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      <title>Nonfiction.fr le portail des livres et des idees</title>
      <link>http://www.nonfiction.fr/</link>
      <description>Le portail des livres et des idees</description>
      <language>fr</language>
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         <title>Les pratiques des &#233;lites r&#233;pertori&#233;es</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3236-les_pratiques_des_elites_repertoriees.htm</link>
         <description> &#171; Il arrive parfois que l'on finisse par &#233;crire le livre que l'on a cherch&#233; en vain &#187; annonce l'auteur, Jean-Pascal Daloz, en introduction. Ce livre introuvable qu'il s'est r&#233;solu &#224; &#233;crire se veut un ouvrage de synth&#232;se sur la distinction des &#233;lites, ou plus pr&#233;cis&#233;ment les manifestations symboliques de la sup&#233;riorit&#233; sociale. Si Daloz qualifie son travail d' &#171; essai de sociologie comparative &#187;, c'est n&#233;anmoins d'un manuel dont il s'agit avant tout, avec tous les avantages &amp;ndash; clart&#233;, concision,synth&#232;se &amp;ndash; mais aussi les d&#233;fauts &amp;ndash; superficialit&#233;, simplisme, redondance&amp;ndash; inh&#233;rents au genre. &#13;&#10; &#13;&#10;De fait, le but de l'ouvrage n'est pas de proposer un cadre d'analyse suppl&#233;mentaire pour appr&#233;hender les pratiques de distinction des &#233;lites, mais de pr&#233;senter diff&#233;rents auteurs ayant abord&#233; la question, ainsi qu'un inventaire d&#233;taill&#233; des moyens d'exprimer symboliquement sa position dominante dans la soci&#233;t&#233;. &#13;&#10; &#13;&#10; Les grands auteurs de la sociologie et leurs &#171; grandes th&#233;ories &#187;  &#13;&#10; &#13;&#10;&#160;&#160;&#160;&#160; Jean-Pascal Daloz r&#233;pertorie tout une s&#233;rie d'auteurs et de travaux ayant abord&#233; la question de la distinction des &#233;lites. Soulignons que l'usage du terme &#171; distinction &#187; ne traduit pas ici une volont&#233; de discuter sp&#233;cifiquement les travaux de Pierre Bourdieu. &#13;&#10;  &#13;&#10;&#160;&#160;&#160; Daloz commence par nous pr&#233;senter ceux qu'il nomme les &#171; pr&#233;curseurs &#187; : Spencer, Tarde, Veblen et Simmel. Ici, pas d'analyse de fond ou ni de pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e : il s'agit d'&#234;tre &#171; reader friendly &#187; (p.4), au risque d'&#234;tre parfois sch&#233;matique. Chaque auteur se voit consacr&#233; quelques pages &amp;ndash; rarement plus de quatre &amp;ndash; avec parfois des donn&#233;es biographiques et les points de leurs travaux qui concernent les pratiques de distinction des &#233;lites. On nous rappelle ainsi que Gabriel Tarde s'int&#233;ressait avant tout &#224; la question de l'imitation et que Thorstein Veblen a mis en &#233;vidence le caract&#232;re essentiel de la consommation ostentatoire pour acqu&#233;rir la reconnaissance sociale. D&#233;j&#224; &#224; ce stade de la lecture on &#233;prouve le sentiment de lire un catalogue. En effet, l'absence de probl&#233;matisation g&#233;n&#233;rale et la volont&#233; p&#233;dagogique de l'auteur d'&#234;tre le plus exhaustif possible rendent la lecture de &#171; The Sociology of Elite Distinction &#187; parfois fastidieuse. &#13;&#10; &#13;&#10;&#160;&#160;&#160; Apr&#232;s les pr&#233;curseurs, viennent les auteurs dont l'auteur consid&#232;re les contributions comme majeures. L&#224; encore les pr&#233;sentations d'Elias, Bourdieu, Goffman et Baudrillard apparaissent tr&#232;s (trop) succinctes, et ne peuvent que donner une vision appauvrie de leurs apports. Daloz nous pr&#233;sente &#233;galement tr&#232;s rapidement des travaux post-modernistes (Baudrillard), psycho-sociologiques (Festinger) et &#233;conomiques (Duesenberry) sur les pratiques des &#233;lites. &#13;&#10; &#13;&#10;&#160;&#160;&#160; Il va ensuite s'appliquer &#224; critiquer ces travaux, qu'il regroupe sous l'appellation de &#171; grandes th&#233;ories &#187;. En premier lieu, il leur reproche leur manque de cumulativit&#233;, chaque auteur agissant comme s'il red&#233;couvrait tout sur la question. Selon Daloz, ceci est sans doute du au fait que ces auteurs inscrivent pour la plupart leurs travaux sur les pratiques des &#233;lites dans un cadre d'analyse de la soci&#233;t&#233; plus large, et qu'il leur importe plus de faire co&#239;ncider les faits et leur th&#233;orie que de faire attention &#224; ce qui a pu &#234;tre &#233;crit par d'autres. Deuxi&#232;me type de reproche : ces auteurs se sont parfois livr&#233;s &#224; des g&#233;n&#233;ralisations infond&#233;es et ont pu tomber dans le pi&#232;ge de l'ethnocentrisme. Thorsetin Veblen est ici mentionn&#233; pour ces deux d&#233;fauts. Troisi&#232;me probl&#232;me : ces auteurs ont parfois tendance &#224; taire les &#233;l&#233;ments empiriques qui iraient &#224; l'encontre de la th&#233;orie avanc&#233;e. C'est Norbert Elias qui tient ici le r&#244;le du mauvais &#233;l&#232;ve. Mais ses petites camarades Weber, Goffman et Bourdieu seront aussi critiqu&#233;s par la suite &amp;ndash; respectivement pour manque de pr&#233;cision, pour absence de contextualisation historique et culturelle et le dernier pour extrapolation hasardeuse. &#13;&#10; &#13;&#10;Int&#233;ress&#233; avant tout par la comparaison, on comprend que Jean-Pascal Daloz se montre m&#233;fiant vis-&#224;-vis des th&#233;ories qui cherchent &#224; mettre en &#233;vidence de grandes g&#233;n&#233;ralit&#233;s, parfois au d&#233;triment de la diversit&#233; du r&#233;el. Il insiste donc sur la variabilit&#233; des fa&#231;ons de faire, et sur l'importance des variations li&#233;es au contexte culturel, historique mais aussi &#224; l'environnement de l'acteur au moment o&#249; il agit. Par exemple, une personne ne se comportera pas de la m&#234;me fa&#231;on pour d&#233;montrer son statut si ceux qui l'entourent sont d&#233;j&#224; conscients ou non de sa position. &#13;&#10; &#13;&#10;Plus qu'un moyen de v&#233;ritablement conna&#238;tre les travaux des auteurs mentionn&#233;s, cette premi&#232;re partie sert donc avant tout de mise en garde contre les &#171; grandes th&#233;orie &#187;, au profit d'une attention accru &#224; la diversit&#233; des pratiques de distinction des &#233;lites. &#13;&#10; &#13;&#10; Un inventaire des mani&#232;res de faire des &#233;lites  &#13;&#10; &#13;&#10;L'auteur consacre ensuite une partie &#224; ce qu'il nomme les &#171; manifestations cl&#233;s &#187; de la distinction. Il s'agit ici de mettre en &#233;vidence les principaux moyens par lesquels les &#233;lites peuvent manifester leur position, ce qui dans les faits se traduit par une entreprise un peu d&#233;mesur&#233;e d'inventorier et de classer tout un ensemble de pratiques. Paradoxalement, alors que l'auteur insiste tout au long de l'ouvrage sur la diversit&#233;, la complexit&#233; du r&#233;el et les dangers de la g&#233;n&#233;ralisation, l'exercice p&#233;rilleux de la classification&#160; l&amp;rsquo;entra&#238;ne souvent &#224; des g&#233;n&#233;ralisations pour le moins contestables. On retrouve de nombreuses fois des tournures comme &#171; les &#233;lites aiment bien ceci &#187; ou &#171; quand on observe les &#233;lites, on remarque fr&#233;quemment cela &#187;, en l'absence de toute contextualisation. On peut d'ailleurs regretter qu'&#224; aucun moment de l'ouvrage l'auteur ne donne de d&#233;finition, m&#234;me a minima, de ce qu'il entend par &#171; &#233;lite &#187;. &#13;&#10; &#13;&#10;Afin de mettre en oeuvre cette pr&#233;sentation des pratiques, de tout temps et en tout lieu, Jean Pascal Daloz s'appuie sur des travaux d'autres chercheurs, mais souvent de mani&#232;re allusive, se contentant parfois m&#234;me d'un &#171; de nombreux travaux montrent que &#187;. Il nous pr&#233;sente ainsi toute une s&#233;rie de biens de consommation ostentatoires, commen&#231;ant par les ornements tels les bijoux ou encore les talons que portaient les monarques de la Renaissance pour para&#238;tre plus grands. L&#224; encore les pr&#233;sentations sont rapides, les analyses peu fouill&#233;es. &#171;&#160; Nous n'avons de toute &#233;vidence ici pas suffisamment d'espace pour examiner tous ces &#233;l&#233;ments en d&#233;tail &#187; justifie l'auteur 1 . Apr&#232;s les ornements, il en vient au domicile, rappelant notamment