233;cente du cadavre de Simon Bolivar ! La tentation affleure parfois, dans la g&#233;n&#233;ration des &quot;petits-fils&quot; de la guerre d'Espagne, de pr&#233;senter du r&#233;gime de Franco une image mesur&#233;e, discr&#232;tement lib&#233;rale. Certains projets &#233;ditoriaux, comme celui de la revue  Historias de Iberia Vieja , accr&#233;ditent cette relecture de l'histoire en investissant des th&#233;matiques ch&#232;res &#224; Santa Olalla. Des livres comme celui de Francisco Gracia Alonso leur offrent une contrepartie salutaire, sans dogmatisme aucun. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160;   Notes :  1 - Note : I. Bardies, J. - P. Legendre, B. Schnitzler (dirs.),  L'arch&#233;ologie en Alsace et en Moselle au temps de l' annexion (1940-1944) , Strasbourg-Metz, 2001 ; A. Schnapp, &quot;L'autodestruction de l'arch&#233;ologie allemande sous le r&#233;gime nazi&quot;,  Vingti&#232;me Si&#232;cle. Revue d'histoire , 2003/2, n&#186; 78, 101-109 2 - M. Men&#233;ndez Alzamora,  La Generaci&#243;n del 14. Una aventura intelectual , Madrid, 2006 3 - M. Fuentes Codera, Los intelectuales espa&#241;oles y la Gran Guerra: &#191;un caso excepcional?,  Storica rivista quadrimestrale , 46, 2010, 54-57 4 -  Studiengesellschaft f&#252;r Geistesurgeschichte Deutsches Ahnenerbe e.V.  5 - Arqueolog&#237;a de la memoria. Batallones disciplinarios de soldados-trabajadores y tropas del ej&#233;rcito en las excavaciones de Ampurias (1940-1943), in C. Molinero, M. Sala et J. Sobrequ&#233;s (eds.),  Una inmensa prisi&#243;n. Los campos de concentraci&#243;n y las prisiones durante la Guerra Civil y el franquismo , Barcelona: Cr&#237;tica, 2003, 37-59 </description>
         <pubDate>08/27/10 15:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3705-larcheologie_au_service_de_lideologie.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Avec cet ouvrage tr&egrave;s dense, qui compte un demi-millier de pages (en petits caract&egrave;res !), Francisco Gracia Alonso propose une r&eacute;flexion sur les &eacute;volutions du cadre institutionnel et l&eacute;gal de l'arch&eacute;ologie en Espagne, pendant les 17 premi&egrave;res ann&eacute;es de la dictature de Franco. Sa recherche r&eacute;pond d&rsquo;abord &agrave; une pr&eacute;occupation &quot;g&eacute;n&eacute;rationnelle&quot; : celle des &quot;petits-fils&quot; de la guerre civile (1936-1939), dont la d&eacute;marche de &quot;r&eacute;cup&eacute;ration de la m&eacute;moire historique&quot; se veut &agrave; la fois scientifique et engag&eacute;e. Elle applique en outre &agrave; l&rsquo;Espagne franquiste certains des questionnements soulev&eacute;s par l&rsquo;historiographie r&eacute;cente, notamment sur l&rsquo;utilisation de l&rsquo;arch&eacute;ologie par les r&eacute;gimes totalitaires <sup>1</sup>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Avant la guerre civile : une arch&eacute;ologie espagnole &agrave; l'&eacute;cole allemande</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les fondements th&eacute;oriques et la pratique scientifique de l'arch&eacute;ologie correspondaient pour l&rsquo;essentiel, dans l&rsquo;Espagne d&rsquo;avant 1936, &agrave; ceux qu&rsquo;avait d&eacute;gag&eacute;s l'&eacute;cole allemande. Quant &agrave; la pratique arch&eacute;ologique, elle s&rsquo;incarnait dans une bourgeoisie souvent form&eacute;e en Allemagne, &agrave; l&rsquo;instar des intellectuels de la &quot;g&eacute;n&eacute;ration de 14&quot; <sup>2</sup>. Cette proximit&eacute; avec l&rsquo;Allemagne n&rsquo;emp&ecirc;cherait pas du reste les intellectuels espagnols de prendre position en faveur de l&rsquo;Entente entre 1914 et 1918 <sup>3</sup>. Mais au regard de l&rsquo;histoire de la pratique arch&eacute;ologique, la p&eacute;riode qui s&rsquo;ouvre en 1939 et se cl&ocirc;t en 1956 fait figure de parenth&egrave;se : c&rsquo;est la th&egrave;se que d&eacute;fend ici Francisco Gracia Alonso. L&rsquo;auteur rend compte des fractures qui parcourent &agrave; cette &eacute;poque le monde de l&rsquo;arch&eacute;ologie en Espagne. Comme dans la soci&eacute;t&eacute; civile, les id&eacute;ologies y d&eacute;chirent des familles de chercheurs, &agrave; tel point qu&rsquo;on se prend &agrave; r&ecirc;ver parfois au parti qu&rsquo;un romancier ou un metteur en sc&egrave;ne pourrait tirer du livre. Pourtant, apr&egrave;s 1956, tout se passe comme si la parenth&egrave;se d'une arch&eacute;ologie con&ccedil;ue comme champ de bataille des id&eacute;ologies se refermait en Espagne. Vint alors le temps du retour &agrave; une forme de continuit&eacute; acad&eacute;mique avec l&rsquo;avant-1939.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La parenth&egrave;se (1939-1956) : vers une arch&eacute;ologie &quot;phalangiste&quot;?</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>En quoi cette fameuse parenth&egrave;se a-t-elle consist&eacute; entre 1939 et 1956 ? D&rsquo;abord dans la mainmise d'un arch&eacute;ologue phalangiste, aux sympathies nazies, sur l&rsquo;arch&eacute;ologie espagnole. Fils d'un g&eacute;n&eacute;ral ami du <em>Caudillo</em>, Julio Mart&iacute;nez Santa Olalla mit &agrave; profit les premi&egrave;res ann&eacute;es de la dictature franquiste et de la reconstruction id&eacute;ologique et mat&eacute;rielle du pays afin d&rsquo;&eacute;tablir un nouveau cadre institutionnel et l&eacute;gal pour l&rsquo;arch&eacute;ologie. Il restructura un r&eacute;seau d&rsquo;inspecteurs et &eacute;tablit son autorit&eacute; sur les fouilles arch&eacute;ologiques. Il s&rsquo;agissait de placer la recherche au service du r&eacute;gime et d&rsquo;inventer une arch&eacute;ologie &quot;phalangiste&quot;. L&rsquo;action de Julio Mart&iacute;nez Santa Olalla se nourrissait d&rsquo;abord de sa communion id&eacute;ologique avec le r&eacute;gime nazi, qui le conduisit &agrave; nouer des rapports personnels avec Himmler, chef des SS et de la &quot;Soci&eacute;t&eacute; pour la recherche et l'enseignement sur l'h&eacute;ritage ancestral allemand&quot; <sup>4</sup>, souvent d&eacute;sign&eacute;e comme l'<em>Ahnenerbe</em>. Le pouvoir de cet arch&eacute;ologue phalangiste d&eacute;pendait ensuite de sa proximit&eacute; avec le r&eacute;gime et avec le <em>Caudillo</em>. Enfin, la marge de manoeuvre de Julio Mart&iacute;nez Santa Olalla fut contrainte par le contexte international et les positions adopt&eacute;es par le r&eacute;gime franquiste pendant la Seconde Guerre mondiale &ndash; tr&egrave;s favorable aux puissances de l'Axe dans un premier temps, puis plus &quot;neutre&quot; &agrave; mesure que la victoire des Alli&eacute;s se profilait &ndash; puis dans la Guerre froide.</p>
<p>Julio Mart&iacute;nez Santa Olalla a toutefois rencontr&eacute; des obstacles dans sa volont&eacute; de faire marcher l&rsquo;arch&eacute;ologie au pas phalangiste. Sa personnalit&eacute; nuisait ainsi &agrave; son action. Autoritaire et plein de ressentiment &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du monde acad&eacute;mique, il dressa contre lui l'immense majorit&eacute; des arch&eacute;ologues reconnus. Avec les d&eacute;buts de la Guerre froide, les puissances occidentales tourn&egrave;rent de surcro&icirc;t leur regard vers l&rsquo;Espagne. D&eacute;sormais consid&eacute;r&eacute; comme un rempart face &agrave; l'expansion communiste dans le monde, le pays pouvait s&rsquo;autoriser des pratiques autoritaires, mais devait dissimuler les aspects les plus &eacute;videmment &quot;fascisants&quot; du franquisme.</p>
<p></p>
<p><strong>Quelques r&eacute;serves de forme</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le livre de Francisco Gracia Alonso fera date, &agrave; n&rsquo;en pas douter. Il s&rsquo;av&egrave;re d&rsquo;ores et d&eacute;j&agrave; indispensable pour comprendre l&rsquo;histoire de la pratique arch&eacute;ologique en Espagne au XX&egrave;me si&egrave;cle. L&rsquo;ouvrage souffre n&eacute;anmoins d&rsquo;un d&eacute;faut qui n&rsquo;est pas mineur. L&rsquo;ampleur des sources consult&eacute;es impressionne, d&rsquo;autant qu&rsquo;elles sont bien r&eacute;f&eacute;renc&eacute;es dans le chapitre &quot;<em>Fuentes Documentales</em>&quot;. Le lecteur savant regrettera toutefois que les documents appuyant certaines d&eacute;monstrations ne soient pas indiqu&eacute;s <em>dans le texte </em>: le r&eacute;sultat &eacute;vite certes la &quot;lourdeur&quot; de certains textes scientifiques, mais il donne aussi parfois la sensation g&ecirc;nante de lire un &quot;r&eacute;cit&quot; sans argumentation. Les r&egrave;gles de l&rsquo;administration de la preuve en histoire comme en arch&eacute;ologie veulent pourtant que le lecteur puisse, s&rsquo;il le souhaite, <em>v&eacute;rifier sur pi&egrave;ces</em>. Ce principe, qui repose le plus souvent sur une fiction, nous semble pourtant indispensable pour avancer vers l&rsquo;horizon d&rsquo;exactitude et d&rsquo;objectivit&eacute; que doivent aussi s&rsquo;assigner les sciences humaines et sociales. On observe &eacute;galement que le chapitre 7 du livre est la reproduction mot par mot d'un article du m&ecirc;me auteur publi&eacute; il y a six ans <sup>5</sup>. La pratique n&rsquo;a rien d&rsquo;inhabituel, mais on aurait pu s&rsquo;attendre &agrave; ce qu&rsquo;une note apporte &agrave; tout le moins cette pr&eacute;cision.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Lire les arch&eacute;ologues franquistes</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cet ouvrage manque surtout d'une perspective plus explicitement historiographique. La production bibliographique des arch&eacute;ologues espagnols entre 1939 et 1956 est ainsi n&eacute;glig&eacute;e, alors m&ecirc;me que le contexte id&eacute;ologique et la nuance des trajectoires personnelles sont parfaitement restitu&eacute;s. Nulle r&eacute;f&eacute;rence, par exemple, &agrave; l&rsquo;historicisme dans lequel &eacute;tait plong&eacute;e l'arch&eacute;ologie espagnole &agrave; l&rsquo;&eacute;poque ; ce courant &eacute;tait li&eacute; intimement &agrave; celui du diffusionnisme en anthropologie. Faute d'une &eacute;tude pr&eacute;cise de cette production intellectuelle, Francisco Gracia Alonso renonce &agrave; rendre intelligibles certaines r&eacute;alit&eacute;s paradoxales, comme le soutien apport&eacute; par l'Australien Vere Gordon Childe, arch&eacute;ologue marxiste s'il en fut, aux initiatives de Julio Mart&iacute;nez Santa Olalla.</p>
<p>Une analyse attentive des &eacute;crits de Santa Olalla d&eacute;montrerait probablement que ses th&eacute;matiques r&eacute;currentes &eacute;taient tributaires de l'id&eacute;ologie, et plus encore de sa proximit&eacute; avec l'<em>Ahnenerbe</em> d'Heinrich Himmler. Il voyait par exemple dans les Wisigoths hispaniques la preuve d&rsquo;une relation mill&eacute;naire entre l'Espagne et l'Allemagne et n'h&eacute;sitait pas &agrave; consid&eacute;rer les indig&egrave;nes des &icirc;les Canaries comme les descendants des Aryens qui auraient peupl&eacute; l&rsquo;Atlantide. Cette mobilisation de l'arch&eacute;ologie &agrave; des fins id&eacute;ologiques, mais aussi g&eacute;opolitiques, est illustr&eacute;e jusqu'&agrave; l&rsquo;absurde par cette sc&egrave;ne, que d&eacute;crit Francisco Gracia Alonso : pour pr&eacute;parer la visite d'Himmler, chef des SS, aux fouilles de la n&eacute;cropole wisigothique de Castiltierra (S&eacute;govie), les arch&eacute;ologues proches de Santa Olalla se mirent en qu&ecirc;te, dans l'urgence, de paysans grands ou blonds pour d&eacute;montrer <em>hic et nunc </em>la continuit&eacute; ethnique des Wisigoths...<br />
&nbsp;</p>
<p><strong>Un livre n&eacute;cessaire</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L'arch&eacute;ologie est peut-&ecirc;tre, avec la biologie, la discipline scientifique qui a le plus contribu&eacute; &agrave; la l&eacute;gitimation de l'id&eacute;ologie nazie. Or, il est remarquable que, quel que soit le r&eacute;gime politique, l'arch&eacute;ologie exige aussi davantage de r&eacute;glementation et de contr&ocirc;le que d'autres pratiques scientifiques. Le cadre l&eacute;gal, r&eacute;glementaire et institutionnel qui commen&ccedil;a &agrave; &ecirc;tre mis en place au d&eacute;but du XX&egrave;me si&egrave;cle avait ainsi &eacute;t&eacute; maintenu globalement en vigueur, et &eacute;tendu par le r&eacute;gime franquiste. L'apparition de&nbsp; l' &quot;arch&eacute;ologie lib&eacute;rale&quot; ne date en effet que des vingt derni&egrave;res ann&eacute;es.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On peut avancer, pour conclure, que Francisco Gracia Alonso a fait oeuvre utile en signant ce livre : &oelig;uvre utile pour les arch&eacute;ologues espagnols qui peuvent d&eacute;sormais mieux conna&icirc;tre leur discipline et son histoire ; &oelig;uvre utile pour tout citoyen, qui y verra un exemple de la menace permanente d'une ing&eacute;rence du pouvoir et de l'id&eacute;ologie dans la recherche scientifique &ndash; qu'on songe &agrave; l'exhumation r&eacute;cente du cadavre de Simon Bolivar ! La tentation affleure parfois, dans la g&eacute;n&eacute;ration des &quot;petits-fils&quot; de la guerre d'Espagne, de pr&eacute;senter du r&eacute;gime de Franco une image mesur&eacute;e, discr&egrave;tement lib&eacute;rale. Certains projets &eacute;ditoriaux, comme celui de la revue <em>Historias de Iberia Vieja</em>, accr&eacute;ditent cette relecture de l'histoire en investissant des th&eacute;matiques ch&egrave;res &agrave; Santa Olalla. Des livres comme celui de Francisco Gracia Alonso leur offrent une contrepartie salutaire, sans dogmatisme aucun.</p>
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<p>&nbsp;</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Note : I. Bardies, J. - P. Legendre, B. Schnitzler (dirs.), <em>L'arch&eacute;ologie en Alsace et en Moselle au temps de l' annexion (1940-1944)</em>, Strasbourg-Metz, 2001 ; A. Schnapp, &quot;L'autodestruction de l'arch&eacute;ologie allemande sous le r&eacute;gime nazi&quot;, <em>Vingti&egrave;me Si&egrave;cle. Revue d'histoire</em>, 2003/2, n&ordm; 78, 101-109<br />2 - M. Men&eacute;ndez Alzamora, <em>La Generaci&oacute;n del 14. Una aventura intelectual</em>, Madrid, 2006<br />3 - M. Fuentes Codera, Los intelectuales espa&ntilde;oles y la Gran Guerra: &iquest;un caso excepcional?, <em>Storica rivista quadrimestrale</em>, 46, 2010, 54-57<br />4 - <em>Studiengesellschaft f&uuml;r Geistesurgeschichte Deutsches Ahnenerbe e.V.</em><br />5 - Arqueolog&iacute;a de la memoria. Batallones disciplinarios de soldados-trabajadores y tropas del ej&eacute;rcito en las excavaciones de Ampurias (1940-1943), in C. Molinero, M. Sala et J. Sobrequ&eacute;s (eds.), <em>Una inmensa prisi&oacute;n. Los campos de concentraci&oacute;n y las prisiones durante la Guerra Civil y el franquismo</em>, Barcelona: Cr&iacute;tica, 2003, 37-59<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Quelle type de science pourrait bien &#234;tre la psychanalyse ?</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3701-quelle_type_de_science_pourrait_bien_etre_la_psychanalyse_.htm</link>