que pendant des si&#232;cles, dans des villes comme Paris, la diff&#233;renciation sociale &#233;tait li&#233;e au niveau plus qu'au quartier. Les gens pauvres &#233;taient rel&#233;gu&#233;s aux mansardes ou aux sous-sols tandis que les riches b&#233;n&#233;ficiaient du premier et deuxi&#232;me &#233;tage. Viennent ensuite les moyens de transport, puis la gastronomie. Pour chaque type de bien &#233;tudi&#233;, l'auteur prend toujours soin de rappeler que l'on est confront&#233; &#224; une grande diversit&#233; de situation. &#13;&#10;  &#13;&#10;Apr&#232;s les biens, l'auteur pr&#233;sente les signes corporels, incarn&#233;s, tels que la confiance en soi, les bonnes mani&#232;res, l'apparence physique ou encore la culture et les comp&#233;tences linguistiques. L'inventaire se cl&#244;t par les manifestations indirectes de sup&#233;riorit&#233;, via une tierce personne : membres de la famille, serviteurs ou encore &#233;pouse ou ma&#238;tresse, qui doit &#224; la fois &#234;tre belle et porter les signes ext&#233;rieurs de richesses. &#13;&#10; &#13;&#10;La troisi&#232;me partie de l'ouvrage revient sur l'historicit&#233; des pratiques de distinction des &#233;lites. A nouveau, l'auteur insiste sur la n&#233;cessaire prise en compte de la variabilit&#233; des pratiques. &#13;&#10; &#13;&#10; Peut-on vraiment faire une sociologie des &#171; pratiques de distinction des &#233;lites &#187; ?  &#13;&#10; &#13;&#10;A ce stade de la pr&#233;sentation, on peut se demander quel est vraiment le sens de l&amp;rsquo;ouvrage. Il est bien loin le temps o&#249; les auteurs produisaient de grandes fresques &#233;volutionnistes sur les soci&#233;t&#233;s. Plus personne aujourd'hui n&amp;rsquo;&#233;crit sur &#171; les &#233;lites &#187; en g&#233;n&#233;ral, ind&#233;pendamment d&amp;rsquo;un contexte social et historique donn&#233;e, et les travaux actuels distinguent diff&#233;rents sous-groupes, selon qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agisse d&amp;rsquo;&#233;lites &#233;conomiques, administratives, politiques. Certes, on comprend que dans un ouvrage destin&#233; avant tout aux &#233;tudiants, l&amp;rsquo;auteur cherche &#224; mettre en garde contre les g&#233;n&#233;ralisations abusives. Mais par l&amp;rsquo;objet m&#234;me de l&amp;rsquo;ouvrage, &#171; la sociologie des pratiques de distinction des &#233;lites &#187;, sans mention de lieu ni d'&#233;poque, l'auteur n'est-il pas en train de faire ce contre quoi il s'&#233;l&#232;ve ? Dans sa tentative de penser en m&#234;me temps l'ensemble des configurations, l'auteur tombe parfois dans la g&#233;n&#233;ralisation si d&#233;cri&#233;e et en arrive &#224; poser des questions pour le moins vagues, comme &#224; savoir &#171; dans quelle mesure les &#233;lites sont-elles ouvertes &#224; la nouveaut&#233; &#187; ? (p.129) &#13;&#10; &#13;&#10;Remarquable par sa richesse et le nombre de r&#233;f&#233;rences convoqu&#233;es, l'ouvrage peut servir d'introduction &#224; un &#233;tudiant qui s'int&#233;resse aux &#233;lites, ou ouvrir des pistes &#224; des chercheurs afin &#233;clairer leurs objets d&amp;rsquo;&#233;tude &#224; la lueur d'autres terrains. N&#233;anmoins, la volont&#233; de rester le plus clair possible conduit l'auteur a beaucoup de sch&#233;matisation, si bien que l'on peut &#234;tre frustr&#233; par la rapidit&#233; des analyses. En outre, le rejet de tout cadre th&#233;orique &amp;ndash; si ce n'est l'id&#233;e peu r&#233;volutionnaire que le r&#233;el est divers - montre ici ses limites puisque l'ouvrage s'apparente bien souvent &#224; une collection de faits empiriques, sans aucune coh&#233;rence entre eux.. &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;&#160; &#13;&#10;&#160;   Notes :  1 - p.65 </description>
         <pubDate>03/18/10 08:00:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>&laquo; Il arrive parfois que l'on finisse par &eacute;crire le livre que l'on a cherch&eacute; en vain &raquo; annonce l'auteur, Jean-Pascal Daloz, en introduction. Ce livre introuvable qu'il s'est r&eacute;solu &agrave; &eacute;crire se veut un ouvrage de synth&egrave;se sur la distinction des &eacute;lites, ou plus pr&eacute;cis&eacute;ment les manifestations symboliques de la sup&eacute;riorit&eacute; sociale. Si Daloz qualifie son travail d' &laquo; essai de sociologie comparative &raquo;, c'est n&eacute;anmoins d'un manuel dont il s'agit avant tout, avec tous les avantages &ndash; clart&eacute;, concision,synth&egrave;se &ndash; mais aussi les d&eacute;fauts &ndash; superficialit&eacute;, simplisme, redondance&ndash; inh&eacute;rents au genre.<br />
<br />
De fait, le but de l'ouvrage n'est pas de proposer un cadre d'analyse suppl&eacute;mentaire pour appr&eacute;hender les pratiques de distinction des &eacute;lites, mais de pr&eacute;senter diff&eacute;rents auteurs ayant abord&eacute; la question, ainsi qu'un inventaire d&eacute;taill&eacute; des moyens d'exprimer symboliquement sa position dominante dans la soci&eacute;t&eacute;.<br />
<br />
<strong>Les grands auteurs de la sociologie et leurs &laquo; grandes th&eacute;ories &raquo;</strong><br />
<br />
&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jean-Pascal Daloz r&eacute;pertorie tout une s&eacute;rie d'auteurs et de travaux ayant abord&eacute; la question de la distinction des &eacute;lites. Soulignons que l'usage du terme &laquo; distinction &raquo; ne traduit pas ici une volont&eacute; de discuter sp&eacute;cifiquement les travaux de Pierre Bourdieu.</p>
<p><br />
&nbsp;&nbsp;&nbsp; Daloz commence par nous pr&eacute;senter ceux qu'il nomme les &laquo; pr&eacute;curseurs &raquo; : Spencer, Tarde, Veblen et Simmel. Ici, pas d'analyse de fond ou ni de pr&eacute;sentation d&eacute;taill&eacute;e : il s'agit d'&ecirc;tre &laquo; reader friendly &raquo; (p.4), au risque d'&ecirc;tre parfois sch&eacute;matique. Chaque auteur se voit consacr&eacute; quelques pages &ndash; rarement plus de quatre &ndash; avec parfois des donn&eacute;es biographiques et les points de leurs travaux qui concernent les pratiques de distinction des &eacute;lites. On nous rappelle ainsi que Gabriel Tarde s'int&eacute;ressait avant tout &agrave; la question de l'imitation et que Thorstein Veblen a mis en &eacute;vidence le caract&egrave;re essentiel de la consommation ostentatoire pour acqu&eacute;rir la reconnaissance sociale. D&eacute;j&agrave; &agrave; ce stade de la lecture on &eacute;prouve le sentiment de lire un catalogue. En effet, l'absence de probl&eacute;matisation g&eacute;n&eacute;rale et la volont&eacute; p&eacute;dagogique de l'auteur d'&ecirc;tre le plus exhaustif possible rendent la lecture de &laquo; The Sociology of Elite Distinction &raquo; parfois fastidieuse.<br />
<br />
&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s les pr&eacute;curseurs, viennent les auteurs dont l'auteur consid&egrave;re les contributions comme majeures. L&agrave; encore les pr&eacute;sentations d'Elias, Bourdieu, Goffman et Baudrillard apparaissent tr&egrave;s (trop) succinctes, et ne peuvent que donner une vision appauvrie de leurs apports. Daloz nous pr&eacute;sente &eacute;galement tr&egrave;s rapidement des travaux post-modernistes (Baudrillard), psycho-sociologiques (Festinger) et &eacute;conomiques (Duesenberry) sur les pratiques des &eacute;lites.<br />
<br />
&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il va ensuite s'appliquer &agrave; critiquer ces travaux, qu'il regroupe sous l'appellation de &laquo; grandes th&eacute;ories &raquo;. En premier lieu, il leur reproche leur manque de cumulativit&eacute;, chaque auteur agissant comme s'il red&eacute;couvrait tout sur la question. Selon Daloz, ceci est sans doute du au fait que ces auteurs inscrivent pour la plupart leurs travaux sur les pratiques des &eacute;lites dans un cadre d'analyse de la soci&eacute;t&eacute; plus large, et qu'il leur importe plus de faire co&iuml;ncider les faits et leur th&eacute;orie que de faire attention &agrave; ce qui a pu &ecirc;tre &eacute;crit par d'autres. Deuxi&egrave;me type de reproche : ces auteurs se sont parfois livr&eacute;s &agrave; des g&eacute;n&eacute;ralisations infond&eacute;es et ont pu tomber dans le pi&egrave;ge de l'ethnocentrisme. Thorsetin Veblen est ici mentionn&eacute; pour ces deux d&eacute;fauts. Troisi&egrave;me probl&egrave;me : ces auteurs ont parfois tendance &agrave; taire les &eacute;l&eacute;ments empiriques qui iraient &agrave; l'encontre de la th&eacute;orie avanc&eacute;e. C'est Norbert Elias qui tient ici le r&ocirc;le du mauvais &eacute;l&egrave;ve. Mais ses petites camarades Weber, Goffman et Bourdieu seront aussi critiqu&eacute;s par la suite &ndash; respectivement pour manque de pr&eacute;cision, pour absence de contextualisation historique et culturelle et le dernier pour extrapolation hasardeuse.<br />