         <description> Comme le souligne Roger Perron, la psychanalyse est depuis son origine somm&#233;e de faire la preuve de son efficacit&#233; et, plus, de sa scientificit&#233;. Cette question a &#233;t&#233; abord&#233;e par de multiples auteurs apr&#232;s Freud et Lacan, variant l&amp;rsquo;optique et l&amp;rsquo;approche : Joel Dor et  L&amp;rsquo;ascientificit&#233; de la psychanalyse , Roland Gori et  La preuve par la parole , Andr&#233; Green et  La causalit&#233; psychique , etc., pour n&amp;rsquo;en citer que trois parmi d&amp;rsquo;autres. &#13;&#10; &#13;&#10;La d&#233;marche de Roger Perron est ici diff&#233;rente et pourtant, d&amp;rsquo;une certaine fa&#231;on, orthodoxe. En effet, Roger Perron, qui s&amp;rsquo;&#233;tait d&#233;j&#224; largement int&#233;ress&#233; &#224; la question des mod&#232;les en psychanalyse, reprend les choses depuis Aristote jusqu&amp;rsquo;aux interrogations d&amp;rsquo;un Karl Popper  1 . Pas &#224; pas, la d&#233;marche de l&amp;rsquo;auteur est didactique et explicite. Ainsi, il aborde tour &#224; tour la question des faits, des mod&#232;les, des hypoth&#232;ses (g&#233;n&#233;rales, locales, faibles, fortes, etc.), des concepts, des logiques, du temps, de la causalit&#233;, de la v&#233;rit&#233;, etc. Tous les angles de ce que devrait &#234;tre une science y sont abord&#233;s, en rappelant les ruptures qui ont pu faire que ce qu&amp;rsquo;est une science n&amp;rsquo;est plus si s&#251;r aujourd&amp;rsquo;hui. &#13;&#10; &#13;&#10;Roger Perron aborde une tr&#232;s grande vari&#233;t&#233; d&amp;rsquo;approches, examinant la psychanalyse par rapport aux crit&#232;res de la connaissance, de la science empirique, des sciences de la nature, des sciences exactes, de l&amp;rsquo;empirisme associatif, etc. La psychanalyse est elle inductive ? (g&#233;n&#233;raliser &#224; partir de cas particuliers) ou d&#233;ductive ? (partir du concept vers l&amp;rsquo;objet). &#13;&#10; &#13;&#10;Ce livre nous embarque dans le d&#233;fil&#233; de ces notions, de mani&#232;re tr&#232;s claire et structur&#233;e. Les r&#233;f&#233;rences &#224; l&amp;rsquo;&#233;pist&#233;mologie bachelardienne sont les guides de lecture  2 . S&amp;rsquo;appuyant sur le fait que &quot;tout est construit&quot; et sur les &quot;obstacles &#233;pist&#233;mologiques&quot;  3 , Roger Perron questionne la d&#233;marche psychanalytique et voit dans l&amp;rsquo;analyse plus d&amp;rsquo;implications que de causalit&#233;s. &#13;&#10; &#13;&#10;Ce questionnement se fait essentiellement autour de la situation de la cure type. Roger Perron en tire plusieurs id&#233;es : par exemple que le terme de &quot;r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle&quot; devrait &#234;tre remplac&#233; par celui de &quot;r&#233;alit&#233; &#233;v&#233;nementielle&quot; et que le seul &#233;v&#233;nement certain, c&amp;rsquo;est la relation elle-m&#234;me. Roger Perron revient sur le d&#233;bat opposant histoire et construction m&#233;morielle. Il &#233;voque &#233;galement la relation patient-analyste comme le &quot;niveau sup&#233;rieur&quot; pour sortir de l&amp;rsquo;ind&#233;termination (cf. le fameux th&#233;or&#232;me de G&#246;del) permettant de tracer la v&#233;rit&#233; de l&amp;rsquo;analyse. Au-del&#224; de la revue des crit&#232;res de la science, ces conclusions auraient m&#233;rit&#233; peut-&#234;tre plus de d&#233;veloppement, s&amp;rsquo;aventurant plus, selon le mot de Freud, &#224; fantasmer. &#13;&#10; &#13;&#10;Car le cadre de la cure type fixe aussi les limites de la r&#233;flexion sur l&amp;rsquo;articulation entre psychanalyse et science. Qu&amp;rsquo;en serait-il du groupe par exemple ? Evidemment, Roger Perron revient sur les mod&#232;les (biologique, historique, clinique, etc.) en mettant en avant la structure de la psychanalyse elle-m&#234;me qui permettrait d&amp;rsquo;&#233;chapper au dilemme entre d&#233;terminisme et libert&#233;. Car on connait le &quot;pari int&#233;gralement d&#233;terministe de Freud&quot; qui est aussi une aporie. Il reste ici aussi &#224; faire l&amp;rsquo;histoire de la rencontre entre la structure et l&amp;rsquo;&#233;v&#233;nement  4 . Roger Perron nous met en garde contre le p&#233;ril de la g&#233;n&#233;ralisation abusive, qui prend la forme d&amp;rsquo;une causalit&#233; lin&#233;aire. Il pointe &#233;galement le risque de la m&#233;taphore comme mod&#232;le (avec l&amp;rsquo;appel &#224; l&amp;rsquo;anatomie du cerveau). En fait, la tentation est constante et une v&#233;ritable histoire de ces tentations r&#233;ductionnistes aurait pu &#234;tre esquiss&#233;e, marquant les tensions &#233;pist&#233;mologiques &#224; l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre dans le corpus freudien (vitalisme, physicalisme, m&#233;decine, chimie, ph&#233;nom&#232;nes paranormaux, etc.), dessinant la structure des positions, des apports, des &#233;cueils et bords de la psychanalyse d&amp;rsquo;un point de vue &#233;pist&#233;mologique. Il n&amp;rsquo;y a pas non plus en tant que telle de critique de la science non plus, sauf &#224; en montrer les limites modernes, mais un positionnement de la psychanalyse par rapport &#224; ce qu&amp;rsquo;on entend par science. &#13;&#10; &#13;&#10;L&amp;rsquo;approche de Roger Perron, prenant appui sur des recherches ant&#233;rieures, prend une largeur de champ qu&amp;rsquo;elle semble parfois perdre en approfondissement. Pour conclure, Roger Perron revient sur ce que l&amp;rsquo;on peut dire du crit&#232;re popp&#233;rien et nous invite &#224; &quot;montrer&quot; l&amp;rsquo;utilit&#233; de la psychanalyse plut&#244;t qu&amp;rsquo;&#224; prouver ou r&#233;futer la psychanalyse elle-m&#234;me, militant plut&#244;t pour une science du devenir psychique.   Notes :  1 - et sa th&#233;orie des trois mondes, le monde 1 celui de la physique, le monde 2 psychologique, des sentiments, le monde 3 des productions de l&amp;rsquo;humain 2 - D&amp;rsquo;autres guides sont envisageables comme par exemple Anthony Wilden,  Syst&#232;me et structure. Essais sur la communication et l'&#233;change , Bor&#233;al Express, Montr&#233;al, 1983 3 - par exemple l&amp;rsquo;&#233;vidence de la perception est un obstacle &#233;pist&#233;mologique nous rappelle Bachelard. En effet, sur le t&#233;moignage de la perception seule, nous dirions que le soleil tourne autour de la terre 4 - dans  Freud et la science , Economica, 2010, nous avons tent&#233; de montrer comment structure et histoire donnaient corps &#224; une version freudienne de la causalit&#233; psychique, non r&#233;ductionniste, et fond&#233;e sur le concept de r&#233;seau psychique </description>
         <pubDate>08/26/10 13:10:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3701-quelle_type_de_science_pourrait_bien_etre_la_psychanalyse_.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Comme le souligne Roger Perron, la psychanalyse est depuis son origine somm&eacute;e de faire la preuve de son efficacit&eacute; et, plus, de sa scientificit&eacute;. Cette question a &eacute;t&eacute; abord&eacute;e par de multiples auteurs apr&egrave;s Freud et Lacan, variant l&rsquo;optique et l&rsquo;approche : Joel Dor et <em>L&rsquo;ascientificit&eacute; de la psychanalyse</em>, Roland Gori et <em>La preuve par la parole</em>, Andr&eacute; Green et <em>La causalit&eacute; psychique</em>, etc., pour n&rsquo;en citer que trois parmi d&rsquo;autres.<br />
<br />
La d&eacute;marche de Roger Perron est ici diff&eacute;rente et pourtant, d&rsquo;une certaine fa&ccedil;on, orthodoxe. En effet, Roger Perron, qui s&rsquo;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; largement int&eacute;ress&eacute; &agrave; la question des mod&egrave;les en psychanalyse, reprend les choses depuis Aristote jusqu&rsquo;aux interrogations d&rsquo;un Karl Popper <sup>1</sup>. Pas &agrave; pas, la d&eacute;marche de l&rsquo;auteur est didactique et explicite. Ainsi, il aborde tour &agrave; tour la question des faits, des mod&egrave;les, des hypoth&egrave;ses (g&eacute;n&eacute;rales, locales, faibles, fortes, etc.), des concepts, des logiques, du temps, de la causalit&eacute;, de la v&eacute;rit&eacute;, etc. Tous les angles de ce que devrait &ecirc;tre une science y sont abord&eacute;s, en rappelant les ruptures qui ont pu faire que ce qu&rsquo;est une science n&rsquo;est plus si s&ucirc;r aujourd&rsquo;hui.<br />
<br />
Roger Perron aborde une tr&egrave;s grande vari&eacute;t&eacute; d&rsquo;approches, examinant la psychanalyse par rapport aux crit&egrave;res de la connaissance, de la science empirique, des sciences de la nature, des sciences exactes, de l&rsquo;empirisme associatif, etc. La psychanalyse est elle inductive ? (g&eacute;n&eacute;raliser &agrave; partir de cas particuliers) ou d&eacute;ductive ? (partir du concept vers l&rsquo;objet).<br />
<br />
Ce livre nous embarque dans le d&eacute;fil&eacute; de ces notions, de mani&egrave;re tr&egrave;s claire et structur&eacute;e. Les r&eacute;f&eacute;rences &agrave; l&rsquo;&eacute;pist&eacute;mologie bachelardienne sont les guides de lecture <sup>2</sup>. S&rsquo;appuyant sur le fait que &quot;tout est construit&quot; et sur les &quot;obstacles &eacute;pist&eacute;mologiques&quot; <sup>3</sup>, Roger Perron questionne la d&eacute;marche psychanalytique et voit dans l&rsquo;analyse plus d&rsquo;implications que de causalit&eacute;s.<br />
<br />
Ce questionnement se fait essentiellement autour de la situation de la cure type. Roger Perron en tire plusieurs id&eacute;es : par exemple que le terme de &quot;r&eacute;alit&eacute; mat&eacute;rielle&quot; devrait &ecirc;tre remplac&eacute; par celui de &quot;r&eacute;alit&eacute; &eacute;v&eacute;nementielle&quot; et que le seul &eacute;v&eacute;nement certain, c&rsquo;est la relation elle-m&ecirc;me. Roger Perron revient sur le d&eacute;bat opposant histoire et construction m&eacute;morielle. Il &eacute;voque &eacute;galement la relation patient-analyste comme le &quot;niveau sup&eacute;rieur&quot; pour sortir de l&rsquo;ind&eacute;termination (cf. le fameux th&eacute;or&egrave;me de G&ouml;del) permettant de tracer la v&eacute;rit&eacute; de l&rsquo;analyse. Au-del&agrave; de la revue des crit&egrave;res de la science, ces conclusions auraient m&eacute;rit&eacute; peut-&ecirc;tre plus de d&eacute;veloppement, s&rsquo;aventurant plus, selon le mot de Freud, &agrave; fantasmer.<br />
<br />
Car le cadre de la cure type fixe aussi les limites de la r&eacute;flexion sur l&rsquo;articulation entre psychanalyse et science. Qu&rsquo;en serait-il du groupe par exemple ? Evidemment, Roger Perron revient sur les mod&egrave;les (biologique, historique, clinique, etc.) en mettant en avant la structure de la psychanalyse elle-m&ecirc;me qui permettrait d&rsquo;&eacute;chapper au dilemme entre d&eacute;terminisme et libert&eacute;. Car on connait le &quot;pari int&eacute;gralement d&eacute;terministe de Freud&quot; qui est aussi une aporie. Il reste ici aussi &agrave; faire l&rsquo;histoire de la rencontre entre la structure et l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement <sup>4</sup>. Roger Perron nous met en garde contre le p&eacute;ril de la g&eacute;n&eacute;ralisation abusive, qui prend la forme d&rsquo;une causalit&eacute; lin&eacute;aire. Il pointe &eacute;galement le risque de la m&eacute;taphore comme mod&egrave;le (avec l&rsquo;appel &agrave; l&rsquo;anatomie du cerveau). En fait, la tentation est constante et une v&eacute;ritable histoire de ces tentations r&eacute;ductionnistes aurait pu &ecirc;tre esquiss&eacute;e, marquant les tensions &eacute;pist&eacute;mologiques &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre dans le corpus freudien (vitalisme, physicalisme, m&eacute;decine, chimie, ph&eacute;nom&egrave;nes paranormaux, etc.), dessinant la structure des positions, des apports, des &eacute;cueils et bords de la psychanalyse d&rsquo;un point de vue &eacute;pist&eacute;mologique. Il n&rsquo;y a pas non plus en tant que telle de critique de la science non plus, sauf &agrave; en montrer les limites modernes, mais un positionnement de la psychanalyse par rapport &agrave; ce qu&rsquo;on entend par science.<br />
<br />
L&rsquo;approche de Roger Perron, prenant appui sur des recherches ant&eacute;rieures, prend une largeur de champ qu&rsquo;elle semble parfois perdre en approfondissement. Pour conclure, Roger Perron revient sur ce que l&rsquo;on peut dire du crit&egrave;re popp&eacute;rien et nous invite &agrave; &quot;montrer&quot; l&rsquo;utilit&eacute; de la psychanalyse plut&ocirc;t qu&rsquo;&agrave; prouver ou r&eacute;futer la psychanalyse elle-m&ecirc;me, militant plut&ocirc;t pour une science du devenir psychique.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - et sa th&eacute;orie des trois mondes, le monde 1 celui de la physique, le monde 2 psychologique, des sentiments, le monde 3 des productions de l&rsquo;humain<br />2 - D&rsquo;autres guides sont envisageables comme par exemple Anthony Wilden, <em>Syst&egrave;me et structure. Essais sur la communication et l'&eacute;change</em>, Bor&eacute;al Express, Montr&eacute;al, 1983<br />3 - par exemple l&rsquo;&eacute;vidence de la perception est un obstacle &eacute;pist&eacute;mologique nous rappelle Bachelard. En effet, sur le t&eacute;moignage de la perception seule, nous dirions que le soleil tourne autour de la terre<br />4 - dans <em>Freud et la science</em>, Economica, 2010, nous avons tent&eacute; de montrer comment structure et histoire donnaient corps &agrave; une version freudienne de la causalit&eacute; psychique, non r&eacute;ductionniste, et fond&eacute;e sur le concept de r&eacute;seau psychique<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Microtypos</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3700-microtypos.htm</link>
         <description> Ce court essai (d&amp;rsquo;une soixantaine de pages &#224; peine) du Suisse Jost Hochuli, graphiste, typographe, enseignant et grand concepteur de livres, se concentre sur le &quot;d&#233;tail en typographie&quot;. Il est publi&#233; par les &#233;ditions B42 &#224; qui nous devons cette nouvelle traduction (aid&#233;e par le Centre national du Livre), revue et augment&#233;e. En effet, l&amp;rsquo;&#233;dition originale de 1987, dont l&amp;rsquo;initiative revenait &#224; un fabriquant am&#233;ricain de mat&#233;riel d&amp;rsquo;imprimerie, la Compugraphic Corporation, et sa publication simultan&#233;e en sept langues avaient conf&#233;r&#233; &#224; l&amp;rsquo;ouvrage une aura internationale imm&#233;diate parmi les amateurs et patriciens de la typographie qui re&#231;urent alors, &#224; titre publicitaire, l&amp;rsquo;&#233;l&#233;gant ouvrage. Il &#233;tait depuis introuvable. &#13;&#10; &#13;&#10;La maison d&amp;rsquo;&#233;dition fran&#231;aise met aujourd&amp;rsquo;hui le rare &quot;missel&quot; &#224; la port&#233;e de tous. Et c&amp;rsquo;est une bonne chose car la lecture de cette &quot;r&#233;flexion riche et concise sur tout ce qui am&#233;liore la lisibilit&#233; d&amp;rsquo;un texte&quot; (sous-titre de l&amp;rsquo;ouvrage) prend aujourd&amp;rsquo;hui une &#233;trange actualit&#233;. En effet, cet ouvrage agr&#232;ge de fa&#231;on vivante, curieuse et synth&#233;tique tout le savoir accumul&#233; au fil des cinq si&#232;cles d&amp;rsquo;existence du livre (sur papier) et des caract&#232;res d&amp;rsquo;imprimerie. Ce savoir, au d&#233;part bas&#233; sur des observations, s&amp;rsquo;est enrichi d&amp;rsquo;&#233;tudes dont le profane d&#233;couvrira, avec amusement, la richesse. Ce sont ces d&#233;couvertes, expliqu&#233;es simplement et illustr&#233;es le plus souvent qui ralentissent agr&#233;ablement la lecture du petit opus. &#13;&#10; &#13;&#10; Prise de conscience  &#13;&#10; &#13;&#10;Le lecteur, d&#232;s le premier chapitre est mis &#224; l&amp;rsquo;&#233;preuve avec l&amp;rsquo;analyse du processus de lecture, &#233;tay&#233;e par les &#233;tudes de Galley Niels et Gr&#252;sser Otto-Joachim qu&amp;rsquo;Hochuli synth&#233;tise en quelques paragraphes. Ces &#233;tudes analysent les secrets de la lecture, par &quot;bonds&quot;, qui alternent p&#233;riode de fixation et saccades. La ligne n&amp;rsquo;est donc pas lue, mais balay&#233;e par l&amp;rsquo;oeil. Selon la taille du caract&#232;re, les saccades font cinq &#224; dix lettres, soit un ou deux mots en fran&#231;ais. Fier de cette d&#233;couverte, le lecteur d&#233;sormais conscient, exp&#233;rimente&amp;hellip; et confirme les conclusions des scientifiques. C&amp;rsquo;est sans doute la grande vertu de cet ouvrage : nous inviter &#224; cette utile gymnastique du regard, et nous forcer, en lecteur profane, &#224; devenir conscient de l&amp;rsquo;importance de d&#233;tails qui nous &#233;taient jusqu&amp;rsquo;alors invisibles mais qui d&#233;terminent la perception que nous avons d&amp;rsquo;un texte.  &#13;&#10; &#13;&#10; Revue de d&#233;tails  &#13;&#10; &#13;&#10;Ces d&#233;tails sont analys&#233;s par Hochuli selon un plan simple. Du petit &#233;l&#233;ment au grand ensemble : de la lettre &#224; la page, en passant par le mot, la ligne et la colonne, Hochuli prend soin n&#233;anmoins de bien d&#233;limiter son terrain d&amp;rsquo;&#233;tude : ici, il ne sera nullement&#160; question de mise en page -et donc d&amp;rsquo;expression d&amp;rsquo;un go&#251;t- mais exclusivement de l&amp;rsquo;&#233;nonc&#233; objectif de r&#232;gles &#233;prouv&#233;es contribuant &#224; la lisibilit&#233; d&amp;rsquo;un texte. &#13;&#10; &#13;&#10;Dans cette promenade, on d&#233;couvre que les illusions d&amp;rsquo;optique trouvent dans la typographie un terrain de jeu infini. Hochuli liste ainsi un certain nombre de &quot;recettes&quot;, ou plus exactement de corrections, frequemment prodigu&#233;es au dessin des lettres afin qu&amp;rsquo;elles gardent leur semblant d&amp;rsquo;&#233;quilibre g&#233;om&#233;trique. Ce que l&amp;rsquo;on croyait jusqu&amp;rsquo;alors parfaitement carr&#233;, ou rond, ne l&amp;rsquo;est en fait pas du tout. L&#224; encore, le lecteur v&#233;rifie, scrutant, au del&#224; des exemples nombreux propos&#233;s par l&amp;rsquo;auteur, la confirmation de cet axiome. &#13;&#10; &#13;&#10;La progression exerce l&amp;rsquo;oeil avec toujours plus d&amp;rsquo;hardiesse lorsque sont abord&#233;s les probl&#232;mes d&amp;rsquo;espacements, entre les lettres et entre les mots. Ce chapitre, souvent tr&#232;s jargonnant, &#233;tudie en profondeur le subtil &#233;quilibre entre le noir (imprim&#233;) et le blanc (espaces et &quot;contreformes&quot; des lettres). Hochuli d&#233;taille alors les divers types de &quot;cr&#233;nage&quot; qui permettent d&amp;rsquo;obtenir un &quot;gris typographique&quot; parfait. Si l&amp;rsquo;expos&#233; est souvent tr&#232;s technique, il est rassurant de constater qu&amp;rsquo;il se conclue par un tr&#232;s pragmatique th&#233;or&#232;me : &quot;Le principe g&#233;n&#233;ral qui guide de mani&#232;re concr&#232;te l&amp;rsquo;espacement entre les mots est le suivant : &amp;lsquo;Aussi grand que n&#233;cessaire, aussi petit que possible&amp;rsquo;&quot;. &#13;&#10; &#13;&#10;On l'aura compris, malgr&#233; la pr&#233;sentation rigoureuse de l'ouvrage qui conf&#232;re &#224; son contenu un caract&#232;re scientifique, il n&amp;rsquo;est question ici que de sensibilit&#233; : il en serait de la typographie comme de l&amp;rsquo;art pour lequel, si quelques formules ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es (le nombre d&amp;rsquo;or, les proportions de Vitruve&amp;hellip;), la recette du chef-d&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre reste encore &#224; d&#233;couvrir. &#13;&#10; &#13;&#10;Cinq si&#232;cles apr&#232;s l&amp;rsquo;invention de l&amp;rsquo;imprimerie, la somme de savoirs ici synth&#233;tis&#233;e est vertigineuse. Il n&amp;rsquo;est pas une parcelle de l&amp;rsquo;espace d&amp;rsquo;une page qui ne fut, &#224; un moment o&#249; &#224; un autre, th&#233;oris&#233;e, r&#233;fl&#233;chie et pour laquelle une &quot;r&#232;gle&quot; ait &#233;t&#233; invent&#233;e dans un coin du monde. Souvent m&#234;me, ce sont plusieurs &quot;r&#232;gles&quot; qui ont voulu s&amp;rsquo;imposer, comme dans le cas de la longueur id&#233;ale d&amp;rsquo;une ligne (70 caract&#232;res pour E.Gill, 60 maximum pour J. Tschichold&amp;hellip;) d&#233;montrant la vivacit&#233; des d&#233;bats autour d&amp;rsquo;une forme, le livre, qui mettait alors du temps &#224; se concevoir. &#13;&#10; &#13;&#10;Au moment o&#249; on pr&#233;dit l&amp;rsquo;av&#232;nement du livre num&#233;rique, o&#249; la publication d&amp;rsquo;un livre est &quot;automatique&quot; et o&#249; la lecture sur &#233;cran devient une norme, le lecteur pourra s&amp;rsquo;interroger sur la forme que prendront les futurs &#233;crits. La composition num&#233;rique, l&amp;rsquo;&#233;cran et le pixel... comment prendront-ils en compte les imp&#233;ratifs de lisibilit&#233; que l&amp;rsquo;imprimerie a mis cinq si&#232;cles &#224; stabiliser ?&amp;hellip; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  *&#160;Cet ouvrage est publi&#233; avec l'aide du Centre national du livre.  </description>
         <pubDate>08/25/10 19:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3700-microtypos.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Ce court essai (d&rsquo;une soixantaine de pages &agrave; peine) du Suisse Jost Hochuli, graphiste, typographe, enseignant et grand concepteur de livres, se concentre sur le &quot;d&eacute;tail en typographie&quot;. Il est publi&eacute; par les &eacute;ditions B42 &agrave; qui nous devons cette nouvelle traduction (aid&eacute;e par le Centre national du Livre), revue et augment&eacute;e. En effet, l&rsquo;&eacute;dition originale de 1987, dont l&rsquo;initiative revenait &agrave; un fabriquant am&eacute;ricain de mat&eacute;riel d&rsquo;imprimerie, la Compugraphic Corporation, et sa publication simultan&eacute;e en sept langues avaient conf&eacute;r&eacute; &agrave; l&rsquo;ouvrage une aura internationale imm&eacute;diate parmi les amateurs et patriciens de la typographie qui re&ccedil;urent alors, &agrave; titre publicitaire, l&rsquo;&eacute;l&eacute;gant ouvrage. Il &eacute;tait depuis introuvable.<br />
<br />
La maison d&rsquo;&eacute;dition fran&ccedil;aise met aujourd&rsquo;hui le rare &quot;missel&quot; &agrave; la port&eacute;e de tous. Et c&rsquo;est une bonne chose car la lecture de cette &quot;r&eacute;flexion riche et concise sur tout ce qui am&eacute;liore la lisibilit&eacute; d&rsquo;un texte&quot; (sous-titre de l&rsquo;ouvrage) prend aujourd&rsquo;hui une &eacute;trange actualit&eacute;. En effet, cet ouvrage agr&egrave;ge de fa&ccedil;on vivante, curieuse et synth&eacute;tique tout le savoir accumul&eacute; au fil des cinq si&egrave;cles d&rsquo;existence du livre (sur papier) et des caract&egrave;res d&rsquo;imprimerie. Ce savoir, au d&eacute;part bas&eacute; sur des observations, s&rsquo;est enrichi d&rsquo;&eacute;tudes dont le profane d&eacute;couvrira, avec amusement, la richesse. Ce sont ces d&eacute;couvertes, expliqu&eacute;es simplement et illustr&eacute;es le plus souvent qui ralentissent agr&eacute;ablement la lecture du petit opus.<br />
<br />
<strong>Prise de conscience</strong><br />
<br />
Le lecteur, d&egrave;s le premier chapitre est mis &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve avec l&rsquo;analyse du processus de lecture, &eacute;tay&eacute;e par les &eacute;tudes de Galley Niels et Gr&uuml;sser Otto-Joachim qu&rsquo;Hochuli synth&eacute;tise en quelques paragraphes. Ces &eacute;tudes analysent les secrets de la lecture, par &quot;bonds&quot;, qui alternent p&eacute;riode de fixation et saccades. La ligne n&rsquo;est donc pas lue, mais balay&eacute;e par l&rsquo;oeil. Selon la taille du caract&egrave;re, les saccades font cinq &agrave; dix lettres, soit un ou deux mots en fran&ccedil;ais. Fier de cette d&eacute;couverte, le lecteur d&eacute;sormais conscient, exp&eacute;rimente&hellip; et confirme les conclusions des scientifiques. C&rsquo;est sans doute la grande vertu de cet ouvrage : nous inviter &agrave; cette utile gymnastique du regard, et nous forcer, en lecteur profane, &agrave; devenir conscient de l&rsquo;importance de d&eacute;tails qui nous &eacute;taient jusqu&rsquo;alors invisibles mais qui d&eacute;terminent la perception que nous avons d&rsquo;un texte. <br />
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<strong>Revue de d&eacute;tails</strong><br />
<br />
Ces d&eacute;tails sont analys&eacute;s par Hochuli selon un plan simple. Du petit &eacute;l&eacute;ment au grand ensemble : de la lettre &agrave; la page, en passant par le mot, la ligne et la colonne, Hochuli prend soin n&eacute;anmoins de bien d&eacute;limiter son terrain d&rsquo;&eacute;tude : ici, il ne sera nullement&nbsp; question de mise en page -et donc d&rsquo;expression d&rsquo;un go&ucirc;t- mais exclusivement de l&rsquo;&eacute;nonc&eacute; objectif de r&egrave;gles &eacute;prouv&eacute;es contribuant &agrave; la lisibilit&eacute; d&rsquo;un texte.<br />
<br />
Dans cette promenade, on d&eacute;couvre que les illusions d&rsquo;optique trouvent dans la typographie un terrain de jeu infini. Hochuli liste ainsi un certain nombre de &quot;recettes&quot;, ou plus exactement de corrections, frequemment prodigu&eacute;es au dessin des lettres afin qu&rsquo;elles gardent leur semblant d&rsquo;&eacute;quilibre g&eacute;om&eacute;trique. Ce que l&rsquo;on croyait jusqu&rsquo;alors parfaitement carr&eacute;, ou rond, ne l&rsquo;est en fait pas du tout. L&agrave; encore, le lecteur v&eacute;rifie, scrutant, au del&agrave; des exemples nombreux propos&eacute;s par l&rsquo;auteur, la confirmation de cet axiome.<br />
<br />
La progression exerce l&rsquo;oeil avec toujours plus d&rsquo;hardiesse lorsque sont abord&eacute;s les probl&egrave;mes d&rsquo;espacements, entre les lettres et entre les mots. Ce chapitre, souvent tr&egrave;s jargonnant, &eacute;tudie en profondeur le subtil &eacute;quilibre entre le noir (imprim&eacute;) et le blanc (espaces et &quot;contreformes&quot; des lettres). Hochuli d&eacute;taille alors les divers types de &quot;cr&eacute;nage&quot; qui permettent d&rsquo;obtenir un &quot;gris typographique&quot; parfait. Si l&rsquo;expos&eacute; est souvent tr&egrave;s technique, il est rassurant de constater qu&rsquo;il se conclue par un tr&egrave;s pragmatique th&eacute;or&egrave;me : &quot;Le principe g&eacute;n&eacute;ral qui guide de mani&egrave;re concr&egrave;te l&rsquo;espacement entre les mots est le suivant : &lsquo;Aussi grand que n&eacute;cessaire, aussi petit que possible&rsquo;&quot;.<br />
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On l'aura compris, malgr&eacute; la pr&eacute;sentation rigoureuse de l'ouvrage qui conf&egrave;re &agrave; son contenu un caract&egrave;re scientifique, il n&rsquo;est question ici que de sensibilit&eacute; : il en serait de la typographie comme de l&rsquo;art pour lequel, si quelques formules ont &eacute;t&eacute; &eacute;labor&eacute;es (le nombre d&rsquo;or, les proportions de Vitruve&hellip;), la recette du chef-d&rsquo;&oelig;uvre reste encore &agrave; d&eacute;couvrir.<br />
<br />
Cinq si&egrave;cles apr&egrave;s l&rsquo;invention de l&rsquo;imprimerie, la somme de savoirs ici synth&eacute;tis&eacute;e est vertigineuse. Il n&rsquo;est pas une parcelle de l&rsquo;espace d&rsquo;une page qui ne fut, &agrave; un moment o&ugrave; &agrave; un autre, th&eacute;oris&eacute;e, r&eacute;fl&eacute;chie et pour laquelle une &quot;r&egrave;gle&quot; ait &eacute;t&eacute; invent&eacute;e dans un coin du monde. Souvent m&ecirc;me, ce sont plusieurs &quot;r&egrave;gles&quot; qui ont voulu s&rsquo;imposer, comme dans le cas de la longueur id&eacute;ale d&rsquo;une ligne (70 caract&egrave;res pour E.Gill, 60 maximum pour J. Tschichold&hellip;) d&eacute;montrant la vivacit&eacute; des d&eacute;bats autour d&rsquo;une forme, le livre, qui mettait alors du temps &agrave; se concevoir.<br />
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Au moment o&ugrave; on pr&eacute;dit l&rsquo;av&egrave;nement du livre num&eacute;rique, o&ugrave; la publication d&rsquo;un livre est &quot;automatique&quot; et o&ugrave; la lecture sur &eacute;cran devient une norme, le lecteur pourra s&rsquo;interroger sur la forme que prendront les futurs &eacute;crits. La composition num&eacute;rique, l&rsquo;&eacute;cran et le pixel... comment prendront-ils en compte les imp&eacute;ratifs de lisibilit&eacute; que l&rsquo;imprimerie a mis cinq si&egrave;cles &agrave; stabiliser ?&hellip;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>*&nbsp;Cet ouvrage est publi&eacute; avec l'aide du Centre national du livre.</em></p> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Un large panorama de l'&#233;dition jeunesse dans les pays francophones</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3692-un_large_panorama_de_ledition_jeunesse_dans_les_pays_francophones.htm</link>
         <description> Ce livre est issu d&amp;rsquo;un colloque qui s&amp;rsquo;est tenu les 26, 27 et 28 juin 2008, organis&#233; par l&amp;rsquo;universit&#233; Paris 13 et la Maison des Sciences de l&amp;rsquo;homme de Paris-Nord. Ce colloque a r&#233;uni des chercheurs venus de diff&#233;rents espaces francophones qui ont d&#233;battu sur le pass&#233;, le pr&#233;sent et l&amp;rsquo;avenir du livre d&amp;rsquo;enfant et de jeunesse francophone. Actuellement, on constate que l&amp;rsquo;&#233;dition pour la jeunesse se mondialise. La production se concentre de plus en plus et les grands groupes ont mis au point ces derni&#232;res ann&#233;es des strat&#233;gies d&amp;rsquo;internationalisation. On assiste &#233;galement &#224; une globalisation de la litt&#233;rature de jeunesse. On voit appara&#238;tre des structures de distribution et des cha&#238;nes de vente de plus en plus imposantes. De plus, avec l&amp;rsquo;essor du num&#233;rique, d&amp;rsquo;Internet et de la vente en ligne, l&amp;rsquo;acc&#232;s &#224; la diversit&#233; culturelle et &#224; la mondialisation est facilit&#233;e. &#13;&#10; Dans son introduction, Luc Pinhas de l&amp;rsquo;universit&#233; Paris 13 souligne que l&amp;rsquo;anglais est la langue la plus traduite dans la litt&#233;rature jeunesse. La litt&#233;rature anglo-saxonne constitue 75 % des acquisitions mondiales. Les  best-sellers  de la litt&#233;rature jeunesse sont issus des territoires anglo-saxons. En 2007, six des dix premi&#232;res ventes en grand format &#233;taient des traductions de livres anglophones. Autre signe fort de l&amp;rsquo;&#233;volution du march&#233;, en dix ans la production pour la jeunesse a doubl&#233;. Pour autant, Luc Pinhas insiste surtout sur la standardisation des contenus. Ceux-ci &#233;voluent peu et ce secteur est victime des ph&#233;nom&#232;nes de mode. Ainsi, la  chick li  t  et la  fantasy  s&amp;rsquo;imposent depuis de nombreuses ann&#233;es dans la litt&#233;rature pour adolescents. Cela s&amp;rsquo;explique notamment par une volont&#233; d&amp;rsquo;internationaliser la commercialisation des livres en touchant le plus grand nombre de lecteurs. Ce que Luc Pinhas explique dans son introduction, c&amp;rsquo;est que la plupart des &#233;diteurs, dans tous les pays, cherchent &#224; gommer les sp&#233;cificit&#233;s d&amp;rsquo;une litt&#233;rature locale, r&#233;gionale au profit d&amp;rsquo;une litt&#233;rature standardis&#233;e qui trouvera des acheteurs partout dans le monde. Dans ce m&#234;me ordre d&amp;rsquo;id&#233;es, on assiste au d&#233;veloppement des co&#233;ditions internationales. Mais parall&#232;lement &#224; cette globalisation &#233;merge un d&#233;sir d&amp;rsquo;affirmation du local, du territoire, trop longtemps oubli&#233;s. On voit alors appara&#238;tre le th&#232;me principal du livre, les tendances contradictoires entre une volont&#233; d&amp;rsquo;universalisation et la revendication du divers. Luc Pinhas souligne la scission qui existe dans l&amp;rsquo;&#233;dition mondiale avec une &#233;dition dans les pays et territoires francophones du Sud tr&#232;s r&#233;cente et donc fragile m&#234;me si l&amp;rsquo;on assiste &#224; l&amp;rsquo;&#233;mergence de maisons d&amp;rsquo;&#233;dition sp&#233;cialis&#233;es en jeunesse qui ont r&#233;ussi &#224; se forger une tr&#232;s bonne r&#233;putation. Dans la plupart des pays arabes, la production est peu innovante. Les &#233;diteurs publient majoritairement des contes et des l&#233;gendes et restent tourn&#233;s vers le pass&#233;. Cette raison, ainsi que le prix &#233;lev&#233; du livre, jouent en sa d&#233;faveur. Au Qu&#233;bec, la situation est assez similaire &#224; celle de la France. On compte de grands groupes industriels qui partagent le march&#233; avec de nombreux petits &#233;diteurs ind&#233;pendants. La Suisse et la Belgique sont quant &#224; eux victimes de la concurrence fran&#231;aise. Suite aux rachats fran&#231;ais de quelques maisons d&amp;rsquo;&#233;dition belges de jeunesse, seules survivent des maisons d&amp;rsquo;&#233;dition qui s&amp;rsquo;inscrivent dans des champs de diffusion restreints. En Suisse, les &#233;diteurs sp&#233;cialis&#233;s en jeunesse n&#233;s dans les ann&#233;es 1980 se sont d&#233;sormais tourn&#233;s vers des strat&#233;gies de niche. En France, de nombreux &#233;diteurs jeunesse sont reconnus &#224; travers le monde. En 2008, le SNE (Syndicat national de l'&#233;dition) affirmait que 1 167 cessions de droits avaient &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es en direction de trente-neuf langues. &#13;&#10; Luc Pinhas conclut son introduction en soulignant le contraste existant entre une litt&#233;rature de jeunesse et d&amp;rsquo;enfance qui a souvent &#233;t&#233; agent de la  biodiversit&#233;  et cette tendance vers la standardisation des productions internationales. Il s&amp;rsquo;interroge sur le r&#244;le de la r&#233;volution num&#233;rique. Cette derni&#232;re pourrait &#234;tre favorable si elle parvient &#224; r&#233;soudre les probl&#233;matiques de distribution et de transports entre les territoires g&#233;ographiquement &#233;loign&#233;s. Mais on peut craindre que cette r&#233;volution favorise l&amp;rsquo;uniformisation. Dans ce cas-l&#224;, la scission d&#233;j&#224; visible sera accentu&#233;e avec d&amp;rsquo;un c&#244;t&#233; des grosses productions transnationales qui se r&#233;pandront dans le monde et de l&amp;rsquo;autre des petits &#233;diteurs capables de faire vivre une certaine diversit&#233; mais rendus peu visibles.  &#13;&#10; Michel Manson propose une introduction tourn&#233;e vers un angle historique. Il s&amp;rsquo;interroge sur une p&#233;riode qui s&amp;rsquo;&#233;tend du XVIIIe au XIXe&#160; si&#232;cle. Il rappelle que pendant le si&#232;cle des Lumi&#232;res, la litt&#233;rature de jeunesse circulait dans toute l&amp;rsquo;Europe. De nombreux livres pour la jeunesse publi&#233;s en fran&#231;ais &#233;taient imprim&#233;s dans des villes d&amp;rsquo;Europe comme en Hollande ou en Angleterre. Sur 300 ouvrages recens&#233;s entre 1780 et 1789, une soixantaine de titres destin&#233;s &#224; la jeunesse sont des co&#233;ditions avec des &#233;diteurs &#233;trangers ou des &#233;ditions &#233;trang&#232;res. C&amp;rsquo;est &#224; partir de 1769-1770 que les &#233;diteurs parisiens comprennent l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t de publier des ouvrages pour la jeunesse. La litt&#233;rature de jeunesse a souvent jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s important dans la construction d&amp;rsquo;une identit&#233; nationale entre la fin du XVIIIe et le XIXe si&#232;cle en Europe. Apr&#232;s la p&#233;riode d&amp;rsquo;ouverture des Lumi&#232;res, l&amp;rsquo;Europe des nations se tourne vers le repli identitaire. Chaque pays a sa litt&#233;rature avec ses m&amp;oelig;urs, ses coutumes, sa langue. Seuls les grands noms sont traduits mais la plupart des titres restent dans leurs pays. &#192; partir de 1870, en Europe, le fran&#231;ais n&amp;rsquo;est plus la langue culturelle. L&amp;rsquo;anglais devient peu &#224; peu la langue internationale. Le repli linguistique de cette Europe des nations s&amp;rsquo;accompagne n&#233;anmoins d&amp;rsquo;une ouverture &#224; l&amp;rsquo;imaginaire des autres pays &#224; travers les traductions et les &#233;diteurs. Le livre va donc nous montrer comment des &#233;diteurs particuli&#232;rement audacieux ont permis &#224; la litt&#233;rature francophone de se d&#233;velopper &#224; l&amp;rsquo;&#233;tranger. &#13;&#10; La premi&#232;re partie du livre s&amp;rsquo;int&#233;resse &#224; la francophonie du Nord et en dresse un &#233;tat des lieux &#224; travers trois exemples. Dans un premier temps, Josianne Cetlin de l&amp;rsquo;Institut Suisse Jeunesse et M&#233;das-ISJM propose un aper&#231;u de l&amp;rsquo;&#233;dition suisse romande du XIXe si&#232;cle &#224; nos jours. Par cette synth&#232;se, elle montre de fa&#231;on tr&#232;s claire comment l&amp;rsquo;&#233;dition suisse romande a &#233;volu&#233; vers une qu&#234;te identitaire. &#13;&#10; Tanguy Habrand nous fait d&#233;couvrir quelques caract&#233;ristiques de l&amp;rsquo;&#233;dition pour la jeunesse en Belgique francophone. Le secteur de la jeunesse est un des secteurs les plus dynamiques de l&amp;rsquo;&#233;dition belge. En Belgique, il n&amp;rsquo;y a pas de culture du livre comme en France. Face &#224; la concurrence fran&#231;aise, les &#233;diteurs belges se sont tr&#232;s vite tourn&#233;s vers les secteurs d&#233;laiss&#233;s par leurs confr&#232;res parisiens, vers les genres &quot;mineurs&quot;. Mais l&amp;rsquo;&#233;dition pour la jeunesse en Belgique va conna&#238;tre des bouleversements avec l&amp;rsquo;internationalisation des grands groupes et de nombreuses fusions et cessions. &#13;&#10; Martin Dor&#233; de l&amp;rsquo;universit&#233; de Sherbrooke s&amp;rsquo;int&#233;resse quant &#224; lui au march&#233; de l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse au Qu&#233;bec. D&#232;s les ann&#233;es 1970, des associations canadiennes ont cherch&#233; &#224; faire avancer la litt&#233;rature de jeunesse. De la m&#234;me fa&#231;on qu&amp;rsquo;en France, cette litt&#233;rature s&amp;rsquo;est peu &#224; peu l&#233;gitim&#233;e par le biais de la presse, des critiques et de l&amp;rsquo;&#233;ducation. Cependant, la plupart des ouvrages publi&#233;s sont des traductions. L&amp;rsquo;&#233;dition qu&#233;b&#233;coise souffre d&amp;rsquo;un manque de moyens. Les limites du d&#233;veloppement du livre au Qu&#233;bec deviennent une invitation &#224; se mondialiser. &#13;&#10; La seconde partie nous propose un panorama sur la francophonie du Sud. Christophe Cassiau-Haurie aborde la question de la litt&#233;rature et de l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse francophone dans le contexte multilingue mauricien. Sur le territoire de l&amp;rsquo;&#238;le Maurice, l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse est r&#233;cente. La plus grande partie des publications est fran&#231;aise ; c&amp;rsquo;est le cas &#233;galement du best-seller  Tikoulou . L&amp;rsquo;anglais, le cr&#233;ole et les langues indiennes sont les autres langues de publication. Les &#233;diteurs priv&#233;s publient de la litt&#233;rature francophone et anglo-saxonne tandis que des associations ou des militants publient en langues indiennes. Par cons&#233;quent, la litt&#233;rature francophone est celle qui permet de d&#233;passer les barri&#232;res communautaires et sociales.  &#13;&#10; Abdallah Madarhri Alaoui de l&amp;rsquo;universit&#233; de Rabat nous explique comment l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse francophone au Maroc se comporte face &#224; la mondialisation. Les livres &#233;dit&#233;s en France dominent le march&#233; marocain. M&#234;me si certaines maisons sont tr&#232;s dynamiques, plusieurs facteurs peuvent expliquer le retard de l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse marocaine notamment la marginalisation de la culture par l&amp;rsquo;&#201;tat et l&amp;rsquo;absence de politique du livre. Au Maroc, de nombreux livres sont publi&#233;s en auto-&#233;dition. Les productions locales int&#233;ressent peu les Marocains qui pr&#233;f&#232;rent les livres import&#233;s, des livres qui sont le reflet de la mondialisation et de ses id&#233;aux. &#13;&#10; Amande Reboul du lyc&#233;e Saint-Exup&#233;ry de Ouagadougou s&amp;rsquo;int&#233;resse &#224; la question de l&amp;rsquo;&#233;dition pour la jeunesse en Afrique centrale. Celle-ci ne fait pas partie des priorit&#233;s budg&#233;taires des minist&#232;res de la Culture. L&amp;rsquo;Afrique centrale est pourtant un vivier de talents avec des artistes capables d&amp;rsquo;enrichir l&amp;rsquo;identit&#233; culturelle de l&amp;rsquo;Afrique. Une des plus grosses lacunes du march&#233; du livre en Afrique vient de la faiblesse des r&#233;seaux de librairies. Un march&#233; parall&#232;le s&amp;rsquo;est m&#234;me d&#233;velopp&#233; : les librairies &quot;par terre&quot;. Autre &#233;l&#233;ment important, le rapport tr&#232;s particulier &#224; la lecture qui est souvent consid&#233;r&#233; comme un acte d&amp;rsquo;isolement, d&amp;rsquo;enfermement. Pour que l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse se d&#233;veloppe en Afrique centrale, il reste encore de nombreux efforts &#224; fournir : des politiques du livre doivent &#234;tre mises en place et les diff&#233;rents acteurs de la cha&#238;ne du livre doivent apprendre &#224; coop&#233;rer. &#13;&#10; Emna Saidi aborde le sujet de l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse en Tunisie. Comme en Afrique centrale, il n&amp;rsquo;existe pas de r&#233;elle culture du livre. De plus, la litt&#233;rature pour la jeunesse demeure un genre mineur dont se d&#233;sint&#233;resse critiques et chercheurs. En ce qui concerne la production, on compte vingt maisons qui produisent des livres pour la jeunesse. Sur ces vingt, quatorze &#233;ditent en fran&#231;ais parmi lesquelles C&#233;r&#232;s &#201;ditions, Alif et les &#201;ditions de la M&#233;diterran&#233;e. Cependant, avec le recul de la ma&#238;trise de la langue fran&#231;aise, ce secteur est tr&#232;s fragile. D&amp;rsquo;autant plus que la plupart des auteurs pour la jeunesse ne ma&#238;trise pas son lectorat et utilise une langue bien trop complexe pour des enfants en apprentissage. &#13;&#10; Contrairement aux autres territoires, Ha&#239;ti est plus avanc&#233; au niveau de la production de livres pour la jeunesse. En Ha&#239;ti, la production locale ne remplace pas la litt&#233;rature jeunesse classique mais s&amp;rsquo;ajoute &#224; elle. Ici, comme partout ailleurs, les march&#233;s europ&#233;en et nord-am&#233;ricain dominent mais la grande cr&#233;ativit&#233; litt&#233;raire sur ce territoire permet la cr&#233;ation d&amp;rsquo;un corpus litt&#233;raire qui r&#233;pond aux besoins des enfants ha&#239;tiens. &#13;&#10; Dans une troisi&#232;me partie, trois auteurs s&amp;rsquo;int&#233;ressent aux sujets de l&amp;rsquo;&#233;criture et de sa r&#233;ception. Kodjo Attikpo&#233; souligne le r&#244;le important des auteurs et &#233;ditrices f&#233;minines en Afrique francophone. Ces derni&#232;res ont compris l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t de la litt&#233;rature pour la jeunesse. Certaines viennent du milieu de l&amp;rsquo;&#233;ducation, elles sont par cons&#233;quent tr&#232;s attentives au d&#233;veloppement des enfants africains. D&amp;rsquo;autres m&#232;nent des combats parall&#232;les pour d&#233;fendre les droits de l&amp;rsquo;enfant. Les femmes produisent et &#233;ditent alors des ouvrages enrichissants. Malgr&#233; cela, les hommes ne s&amp;rsquo;impliquant pas dans cette litt&#233;rature, celle-ci peine &#224; trouver une l&#233;gitimit&#233;. &#13;&#10; Daniel Delbrassine de l&amp;rsquo;universit&#233; de Li&#232;ge nous fait quitter le sujet de la mondialisation et aborde le sujet de l&amp;rsquo;imperm&#233;abilit&#233; des territoires de la litt&#233;rature adulte et jeunesse. Apr&#232;s avoir men&#233; des enqu&#234;tes en 2000 et 2007, il d&#233;montre qu&amp;rsquo;il existe de nombreux mouvements de circulation entre les deux secteurs. De nombreux auteurs qui ont commenc&#233; en &#233;crivant des romans pour la jeunesse publient d&#233;sormais aussi dans des collections de litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale (circulation ascendante) tandis que d&amp;rsquo;autres, auteurs en litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale, publient dans des collections jeunesse (circulation descendante). Daniel Delbrassine met en avant plusieurs raisons. Tout d&amp;rsquo;abord, un auteur r&#233;put&#233; en litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale qui publie pour une collection jeunesse lui donne une cr&#233;dibilit&#233; (importation de capital symbolique). D&amp;rsquo;autre part, il remarque que souvent la litt&#233;rature jeunesse sert de banc d&amp;rsquo;essai aux &#233;crivains. Enfin, il conclut en affirmant que les auteurs conservent les m&#234;mes th&#232;mes et sujets lorsqu&amp;rsquo;ils passent d&amp;rsquo;un genre &#224; l&amp;rsquo;autre. Ainsi, le roman pour adolescent semble influencer le roman pour adulte. &#13;&#10; L&amp;rsquo;inverse existe aussi, comme en t&#233;moigne l&amp;rsquo;&#233;tude de Marie-Pier Luneau sur la  chick lit  au Qu&#233;bec, &#224; travers l&amp;rsquo;exemple de la saga  Le Journal d&amp;rsquo;Aur&#233;lie Laflamme  de India Desjardins. La  chick lit , des romans pour filles &#233;crit par des filles, a int&#233;gr&#233; la litt&#233;rature de jeunesse. Marie-Pier Luneau pr&#233;cise que la saga de India Desjardins contient tr&#232;s peu de d&#233;signations g&#233;ographiques pr&#233;cises et &#233;galement tr&#232;s peu d&amp;rsquo;allusions &#224; la culture qu&#233;b&#233;coise. Cela permet d&amp;rsquo;envisager la mondialisation de cette saga en permettant son universalit&#233;. &#13;&#10; La quatri&#232;me partie est consacr&#233;e &#224; l&amp;rsquo;&#233;tude de cas de quelques &#233;diteurs. St&#233;phanie Danaux &#233;tudie le cas de l&amp;rsquo;&#233;diteur Albert L&#233;vesque. Il a voulu faire &#233;merger une litt&#233;rature qu&#233;b&#233;coise dans les ann&#233;es 1920 alors que jusqu&amp;rsquo;&#224; pr&#233;sent la litt&#233;rature fran&#231;aise pour la jeunesse dominait le march&#233;. &#192; l&amp;rsquo;&#233;poque, il a une vision moderne de l&amp;rsquo;&#233;dition. Il va notamment diviser sa production en cat&#233;gories. Parmi ces cat&#233;gories, on trouve des romans historiques illustr&#233;s. Suivant le mod&#232;le fran&#231;ais, L&#233;vesque va chercher &#224; d&#233;velopper l&amp;rsquo;esprit patriotique &#224; travers cette litt&#233;rature. Conscient que les romans historiques &#233;trangers ne suffisent pas aux enfants qu&#233;b&#233;cois, il propose des r&#233;cits orient&#233;s vers des faits historiques &#224; l&amp;rsquo;origine de la patrie. Albert L&#233;vesque a donn&#233; &#224; la litt&#233;rature pour la jeunesse qu&#233;b&#233;coise une v&#233;ritable autonomie. &#13;&#10; Rachel DeRoy-Ringuette s&amp;rsquo;int&#233;resse &#224; l&amp;rsquo;&#233;diteur Souli&#232;res, au Qu&#233;bec. Cet &#233;diteur se d&#233;marque par son appartenance &#224; un axe culturel. En effet, Souli&#232;res privil&#233;gie ses coups de c&amp;oelig;ur en d&#233;pit de quelques risques financiers. Il place sa production dans la cat&#233;gorie des cycles de production longs. De plus, Souli&#232;res est un &#233;diteur &quot;artisan&quot; dans la mesure o&#249; il g&#232;re toute la cha&#238;ne du livre. Les th&#232;mes qu&amp;rsquo;il choisit de publier ainsi que des pr&#233;sentations mat&#233;rielles insolites sont des &#233;l&#233;ments qui lui permettent de se positionner sur le march&#233;. Cependant, l&amp;rsquo;&#233;diteur a &#233;videmment des strat&#233;gies de vente et notamment pour d&#233;velopper sa visibilit&#233; en dehors du Qu&#233;bec en &#233;tant tr&#232;s pr&#233;sent sur les salons internationaux et en favorisant les ventes de droit. Conscient de l&amp;rsquo;emprise des grands groupes sur le march&#233;, l&amp;rsquo;&#233;diteur reste optimiste au sujet du march&#233; qu&#233;b&#233;cois. En effet, la pr&#233;sence d&amp;rsquo;&#233;diteurs &quot;artisans&quot; et favorisant le d&#233;veloppement d&amp;rsquo;une identit&#233; nationale reste primordiale sur un territoire o&#249; domine la culture anglo-saxonne. &#13;&#10; Suzanne Pouliot et No&#235;lle Sorin, &#224; travers l&amp;rsquo;&#233;tude de deux maisons d&amp;rsquo;&#233;dition qu&#233;b&#233;coises, arrivent &#224; la conclusion que l&amp;rsquo;&#233;dition qu&#233;b&#233;coise pour la jeunesse est dynamique gr&#226;ce aux subventions gouvernementales. Ainsi, les &#233;diteurs qu&#233;b&#233;cois peuvent exister malgr&#233; la concurrence franco-fran&#231;aise et internationale. Gr&#226;ce aux co&#233;ditions et &#224; la vente de droits notamment, les deux maisons &#233;tudi&#233;es ont su se faire conna&#238;tre. Michel Magniez de l&amp;rsquo;universit&#233; de Picardie &#233;tudie la collection &quot;Afrique en poche&quot;. Les &#233;diteurs, gr&#226;ce &#224; leurs choix &#233;ditoriaux et &#224; leurs strat&#233;gies, ont r&#233;ussi &#224; d&#233;velopper l&amp;rsquo;image de cette collection. Cependant, quelques maladresses dans la gestion de celle-ci &#160;emp&#234;chent son rayonnement dans l&amp;rsquo;ensemble des pays francophones, ce qui est une entrave &#224; la mondialisation et &#224; la transmission des traits culturels identitaires &#224; l&amp;rsquo;ensemble du monde.  &#13;&#10; La derni&#232;re partie est consacr&#233;e aux questions des ouvertures et des fronti&#232;res. Dans un premier temps, le sujet de la litt&#233;rature de jeunesse dans les &#233;tablissements scolaires marocains est abord&#233;. On d&#233;couvre que la production est divis&#233;e en deux parties. D&amp;rsquo;un c&#244;t&#233;, une production classique bon march&#233;, tr&#232;s peu travaill&#233;e, qui comporte des d&#233;fauts physiques et des erreurs dues &#224; l&amp;rsquo;absence de relecteurs. D&amp;rsquo;un autre c&#244;t&#233;, une production moderne, beaucoup moins abordable au niveau du prix, mais beaucoup plus soign&#233;e. Cette production-l&#224; est prise en charge par l&amp;rsquo;&#201;ducation nationale. Cette division si prononc&#233;e de la production freine l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse au Maroc. D&amp;rsquo;autant plus qu&amp;rsquo;avec les nouvelles technologies de l&amp;rsquo;information, le livre peine &#224; trouver sa place. &#13;&#10; Marie-Jo&#235;lle Letourneur s&amp;rsquo;int&#233;resse &#224; l&amp;rsquo;&#233;dition bretonne. Au d&#233;part, la volont&#233; des &#233;diteurs jeunesse bretons est d&amp;rsquo;affirmer la langue et la culture r&#233;gionales. Les &#233;diteurs bretons re&#231;oivent le soutien de l&amp;rsquo;&#201;tat et de la r&#233;gion. Malgr&#233; cela, l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse bretonne est un secteur tr&#232;s fragile et tr&#232;s peu visible. Sur une production bretonne annuelle de 1 500 titres, seuls 100 titres sont des ouvrages pour la jeunesse. Les nouvelles maisons d&amp;rsquo;&#233;dition bretonnes semblent alors abandonner l&amp;rsquo;aspect militant en publiant des ouvrages ludiques, p&#233;dagogiques, sans aborder le sujet de la Bretagne. &#13;&#10; L&amp;rsquo;universitaire Fran&#231;oise Nicol s&amp;rsquo;interroge sur les livres d&amp;rsquo;artistes pour la jeunesse. Apr&#232;s enqu&#234;te, elle d&#233;montre que peu de sp&#233;cialistes int&#232;grent le crit&#232;re de livre d&amp;rsquo;artiste &#224; la litt&#233;rature jeunesse. Pourtant, des &#233;diteurs ont donn&#233; carte blanche &#224; des artistes au sein de leurs collections jeunesse. La pr&#233;sence de ces livres est pourtant tr&#232;s marginale, ce qui est dommage quand on consid&#232;re leur caract&#232;re universel. &#13;&#10; Pour conclure, cette &#233;tude montre combien la situation de l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse dans les pays francophones est fragile. La concurrence du cousin fran&#231;ais, l&amp;rsquo;image tr&#232;s fortement symbolique des &#233;diteurs parisiens et l&amp;rsquo;influence anglo-saxonne laissent peu de place au d&#233;veloppement d&amp;rsquo;une culture locale et r&#233;gionale. En abordant la question de la production mais aussi de la position des &#233;diteurs et des auteurs, ce livre permet un large panorama de la question. Cependant, certaines &#233;tudes s&amp;rsquo;&#233;loignent du sujet malgr&#233; leur grand int&#233;r&#234;t. La question du livre d&amp;rsquo;artiste ainsi que la question des circulations des auteurs entre litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale et litt&#233;rature jeunesse n&amp;rsquo;apportent pas tellement de r&#233;ponses &#224; la probl&#233;matique initiale, &#224; savoir le positionnement des &#233;ditions pour la jeunesse dans les pays francophones face &#224; la mondialisation. </description>
         <pubDate>08/25/10 18:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3692-un_large_panorama_de_ledition_jeunesse_dans_les_pays_francophones.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Ce livre est issu d&rsquo;un colloque qui s&rsquo;est tenu les 26, 27 et 28 juin 2008, organis&eacute; par l&rsquo;universit&eacute; Paris 13 et la Maison des Sciences de l&rsquo;homme de Paris-Nord. Ce colloque a r&eacute;uni des chercheurs venus de diff&eacute;rents espaces francophones qui ont d&eacute;battu sur le pass&eacute;, le pr&eacute;sent et l&rsquo;avenir du livre d&rsquo;enfant et de jeunesse francophone. Actuellement, on constate que l&rsquo;&eacute;dition pour la jeunesse se mondialise. La production se concentre de plus en plus et les grands groupes ont mis au point ces derni&egrave;res ann&eacute;es des strat&eacute;gies d&rsquo;internationalisation. On assiste &eacute;galement &agrave; une globalisation de la litt&eacute;rature de jeunesse. On voit appara&icirc;tre des structures de distribution et des cha&icirc;nes de vente de plus en plus imposantes. De plus, avec l&rsquo;essor du num&eacute;rique, d&rsquo;Internet et de la vente en ligne, l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la diversit&eacute; culturelle et &agrave; la mondialisation est facilit&eacute;e.</p>