<br />
Int&eacute;ress&eacute; avant tout par la comparaison, on comprend que Jean-Pascal Daloz se montre m&eacute;fiant vis-&agrave;-vis des th&eacute;ories qui cherchent &agrave; mettre en &eacute;vidence de grandes g&eacute;n&eacute;ralit&eacute;s, parfois au d&eacute;triment de la diversit&eacute; du r&eacute;el. Il insiste donc sur la variabilit&eacute; des fa&ccedil;ons de faire, et sur l'importance des variations li&eacute;es au contexte culturel, historique mais aussi &agrave; l'environnement de l'acteur au moment o&ugrave; il agit. Par exemple, une personne ne se comportera pas de la m&ecirc;me fa&ccedil;on pour d&eacute;montrer son statut si ceux qui l'entourent sont d&eacute;j&agrave; conscients ou non de sa position.<br />
<br />
Plus qu'un moyen de v&eacute;ritablement conna&icirc;tre les travaux des auteurs mentionn&eacute;s, cette premi&egrave;re partie sert donc avant tout de mise en garde contre les &laquo; grandes th&eacute;orie &raquo;, au profit d'une attention accru &agrave; la diversit&eacute; des pratiques de distinction des &eacute;lites.<br />
<br />
<strong>Un inventaire des mani&egrave;res de faire des &eacute;lites</strong><br />
<br />
L'auteur consacre ensuite une partie &agrave; ce qu'il nomme les &laquo; manifestations cl&eacute;s &raquo; de la distinction. Il s'agit ici de mettre en &eacute;vidence les principaux moyens par lesquels les &eacute;lites peuvent manifester leur position, ce qui dans les faits se traduit par une entreprise un peu d&eacute;mesur&eacute;e d'inventorier et de classer tout un ensemble de pratiques. Paradoxalement, alors que l'auteur insiste tout au long de l'ouvrage sur la diversit&eacute;, la complexit&eacute; du r&eacute;el et les dangers de la g&eacute;n&eacute;ralisation, l'exercice p&eacute;rilleux de la classification&nbsp; l&rsquo;entra&icirc;ne souvent &agrave; des g&eacute;n&eacute;ralisations pour le moins contestables. On retrouve de nombreuses fois des tournures comme &laquo; les &eacute;lites aiment bien ceci &raquo; ou &laquo; quand on observe les &eacute;lites, on remarque fr&eacute;quemment cela &raquo;, en l'absence de toute contextualisation. On peut d'ailleurs regretter qu'&agrave; aucun moment de l'ouvrage l'auteur ne donne de d&eacute;finition, m&ecirc;me a minima, de ce qu'il entend par &laquo; &eacute;lite &raquo;.<br />
<br />
Afin de mettre en oeuvre cette pr&eacute;sentation des pratiques, de tout temps et en tout lieu, Jean Pascal Daloz s'appuie sur des travaux d'autres chercheurs, mais souvent de mani&egrave;re allusive, se contentant parfois m&ecirc;me d'un &laquo; de nombreux travaux montrent que &raquo;. Il nous pr&eacute;sente ainsi toute une s&eacute;rie de biens de consommation ostentatoires, commen&ccedil;ant par les ornements tels les bijoux ou encore les talons que portaient les monarques de la Renaissance pour para&icirc;tre plus grands. L&agrave; encore les pr&eacute;sentations sont rapides, les analyses peu fouill&eacute;es. &laquo;&nbsp; Nous n'avons de toute &eacute;vidence ici pas suffisamment d'espace pour examiner tous ces &eacute;l&eacute;ments en d&eacute;tail &raquo; justifie l'auteur<sup>1</sup>. Apr&egrave;s les ornements, il en vient au domicile, rappelant notamment que pendant des si&egrave;cles, dans des villes comme Paris, la diff&eacute;renciation sociale &eacute;tait li&eacute;e au niveau plus qu'au quartier. Les gens pauvres &eacute;taient rel&eacute;gu&eacute;s aux mansardes ou aux sous-sols tandis que les riches b&eacute;n&eacute;ficiaient du premier et deuxi&egrave;me &eacute;tage. Viennent ensuite les moyens de transport, puis la gastronomie. Pour chaque type de bien &eacute;tudi&eacute;, l'auteur prend toujours soin de rappeler que l'on est confront&eacute; &agrave; une grande diversit&eacute; de situation.</p>
<p><br />
Apr&egrave;s les biens, l'auteur pr&eacute;sente les signes corporels, incarn&eacute;s, tels que la confiance en soi, les bonnes mani&egrave;res, l'apparence physique ou encore la culture et les comp&eacute;tences linguistiques. L'inventaire se cl&ocirc;t par les manifestations indirectes de sup&eacute;riorit&eacute;, via une tierce personne : membres de la famille, serviteurs ou encore &eacute;pouse ou ma&icirc;tresse, qui doit &agrave; la fois &ecirc;tre belle et porter les signes ext&eacute;rieurs de richesses.<br />
<br />
La troisi&egrave;me partie de l'ouvrage revient sur l'historicit&eacute; des pratiques de distinction des &eacute;lites. A nouveau, l'auteur insiste sur la n&eacute;cessaire prise en compte de la variabilit&eacute; des pratiques.<br />
<br />
<strong>Peut-on vraiment faire une sociologie des &laquo; pratiques de distinction des &eacute;lites &raquo; ?</strong><br />
<br />
A ce stade de la pr&eacute;sentation, on peut se demander quel est vraiment le sens de l&rsquo;ouvrage. Il est bien loin le temps o&ugrave; les auteurs produisaient de grandes fresques &eacute;volutionnistes sur les soci&eacute;t&eacute;s. Plus personne aujourd'hui n&rsquo;&eacute;crit sur &laquo; les &eacute;lites &raquo; en g&eacute;n&eacute;ral, ind&eacute;pendamment d&rsquo;un contexte social et historique donn&eacute;e, et les travaux actuels distinguent diff&eacute;rents sous-groupes, selon qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;&eacute;lites &eacute;conomiques, administratives, politiques. Certes, on comprend que dans un ouvrage destin&eacute; avant tout aux &eacute;tudiants, l&rsquo;auteur cherche &agrave; mettre en garde contre les g&eacute;n&eacute;ralisations abusives. Mais par l&rsquo;objet m&ecirc;me de l&rsquo;ouvrage, &laquo; la sociologie des pratiques de distinction des &eacute;lites &raquo;, sans mention de lieu ni d'&eacute;poque, l'auteur n'est-il pas en train de faire ce contre quoi il s'&eacute;l&egrave;ve ? Dans sa tentative de penser en m&ecirc;me temps l'ensemble des configurations, l'auteur tombe parfois dans la g&eacute;n&eacute;ralisation si d&eacute;cri&eacute;e et en arrive &agrave; poser des questions pour le moins vagues, comme &agrave; savoir &laquo; dans quelle mesure les &eacute;lites sont-elles ouvertes &agrave; la nouveaut&eacute; &raquo; ? (p.129)<br />
<br />
Remarquable par sa richesse et le nombre de r&eacute;f&eacute;rences convoqu&eacute;es, l'ouvrage peut servir d'introduction &agrave; un &eacute;tudiant qui s'int&eacute;resse aux &eacute;lites, ou ouvrir des pistes &agrave; des chercheurs afin &eacute;clairer leurs objets d&rsquo;&eacute;tude &agrave; la lueur d'autres terrains. N&eacute;anmoins, la volont&eacute; de rester le plus clair possible conduit l'auteur a beaucoup de sch&eacute;matisation, si bien que l'on peut &ecirc;tre frustr&eacute; par la rapidit&eacute; des analyses. En outre, le rejet de tout cadre th&eacute;orique &ndash; si ce n'est l'id&eacute;e peu r&eacute;volutionnaire que le r&eacute;el est divers - montre ici ses limites puisque l'ouvrage s'apparente bien souvent &agrave; une collection de faits empiriques, sans aucune coh&eacute;rence entre eux..<br />
<br />
<br />
&nbsp;<br />
&nbsp;</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - p.65<br /> 
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      </item>
      <item>
         <title>Clinique et politique en psychanalyse</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3233-clinique_et_politique_en_psychanalyse.htm</link>
         <description>  A propos du r&#233;el...  &#13;&#10;Ce dernier ouvrage de Charles Melman correspond &#224; la transcription de son s&#233;minaire qui a eu lieu &#224; l'amphith&#233;&#226;tre Magnan de l'H&#244;pital Sainte-Anne, dans les ann&#233;es 1993-1994. &#13;&#10;Un grand nombre de questions va &#234;tre trait&#233; par l'auteur, aussi bien sur le plan clinique que sur le plan th&#233;orique. Le lecteur pourra saisir, au fil des le&#231;ons, les r&#233;ponses aux questions fondamentales qui vont de la question des origines &#224; la vie contemporaine, de la clinique &#224; la politique, du sympt&#244;me &#224; l&amp;rsquo;&#233;thique, bref, des questions qui concernent les impasses du langage, et leur corr&#233;lat dans la mal&#233;diction sur le sexe qui caract&#233;rise le malaise dans la civilisation.&#160;  &#13;&#10;Un premier aspect qui va marquer le d&#233;but du s&#233;minaire, est la question autour du r&#233;el et la mani&#232;re dont le langage s'inscrit dans un mode de d&#233;fense contre celui-ci. C'est &quot;contre&quot; ce r&#233;el que le sujet est amen&#233; &#224; parler et &#224; en payer le prix d'&#234;tre inscrit dans le r&#233;seau du langage. Ce r&#233;el en question, qui va organiser les propos de Charles Melman tout au long de l'ann&#233;e, est d&#233;fini, entre autres, comme &quot;le manque de s&#233;rieux avec lequel la psychanalyse est ent&#233;rin&#233;e&quot;  1  &#13;&#10;Tout au d&#233;but de son s&#233;minaire, et afin de justifier son titre,  Probl&#232;mes pos&#233;s &#224; la psychanalyse , Charles Melman en&#160; souligne deux. &#13;&#10;D'abord, il pose la question des limites de l'ex&#233;g&#232;se de la doctrine psychanalytique. Pour l'auteur, la mani&#232;re dont sont&#160; amen&#233;s &#224; la r&#233;flexion les corpus freudien et lacanien, s'inscrit toujours dans le contexte d'une t&#226;che interminable, qui emp&#234;che l'acc&#232;s &#224; un point de conclusion envisageable, de bilan, et qui puisse permettre la relance de la r&#233;flexion &#224; partir de ce point d'ach&#232;vement de l'oeuvre, que ce soit celle de Freud ou de Lacan. Ce probl&#232;me de doctrine toucherait directement la pratique puisque, si l'ex&#233;g&#232;se est infinie, l'acte analytique comme tel serait &#233;galement inscrit dans cette infinitude.  &#13;&#10;D'un autre c&#244;t&#233;, que ce soit dans la clinique ou bien dans le travail des textes, l'analyste ne peut pas &#234;tre con&#231;u comme un herm&#233;neute. Il n'est pas un herm&#233;neute car l'interpr&#233;tation arrive &#224; un point limite. L'interpr&#233;tation a un terme qui est celui qui introduit l'objet petit a comme &#233;tant la limite m&#234;me de l'interpr&#233;tation. Pour l'auteur, &quot;la finitude que nous lui accordons ainsi &#224; l'interpr&#233;tation analytique est le seul moyen d'&#233;viter que ne se mette en place quelque syst&#232;me que ce soit&quot;.  2  &#13;&#10; &#13;&#10;Lorsque l'on prend la psychanalyse au s&#233;rieux, de ce geste se d&#233;duit l'hypoth&#232;se que la psychanalyse concerne le sexuel. Une inscription du sens &#224; la question du sexuel conduit forc&#233;ment aux limites du sens lui-m&#234;me, car le sens en tant que sexuel introduit la limite du non-sens, donc du pas-tout. Le sexuel ne pouvant pas &#233;puiser tout le sens, vient se situer dans un au-del&#224;; c'est un r&#233;el qui ek-siste au sexuel et qui joue un r&#244;le essentiel pour les psychanalystes puisque c'est la substance du sympt&#244;me, l'hyst&#233;rique &#233;tant un t&#233;moin exemplaire.  &#13;&#10;Ce qui int&#233;resse la psychanalyse est la mani&#232;re dont ce &quot;hors sens&quot;, ce r&#233;el qui ek-siste au sujet organise l'univers du d&#233;sir. Le d&#233;sir est &#224; prendre et &#224; entendre &#224; la lettre puisque c'est la lettre qui le constitue ou, comme le souligne l'auteur, &quot;l'objet de ce d&#233;sir est la lettre elle-m&#234;me (&amp;hellip;) l'objet vrai de la jouissance est la lettre&quot;.  3  &#13;&#10;Charles Melman reprend la premi&#232;re phrase du s&#233;minaire de Lacan D'un Autre &#224; l'autre, pour faire sentir la port&#233;e de l'inconsistance de l'Autre : &quot;l'essence de la psychanalyse est d'&#234;tre un discours sans paroles&quot; puisque s'il y avait une parole d'injonction dans l'analyse, ce ne serait plus de l'analyse. Dans l'Autre il n'y a rien qui puisse soutenir l'importance que le n&#233;vros&#233; porte &#224; sa parole. &quot;La coupure dans le grand Autre ne supporte aucun sujet, nous le savons. C'est bien pourquoi vous n'avez pas &#224; attendre du grand Autre quelque injonction pour que vous commenciez &#224; prendre la psychanalyse au s&#233;rieux, et si vous ne la prenez au s&#233;rieux, elle ne sera pas tr&#232;s int&#233;ressante&quot;.  4  &#13;&#10;Croire &#224; la consistance de l'Autre en tant que garant du tr&#233;sor du langage, induit la supposition que S1 et S2 peuvent tenir ensemble. Et c&amp;rsquo;est en quoi l'inconscient est le politique, puisque c'est en ce sens-l&#224; que le politique concerne l'inconscient de chacun. Lorsque S1 et S2 peuvent tenir ensemble chez le sujet, cela fait de lui un militant. &#13;&#10;Autrement dit, Charles Melman insiste sur le fait que la psychanalyse ne peut s'organiser, en tant que discours, sur la base d'une injonction quelconque. Elle d&#233;pend de la singularit&#233; du rapport de chacun avec la psychanalyse et de la mani&#232;re dont chacun &#233;tabli un dialogue et un d&#233;bat avec les th&#232;ses avanc&#233;es par Freud et ceux qui l' ont suivi. &#160;&#160;&#160;  &#13;&#10; &#13;&#10; Les impasses du corps. L'hyst&#233;rie.  &#13;&#10;Pour l'auteur, la psychanalyse a &#233;t&#233;&#160; fond&#233;e &#224; partir du t&#233;moignage de l'hyst&#233;rique, et sa progression a &#233;t&#233; marqu&#233;e par l'&#233;chec de la r&#233;solution du sympt&#244;me, donc de sa gu&#233;rison. Charles Melman affirme que gu&#233;rir l'hyst&#233;rique de ce statut qui lui donne une qualit&#233; d'&#234;tre Autre, n'est pas tr&#232;s ais&#233;. L'espoir de Freud qui voulait qu'une femme puisse &#234;tre castr&#233;e comme un homme et qu'elle puisse articuler son d&#233;sir comme lui, est une alternative obsol&#232;te.  &#13;&#10;Charles Melman signale que l'obstacle &#224; la gu&#233;rison de l'hyst&#233;rique se situe dans l'espace de la culture elle-m&#234;me. La culture &#233;tant un sympt&#244;me collectif, chaque sujet s'arrange pour s'inscrire en elle selon les imp&#233;ratifs de sa propre jouissance.  &#13;&#10;La construction erron&#233;e &#233;tablie par l'hyst&#233;rique sur la base de sa douleur, vise &#224; faire exister l'homme, un vrai, non castr&#233;. Etant donn&#233; sa difficult&#233; &#224; en trouver un, son choix est celui de le faire exister en Nom du P&#232;re. Sa t&#226;che aveugle donc, est celle de faire exister l'homme en l'incarnant, car il n'est pas question de laisser cette place vide.&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;  &#13;&#10;La douleur mal situ&#233;e de l'hyst&#233;rique cherche dans son corps un lieu d'inscription. Il y a toujours&#160; un probl&#232;me majeur qui est celui de l'hyst&#233;rique et son corps, car ce corps lui ek-siste parce que c'est le lieu de l'Autre : &quot;ce lieu de son corps est effectivement un lieu &#233;trange puisqu'il fonctionne imaginairement comme un d&#233;potoir&quot;  5 , d&#233;potoir de cet objet immonde qui est l'objet petit a, cause du d&#233;sir de son partenaire.  &#13;&#10;Comment s'&#233;tablit le rapport de l'hyst&#233;rique &#224; son grand Autre?&#160;&#160;  &#13;&#10;Faute de refoulement, l'hyst&#233;rique trouve dans le trait unaire les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires&#160; pour s'inscrire comme &#233;tant au-moins-Une, ce qui gr&#226;ce &#224; la sublimation, elle peut incarner.&#160;  &#13;&#10;L'hyst&#233;rique fait corps avec l'Autre, mais c'est un corps qui reste tout de m&#234;me en dehors d'elle. La th&#232;se de Charles Melman c'est que l'hyst&#233;rique, avec son corps, elle devient l'Autre de l'Autre, toute phallique, non castr&#233;e, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire la garantie d'un savoir sur l'Autre et cause de son infaillibilit&#233;.  &#13;&#10;&quot;C'est ce corps en tant qu'il r&#233;sout toutes le apories propres au grand Autre. Et c'est peut-&#234;tre l&#224; qui g&#238;t ce paradoxe qu'une femme puisse &#233;prouver une certain nombre de difficult&#233;s dans son rapport au savoir, &#234;tre dans l'incertitude, et en m&#234;me temps fonctionner comme &#233;tant la garantie absolue &#224; partir de son corps&quot;.  