<p>Dans son introduction, Luc Pinhas de l&rsquo;universit&eacute; Paris 13 souligne que l&rsquo;anglais est la langue la plus traduite dans la litt&eacute;rature jeunesse. La litt&eacute;rature anglo-saxonne constitue 75 % des acquisitions mondiales. Les <em>best-sellers</em> de la litt&eacute;rature jeunesse sont issus des territoires anglo-saxons. En 2007, six des dix premi&egrave;res ventes en grand format &eacute;taient des traductions de livres anglophones. Autre signe fort de l&rsquo;&eacute;volution du march&eacute;, en dix ans la production pour la jeunesse a doubl&eacute;. Pour autant, Luc Pinhas insiste surtout sur la standardisation des contenus. Ceux-ci &eacute;voluent peu et ce secteur est victime des ph&eacute;nom&egrave;nes de mode. Ainsi, la <em>chick li</em><em>t </em>et la <em>fantasy</em> s&rsquo;imposent depuis de nombreuses ann&eacute;es dans la litt&eacute;rature pour adolescents. Cela s&rsquo;explique notamment par une volont&eacute; d&rsquo;internationaliser la commercialisation des livres en touchant le plus grand nombre de lecteurs. Ce que Luc Pinhas explique dans son introduction, c&rsquo;est que la plupart des &eacute;diteurs, dans tous les pays, cherchent &agrave; gommer les sp&eacute;cificit&eacute;s d&rsquo;une litt&eacute;rature locale, r&eacute;gionale au profit d&rsquo;une litt&eacute;rature standardis&eacute;e qui trouvera des acheteurs partout dans le monde. Dans ce m&ecirc;me ordre d&rsquo;id&eacute;es, on assiste au d&eacute;veloppement des co&eacute;ditions internationales. Mais parall&egrave;lement &agrave; cette globalisation &eacute;merge un d&eacute;sir d&rsquo;affirmation du local, du territoire, trop longtemps oubli&eacute;s. On voit alors appara&icirc;tre le th&egrave;me principal du livre, les tendances contradictoires entre une volont&eacute; d&rsquo;universalisation et la revendication du divers. Luc Pinhas souligne la scission qui existe dans l&rsquo;&eacute;dition mondiale avec une &eacute;dition dans les pays et territoires francophones du Sud tr&egrave;s r&eacute;cente et donc fragile m&ecirc;me si l&rsquo;on assiste &agrave; l&rsquo;&eacute;mergence de maisons d&rsquo;&eacute;dition sp&eacute;cialis&eacute;es en jeunesse qui ont r&eacute;ussi &agrave; se forger une tr&egrave;s bonne r&eacute;putation. Dans la plupart des pays arabes, la production est peu innovante. Les &eacute;diteurs publient majoritairement des contes et des l&eacute;gendes et restent tourn&eacute;s vers le pass&eacute;. Cette raison, ainsi que le prix &eacute;lev&eacute; du livre, jouent en sa d&eacute;faveur. Au Qu&eacute;bec, la situation est assez similaire &agrave; celle de la France. On compte de grands groupes industriels qui partagent le march&eacute; avec de nombreux petits &eacute;diteurs ind&eacute;pendants. La Suisse et la Belgique sont quant &agrave; eux victimes de la concurrence fran&ccedil;aise. Suite aux rachats fran&ccedil;ais de quelques maisons d&rsquo;&eacute;dition belges de jeunesse, seules survivent des maisons d&rsquo;&eacute;dition qui s&rsquo;inscrivent dans des champs de diffusion restreints. En Suisse, les &eacute;diteurs sp&eacute;cialis&eacute;s en jeunesse n&eacute;s dans les ann&eacute;es 1980 se sont d&eacute;sormais tourn&eacute;s vers des strat&eacute;gies de niche. En France, de nombreux &eacute;diteurs jeunesse sont reconnus &agrave; travers le monde. En 2008, le SNE (Syndicat national de l'&eacute;dition) affirmait que 1 167 cessions de droits avaient &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;es en direction de trente-neuf langues.</p>
<p>Luc Pinhas conclut son introduction en soulignant le contraste existant entre une litt&eacute;rature de jeunesse et d&rsquo;enfance qui a souvent &eacute;t&eacute; agent de la <em>biodiversit&eacute;</em> et cette tendance vers la standardisation des productions internationales. Il s&rsquo;interroge sur le r&ocirc;le de la r&eacute;volution num&eacute;rique. Cette derni&egrave;re pourrait &ecirc;tre favorable si elle parvient &agrave; r&eacute;soudre les probl&eacute;matiques de distribution et de transports entre les territoires g&eacute;ographiquement &eacute;loign&eacute;s. Mais on peut craindre que cette r&eacute;volution favorise l&rsquo;uniformisation. Dans ce cas-l&agrave;, la scission d&eacute;j&agrave; visible sera accentu&eacute;e avec d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; des grosses productions transnationales qui se r&eacute;pandront dans le monde et de l&rsquo;autre des petits &eacute;diteurs capables de faire vivre une certaine diversit&eacute; mais rendus peu visibles. </p>
<p>Michel Manson propose une introduction tourn&eacute;e vers un angle historique. Il s&rsquo;interroge sur une p&eacute;riode qui s&rsquo;&eacute;tend du XVIIIe au XIXe&nbsp; si&egrave;cle. Il rappelle que pendant le si&egrave;cle des Lumi&egrave;res, la litt&eacute;rature de jeunesse circulait dans toute l&rsquo;Europe. De nombreux livres pour la jeunesse publi&eacute;s en fran&ccedil;ais &eacute;taient imprim&eacute;s dans des villes d&rsquo;Europe comme en Hollande ou en Angleterre. Sur 300 ouvrages recens&eacute;s entre 1780 et 1789, une soixantaine de titres destin&eacute;s &agrave; la jeunesse sont des co&eacute;ditions avec des &eacute;diteurs &eacute;trangers ou des &eacute;ditions &eacute;trang&egrave;res. C&rsquo;est &agrave; partir de 1769-1770 que les &eacute;diteurs parisiens comprennent l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de publier des ouvrages pour la jeunesse. La litt&eacute;rature de jeunesse a souvent jou&eacute; un r&ocirc;le tr&egrave;s important dans la construction d&rsquo;une identit&eacute; nationale entre la fin du XVIIIe et le XIXe si&egrave;cle en Europe. Apr&egrave;s la p&eacute;riode d&rsquo;ouverture des Lumi&egrave;res, l&rsquo;Europe des nations se tourne vers le repli identitaire. Chaque pays a sa litt&eacute;rature avec ses m&oelig;urs, ses coutumes, sa langue. Seuls les grands noms sont traduits mais la plupart des titres restent dans leurs pays. &Agrave; partir de 1870, en Europe, le fran&ccedil;ais n&rsquo;est plus la langue culturelle. L&rsquo;anglais devient peu &agrave; peu la langue internationale. Le repli linguistique de cette Europe des nations s&rsquo;accompagne n&eacute;anmoins d&rsquo;une ouverture &agrave; l&rsquo;imaginaire des autres pays &agrave; travers les traductions et les &eacute;diteurs. Le livre va donc nous montrer comment des &eacute;diteurs particuli&egrave;rement audacieux ont permis &agrave; la litt&eacute;rature francophone de se d&eacute;velopper &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger.</p>
<p>La premi&egrave;re partie du livre s&rsquo;int&eacute;resse &agrave; la francophonie du Nord et en dresse un &eacute;tat des lieux &agrave; travers trois exemples. Dans un premier temps, Josianne Cetlin de l&rsquo;Institut Suisse Jeunesse et M&eacute;das-ISJM propose un aper&ccedil;u de l&rsquo;&eacute;dition suisse romande du XIXe si&egrave;cle &agrave; nos jours. Par cette synth&egrave;se, elle montre de fa&ccedil;on tr&egrave;s claire comment l&rsquo;&eacute;dition suisse romande a &eacute;volu&eacute; vers une qu&ecirc;te identitaire.</p>
<p>Tanguy Habrand nous fait d&eacute;couvrir quelques caract&eacute;ristiques de l&rsquo;&eacute;dition pour la jeunesse en Belgique francophone. Le secteur de la jeunesse est un des secteurs les plus dynamiques de l&rsquo;&eacute;dition belge. En Belgique, il n&rsquo;y a pas de culture du livre comme en France. Face &agrave; la concurrence fran&ccedil;aise, les &eacute;diteurs belges se sont tr&egrave;s vite tourn&eacute;s vers les secteurs d&eacute;laiss&eacute;s par leurs confr&egrave;res parisiens, vers les genres &quot;mineurs&quot;. Mais l&rsquo;&eacute;dition pour la jeunesse en Belgique va conna&icirc;tre des bouleversements avec l&rsquo;internationalisation des grands groupes et de nombreuses fusions et cessions.</p>
<p>Martin Dor&eacute; de l&rsquo;universit&eacute; de Sherbrooke s&rsquo;int&eacute;resse quant &agrave; lui au march&eacute; de l&rsquo;&eacute;dition jeunesse au Qu&eacute;bec. D&egrave;s les ann&eacute;es 1970, des associations canadiennes ont cherch&eacute; &agrave; faire avancer la litt&eacute;rature de jeunesse. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on qu&rsquo;en France, cette litt&eacute;rature s&rsquo;est peu &agrave; peu l&eacute;gitim&eacute;e par le biais de la presse, des critiques et de l&rsquo;&eacute;ducation. Cependant, la plupart des ouvrages publi&eacute;s sont des traductions. L&rsquo;&eacute;dition qu&eacute;b&eacute;coise souffre d&rsquo;un manque de moyens. Les limites du d&eacute;veloppement du livre au Qu&eacute;bec deviennent une invitation &agrave; se mondialiser.</p>
<p>La seconde partie nous propose un panorama sur la francophonie du Sud. Christophe Cassiau-Haurie aborde la question de la litt&eacute;rature et de l&rsquo;&eacute;dition jeunesse francophone dans le contexte multilingue mauricien. Sur le territoire de l&rsquo;&icirc;le Maurice, l&rsquo;&eacute;dition jeunesse est r&eacute;cente. La plus grande partie des publications est fran&ccedil;aise ; c&rsquo;est le cas &eacute;galement du best-seller <em>Tikoulou</em>. L&rsquo;anglais, le cr&eacute;ole et les langues indiennes sont les autres langues de publication. Les &eacute;diteurs priv&eacute;s publient de la litt&eacute;rature francophone et anglo-saxonne tandis que des associations ou des militants publient en langues indiennes. Par cons&eacute;quent, la litt&eacute;rature francophone est celle qui permet de d&eacute;passer les barri&egrave;res communautaires et sociales. </p>
<p>Abdallah Madarhri Alaoui de l&rsquo;universit&eacute; de Rabat nous explique comment l&rsquo;&eacute;dition jeunesse francophone au Maroc se comporte face &agrave; la mondialisation. Les livres &eacute;dit&eacute;s en France dominent le march&eacute; marocain. M&ecirc;me si certaines maisons sont tr&egrave;s dynamiques, plusieurs facteurs peuvent expliquer le retard de l&rsquo;&eacute;dition jeunesse marocaine notamment la marginalisation de la culture par l&rsquo;&Eacute;tat et l&rsquo;absence de politique du livre. Au Maroc, de nombreux livres sont publi&eacute;s en auto-&eacute;dition. Les productions locales int&eacute;ressent peu les Marocains qui pr&eacute;f&egrave;rent les livres import&eacute;s, des livres qui sont le reflet de la mondialisation et de ses id&eacute;aux.</p>
<p>Amande Reboul du lyc&eacute;e Saint-Exup&eacute;ry de Ouagadougou s&rsquo;int&eacute;resse &agrave; la question de l&rsquo;&eacute;dition pour la jeunesse en Afrique centrale. Celle-ci ne fait pas partie des priorit&eacute;s budg&eacute;taires des minist&egrave;res de la Culture. L&rsquo;Afrique centrale est pourtant un vivier de talents avec des artistes capables d&rsquo;enrichir l&rsquo;identit&eacute; culturelle de l&rsquo;Afrique. Une des plus grosses lacunes du march&eacute; du livre en Afrique vient de la faiblesse des r&eacute;seaux de librairies. Un march&eacute; parall&egrave;le s&rsquo;est m&ecirc;me d&eacute;velopp&eacute; : les librairies &quot;par terre&quot;. Autre &eacute;l&eacute;ment important, le rapport tr&egrave;s particulier &agrave; la lecture qui est souvent consid&eacute;r&eacute; comme un acte d&rsquo;isolement, d&rsquo;enfermement. Pour que l&rsquo;&eacute;dition jeunesse se d&eacute;veloppe en Afrique centrale, il reste encore de nombreux efforts &agrave; fournir : des politiques du livre doivent &ecirc;tre mises en place et les diff&eacute;rents acteurs de la cha&icirc;ne du livre doivent apprendre &agrave; coop&eacute;rer.</p>
<p>Emna Saidi aborde le sujet de l&rsquo;&eacute;dition jeunesse en Tunisie. Comme en Afrique centrale, il n&rsquo;existe pas de r&eacute;elle culture du livre. De plus, la litt&eacute;rature pour la jeunesse demeure un genre mineur dont se d&eacute;sint&eacute;resse critiques et chercheurs. En ce qui concerne la production, on compte vingt maisons qui produisent des livres pour la jeunesse. Sur ces vingt, quatorze &eacute;ditent en fran&ccedil;ais parmi lesquelles C&eacute;r&egrave;s &Eacute;ditions, Alif et les &Eacute;ditions de la M&eacute;diterran&eacute;e. Cependant, avec le recul de la ma&icirc;trise de la langue fran&ccedil;aise, ce secteur est tr&egrave;s fragile. D&rsquo;autant plus que la plupart des auteurs pour la jeunesse ne ma&icirc;trise pas son lectorat et utilise une langue bien trop complexe pour des enfants en apprentissage.</p>
<p>Contrairement aux autres territoires, Ha&iuml;ti est plus avanc&eacute; au niveau de la production de livres pour la jeunesse. En Ha&iuml;ti, la production locale ne remplace pas la litt&eacute;rature jeunesse classique mais s&rsquo;ajoute &agrave; elle. Ici, comme partout ailleurs, les march&eacute;s europ&eacute;en et nord-am&eacute;ricain dominent mais la grande cr&eacute;ativit&eacute; litt&eacute;raire sur ce territoire permet la cr&eacute;ation d&rsquo;un corpus litt&eacute;raire qui r&eacute;pond aux besoins des enfants ha&iuml;tiens.</p>
<p>Dans une troisi&egrave;me partie, trois auteurs s&rsquo;int&eacute;ressent aux sujets de l&rsquo;&eacute;criture et de sa r&eacute;ception. Kodjo Attikpo&eacute; souligne le r&ocirc;le important des auteurs et &eacute;ditrices f&eacute;minines en Afrique francophone. Ces derni&egrave;res ont compris l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de la litt&eacute;rature pour la jeunesse. Certaines viennent du milieu de l&rsquo;&eacute;ducation, elles sont par cons&eacute;quent tr&egrave;s attentives au d&eacute;veloppement des enfants africains. D&rsquo;autres m&egrave;nent des combats parall&egrave;les pour d&eacute;fendre les droits de l&rsquo;enfant. Les femmes produisent et &eacute;ditent alors des ouvrages enrichissants. Malgr&eacute; cela, les hommes ne s&rsquo;impliquant pas dans cette litt&eacute;rature, celle-ci peine &agrave; trouver une l&eacute;gitimit&eacute;.</p>
<p>Daniel Delbrassine de l&rsquo;universit&eacute; de Li&egrave;ge nous fait quitter le sujet de la mondialisation et aborde le sujet de l&rsquo;imperm&eacute;abilit&eacute; des territoires de la litt&eacute;rature adulte et jeunesse. Apr&egrave;s avoir men&eacute; des enqu&ecirc;tes en 2000 et 2007, il d&eacute;montre qu&rsquo;il existe de nombreux mouvements de circulation entre les deux secteurs. De nombreux auteurs qui ont commenc&eacute; en &eacute;crivant des romans pour la jeunesse publient d&eacute;sormais aussi dans des collections de litt&eacute;rature g&eacute;n&eacute;rale (circulation ascendante) tandis que d&rsquo;autres, auteurs en litt&eacute;rature g&eacute;n&eacute;rale, publient dans des collections jeunesse (circulation descendante). Daniel Delbrassine met en avant plusieurs raisons. Tout d&rsquo;abord, un auteur r&eacute;put&eacute; en litt&eacute;rature g&eacute;n&eacute;rale qui publie pour une collection jeunesse lui donne une cr&eacute;dibilit&eacute; (importation de capital symbolique). D&rsquo;autre part, il remarque que souvent la litt&eacute;rature jeunesse sert de banc d&rsquo;essai aux &eacute;crivains. Enfin, il conclut en affirmant que les auteurs conservent les m&ecirc;mes th&egrave;mes et sujets lorsqu&rsquo;ils passent d&rsquo;un genre &agrave; l&rsquo;autre. Ainsi, le roman pour adolescent semble influencer le roman pour adulte.</p>
<p>L&rsquo;inverse existe aussi, comme en t&eacute;moigne l&rsquo;&eacute;tude de Marie-Pier Luneau sur la <em>chick lit</em> au Qu&eacute;bec, &agrave; travers l&rsquo;exemple de la saga <em>Le Journal d&rsquo;Aur&eacute;lie Laflamme </em>de India Desjardins. La <em>chick lit</em>, des romans pour filles &eacute;crit par des filles, a int&eacute;gr&eacute; la litt&eacute;rature de jeunesse. Marie-Pier Luneau pr&eacute;cise que la saga de India Desjardins contient tr&egrave;s peu de d&eacute;signations g&eacute;ographiques pr&eacute;cises et &eacute;galement tr&egrave;s peu d&rsquo;allusions &agrave; la culture qu&eacute;b&eacute;coise. Cela permet d&rsquo;envisager la mondialisation de cette saga en permettant son universalit&eacute;.</p>
<p>La quatri&egrave;me partie est consacr&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de cas de quelques &eacute;diteurs. St&eacute;phanie Danaux &eacute;tudie le cas de l&rsquo;&eacute;diteur Albert L&eacute;vesque. Il a voulu faire &eacute;merger une litt&eacute;rature qu&eacute;b&eacute;coise dans les ann&eacute;es 1920 alors que jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent la litt&eacute;rature fran&ccedil;aise pour la jeunesse dominait le march&eacute;. &Agrave; l&rsquo;&eacute;poque, il a une vision moderne de l&rsquo;&eacute;dition. Il va notamment diviser sa production en cat&eacute;gories. Parmi ces cat&eacute;gories, on trouve des romans historiques illustr&eacute;s. Suivant le mod&egrave;le fran&ccedil;ais, L&eacute;vesque va chercher &agrave; d&eacute;velopper l&rsquo;esprit patriotique &agrave; travers cette litt&eacute;rature. Conscient que les romans historiques &eacute;trangers ne suffisent pas aux enfants qu&eacute;b&eacute;cois, il propose des r&eacute;cits orient&eacute;s vers des faits historiques &agrave; l&rsquo;origine de la patrie. Albert L&eacute;vesque a donn&eacute; &agrave; la litt&eacute;rature pour la jeunesse qu&eacute;b&eacute;coise une v&eacute;ritable autonomie.</p>
<p>Rachel DeRoy-Ringuette s&rsquo;int&eacute;resse &agrave; l&rsquo;&eacute;diteur Souli&egrave;res, au Qu&eacute;bec. Cet &eacute;diteur se d&eacute;marque par son appartenance &agrave; un axe culturel. En effet, Souli&egrave;res privil&eacute;gie ses coups de c&oelig;ur en d&eacute;pit de quelques risques financiers. Il place sa production dans la cat&eacute;gorie des cycles de production longs. De plus, Souli&egrave;res est un &eacute;diteur &quot;artisan&quot; dans la mesure o&ugrave; il g&egrave;re toute la cha&icirc;ne du livre. Les th&egrave;mes qu&rsquo;il choisit de publier ainsi que des pr&eacute;sentations mat&eacute;rielles insolites sont des &eacute;l&eacute;ments qui lui permettent de se positionner sur le march&eacute;. Cependant, l&rsquo;&eacute;diteur a &eacute;videmment des strat&eacute;gies de vente et notamment pour d&eacute;velopper sa visibilit&eacute; en dehors du Qu&eacute;bec en &eacute;tant tr&egrave;s pr&eacute;sent sur les salons internationaux et en favorisant les ventes de droit. Conscient de l&rsquo;emprise des grands groupes sur le march&eacute;, l&rsquo;&eacute;diteur reste optimiste au sujet du march&eacute; qu&eacute;b&eacute;cois. En effet, la pr&eacute;sence d&rsquo;&eacute;diteurs &quot;artisans&quot; et favorisant le d&eacute;veloppement d&rsquo;une identit&eacute; nationale reste primordiale sur un territoire o&ugrave; domine la culture anglo-saxonne.</p>
<p>Suzanne Pouliot et No&euml;lle Sorin, &agrave; travers l&rsquo;&eacute;tude de deux maisons d&rsquo;&eacute;dition qu&eacute;b&eacute;coises, arrivent &agrave; la conclusion que l&rsquo;&eacute;dition qu&eacute;b&eacute;coise pour la jeunesse est dynamique gr&acirc;ce aux subventions gouvernementales. Ainsi, les &eacute;diteurs qu&eacute;b&eacute;cois peuvent exister malgr&eacute; la concurrence franco-fran&ccedil;aise et internationale. Gr&acirc;ce aux co&eacute;ditions et &agrave; la vente de droits notamment, les deux maisons &eacute;tudi&eacute;es ont su se faire conna&icirc;tre. Michel Magniez de l&rsquo;universit&eacute; de Picardie &eacute;tudie la collection &quot;Afrique en poche&quot;. Les &eacute;diteurs, gr&acirc;ce &agrave; leurs choix &eacute;ditoriaux et &agrave; leurs strat&eacute;gies, ont r&eacute;ussi &agrave; d&eacute;velopper l&rsquo;image de cette collection. Cependant, quelques maladresses dans la gestion de celle-ci &nbsp;emp&ecirc;chent son rayonnement dans l&rsquo;ensemble des pays francophones, ce qui est une entrave &agrave; la mondialisation et &agrave; la transmission des traits culturels identitaires &agrave; l&rsquo;ensemble du monde. </p>
<p>La derni&egrave;re partie est consacr&eacute;e aux questions des ouvertures et des fronti&egrave;res. Dans un premier temps, le sujet de la litt&eacute;rature de jeunesse dans les &eacute;tablissements scolaires marocains est abord&eacute;. On d&eacute;couvre que la production est divis&eacute;e en deux parties. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, une production classique bon march&eacute;, tr&egrave;s peu travaill&eacute;e, qui comporte des d&eacute;fauts physiques et des erreurs dues &agrave; l&rsquo;absence de relecteurs. D&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute;, une production moderne, beaucoup moins abordable au niveau du prix, mais beaucoup plus soign&eacute;e. Cette production-l&agrave; est prise en charge par l&rsquo;&Eacute;ducation nationale. Cette division si prononc&eacute;e de la production freine l&rsquo;&eacute;dition jeunesse au Maroc. D&rsquo;autant plus qu&rsquo;avec les nouvelles technologies de l&rsquo;information, le livre peine &agrave; trouver sa place.</p>
<p>Marie-Jo&euml;lle Letourneur s&rsquo;int&eacute;resse &agrave; l&rsquo;&eacute;dition bretonne. Au d&eacute;part, la volont&eacute; des &eacute;diteurs jeunesse bretons est d&rsquo;affirmer la langue et la culture r&eacute;gionales. Les &eacute;diteurs bretons re&ccedil;oivent le soutien de l&rsquo;&Eacute;tat et de la r&eacute;gion. Malgr&eacute; cela, l&rsquo;&eacute;dition jeunesse bretonne est un secteur tr&egrave;s fragile et tr&egrave;s peu visible. Sur une production bretonne annuelle de 1 500 titres, seuls 100 titres sont des ouvrages pour la jeunesse. Les nouvelles maisons d&rsquo;&eacute;dition bretonnes semblent alors abandonner l&rsquo;aspect militant en publiant des ouvrages ludiques, p&eacute;dagogiques, sans aborder le sujet de la Bretagne.</p>
<p>L&rsquo;universitaire Fran&ccedil;oise Nicol s&rsquo;interroge sur les livres d&rsquo;artistes pour la jeunesse. Apr&egrave;s enqu&ecirc;te, elle d&eacute;montre que peu de sp&eacute;cialistes int&egrave;grent le crit&egrave;re de livre d&rsquo;artiste &agrave; la litt&eacute;rature jeunesse. Pourtant, des &eacute;diteurs ont donn&eacute; carte blanche &agrave; des artistes au sein de leurs collections jeunesse. La pr&eacute;sence de ces livres est pourtant tr&egrave;s marginale, ce qui est dommage quand on consid&egrave;re leur caract&egrave;re universel.</p>
<p>Pour conclure, cette &eacute;tude montre combien la situation de l&rsquo;&eacute;dition jeunesse dans les pays francophones est fragile. La concurrence du cousin fran&ccedil;ais, l&rsquo;image tr&egrave;s fortement symbolique des &eacute;diteurs parisiens et l&rsquo;influence anglo-saxonne laissent peu de place au d&eacute;veloppement d&rsquo;une culture locale et r&eacute;gionale. En abordant la question de la production mais aussi de la position des &eacute;diteurs et des auteurs, ce livre permet un large panorama de la question. Cependant, certaines &eacute;tudes s&rsquo;&eacute;loignent du sujet malgr&eacute; leur grand int&eacute;r&ecirc;t. La question du livre d&rsquo;artiste ainsi que la question des circulations des auteurs entre litt&eacute;rature g&eacute;n&eacute;rale et litt&eacute;rature jeunesse n&rsquo;apportent pas tellement de r&eacute;ponses &agrave; la probl&eacute;matique initiale, &agrave; savoir le positionnement des &eacute;ditions pour la jeunesse dans les pays francophones face &agrave; la mondialisation.</p> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Femme intern&#233;e</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3697-femme_internee.htm</link>
         <description> &#192; la crois&#233;e des diff&#233;rents champs de recherche de l&amp;rsquo;auteure, histoire des femmes, histoire de la folie, histoire des repr&#233;sentations, le livre de Yannick Ripa,  L&amp;rsquo;affaire Rouy, une femme contre l&amp;rsquo;asile au XIXe si&#232;cle , retrace l&amp;rsquo;itin&#233;raire d&amp;rsquo;Hersilie Rouy en deux temps : celui de son enfermement dans plusieurs asiles successifs, celui de sa bataille pour faire reconna&#238;tre l&amp;rsquo;arbitraire de ces internements. Il est aussi le &quot;cheminement d&amp;rsquo;une recherche&quot;  1  entre les &#233;crits d&amp;rsquo;Hersilie elle-m&#234;me (les  M&#233;moires d&amp;rsquo;une ali&#233;n&#233;e  sont parues, de fa&#231;on posthume, en 1883) ou de ses soutiens, les rapports des ali&#233;nistes pour lesquels elle est devenue un cas d&amp;rsquo;&#233;cole, les articles de presse qui ont fait de ses malheurs un fait divers, les prises de position des politiques qui y ont vu une preuve des d&#233;rives de l&amp;rsquo;ali&#233;nisme et de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;former la loi de 1838. &#13;&#10; &#13;&#10; L&amp;rsquo;entr&#233;e dans le monde asilaire  &#13;&#10; &#13;&#10;En 1854, Hersilie Rouy est professeure de piano et une musicienne d&amp;rsquo;une relative notori&#233;t&#233; lorsqu&amp;rsquo;elle est arr&#234;t&#233;e &#224; son domicile, rue de Penthi&#232;vre, pour &#234;tre conduite &#224; Charenton. L&amp;rsquo;enqu&#234;te minutieuse et prudente de l&amp;rsquo;auteure montre qu&amp;rsquo;elle doit tr&#232;s certainement cette entr&#233;e dans le monde asilaire &#224; son demi-fr&#232;re, dont les constantes mais discr&#232;tes interventions contribueront pour partie &#224; sa longue errance dans le labyrinthe asilaire. Quoi qu&amp;rsquo;il en soit, son admission dans cet hospice &quot;&#224; la pointe de l&amp;rsquo;ali&#233;nisme&quot;  2  est ill&#233;gale puisque la demande d&amp;rsquo;internement tait le nom du demandeur. De Charenton, Hersilie Rouy est envoy&#233;e &#224; La Salp&#234;tri&#232;re. Puis elle est transf&#233;r&#233;e en province, &#224; Fains d&amp;rsquo;abord, &#224; Mar&#233;ville ensuite, &#224; Auxerre en troisi&#232;me lieu, enfin &#224; Orl&#233;ans. Sur la pathologie ou l&amp;rsquo;absence de pathologie d&amp;rsquo;Hersilie au moment de son internement, Yannick Ripa, fid&#232;le &#224; son &quot;parti pris&quot; initial, celui &quot;d&amp;rsquo;entra&#238;ner le lecteur dans [les] m&#233;andres [de la recherche], de le confronter aussi aux contradictions et aux questions sans r&#233;ponse&quot;  1  ne tranche pas mais il appara&#238;t d&amp;rsquo;une part que son cas souffre des pr&#233;jug&#233;s de son temps &#224; l&amp;rsquo;&#233;gard d&amp;rsquo;une femme, c&#233;libataire qui plus est, ayant en sus l&amp;rsquo;&#226;ge de la m&#233;nopause. Il est ind&#233;niable en outre &quot;qu&amp;rsquo;au fil de ses internements, et donc des pages de ce r&#233;cit asilaire, on a suivi la mont&#233;e chromatique des errements de sa raison&quot;  4 . &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Le triste quotidien d&amp;rsquo;un asile au XIXe si&#232;cle  &#13;&#10; &#13;&#10;&#192; travers cet exemple, l&amp;rsquo;auteure donne &#224; voir l&amp;rsquo;ordinaire de la vie asilaire : la promiscuit&#233;, la salet&#233;, la violence&amp;hellip; celle de la camisole, celle de l&amp;rsquo;isolement, celle de la douche. Pour le cas d&amp;rsquo;Hersilie s&amp;rsquo;ajoute &#224; ces souffrances celle de se voir priv&#233;e de son identit&#233; : &#224; son arriv&#233;e &#224; Charenton, en effet, elle est inscrite sous le nom de Chevallier, celui de sa m&#232;re. Ses r&#233;clamations incessantes pour que son identit&#233; soit r&#233;tablie, comme ses exigences et son indocilit&#233;, son intelligence m&#234;me parfois, ne font que nourrir le diagnostic qui fait d&amp;rsquo;elle une ali&#233;n&#233;e &amp;ndash; suspecte d&amp;rsquo;abord de &quot;monomanie religieuse&quot; en raison de son go&#251;t pour le spiritisme, puis qualifi&#233;e de &quot;folle lucide&quot; par le th&#233;oricien de ce concept, l&amp;rsquo;ali&#233;niste Ulysse Tr&#233;lat  5 , consid&#233;r&#233;e atteinte d&amp;rsquo;une &quot;monomanie ambitieuse et raisonnante&quot;  6  aux faibles chances de gu&#233;rison&amp;hellip; au fur et &#224; mesure de ses internements. Leur succession et la d&#233;ception des espoirs de sortie d&amp;rsquo;Hersilie semblent alt&#233;rer son raisonnement et lui font imaginer une parent&#233; royale ; elle fait de son cas une affaire dynastique &amp;ndash; elle revendique sa ressemblance avec la duchesse du Berry, signe &quot;s&amp;oelig;ur du roi Henri V&quot;  7  ou &quot;l&amp;rsquo;ant&#233;-Christ&quot;  8 . Dans des r&#233;clamations plus ou moins &#233;tranges ou plus ou moins lucides, Hersilie Rouy ne cessera cependant de demander justice, de d&#233;noncer les m&#233;thodes asilaires, utilisant tous les moyens et tous les supports &#224; sa disposition lorsqu&amp;rsquo;on la privait d&amp;rsquo;encre et de papier, pour &#233;crire et alerter les pouvoirs publics. &#13;&#10; &#13;&#10; Du cas d&amp;rsquo;Hersilie Rouy au combat des antiali&#233;nistes  &#13;&#10; &#13;&#10;Ce n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;en 1868, gr&#226;ce au soutien charitable et passionn&#233; du receveur des Hospices d&amp;rsquo;Orl&#233;ans et de son &#233;pouse, qu&amp;rsquo;Hersilie Rouy sortira d&#233;finitivement de l&amp;rsquo;asile. C&amp;rsquo;est sur ce &quot;d&#233;nouement romanesque&quot;  9  que s&amp;rsquo;ach&#232;ve la premi&#232;re partie. Yannick Ripa s&amp;rsquo;attache ensuite au combat d&amp;rsquo;Hersilie pour obtenir sa r&#233;habilitation et &#224; &quot;l&amp;rsquo;affaire&quot; proprement dite. Elle tente de d&#233;nouer l&amp;rsquo;intrigue familiale &#224; l&amp;rsquo;origine de l&amp;rsquo;internement d&amp;rsquo;Hersilie, s&amp;rsquo;int&#233;resse &#224; la fascination de quelques protecteurs pour le destin de cette derni&#232;re &amp;ndash; et &#224; leur fascination pour la pr&#233;tendue ascendance royale d&amp;rsquo;Hersilie -, enfin &#224; la fa&#231;on dont ce cas individuel s&amp;rsquo;est inscrit dans le combat politique des antiali&#233;nistes notamment de L&#233;on Gambetta et d&amp;rsquo;Yves Guyot contre la loi de 1838. &#13;&#10;  &#13;&#10;L&amp;rsquo;ouvrage est &#224; la fois un r&#233;cit palpitant tant les p&#233;rip&#233;ties contraintes d&amp;rsquo;Hersilie Rouy sont nombreuses, une enqu&#234;te pr&#233;cise et document&#233;e sur la vie de celle-ci mais aussi sur les diff&#233;rents hospices o&#249; elle a &#233;t&#233; enferm&#233;e, sur le corps m&#233;dical, sur l&amp;rsquo;administration et plus largement encore sur le regard que porte le XIXe si&#232;cle sur la folie ou m&#234;me sur les femmes qui ne se conforment pas &#224; l&amp;rsquo;id&#233;al f&#233;minin qu&amp;rsquo;il a construit. Il restitue enfin le &quot;go&#251;t de l&amp;rsquo;archive&quot;  10  en croisant de nombreuses sources, en d&#233;voilant leur richesse comme leurs silences et en laissant entrevoir le plaisir de l&amp;rsquo;historienne &#224; les d&#233;couvrir et &#224; les confronter.   Notes :  1 - p. 10 2 - p. 27 3 - p. 10 4 - p. 151 5 - p. 67 6 - p. 109 7 - p. 132 8 - p. 119 9 - p. 189-195 10 - l&amp;rsquo;auteure cite, d&#232;s la premi&#232;re page de sa pr&#233;face, l&amp;rsquo;ouvrage d&amp;rsquo;Arlette Farge,  Le go&#251;t de l&amp;rsquo;archive , Paris, Seuil, 1989 </description>
         <pubDate>08/24/10 11:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3697-femme_internee.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>&Agrave; la crois&eacute;e des diff&eacute;rents champs de recherche de l&rsquo;auteure, histoire des femmes, histoire de la folie, histoire des repr&eacute;sentations, le livre de Yannick Ripa, <em>L&rsquo;affaire Rouy, une femme contre l&rsquo;asile au XIXe si&egrave;cle</em>, retrace l&rsquo;itin&eacute;raire d&rsquo;Hersilie Rouy en deux temps : celui de son enfermement dans plusieurs asiles successifs, celui de sa bataille pour faire reconna&icirc;tre l&rsquo;arbitraire de ces internements. Il est aussi le &quot;cheminement d&rsquo;une recherche&quot; <sup>1</sup> entre les &eacute;crits d&rsquo;Hersilie elle-m&ecirc;me (les <em>M&eacute;moires d&rsquo;une ali&eacute;n&eacute;e</em> sont parues, de fa&ccedil;on posthume, en 1883) ou de ses soutiens, les rapports des ali&eacute;nistes pour lesquels elle est devenue un cas d&rsquo;&eacute;cole, les articles de presse qui ont fait de ses malheurs un fait divers, les prises de position des politiques qui y ont vu une preuve des d&eacute;rives de l&rsquo;ali&eacute;nisme et de la n&eacute;cessit&eacute; de r&eacute;former la loi de 1838.<br />
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<strong>L&rsquo;entr&eacute;e dans le monde asilaire</strong><br />
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En 1854, Hersilie Rouy est professeure de piano et une musicienne d&rsquo;une relative notori&eacute;t&eacute; lorsqu&rsquo;elle est arr&ecirc;t&eacute;e &agrave; son domicile, rue de Penthi&egrave;vre, pour &ecirc;tre conduite &agrave; Charenton. L&rsquo;enqu&ecirc;te minutieuse et prudente de l&rsquo;auteure montre qu&rsquo;elle doit tr&egrave;s certainement cette entr&eacute;e dans le monde asilaire &agrave; son demi-fr&egrave;re, dont les constantes mais discr&egrave;tes interventions contribueront pour partie &agrave; sa longue errance dans le labyrinthe asilaire. Quoi qu&rsquo;il en soit, son admission dans cet hospice &quot;&agrave; la pointe de l&rsquo;ali&eacute;nisme&quot; <sup>2</sup> est ill&eacute;gale puisque la demande d&rsquo;internement tait le nom du demandeur. De Charenton, Hersilie Rouy est envoy&eacute;e &agrave; La Salp&ecirc;tri&egrave;re. Puis elle est transf&eacute;r&eacute;e en province, &agrave; Fains d&rsquo;abord, &agrave; Mar&eacute;ville ensuite, &agrave; Auxerre en troisi&egrave;me lieu, enfin &agrave; Orl&eacute;ans. Sur la pathologie ou l&rsquo;absence de pathologie d&rsquo;Hersilie au moment de son internement, Yannick Ripa, fid&egrave;le &agrave; son &quot;parti pris&quot; initial, celui &quot;d&rsquo;entra&icirc;ner le lecteur dans [les] m&eacute;andres [de la recherche], de le confronter aussi aux contradictions et aux questions sans r&eacute;ponse&quot; <sup>1</sup> ne tranche pas mais il appara&icirc;t d&rsquo;une part que son cas souffre des pr&eacute;jug&eacute;s de son temps &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;une femme, c&eacute;libataire qui plus est, ayant en sus l&rsquo;&acirc;ge de la m&eacute;nopause. Il est ind&eacute;niable en outre &quot;qu&rsquo;au fil de ses internements, et donc des pages de ce r&eacute;cit asilaire, on a suivi la mont&eacute;e chromatique des errements de sa raison&quot; <sup>4</sup>.<br />
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<strong>Le triste quotidien d&rsquo;un asile au XIXe si&egrave;cle</strong><br />