6 . Placer son corps au niveau d'une ext&#233;riorit&#233;, comme Autre de l'Autre, vient donner la raison, la solution et mettre une point &#224; ces questions pos&#233;es par les &#233;nigmes de la jouissance. &#13;&#10;Ce qui vient faire exception &#224; la castration est l'&#233;l&#233;ment qui prend la valeur du Un totalisant, situ&#233; au lieu de l'Autre. C'est la mani&#232;re par le biais de laquelle une femme peut venir &#224; cette place d'Autre de l'Autre, place que lui est accord&#233;e &#224; partir du moment o&#249; elle se situe du c&#244;t&#233; du S1. C'est de ce signifiant ma&#238;tre et de sa solidarit&#233; avec lui qu'elle re&#231;oit son propre message, qui lui permet d'imaginer son corps comme &#233;tant celui de l'au-moins-Un ou de l'au-moins-Une, puisque apr&#232;s tout c'est la place du r&#233;el o&#249; elle se tient par destination, dans ce lieu qu'on&#160; appelle le lieu de l'Autre. C'est ainsi qu'elle peut prendre place comme l'exception, comme l'au-moins-Une qui &#233;chappe &#224; la castration, bref, comme Autre de l'Autre. &#13;&#10; &#13;&#10; L'inconscient est le politique.  &#13;&#10;Par la suite, Charles Melman va introduire une s&#233;rie d'&#233;vidences dans la ph&#233;nom&#233;nologie du discours qui, &#224; la mani&#232;re d'un nouveau contrat social, sont intimement li&#233;es aux cons&#233;quences du positionnement du sujet dans son habitat de langage. Une premi&#232;re de ces &#233;vidences est en rapport au fait que l'&#233;criture du discours psychanalytique vient boucler le circuit des modes de discours, dans la mesure o&#249; il donne une r&#233;ponse &#224; l'impossible qui supporte la production de chacun des autres. &quot;Non seulement le discours psychanalytique rend ces formes de lien social caduques mais, &#224; vrai dire, il les rend aussi &#224; proprement parler comiques, au sens psychanalytique du terme, puisque &#224; cause de ce discours psychanalytique, les autres&#160; viennent chuter dans leur phallicit&#233;&quot;.  7   &#13;&#10;Charles Melman souligne que ce qu'on a l'habitude d'appeler &quot;crise des id&#233;ologies&quot;, serait plut&#244;t une &quot;crise de discours&quot;, puisque le probl&#232;me du sujet moderne est qu'il ne peut plus se retrouver dans un discours qui tienne. Cette aporie est sans doute en lien intime avec une deuxi&#232;me &#233;vidence qui est celle de la crise du sujet, son corr&#233;lat &#233;tant l'objet qui lui manque pour &#234;tre, cet objet a, qui laisse le sujet dans l'&#233;tat de clivage qui lui est immanent. &quot;C'est pourquoi Lacan prend la peine de dire chaque fois que le discours psychanalytique est un discours sans parole. Cela pour une raison qui n'est pas seulement m&#233;canique, puisque s'il est vrai que c'est l'objet a qui se trouve &#224; la place d'agent, il est clair que cet objet a ne laisse d'autre place qu'&#224; l'&#233;clipse du sujet et donc du m&#234;me coup &#224; la disparition de toute parole&quot;.  8  &#13;&#10;Pour l'auteur, la coupure r&#233;alis&#233; par Lacan dans sa lecture de Freud vient introduire une subversion de l&amp;rsquo;&#233;thique &#224; partir du moment o&#249; elle n'est pas l'objet de l'emp&#234;chement, mais qu'au contraire c'est une&#160; &#233;thique qui pousse le sujet &#224; &quot;avoir le courage de son fantasme&quot;, non pas dans le sens de se sentir concern&#233; par lui, mais dans le sens de l'amener jusqu'au bout. C'est une &#233;thique anim&#233;e par le d&#233;sir, qui concerne bien entendu le d&#233;sir de l'analyste. &#13;&#10;Ethique et politique se rejoignent dans une interrogation sur la place du sujet dans la cit&#233;. La psychanalyse viendrait d&#233;ranger notre vie politique puisque la psychanalyse part de l'hypoth&#232;se que, &#224; la place du signifiant que nous faisons fonctionner comme S1 dans l'Autre, il n'y a personne et il n'y a rien.&#160;&#160;  &#13;&#10;Pour Charles Melman, le fonctionnement politique de la psychanalyse, sa vie de &quot;soci&#233;t&#233;&quot;, ne sont pas exempt&#233;s des ph&#233;nom&#232;nes collectifs qui n&#233;cessitent l'existence d'un ma&#238;tre ou des ma&#238;tres qui &#224;&#160; leurs tours seront remplac&#233;s par leurs &#233;l&#232;ves dans l'espoir d'un acc&#232;s &#224; la ma&#238;trise. Au contraire, le fonctionnement de l'association est &#233;tabli en fonction de l'&#233;galit&#233; de ses membres, chacun a l&#224; &#224; porter -m&#234;me si ce n'est pas le cas- sa part du travail; on attend de lui qu'il y contribue comme tout le monde; on est associ&#233;s!  9   &#13;&#10;L'&#233;cole est encore une autre chose diff&#233;rente de la soci&#233;t&#233; ou de l'association, puisque l'&#233;cole suppose un r&#233;f&#233;rent commun qui pour les psychanalystes ne se r&#233;sume &#224; un savoir mais &quot;le savoir concernant le r&#233;el qui est lui m&#234;me le lieu du savoir&quot;.  9 . Lieu du savoir que&#160; n'est pas organis&#233; &#224; partir du savoir d&amp;rsquo;un ma&#238;tre, mais organis&#233; autour de la faille, de ce r&#233;el comme &#233;tant l'impossible, qui conduit les psychanalystes &#224; l'approcher par le biais des concepts.&#160;  &#13;&#10;Habiter le langage se paie d'une dette. Le sujet humain reste sous l'emprise du pouvoir du signifiant en &#233;tant soumis au &quot;tu dois&quot;. Et la mani&#232;re d'agencer ce paradoxe, c'est en tuant l'imp&#233;ratif qui nous vient de l'Autre et dont son effet d'autorit&#233; infantilise. &#13;&#10;Pour Charles Melman, le s&#233;rieux de la psychanalyse, s'inscrit dans le s&#233;riel, le terrain m&#234;me du transfert o&#249; l'&#233;preuve par la parole r&#233;duit le signifiant au trait unaire; trait Un, qui est le repr&#233;sentant de la coupure entre savoir et v&#233;rit&#233;. Selon lui, le d&#233;faut de r&#233;f&#233;rent dans l'Autre prive celui-ci de toute rationalit&#233;, la rationalit&#233; qui se d&#233;duit du fait d'&#234;tre le r&#233;sultat d'un r&#233;el qui r&#233;siste au signifiant. C'est cela la v&#233;rit&#233; du grand Autre. Le traumatisme est caract&#233;ris&#233; comme &#233;tant la rencontre avec ce qui de l'Autre fait Un.&#160;  &#13;&#10; &#13;&#10;Le s&#233;minaire de Charles Melman se conclut autour de la question du d&#233;sir de l'analyste, question qui est mise en tension avec le statut m&#234;me du fantasme de l'analyste: Quel est le rapport de l'analyste &#224; son propre fantasme, &#224; son propre syst&#232;me? Et, s'il y a un fantasme de l'analyste, quelle est la sp&#233;cificit&#233; de son objet? Le rien comme objet serait-il l'os de la psychanalyse?  &#13;&#10;&quot;Savoir se servir du Nom-du-P&#232;re pour pouvoir s'en passer... mais cela d&#233;pend &#233;videment de ce que pour chaque analyste fait son d&#233;sir, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire le point o&#249; il en est dans sa relation au fantasme... si le d&#233;sir de l'analyste consiste &#224; tenter de d&#233;faire le sympt&#244;me, le sinthome, vous voyez l&#224; aussi comment on revient au sinthome, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire &#224; ce qui se retranche pour satisfaire aux exigences de la saintet&#233;&quot;.  11  &#13;&#10;On peut se passer du Nom-du-P&#232;re &#224; condition de s'en servir car le Nom-du-P&#232;re permet chez l'&#234;tre parlant l'inscription de la limite du symbolique : dans l'Autre il y a du r&#233;el..   Notes :  1 - p.11 2 - p.15 3 - p.16 4 - p.21 5 - p.32 6 - p.52 7 - p.84 8 - p.87 9 - p.126 10 - p.126 11 - p.212 </description>
         <pubDate>03/16/10 18:20:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p><strong>A propos du r&eacute;el...</strong><br />
Ce dernier ouvrage de Charles Melman correspond &agrave; la transcription de son s&eacute;minaire qui a eu lieu &agrave; l'amphith&eacute;&acirc;tre Magnan de l'H&ocirc;pital Sainte-Anne, dans les ann&eacute;es 1993-1994.<br />
Un grand nombre de questions va &ecirc;tre trait&eacute; par l'auteur, aussi bien sur le plan clinique que sur le plan th&eacute;orique. Le lecteur pourra saisir, au fil des le&ccedil;ons, les r&eacute;ponses aux questions fondamentales qui vont de la question des origines &agrave; la vie contemporaine, de la clinique &agrave; la politique, du sympt&ocirc;me &agrave; l&rsquo;&eacute;thique, bref, des questions qui concernent les impasses du langage, et leur corr&eacute;lat dans la mal&eacute;diction sur le sexe qui caract&eacute;rise le malaise dans la civilisation.&nbsp; <br />
Un premier aspect qui va marquer le d&eacute;but du s&eacute;minaire, est la question autour du r&eacute;el et la mani&egrave;re dont le langage s'inscrit dans un mode de d&eacute;fense contre celui-ci. C'est &quot;contre&quot; ce r&eacute;el que le sujet est amen&eacute; &agrave; parler et &agrave; en payer le prix d'&ecirc;tre inscrit dans le r&eacute;seau du langage. Ce r&eacute;el en question, qui va organiser les propos de Charles Melman tout au long de l'ann&eacute;e, est d&eacute;fini, entre autres, comme &quot;le manque de s&eacute;rieux avec lequel la psychanalyse est ent&eacute;rin&eacute;e&quot; <sup>1</sup><br />
Tout au d&eacute;but de son s&eacute;minaire, et afin de justifier son titre, <em>Probl&egrave;mes pos&eacute;s &agrave; la psychanalyse</em>, Charles Melman en&nbsp; souligne deux.<br />
D'abord, il pose la question des limites de l'ex&eacute;g&egrave;se de la doctrine psychanalytique. Pour l'auteur, la mani&egrave;re dont sont&nbsp; amen&eacute;s &agrave; la r&eacute;flexion les corpus freudien et lacanien, s'inscrit toujours dans le contexte d'une t&acirc;che interminable, qui emp&ecirc;che l'acc&egrave;s &agrave; un point de conclusion envisageable, de bilan, et qui puisse permettre la relance de la r&eacute;flexion &agrave; partir de ce point d'ach&egrave;vement de l'oeuvre, que ce soit celle de Freud ou de Lacan. Ce probl&egrave;me de doctrine toucherait directement la pratique puisque, si l'ex&eacute;g&egrave;se est infinie, l'acte analytique comme tel serait &eacute;galement inscrit dans cette infinitude. <br />
D'un autre c&ocirc;t&eacute;, que ce soit dans la clinique ou bien dans le travail des textes, l'analyste ne peut pas &ecirc;tre con&ccedil;u comme un herm&eacute;neute. Il n'est pas un herm&eacute;neute car l'interpr&eacute;tation arrive &agrave; un point limite. L'interpr&eacute;tation a un terme qui est celui qui introduit l'objet petit a comme &eacute;tant la limite m&ecirc;me de l'interpr&eacute;tation. Pour l'auteur, &quot;la finitude que nous lui accordons ainsi &agrave; l'interpr&eacute;tation analytique est le seul moyen d'&eacute;viter que ne se mette en place quelque syst&egrave;me que ce soit&quot;. <sup>2</sup><br />
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Lorsque l'on prend la psychanalyse au s&eacute;rieux, de ce geste se d&eacute;duit l'hypoth&egrave;se que la psychanalyse concerne le sexuel. Une inscription du sens &agrave; la question du sexuel conduit forc&eacute;ment aux limites du sens lui-m&ecirc;me, car le sens en tant que sexuel introduit la limite du non-sens, donc du pas-tout. Le sexuel ne pouvant pas &eacute;puiser tout le sens, vient se situer dans un au-del&agrave;; c'est un r&eacute;el qui ek-siste au sexuel et qui joue un r&ocirc;le essentiel pour les psychanalystes puisque c'est la substance du sympt&ocirc;me, l'hyst&eacute;rique &eacute;tant un t&eacute;moin exemplaire. <br />
Ce qui int&eacute;resse la psychanalyse est la mani&egrave;re dont ce &quot;hors sens&quot;, ce r&eacute;el qui ek-siste au sujet organise l'univers du d&eacute;sir. Le d&eacute;sir est &agrave; prendre et &agrave; entendre &agrave; la lettre puisque c'est la lettre qui le constitue ou, comme le souligne l'auteur, &quot;l'objet de ce d&eacute;sir est la lettre elle-m&ecirc;me (&hellip;) l'objet vrai de la jouissance est la lettre&quot;. <sup>3</sup><br />
Charles Melman reprend la premi&egrave;re phrase du s&eacute;minaire de Lacan D'un Autre &agrave; l'autre, pour faire sentir la port&eacute;e de l'inconsistance de l'Autre : &quot;l'essence de la psychanalyse est d'&ecirc;tre un discours sans paroles&quot; puisque s'il y avait une parole d'injonction dans l'analyse, ce ne serait plus de l'analyse. Dans l'Autre il n'y a rien qui puisse soutenir l'importance que le n&eacute;vros&eacute; porte &agrave; sa parole. &quot;La coupure dans le grand Autre ne supporte aucun sujet, nous le savons. C'est bien pourquoi vous n'avez pas &agrave; attendre du grand Autre quelque injonction pour que vous commenciez &agrave; prendre la psychanalyse au s&eacute;rieux, et si vous ne la prenez au s&eacute;rieux, elle ne sera pas tr&egrave;s int&eacute;ressante&quot;. <sup>4</sup><br />
Croire &agrave; la consistance de l'Autre en tant que garant du tr&eacute;sor du langage, induit la supposition que S1 et S2 peuvent tenir ensemble. Et c&rsquo;est en quoi l'inconscient est le politique, puisque c'est en ce sens-l&agrave; que le politique concerne l'inconscient de chacun. Lorsque S1 et S2 peuvent tenir ensemble chez le sujet, cela fait de lui un militant.<br />
Autrement dit, Charles Melman insiste sur le fait que la psychanalyse ne peut s'organiser, en tant que discours, sur la base d'une injonction quelconque. Elle d&eacute;pend de la singularit&eacute; du rapport de chacun avec la psychanalyse et de la mani&egrave;re dont chacun &eacute;tabli un dialogue et un d&eacute;bat avec les th&egrave;ses avanc&eacute;es par Freud et ceux qui l' ont suivi. &nbsp;&nbsp;&nbsp; <br />
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<strong>Les impasses du corps. L'hyst&eacute;rie.</strong><br />
Pour l'auteur, la psychanalyse a &eacute;t&eacute;&nbsp; fond&eacute;e &agrave; partir du t&eacute;moignage de l'hyst&eacute;rique, et sa progression a &eacute;t&eacute; marqu&eacute;e par l'&eacute;chec de la r&eacute;solution du sympt&ocirc;me, donc de sa gu&eacute;rison. Charles Melman affirme que gu&eacute;rir l'hyst&eacute;rique de ce statut qui lui donne une qualit&eacute; d'&ecirc;tre Autre, n'est pas tr&egrave;s ais&eacute;. L'espoir de Freud qui voulait qu'une femme puisse &ecirc;tre castr&eacute;e comme un homme et qu'elle puisse articuler son d&eacute;sir comme lui, est une alternative obsol&egrave;te. <br />
Charles Melman signale que l'obstacle &agrave; la gu&eacute;rison de l'hyst&eacute;rique se situe dans l'espace de la culture elle-m&ecirc;me. La culture &eacute;tant un sympt&ocirc;me collectif, chaque sujet s'arrange pour s'inscrire en elle selon les imp&eacute;ratifs de sa propre jouissance. <br />
La construction erron&eacute;e &eacute;tablie par l'hyst&eacute;rique sur la base de sa douleur, vise &agrave; faire exister l'homme, un vrai, non castr&eacute;. Etant donn&eacute; sa difficult&eacute; &agrave; en trouver un, son choix est celui de le faire exister en Nom du P&egrave;re. Sa t&acirc;che aveugle donc, est celle de faire exister l'homme en l'incarnant, car il n'est pas question de laisser cette place vide.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br />
La douleur mal situ&eacute;e de l'hyst&eacute;rique cherche dans son corps un lieu d'inscription. Il y a toujours&nbsp; un probl&egrave;me majeur qui est celui de l'hyst&eacute;rique et son corps, car ce corps lui ek-siste parce que c'est le lieu de l'Autre : &quot;ce lieu de son corps est effectivement un lieu &eacute;trange puisqu'il fonctionne imaginairement comme un d&eacute;potoir&quot; <sup>5</sup>, d&eacute;potoir de cet objet immonde qui est l'objet petit a, cause du d&eacute;sir de son partenaire. <br />
Comment s'&eacute;tablit le rapport de l'hyst&eacute;rique &agrave; son grand Autre?&nbsp;&nbsp; <br />
Faute de refoulement, l'hyst&eacute;rique trouve dans le trait unaire les &eacute;l&eacute;ments n&eacute;cessaires&nbsp; pour s'inscrire comme &eacute;tant au-moins-Une, ce qui gr&acirc;ce &agrave; la sublimation, elle peut incarner.&nbsp; <br />
L'hyst&eacute;rique fait corps avec l'Autre, mais c'est un corps qui reste tout de m&ecirc;me en dehors d'elle. La th&egrave;se de Charles Melman c'est que l'hyst&eacute;rique, avec son corps, elle devient l'Autre de l'Autre, toute phallique, non castr&eacute;e, c&rsquo;est-&agrave;-dire la garantie d'un savoir sur l'Autre et cause de son infaillibilit&eacute;. <br />
&quot;C'est ce corps en tant qu'il r&eacute;sout toutes le apories propres au grand Autre. Et c'est peut-&ecirc;tre l&agrave; qui g&icirc;t ce paradoxe qu'une femme puisse &eacute;prouver une certain nombre de difficult&eacute;s dans son rapport au savoir, &ecirc;tre dans l'incertitude, et en m&ecirc;me temps fonctionner comme &eacute;tant la garantie absolue &agrave; partir de son corps&quot;. <sup>6</sup>. Placer son corps au niveau d'une ext&eacute;riorit&eacute;, comme Autre de l'Autre, vient donner la raison, la solution et mettre une point &agrave; ces questions pos&eacute;es par les &eacute;nigmes de la jouissance.<br />