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&Agrave; travers cet exemple, l&rsquo;auteure donne &agrave; voir l&rsquo;ordinaire de la vie asilaire : la promiscuit&eacute;, la salet&eacute;, la violence&hellip; celle de la camisole, celle de l&rsquo;isolement, celle de la douche. Pour le cas d&rsquo;Hersilie s&rsquo;ajoute &agrave; ces souffrances celle de se voir priv&eacute;e de son identit&eacute; : &agrave; son arriv&eacute;e &agrave; Charenton, en effet, elle est inscrite sous le nom de Chevallier, celui de sa m&egrave;re. Ses r&eacute;clamations incessantes pour que son identit&eacute; soit r&eacute;tablie, comme ses exigences et son indocilit&eacute;, son intelligence m&ecirc;me parfois, ne font que nourrir le diagnostic qui fait d&rsquo;elle une ali&eacute;n&eacute;e &ndash; suspecte d&rsquo;abord de &quot;monomanie religieuse&quot; en raison de son go&ucirc;t pour le spiritisme, puis qualifi&eacute;e de &quot;folle lucide&quot; par le th&eacute;oricien de ce concept, l&rsquo;ali&eacute;niste Ulysse Tr&eacute;lat <sup>5</sup>, consid&eacute;r&eacute;e atteinte d&rsquo;une &quot;monomanie ambitieuse et raisonnante&quot; <sup>6</sup> aux faibles chances de gu&eacute;rison&hellip; au fur et &agrave; mesure de ses internements. Leur succession et la d&eacute;ception des espoirs de sortie d&rsquo;Hersilie semblent alt&eacute;rer son raisonnement et lui font imaginer une parent&eacute; royale ; elle fait de son cas une affaire dynastique &ndash; elle revendique sa ressemblance avec la duchesse du Berry, signe &quot;s&oelig;ur du roi Henri V&quot; <sup>7</sup> ou &quot;l&rsquo;ant&eacute;-Christ&quot; <sup>8</sup>. Dans des r&eacute;clamations plus ou moins &eacute;tranges ou plus ou moins lucides, Hersilie Rouy ne cessera cependant de demander justice, de d&eacute;noncer les m&eacute;thodes asilaires, utilisant tous les moyens et tous les supports &agrave; sa disposition lorsqu&rsquo;on la privait d&rsquo;encre et de papier, pour &eacute;crire et alerter les pouvoirs publics.<br />
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<strong>Du cas d&rsquo;Hersilie Rouy au combat des antiali&eacute;nistes</strong><br />
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Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1868, gr&acirc;ce au soutien charitable et passionn&eacute; du receveur des Hospices d&rsquo;Orl&eacute;ans et de son &eacute;pouse, qu&rsquo;Hersilie Rouy sortira d&eacute;finitivement de l&rsquo;asile. C&rsquo;est sur ce &quot;d&eacute;nouement romanesque&quot; <sup>9</sup> que s&rsquo;ach&egrave;ve la premi&egrave;re partie. Yannick Ripa s&rsquo;attache ensuite au combat d&rsquo;Hersilie pour obtenir sa r&eacute;habilitation et &agrave; &quot;l&rsquo;affaire&quot; proprement dite. Elle tente de d&eacute;nouer l&rsquo;intrigue familiale &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;internement d&rsquo;Hersilie, s&rsquo;int&eacute;resse &agrave; la fascination de quelques protecteurs pour le destin de cette derni&egrave;re &ndash; et &agrave; leur fascination pour la pr&eacute;tendue ascendance royale d&rsquo;Hersilie -, enfin &agrave; la fa&ccedil;on dont ce cas individuel s&rsquo;est inscrit dans le combat politique des antiali&eacute;nistes notamment de L&eacute;on Gambetta et d&rsquo;Yves Guyot contre la loi de 1838.</p>
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L&rsquo;ouvrage est &agrave; la fois un r&eacute;cit palpitant tant les p&eacute;rip&eacute;ties contraintes d&rsquo;Hersilie Rouy sont nombreuses, une enqu&ecirc;te pr&eacute;cise et document&eacute;e sur la vie de celle-ci mais aussi sur les diff&eacute;rents hospices o&ugrave; elle a &eacute;t&eacute; enferm&eacute;e, sur le corps m&eacute;dical, sur l&rsquo;administration et plus largement encore sur le regard que porte le XIXe si&egrave;cle sur la folie ou m&ecirc;me sur les femmes qui ne se conforment pas &agrave; l&rsquo;id&eacute;al f&eacute;minin qu&rsquo;il a construit. Il restitue enfin le &quot;go&ucirc;t de l&rsquo;archive&quot; <sup>10</sup> en croisant de nombreuses sources, en d&eacute;voilant leur richesse comme leurs silences et en laissant entrevoir le plaisir de l&rsquo;historienne &agrave; les d&eacute;couvrir et &agrave; les confronter.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - p. 10<br />2 - p. 27<br />3 - p. 10<br />4 - p. 151<br />5 - p. 67<br />6 - p. 109<br />7 - p. 132<br />8 - p. 119<br />9 - p. 189-195<br />10 - l&rsquo;auteure cite, d&egrave;s la premi&egrave;re page de sa pr&eacute;face, l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Arlette Farge, <em>Le go&ucirc;t de l&rsquo;archive</em>, Paris, Seuil, 1989<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Qu'est-ce qui fait ville aujourd'hui ? </title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3688-quest_ce_qui_fait_ville_aujourdhui_.htm</link>
         <description> &#192; l&amp;rsquo;heure de l&amp;rsquo;urbanisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, des fragmentations urbaines et de l&amp;rsquo;&#233;mergence des &quot;non-lieux&quot; et autres &quot;hors-lieux&quot;, les probl&#233;matiques li&#233;es &#224; la &quot;fin de la ville&quot; continuent &#224; occuper de nombreux chercheurs, scl&#233;rosant parfois le d&#233;bat et l&amp;rsquo;&#233;volution des &#233;tudes urbaines. Ayant travaill&#233; sur les identit&#233;s ethniques et les mouvements culturels dans les marges de grandes villes telles que Lom&#233;, Douala, Salvador et Cali ainsi que dans les camps de r&#233;fugi&#233;s, l&amp;rsquo;anthropologue Michel Agier, pr&#233;f&#232;re pour sa part s&amp;rsquo;interroger sur ce qui &quot;fait ville&quot; aujourd&amp;rsquo;hui. Il invite &#224; &quot;porter les regards non plus seulement sur ce qui se perd dans les espaces de la &quot;non-ville&quot;&quot; mais plut&#244;t sur ce qui y na&#238;t. L&amp;rsquo;impermanence des caract&#233;ristiques et des structures traditionnelles permettant de d&#233;finir la ville incite notamment l&amp;rsquo;auteur &#224; &#233;vacuer tout a priori &#233;pist&#233;mologique sur ce que doit &#234;tre l&amp;rsquo;espace de la ville. Les esquisses qu&amp;rsquo;il trace dans cet ouvrage visent alors &#224; ouvrir l&amp;rsquo;anthropologie de la ville vers de nouveaux terrains, car selon lui, la ville apparait aujourd&amp;rsquo;hui dans des endroits souvent d&#233;laiss&#233;s tels que les camps de r&#233;fugi&#233;s ou les favelas, au sein desquels la puissance publique parvient difficilement. Cet ouvrage a donc vocation &#224; tendre vers un renouvellement du concept de ville, en oubliant les mod&#232;les th&#233;oriques de la ville occidentale car &quot;la domination du mod&#232;le s&amp;rsquo;est confondue avec la substance du concept&quot;. Compos&#233; de diff&#233;rents textes de l&amp;rsquo;auteur, publi&#233;s entre 1997 et 2008 dans des ouvrages pr&#233;c&#233;dents ou des revues, ce livre se divise en trois parties majeures, la premi&#232;re s&amp;rsquo;attachant aux savoirs, la deuxi&#232;me aux espaces et la derni&#232;re aux situations.  &#13;&#10; &#13;&#10; D&#233;finir la posture m&#233;thodologique de l&amp;rsquo;anthropologue de la ville   &#13;&#10; &#13;&#10;L&amp;rsquo;entretien et les deux articles composant la premi&#232;re partie visent &#224; repenser la posture m&#233;thodologique de l&amp;rsquo;anthropologue de la ville. Le concept &quot;ville&quot; &#233;tant difficilement d&#233;finissable et objet de perp&#233;tuelles remises en questions, l&amp;rsquo;anthropologie pr&#244;n&#233;e par l&amp;rsquo;auteur est une science qui s&amp;rsquo;int&#233;resse davantage aux citadins qu&amp;rsquo;au cadre lui-m&#234;me. Il s&amp;rsquo;agit donc de comprendre ce qui &quot;fait&quot; ville plus que ce qui &quot;est&quot; ville. Partir du vide au plein, du d&#233;nuement &#224; la densit&#233; et donc interroger les espaces p&#233;riph&#233;riques, les marges urbaines, tous ces espaces pr&#233;caires qui naissent sans projets initiaux de ville, telle doit &#234;tre l&amp;rsquo;ambition d&amp;rsquo;une anthropologie de la ville. Le &quot;d&#233;nuement de ces &#233;tablissements humains, et les processus relationnels, culturels et politiques dont ils sont le th&#233;&#226;tre ont progressivement form&#233; le constat qui guide cette anthropologie de la ville en g&#233;n&#233;ral &#233;bauch&#233;e ici, celui de multiples mani&#232;res de &quot;faire ville&quot;&quot;. Riche d&amp;rsquo;exp&#233;riences passionnantes en Am&#233;rique Latine et en Afrique, l&amp;rsquo;auteur s&amp;rsquo;int&#233;resse donc aux commencements de villes, &#224; leur gen&#232;se, qu&amp;rsquo;il a pu observer dans des favelas, des camps ou des bidonvilles, dans tous ces espaces qui sont souvent dissoci&#233;s de la &quot;ville&quot; dans l&amp;rsquo;imaginaire des citadins.  &#13;&#10; &#13;&#10;Cette dimension &#233;pist&#233;mologique pr&#244;n&#233;e par l&amp;rsquo;auteur doit s&amp;rsquo;appuyer sur une m&#233;thodologie efficiente qui puisse en saisir les enjeux principaux, l&amp;rsquo;objectif &#233;tant d&amp;rsquo;offrir une r&#233;flexion centr&#233;e sur l&amp;rsquo;individu mais qui tienne compte des constructions sociales et culturelles collectives qui l&amp;rsquo;encadrent. Car, la ville n&amp;rsquo;&#233;tant pas perceptible dans sa globalit&#233;, il convient alors de d&#233;crire la ville &#224; partir des situations ethnographiques. Ces connaissances de la ville, en permanente &#233;volution, produites par l&amp;rsquo;anthropologue constituent ce que l&amp;rsquo;auteur nomme la &quot;ville bis&quot;. La ville n&amp;rsquo;est alors plus &quot;consid&#233;r&#233;e comme une &quot;chose&quot; que je peux voir, ni comme un &quot;objet&quot; que je peux saisir comme totalit&#233;. Elle devient un tout d&#233;compos&#233;, un hologramme perceptible, appr&#233;hensible et v&#233;cu en situation&quot;. Penser la ville selon une perspective anthropologique qui soit centr&#233;e sur l&amp;rsquo;individu et les situations d&amp;rsquo;interactions permet &#233;galement de d&#233;-spatialiser l&amp;rsquo;analyse. Mais l&amp;rsquo;auteur pr&#244;ne davantage une perspective situationnelle qu&amp;rsquo;un interactionnisme isol&#233;. Les &quot;ritualisations mineures&quot; de Goffman ne doivent donc pas &#234;tre confondues avec les &quot;situations rituelles&quot; qui tiennent compte des contextes urbains et sociaux dans lesquels se situent les acteurs. L&amp;rsquo;auteur d&#233;crit alors avec minutie les diff&#233;rentes situations (ordinaires, extraordinaires, de passages et rituelles) au sein desquelles peuvent se lire les rapports des citadins entre eux et &#224; leur ville. Ce serait selon l&amp;rsquo;auteur, cet assemblage de micro-s&#233;quences ethnographiques qui permettrait de produire un savoir sur la ville dans son ensemble, de relier une pens&#233;e anthropologique &#224; une pens&#233;e sur la ville.  &#13;&#10; &#13;&#10; La ville, lieu d&amp;rsquo;&#233;mergence du culturel et du politique  &#13;&#10;  &#13;&#10;Pour un anthropologue, la ville n&amp;rsquo;est pas seulement une masse d&#233;mographique ou un espace dens&#233;ment b&#226;ti, elle correspond &#224; des rapports sp&#233;cifiques que les citadins entretiennent entre eux et avec leur espace de vie. La construction identitaire du citadin par exemple, se fait &#224; travers son rapport au monde et donc &#224; l&amp;rsquo;espace domestique dans un premier temps et &#224; son au-del&#224; urbain ensuite. L&amp;rsquo;attribution d&amp;rsquo;un sens familier &#224; un espace de vie d&#233;passe alors le cadre r&#233;sidentiel unique du m&#233;nage urbain pour atteindre d&amp;rsquo;autres espaces de la ville. Ainsi, les cours, &quot;entre-deux&quot;, ruelles, &quot;avenidas&quot; sont des espaces dont l&amp;rsquo;auteur r&#233;v&#232;le toute l&amp;rsquo;importance sociale. Car ce sont ces espaces entre le domestique et le familier dans lesquels se jouent les fa&#231;ons d&amp;rsquo;&#234;tre au monde et par cons&#233;quent la vie en ville. Ces espaces jouent notamment un r&#244;le important dans le d&#233;veloppement des identit&#233;s car l&amp;rsquo; &quot;id&#233;e du seuil, en anthropologie des rituels est centrale&quot;, &quot;il y a toujours un espace de passage, rituel, dans lequel on se transforme&quot;. Mais l&amp;rsquo;auteur rappelle qu&amp;rsquo;au-del&#224; de la construction identitaire, c&amp;rsquo;est dans ces espaces que naissent &#233;galement les initiatives de l&amp;rsquo;agir urbain, de la politique ou de la culture.  &#13;&#10; &#13;&#10;Certaines situations produites par la ville seraient en effet productrices d&amp;rsquo;une culture. Apr&#232;s une analyse des diff&#233;rentes interpr&#233;tations anthropologiques de la culture, l&amp;rsquo;auteur estime que celle-ci est bas&#233;e sur la combinaison des relations entre les citadins, de leur rapport &#224; l&amp;rsquo;autre et de la symbolique de l&amp;rsquo;espace mat&#233;riel dans lequel ils vivent. La cr&#233;ation culturelle doit donc se lire &#224; travers l&amp;rsquo;analyse des situations d&amp;rsquo;interactions que les citadins entretiennent ainsi que sur le sens donn&#233; aux relations entre les individus car &quot;interpr&#233;tations et repr&#233;sentations forment la mati&#232;re palpable de la culture citadine&quot;. &#192; l&amp;rsquo;heure des &#233;changes m&#233;diatiques transnationaux, les contextes sociaux, &quot;sources d&amp;rsquo;inspiration des rh&#233;toriques identitaires et des performances (&amp;hellip;) sont marqu&#233;s par une intertextualit&#233; multiforme qui rapproche les diff&#233;rents mondes peuplant notre plan&#232;te&quot;. Dans cette profusion de ressources disponibles, les villes constituent alors le creuset des combinaisons discursives, identitaires et imaginaires qui participent au d&#233;veloppement des cultures. Et comme le montre Michel Agier &#224; travers les exemples des carnavals urbains et des l&#233;gendes de Singapour ou de Cali, ces informations h&#233;t&#233;roclites et m&#233;tiss&#233;es qui se retrouvent en ville se combinent souvent avec des racines locales et profondes. Ainsi, c&amp;rsquo;est au terme de rencontres, de collages et de fusions que la ville produit de la culture. &#13;&#10; &#13;&#10;Qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agisse de manifestations, de carnavals, de f&#234;tes, la rue et les entre-deux constituent souvent des espaces de commencement de la politique. L&amp;rsquo;auteur parle de cette ville &quot;ni virtuelle ni irr&#233;elle, plut&#244;t immat&#233;rielle, au sens o&#249; elle existe en plus et au sein de son organisation visible, o&#249; elle lui donne une part importante de son sens quotidien. Il s&amp;rsquo;agit de communaut&#233;s de l&amp;rsquo;instant, form&#233;es dans l&amp;rsquo;activit&#233; et non pas des identit&#233;s communautaires suppos&#233;es &#233;ternelles, primordiales et non contextuelles&quot;. Tous les regroupements en vue d&amp;rsquo;actions artistiques ou politiques font donc vivre la ville, en d&#233;veloppant des communaut&#233;s de mouvement &#224; travers diff&#233;rentes situations, rituelles ou extraordinaires. Ainsi, les f&#234;tes de quartiers, les d&#233;fil&#233;s, les carnavals recr&#233;ent du collectif. D&#232;s le moment o&#249; nous assistons &#224; la d&#233;sidentification de chacun, &#224; la production d&amp;rsquo;un instant partag&#233;, la rue devient alors l&amp;rsquo; &quot;espace de la politique autant que de l&amp;rsquo;invention culturelle&quot;. Ces raisons expliquent l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t que l&amp;rsquo;auteur porte aux situations de partage et de rituels dans l&amp;rsquo;espace urbain. Car c&amp;rsquo;est finalement au travers de ces &#233;v&#232;nements que la ville na&#238;trait, &#233;voluerait et se m&#233;tamorphoserait.  &#13;&#10;  &#13;&#10;Des villes en devenir  &#13;&#10; &#13;&#10;Les deux chapitres intitul&#233;s &quot;zonage urbain, zonage plan&#233;taire&quot; et &quot;brouillons de ville&quot; constituent un apport particuli&#232;rement int&#233;ressant de l&amp;rsquo;ouvrage. L&amp;rsquo;auteur y traite des camps de r&#233;fugi&#233;s que l&amp;rsquo;on trouve majoritairement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Cinquante millions de personnes sont actuellement qualifi&#233;es de r&#233;fugi&#233;s et victimes de d&#233;placements forc&#233;s, la plupart se retrouvant dans les camps &#233;difi&#233;s destin&#233;s &#224; les accueillir le long des fronti&#232;res des pays voisins, dans des zones de transit. M&#234;me si certains de ces camps atteignent une population de cent mille personnes, ces r&#233;fugi&#233;s se trouvent en situation d&amp;rsquo; &quot;extraterritorialit&#233;&quot;, ce sont des &#234;tres &quot;mis &#224; l&amp;rsquo;&#233;cart dedans&quot; et tenus &#224; distance de l&amp;rsquo;ordre social et politique des nations qui les accueillent. Or ces camps, cr&#233;&#233;s souvent dans l&amp;rsquo;urgence connaissent le long terme, la cohabitation entre des inconnus et donc des processus de socialisation, de &quot;r&#233;&#233;laboration identitaire&quot; et d&amp;rsquo;urbanisation. L&amp;rsquo;auteur y a observ&#233; &#233;galement des regroupements identitaires avec le d&#233;veloppement de micro-quartiers, l&amp;rsquo;apparition de conflits ainsi que des strat&#233;gies d&amp;rsquo;appropriation de l&amp;rsquo;espace. &#192; partir du moment o&#249; &quot;l&amp;rsquo;action visible ou invisible, de ceux qui y r&#233;sident, leurs r&#233;ponses ou leurs r&#233;sistances au cantonnement, leurs d&#233;brouilles et leurs resquilles, expriment un droit &#224; la vie&quot;, appara&#238;t alors une sc&#232;ne d&#233;mocratique, un commencement politique. D&#232;s lors, le mod&#232;le du camp se dilue dans la ville qui appara&#238;t. Michel Agier montre ainsi &#224; l&amp;rsquo;aide d&amp;rsquo;exemples pr&#233;cis et passionnants la fa&#231;on dont la sociabilit&#233; et l&amp;rsquo;urbanit&#233; se reconstruisent dans les camps. &#13;&#10; &#13;&#10;Gr&#226;ce aux pistes m&#233;thodologiques et th&#233;oriques que Michel Agier offre, cet ouvrage constitue un v&#233;ritable plaidoyer pour une prise en compte des nouvelles formes de l&amp;rsquo;urbanit&#233; qui apparaissent dans les espaces les plus d&#233;laiss&#233;s. L&amp;rsquo;assemblage de textes disparates, s&amp;rsquo;il nuit parfois &#224; la coh&#233;rence de l&amp;rsquo;ensemble permet n&#233;anmoins de saisir, si le lecteur les relie et les met en perspective, la pleine pens&#233;e de l&amp;rsquo;auteur. L&amp;rsquo;originalit&#233; et la qualit&#233; des analyses de Michel Agier inciteront d&amp;rsquo;ailleurs certainement plus d&amp;rsquo;un lecteur &#224; &#233;tudier les livres pr&#233;c&#233;dents. &#192; l&amp;rsquo;heure o&#249; les villes d&amp;rsquo;Afrique et d&amp;rsquo;Am&#233;rique latine sont majoritairement compos&#233;es d&amp;rsquo;habitats informels et d&amp;rsquo;espaces pr&#233;caires, &#224; l&amp;rsquo;heure o&#249; certains parlent de &quot;plan&#232;te bidonvilles&quot;, Michel Agier invite &#224; un renouvellement de la pens&#233;e urbaine. Et plus que de simples esquisses, ces r&#233;flexions ouvrent et balisent une nouvelle voie de recherche dans les &#233;tudes urbaines. En donnant une pleine &#233;galit&#233; &#233;pist&#233;mologique aux processus de d&#233;veloppement des villes - que l&amp;rsquo;on &#233;tudie un bidonville d&amp;rsquo;Afrique ou un quartier en cours d&amp;rsquo;embourgeoisement d&amp;rsquo;Europe - l&amp;rsquo;auteur milite pour une prise en compte des marges, des interstices, que ce soit &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle du quartier comme &#224; celle du monde. Ce sont ces espaces pr&#233;caires qu&amp;rsquo;il convient d&amp;rsquo;interroger, ces espaces &quot;de r&#233;flexions et d&amp;rsquo;actions entre le vide et le plein, entre une ville nue et une ville dense qui, &#224; l&amp;rsquo;occasion, danse. Et d&#233;file, &#233;crit, se masque, se th&#233;&#226;tralise, se peint&quot;. </description>