Ce qui vient faire exception &agrave; la castration est l'&eacute;l&eacute;ment qui prend la valeur du Un totalisant, situ&eacute; au lieu de l'Autre. C'est la mani&egrave;re par le biais de laquelle une femme peut venir &agrave; cette place d'Autre de l'Autre, place que lui est accord&eacute;e &agrave; partir du moment o&ugrave; elle se situe du c&ocirc;t&eacute; du S1. C'est de ce signifiant ma&icirc;tre et de sa solidarit&eacute; avec lui qu'elle re&ccedil;oit son propre message, qui lui permet d'imaginer son corps comme &eacute;tant celui de l'au-moins-Un ou de l'au-moins-Une, puisque apr&egrave;s tout c'est la place du r&eacute;el o&ugrave; elle se tient par destination, dans ce lieu qu'on&nbsp; appelle le lieu de l'Autre. C'est ainsi qu'elle peut prendre place comme l'exception, comme l'au-moins-Une qui &eacute;chappe &agrave; la castration, bref, comme Autre de l'Autre.<br />
<br />
<strong>L'inconscient est le politique.</strong><br />
Par la suite, Charles Melman va introduire une s&eacute;rie d'&eacute;vidences dans la ph&eacute;nom&eacute;nologie du discours qui, &agrave; la mani&egrave;re d'un nouveau contrat social, sont intimement li&eacute;es aux cons&eacute;quences du positionnement du sujet dans son habitat de langage. Une premi&egrave;re de ces &eacute;vidences est en rapport au fait que l'&eacute;criture du discours psychanalytique vient boucler le circuit des modes de discours, dans la mesure o&ugrave; il donne une r&eacute;ponse &agrave; l'impossible qui supporte la production de chacun des autres. &quot;Non seulement le discours psychanalytique rend ces formes de lien social caduques mais, &agrave; vrai dire, il les rend aussi &agrave; proprement parler comiques, au sens psychanalytique du terme, puisque &agrave; cause de ce discours psychanalytique, les autres&nbsp; viennent chuter dans leur phallicit&eacute;&quot;. <sup>7</sup> <br />
Charles Melman souligne que ce qu'on a l'habitude d'appeler &quot;crise des id&eacute;ologies&quot;, serait plut&ocirc;t une &quot;crise de discours&quot;, puisque le probl&egrave;me du sujet moderne est qu'il ne peut plus se retrouver dans un discours qui tienne. Cette aporie est sans doute en lien intime avec une deuxi&egrave;me &eacute;vidence qui est celle de la crise du sujet, son corr&eacute;lat &eacute;tant l'objet qui lui manque pour &ecirc;tre, cet objet a, qui laisse le sujet dans l'&eacute;tat de clivage qui lui est immanent. &quot;C'est pourquoi Lacan prend la peine de dire chaque fois que le discours psychanalytique est un discours sans parole. Cela pour une raison qui n'est pas seulement m&eacute;canique, puisque s'il est vrai que c'est l'objet a qui se trouve &agrave; la place d'agent, il est clair que cet objet a ne laisse d'autre place qu'&agrave; l'&eacute;clipse du sujet et donc du m&ecirc;me coup &agrave; la disparition de toute parole&quot;. <sup>8</sup><br />
Pour l'auteur, la coupure r&eacute;alis&eacute; par Lacan dans sa lecture de Freud vient introduire une subversion de l&rsquo;&eacute;thique &agrave; partir du moment o&ugrave; elle n'est pas l'objet de l'emp&ecirc;chement, mais qu'au contraire c'est une&nbsp; &eacute;thique qui pousse le sujet &agrave; &quot;avoir le courage de son fantasme&quot;, non pas dans le sens de se sentir concern&eacute; par lui, mais dans le sens de l'amener jusqu'au bout. C'est une &eacute;thique anim&eacute;e par le d&eacute;sir, qui concerne bien entendu le d&eacute;sir de l'analyste.<br />
Ethique et politique se rejoignent dans une interrogation sur la place du sujet dans la cit&eacute;. La psychanalyse viendrait d&eacute;ranger notre vie politique puisque la psychanalyse part de l'hypoth&egrave;se que, &agrave; la place du signifiant que nous faisons fonctionner comme S1 dans l'Autre, il n'y a personne et il n'y a rien.&nbsp;&nbsp; <br />
Pour Charles Melman, le fonctionnement politique de la psychanalyse, sa vie de &quot;soci&eacute;t&eacute;&quot;, ne sont pas exempt&eacute;s des ph&eacute;nom&egrave;nes collectifs qui n&eacute;cessitent l'existence d'un ma&icirc;tre ou des ma&icirc;tres qui &agrave;&nbsp; leurs tours seront remplac&eacute;s par leurs &eacute;l&egrave;ves dans l'espoir d'un acc&egrave;s &agrave; la ma&icirc;trise. Au contraire, le fonctionnement de l'association est &eacute;tabli en fonction de l'&eacute;galit&eacute; de ses membres, chacun a l&agrave; &agrave; porter -m&ecirc;me si ce n'est pas le cas- sa part du travail; on attend de lui qu'il y contribue comme tout le monde; on est associ&eacute;s! <sup>9</sup> <br />
L'&eacute;cole est encore une autre chose diff&eacute;rente de la soci&eacute;t&eacute; ou de l'association, puisque l'&eacute;cole suppose un r&eacute;f&eacute;rent commun qui pour les psychanalystes ne se r&eacute;sume &agrave; un savoir mais &quot;le savoir concernant le r&eacute;el qui est lui m&ecirc;me le lieu du savoir&quot;. <sup>9</sup>. Lieu du savoir que&nbsp; n'est pas organis&eacute; &agrave; partir du savoir d&rsquo;un ma&icirc;tre, mais organis&eacute; autour de la faille, de ce r&eacute;el comme &eacute;tant l'impossible, qui conduit les psychanalystes &agrave; l'approcher par le biais des concepts.&nbsp; <br />
Habiter le langage se paie d'une dette. Le sujet humain reste sous l'emprise du pouvoir du signifiant en &eacute;tant soumis au &quot;tu dois&quot;. Et la mani&egrave;re d'agencer ce paradoxe, c'est en tuant l'imp&eacute;ratif qui nous vient de l'Autre et dont son effet d'autorit&eacute; infantilise.<br />
Pour Charles Melman, le s&eacute;rieux de la psychanalyse, s'inscrit dans le s&eacute;riel, le terrain m&ecirc;me du transfert o&ugrave; l'&eacute;preuve par la parole r&eacute;duit le signifiant au trait unaire; trait Un, qui est le repr&eacute;sentant de la coupure entre savoir et v&eacute;rit&eacute;. Selon lui, le d&eacute;faut de r&eacute;f&eacute;rent dans l'Autre prive celui-ci de toute rationalit&eacute;, la rationalit&eacute; qui se d&eacute;duit du fait d'&ecirc;tre le r&eacute;sultat d'un r&eacute;el qui r&eacute;siste au signifiant. C'est cela la v&eacute;rit&eacute; du grand Autre. Le traumatisme est caract&eacute;ris&eacute; comme &eacute;tant la rencontre avec ce qui de l'Autre fait Un.&nbsp; <br />
<br />
Le s&eacute;minaire de Charles Melman se conclut autour de la question du d&eacute;sir de l'analyste, question qui est mise en tension avec le statut m&ecirc;me du fantasme de l'analyste: Quel est le rapport de l'analyste &agrave; son propre fantasme, &agrave; son propre syst&egrave;me? Et, s'il y a un fantasme de l'analyste, quelle est la sp&eacute;cificit&eacute; de son objet? Le rien comme objet serait-il l'os de la psychanalyse? <br />
&quot;Savoir se servir du Nom-du-P&egrave;re pour pouvoir s'en passer... mais cela d&eacute;pend &eacute;videment de ce que pour chaque analyste fait son d&eacute;sir, c&rsquo;est-&agrave;-dire le point o&ugrave; il en est dans sa relation au fantasme... si le d&eacute;sir de l'analyste consiste &agrave; tenter de d&eacute;faire le sympt&ocirc;me, le sinthome, vous voyez l&agrave; aussi comment on revient au sinthome, c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; ce qui se retranche pour satisfaire aux exigences de la saintet&eacute;&quot;. <sup>11</sup><br />
On peut se passer du Nom-du-P&egrave;re &agrave; condition de s'en servir car le Nom-du-P&egrave;re permet chez l'&ecirc;tre parlant l'inscription de la limite du symbolique : dans l'Autre il y a du r&eacute;el..</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - p.11<br />2 - p.15<br />3 - p.16<br />4 - p.21<br />5 - p.32<br />6 - p.52<br />7 - p.84<br />8 - p.87<br />9 - p.126<br />10 - p.126<br />11 - p.212<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>L'intime, th&#232;me et variations</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3232-lintime_theme_et_variations.htm</link>