         <pubDate>08/23/10 00:00:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>&Agrave; l&rsquo;heure de l&rsquo;urbanisation g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, des fragmentations urbaines et de l&rsquo;&eacute;mergence des &quot;non-lieux&quot; et autres &quot;hors-lieux&quot;, les probl&eacute;matiques li&eacute;es &agrave; la &quot;fin de la ville&quot; continuent &agrave; occuper de nombreux chercheurs, scl&eacute;rosant parfois le d&eacute;bat et l&rsquo;&eacute;volution des &eacute;tudes urbaines. Ayant travaill&eacute; sur les identit&eacute;s ethniques et les mouvements culturels dans les marges de grandes villes telles que Lom&eacute;, Douala, Salvador et Cali ainsi que dans les camps de r&eacute;fugi&eacute;s, l&rsquo;anthropologue Michel Agier, pr&eacute;f&egrave;re pour sa part s&rsquo;interroger sur ce qui &quot;fait ville&quot; aujourd&rsquo;hui. Il invite &agrave; &quot;porter les regards non plus seulement sur ce qui se perd dans les espaces de la &quot;non-ville&quot;&quot; mais plut&ocirc;t sur ce qui y na&icirc;t. L&rsquo;impermanence des caract&eacute;ristiques et des structures traditionnelles permettant de d&eacute;finir la ville incite notamment l&rsquo;auteur &agrave; &eacute;vacuer tout a priori &eacute;pist&eacute;mologique sur ce que doit &ecirc;tre l&rsquo;espace de la ville. Les esquisses qu&rsquo;il trace dans cet ouvrage visent alors &agrave; ouvrir l&rsquo;anthropologie de la ville vers de nouveaux terrains, car selon lui, la ville apparait aujourd&rsquo;hui dans des endroits souvent d&eacute;laiss&eacute;s tels que les camps de r&eacute;fugi&eacute;s ou les favelas, au sein desquels la puissance publique parvient difficilement. Cet ouvrage a donc vocation &agrave; tendre vers un renouvellement du concept de ville, en oubliant les mod&egrave;les th&eacute;oriques de la ville occidentale car &quot;la domination du mod&egrave;le s&rsquo;est confondue avec la substance du concept&quot;. Compos&eacute; de diff&eacute;rents textes de l&rsquo;auteur, publi&eacute;s entre 1997 et 2008 dans des ouvrages pr&eacute;c&eacute;dents ou des revues, ce livre se divise en trois parties majeures, la premi&egrave;re s&rsquo;attachant aux savoirs, la deuxi&egrave;me aux espaces et la derni&egrave;re aux situations. <br />
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<strong>D&eacute;finir la posture m&eacute;thodologique de l&rsquo;anthropologue de la ville </strong><br />
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L&rsquo;entretien et les deux articles composant la premi&egrave;re partie visent &agrave; repenser la posture m&eacute;thodologique de l&rsquo;anthropologue de la ville. Le concept &quot;ville&quot; &eacute;tant difficilement d&eacute;finissable et objet de perp&eacute;tuelles remises en questions, l&rsquo;anthropologie pr&ocirc;n&eacute;e par l&rsquo;auteur est une science qui s&rsquo;int&eacute;resse davantage aux citadins qu&rsquo;au cadre lui-m&ecirc;me. Il s&rsquo;agit donc de comprendre ce qui &quot;fait&quot; ville plus que ce qui &quot;est&quot; ville. Partir du vide au plein, du d&eacute;nuement &agrave; la densit&eacute; et donc interroger les espaces p&eacute;riph&eacute;riques, les marges urbaines, tous ces espaces pr&eacute;caires qui naissent sans projets initiaux de ville, telle doit &ecirc;tre l&rsquo;ambition d&rsquo;une anthropologie de la ville. Le &quot;d&eacute;nuement de ces &eacute;tablissements humains, et les processus relationnels, culturels et politiques dont ils sont le th&eacute;&acirc;tre ont progressivement form&eacute; le constat qui guide cette anthropologie de la ville en g&eacute;n&eacute;ral &eacute;bauch&eacute;e ici, celui de multiples mani&egrave;res de &quot;faire ville&quot;&quot;. Riche d&rsquo;exp&eacute;riences passionnantes en Am&eacute;rique Latine et en Afrique, l&rsquo;auteur s&rsquo;int&eacute;resse donc aux commencements de villes, &agrave; leur gen&egrave;se, qu&rsquo;il a pu observer dans des favelas, des camps ou des bidonvilles, dans tous ces espaces qui sont souvent dissoci&eacute;s de la &quot;ville&quot; dans l&rsquo;imaginaire des citadins. <br />
<br />
Cette dimension &eacute;pist&eacute;mologique pr&ocirc;n&eacute;e par l&rsquo;auteur doit s&rsquo;appuyer sur une m&eacute;thodologie efficiente qui puisse en saisir les enjeux principaux, l&rsquo;objectif &eacute;tant d&rsquo;offrir une r&eacute;flexion centr&eacute;e sur l&rsquo;individu mais qui tienne compte des constructions sociales et culturelles collectives qui l&rsquo;encadrent. Car, la ville n&rsquo;&eacute;tant pas perceptible dans sa globalit&eacute;, il convient alors de d&eacute;crire la ville &agrave; partir des situations ethnographiques. Ces connaissances de la ville, en permanente &eacute;volution, produites par l&rsquo;anthropologue constituent ce que l&rsquo;auteur nomme la &quot;ville bis&quot;. La ville n&rsquo;est alors plus &quot;consid&eacute;r&eacute;e comme une &quot;chose&quot; que je peux voir, ni comme un &quot;objet&quot; que je peux saisir comme totalit&eacute;. Elle devient un tout d&eacute;compos&eacute;, un hologramme perceptible, appr&eacute;hensible et v&eacute;cu en situation&quot;. Penser la ville selon une perspective anthropologique qui soit centr&eacute;e sur l&rsquo;individu et les situations d&rsquo;interactions permet &eacute;galement de d&eacute;-spatialiser l&rsquo;analyse. Mais l&rsquo;auteur pr&ocirc;ne davantage une perspective situationnelle qu&rsquo;un interactionnisme isol&eacute;. Les &quot;ritualisations mineures&quot; de Goffman ne doivent donc pas &ecirc;tre confondues avec les &quot;situations rituelles&quot; qui tiennent compte des contextes urbains et sociaux dans lesquels se situent les acteurs. L&rsquo;auteur d&eacute;crit alors avec minutie les diff&eacute;rentes situations (ordinaires, extraordinaires, de passages et rituelles) au sein desquelles peuvent se lire les rapports des citadins entre eux et &agrave; leur ville. Ce serait selon l&rsquo;auteur, cet assemblage de micro-s&eacute;quences ethnographiques qui permettrait de produire un savoir sur la ville dans son ensemble, de relier une pens&eacute;e anthropologique &agrave; une pens&eacute;e sur la ville. <br />
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<strong>La ville, lieu d&rsquo;&eacute;mergence du culturel et du politique <br />
</strong><br />
Pour un anthropologue, la ville n&rsquo;est pas seulement une masse d&eacute;mographique ou un espace dens&eacute;ment b&acirc;ti, elle correspond &agrave; des rapports sp&eacute;cifiques que les citadins entretiennent entre eux et avec leur espace de vie. La construction identitaire du citadin par exemple, se fait &agrave; travers son rapport au monde et donc &agrave; l&rsquo;espace domestique dans un premier temps et &agrave; son au-del&agrave; urbain ensuite. L&rsquo;attribution d&rsquo;un sens familier &agrave; un espace de vie d&eacute;passe alors le cadre r&eacute;sidentiel unique du m&eacute;nage urbain pour atteindre d&rsquo;autres espaces de la ville. Ainsi, les cours, &quot;entre-deux&quot;, ruelles, &quot;avenidas&quot; sont des espaces dont l&rsquo;auteur r&eacute;v&egrave;le toute l&rsquo;importance sociale. Car ce sont ces espaces entre le domestique et le familier dans lesquels se jouent les fa&ccedil;ons d&rsquo;&ecirc;tre au monde et par cons&eacute;quent la vie en ville. Ces espaces jouent notamment un r&ocirc;le important dans le d&eacute;veloppement des identit&eacute;s car l&rsquo; &quot;id&eacute;e du seuil, en anthropologie des rituels est centrale&quot;, &quot;il y a toujours un espace de passage, rituel, dans lequel on se transforme&quot;. Mais l&rsquo;auteur rappelle qu&rsquo;au-del&agrave; de la construction identitaire, c&rsquo;est dans ces espaces que naissent &eacute;galement les initiatives de l&rsquo;agir urbain, de la politique ou de la culture. <br />
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Certaines situations produites par la ville seraient en effet productrices d&rsquo;une culture. Apr&egrave;s une analyse des diff&eacute;rentes interpr&eacute;tations anthropologiques de la culture, l&rsquo;auteur estime que celle-ci est bas&eacute;e sur la combinaison des relations entre les citadins, de leur rapport &agrave; l&rsquo;autre et de la symbolique de l&rsquo;espace mat&eacute;riel dans lequel ils vivent. La cr&eacute;ation culturelle doit donc se lire &agrave; travers l&rsquo;analyse des situations d&rsquo;interactions que les citadins entretiennent ainsi que sur le sens donn&eacute; aux relations entre les individus car &quot;interpr&eacute;tations et repr&eacute;sentations forment la mati&egrave;re palpable de la culture citadine&quot;. &Agrave; l&rsquo;heure des &eacute;changes m&eacute;diatiques transnationaux, les contextes sociaux, &quot;sources d&rsquo;inspiration des rh&eacute;toriques identitaires et des performances (&hellip;) sont marqu&eacute;s par une intertextualit&eacute; multiforme qui rapproche les diff&eacute;rents mondes peuplant notre plan&egrave;te&quot;. Dans cette profusion de ressources disponibles, les villes constituent alors le creuset des combinaisons discursives, identitaires et imaginaires qui participent au d&eacute;veloppement des cultures. Et comme le montre Michel Agier &agrave; travers les exemples des carnavals urbains et des l&eacute;gendes de Singapour ou de Cali, ces informations h&eacute;t&eacute;roclites et m&eacute;tiss&eacute;es qui se retrouvent en ville se combinent souvent avec des racines locales et profondes. Ainsi, c&rsquo;est au terme de rencontres, de collages et de fusions que la ville produit de la culture.<br />
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Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de manifestations, de carnavals, de f&ecirc;tes, la rue et les entre-deux constituent souvent des espaces de commencement de la politique. L&rsquo;auteur parle de cette ville &quot;ni virtuelle ni irr&eacute;elle, plut&ocirc;t immat&eacute;rielle, au sens o&ugrave; elle existe en plus et au sein de son organisation visible, o&ugrave; elle lui donne une part importante de son sens quotidien. Il s&rsquo;agit de communaut&eacute;s de l&rsquo;instant, form&eacute;es dans l&rsquo;activit&eacute; et non pas des identit&eacute;s communautaires suppos&eacute;es &eacute;ternelles, primordiales et non contextuelles&quot;. Tous les regroupements en vue d&rsquo;actions artistiques ou politiques font donc vivre la ville, en d&eacute;veloppant des communaut&eacute;s de mouvement &agrave; travers diff&eacute;rentes situations, rituelles ou extraordinaires. Ainsi, les f&ecirc;tes de quartiers, les d&eacute;fil&eacute;s, les carnavals recr&eacute;ent du collectif. D&egrave;s le moment o&ugrave; nous assistons &agrave; la d&eacute;sidentification de chacun, &agrave; la production d&rsquo;un instant partag&eacute;, la rue devient alors l&rsquo; &quot;espace de la politique autant que de l&rsquo;invention culturelle&quot;. Ces raisons expliquent l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que l&rsquo;auteur porte aux situations de partage et de rituels dans l&rsquo;espace urbain. Car c&rsquo;est finalement au travers de ces &eacute;v&egrave;nements que la ville na&icirc;trait, &eacute;voluerait et se m&eacute;tamorphoserait. <br />
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Des villes en devenir</strong><br />
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Les deux chapitres intitul&eacute;s &quot;zonage urbain, zonage plan&eacute;taire&quot; et &quot;brouillons de ville&quot; constituent un apport particuli&egrave;rement int&eacute;ressant de l&rsquo;ouvrage. L&rsquo;auteur y traite des camps de r&eacute;fugi&eacute;s que l&rsquo;on trouve majoritairement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Cinquante millions de personnes sont actuellement qualifi&eacute;es de r&eacute;fugi&eacute;s et victimes de d&eacute;placements forc&eacute;s, la plupart se retrouvant dans les camps &eacute;difi&eacute;s destin&eacute;s &agrave; les accueillir le long des fronti&egrave;res des pays voisins, dans des zones de transit. M&ecirc;me si certains de ces camps atteignent une population de cent mille personnes, ces r&eacute;fugi&eacute;s se trouvent en situation d&rsquo; &quot;extraterritorialit&eacute;&quot;, ce sont des &ecirc;tres &quot;mis &agrave; l&rsquo;&eacute;cart dedans&quot; et tenus &agrave; distance de l&rsquo;ordre social et politique des nations qui les accueillent. Or ces camps, cr&eacute;&eacute;s souvent dans l&rsquo;urgence connaissent le long terme, la cohabitation entre des inconnus et donc des processus de socialisation, de &quot;r&eacute;&eacute;laboration identitaire&quot; et d&rsquo;urbanisation. L&rsquo;auteur y a observ&eacute; &eacute;galement des regroupements identitaires avec le d&eacute;veloppement de micro-quartiers, l&rsquo;apparition de conflits ainsi que des strat&eacute;gies d&rsquo;appropriation de l&rsquo;espace. &Agrave; partir du moment o&ugrave; &quot;l&rsquo;action visible ou invisible, de ceux qui y r&eacute;sident, leurs r&eacute;ponses ou leurs r&eacute;sistances au cantonnement, leurs d&eacute;brouilles et leurs resquilles, expriment un droit &agrave; la vie&quot;, appara&icirc;t alors une sc&egrave;ne d&eacute;mocratique, un commencement politique. D&egrave;s lors, le mod&egrave;le du camp se dilue dans la ville qui appara&icirc;t. Michel Agier montre ainsi &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;exemples pr&eacute;cis et passionnants la fa&ccedil;on dont la sociabilit&eacute; et l&rsquo;urbanit&eacute; se reconstruisent dans les camps.<br />
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Gr&acirc;ce aux pistes m&eacute;thodologiques et th&eacute;oriques que Michel Agier offre, cet ouvrage constitue un v&eacute;ritable plaidoyer pour une prise en compte des nouvelles formes de l&rsquo;urbanit&eacute; qui apparaissent dans les espaces les plus d&eacute;laiss&eacute;s. L&rsquo;assemblage de textes disparates, s&rsquo;il nuit parfois &agrave; la coh&eacute;rence de l&rsquo;ensemble permet n&eacute;anmoins de saisir, si le lecteur les relie et les met en perspective, la pleine pens&eacute;e de l&rsquo;auteur. L&rsquo;originalit&eacute; et la qualit&eacute; des analyses de Michel Agier inciteront d&rsquo;ailleurs certainement plus d&rsquo;un lecteur &agrave; &eacute;tudier les livres pr&eacute;c&eacute;dents. &Agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; les villes d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Am&eacute;rique latine sont majoritairement compos&eacute;es d&rsquo;habitats informels et d&rsquo;espaces pr&eacute;caires, &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; certains parlent de &quot;plan&egrave;te bidonvilles&quot;, Michel Agier invite &agrave; un renouvellement de la pens&eacute;e urbaine. Et plus que de simples esquisses, ces r&eacute;flexions ouvrent et balisent une nouvelle voie de recherche dans les &eacute;tudes urbaines. En donnant une pleine &eacute;galit&eacute; &eacute;pist&eacute;mologique aux processus de d&eacute;veloppement des villes - que l&rsquo;on &eacute;tudie un bidonville d&rsquo;Afrique ou un quartier en cours d&rsquo;embourgeoisement d&rsquo;Europe - l&rsquo;auteur milite pour une prise en compte des marges, des interstices, que ce soit &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle du quartier comme &agrave; celle du monde. Ce sont ces espaces pr&eacute;caires qu&rsquo;il convient d&rsquo;interroger, ces espaces &quot;de r&eacute;flexions et d&rsquo;actions entre le vide et le plein, entre une ville nue et une ville dense qui, &agrave; l&rsquo;occasion, danse. Et d&eacute;file, &eacute;crit, se masque, se th&eacute;&acirc;tralise, se peint&quot;.</p> 
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