         <description> &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;   &#13;&#10;  &#13;&#10;   Normal &#13;&#10;   0 &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   21 &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   false &#13;&#10;   false &#13;&#10;   false &#13;&#10;   &#13;&#10;   FR &#13;&#10;   X-NONE &#13;&#10;   X-NONE &#13;&#10;   &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;   &#13;&#10;   MicrosoftInternetExplorer4 &#13;&#10;   &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;    &#13;&#10;  &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;   &#13;&#10;  &#13;&#10;   &#13;&#10;        L&amp;rsquo;intime conna&#238;t de beaux jours. Sa m&#233;diatisation n&amp;rsquo;en facilite pas pour autant l&amp;rsquo;analyse.  Pour une histoire de l&amp;rsquo;intime et de ses variations , ouvrage collectif qui rassemble dix articles, sous la direction de Anne Coudreuse et de Fran&#231;oise Simonet-Tenant, se propose de faire le point des connaissances et des recherches en cours sur la notion d&amp;rsquo;intime pr&#233;sente dans la litt&#233;rature depuis la Renaissance. C&amp;rsquo;est un ouvrage de sp&#233;cialistes de diff&#233;rentes disciplines, tr&#232;s document&#233;, qui contient une mine de r&#233;f&#233;rences pr&#233;cieuses et qui aborde la question de l&amp;rsquo;intime dans son fondement en confrontant des points de vue aussi vari&#233;s que ceux de l&amp;rsquo;analyse lexicographique, de l&amp;rsquo;histoire et de la politique et d&amp;rsquo;exemples litt&#233;raires plus ou moins connus ou surprenants. L&amp;rsquo;ouvrage est organis&#233;, dans une perspective chronologique, en quatre chapitres.         &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  &#13;&#10;Qu&amp;rsquo;est-ce que l&amp;rsquo;intime ? C&amp;rsquo;est la question &#224; laquelle tente de r&#233;pondre chacun des articles, mais sans r&#233;ponse certaine comme le souligne l&amp;rsquo;historienne Anne-Claire Rebreyend. Consid&#233;r&#233; dans son historicit&#233;, l&amp;rsquo;intime est une notion &#233;minemment changeante. Comme le montre l&amp;rsquo;analyse lexicographique tr&#232;s &#233;clairante d&#233;velopp&#233;e &amp;ndash; donn&#233;es statistiques &#224; l&amp;rsquo;appui &#224; partir du catalogue de la BNF et de la base Frantext &amp;ndash; par V&#233;ronique Mont&#233;mont dans &amp;ldquo;L&amp;rsquo;intime : histoire lexicale, histoire des sensibilit&#233;s&amp;rdquo;, l&amp;rsquo;intime est paradoxal puisqu&amp;rsquo;il est de l&amp;rsquo;ordre du &amp;ldquo;plus int&#233;rieur&amp;rdquo; mis en sc&#232;ne dans l&amp;rsquo;espace public. Depuis le XVIIe si&#232;cle, il est affect&#233; de sens bien diff&#233;rents. &#192; cette &#233;poque, l&amp;rsquo;on passe de l&amp;rsquo;id&#233;e d&amp;rsquo;une amiti&#233; vraie, d&amp;rsquo;un rapport vrai &#224; l&amp;rsquo;autre contenus dans les expressions d&amp;rsquo;&amp;ldquo;ami intime&amp;rdquo; ou de &amp;ldquo;conseiller intime&amp;rdquo; &#224; celle de journal intime de nos jours. Le XVIIIe si&#232;cle marque le passage vers la notion d&amp;rsquo;int&#233;riorit&#233; qui va trouver son apog&#233;e au XIXe si&#232;cle et se d&#233;ployer au XXe si&#232;cle dans les champs s&#233;mantiques du ressenti, du secret, de &amp;ldquo;l&amp;rsquo;imp&#233;n&#233;trable&amp;rdquo; de la vie psychique et aussi du corps. On parle ainsi de &amp;ldquo;toilette intime&amp;rdquo; et des &amp;ldquo;parties intimes&amp;rdquo;. Autrement dit, les champs d&amp;rsquo;extension de l&amp;rsquo;intime varient consid&#233;rablement selon les &#233;poques. Fran&#231;oise Simonet-Tenant propose, en &#233;cho, dans son article &amp;ldquo;&#192; la recherche des pr&#233;mices d&amp;rsquo;une culture de l&amp;rsquo;intime&amp;rdquo;, un parcours historique de la notion depuis la pratique de la confession encourag&#233;e par l&amp;rsquo;&#201;glise au concile de Latran jusqu&amp;rsquo;&#224; la correspondance au XIXe si&#232;cle qui devient correspondance avec soi, voire &#233;panchement de soi &#224; destination des proches, et m&#234;me lettres d&amp;rsquo;amour &#224; l&amp;rsquo;&#233;poque romantique ou blogs aujourd&amp;rsquo;hui. L&amp;rsquo;intime, parce qu&amp;rsquo;il est aussi &amp;ldquo;d&#233;sir d&amp;rsquo;intimit&#233;&amp;rdquo;, se met en sc&#232;ne de fa&#231;on inattendue dans la ma&#238;trise d&amp;rsquo;un temps pour soi qu&amp;rsquo;autorise la toute nouvelle &amp;ldquo;horloge du corps&amp;rdquo; &#224; savoir la montre, dans l&amp;rsquo;expression du droit au secret que garantit la serrure ou dans l&amp;rsquo;espace bien &#224; soi du cabinet, qui n&amp;rsquo;est plus de lecture, mais qui s&amp;rsquo;ouvre sur le boudoir.         &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  &#13;&#10;Quelles sont les productions affect&#233;es de l&amp;rsquo;estampille intime ? Quelles modalit&#233;s d&amp;rsquo;&#233;criture sont &#224; l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre dans l&amp;rsquo;expression de l&amp;rsquo;intime ? L&#224; encore, le champ de l&amp;rsquo;analyse ouvert par les diff&#233;rents articles est tr&#232;s vaste : il englobe les confessions &#224; la Rousseau, les journaux qui au XVIIe si&#232;cle conqui&#232;rent les deux territoires qu&amp;rsquo;ils occupent actuellement : le public et le priv&#233; et deviennent intimes tardivement, les correspondances, les autoportraits et autobiographies. Que dire toutefois des  M&#233;moires pour servir &#224; la vie de Monsieur de Voltaire &#233;crits par lui-m&#234;me  &amp;ndash; le titre en dit long sur les intentions &amp;ndash; qu&amp;rsquo;analyse Jean Goldzink dans &amp;ldquo;Le Refus de l&amp;rsquo;intime&amp;rdquo;, et met en &#233;vidence, avec un humour tout voltairien, la pratique tr&#232;s particuli&#232;re du philosophe qui oscille entre auto-ironie sur les petites mis&#232;res de son corps vieillissant et la construction habile d&amp;rsquo;une image de soi qui serve sa post&#233;rit&#233; litt&#233;raire ? Tout en faisant silence sur son enfance, sur son adolescence, sur ses amours avec &#201;milie du Ch&#226;telet ou avec sa ni&#232;ce amante Madame Denis. Au grand dam des curieux.         &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  &#13;&#10;Anne-Claire Rebreyend, dans l&amp;rsquo;article qu&amp;rsquo;elle intitule &amp;ldquo;Repr&#233;sentations des intimit&#233;s amoureuses dans la France du XXe si&#232;cle&amp;rdquo;, trace l&amp;rsquo;&#233;volution de l&amp;rsquo;intime de l&amp;rsquo;entre-deux-guerres &#224; 1975, en s&amp;rsquo;appuyant sur les archives autobiographiques nombreuses au XXe si&#232;cle. &amp;ldquo;Feutr&#233;&amp;rdquo; avant la seconde guerre mondiale, mis en sourdine pendant, &amp;ldquo;questionn&#233;&amp;rdquo; dans les ann&#233;es 1945-1965, &amp;ldquo;exhib&#233;&amp;rdquo; ensuite, l&amp;rsquo;intime est aussi l&amp;rsquo;expression des rapports conjugaux et de la sexualit&#233; dans le mariage et hors de lui. &#192; notre &#233;poque se font jour des modalit&#233;s d&amp;rsquo;&#233;criture singuli&#232;res et nouvelles telles que les blogs, le film &amp;ndash; Jean-Louis Jeannelle rapporte les deux entretiens que lui a accord&#233;s en 2009 Alain Cavalier &#224; propos de la &amp;ldquo;somme autobiographique&amp;rdquo; que constituent ses quatre films  La Rencontre ,  Le Filmeur ,  Ce r&#233;pondeur ne prend pas de messages  et  Ir&#232;ne . Ou encore un r&#233;cit tout &#224; fait d&#233;routant que Anne Coudreuse pr&#233;sente dans &amp;ldquo;Un sens en moins, du sens en plus : une lecture de  Rapport sur moi  de Gr&#233;goire Bouillier&amp;rdquo;.  Rapport sur moi  rompt avec les normes du r&#233;cit ne serait-ce que par son titre, qui fait davantage penser au rapport de police qu&amp;rsquo;&#224; l&amp;rsquo;&#233;criture de soi et dont l&amp;rsquo;&#233;criture marqu&#233;e par la s&#233;cheresse des notations, le refus de toute psychisation, une &amp;ldquo;attention au signifiant&amp;rdquo; aigu&#235; &amp;ndash; les mots peuvent &amp;ldquo;&#233;trangler&amp;rdquo; celui qui les re&#231;oit &amp;ndash;, &amp;ldquo;l&amp;rsquo;&#233;clairage s&#233;mantique et &#233;tymologique&amp;rdquo; que le narrateur porte sur son pass&#233;, fait du texte un objet &#233;tonnant, proche d&amp;rsquo;une production de graphomaniaque, qui refuse la psychanalyse mais qui ne peut vraiment s&amp;rsquo;entendre qu&amp;rsquo;&#224; partir d&amp;rsquo;elle, comme le propose l&amp;rsquo;analyse d&amp;rsquo;Anne Coudreuse         &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  &#13;&#10;Toutes ces modalit&#233;s de l&amp;rsquo;&#233;crit intime ont en commun de requ&#233;rir plus ou moins volontairement et consciemment la pr&#233;sence du lecteur ou du spectateur, quel qu&amp;rsquo;il soit : un large public ou un public restreint aux proches comme dans le cas du Journal du baron de Prangins, r&#233;dig&#233; en grande partie dans son ch&#226;teau, sur les bords du L&#233;man, de 1771 &#224; 1779 et que Philippe Le jeune analyse dans &amp;ldquo;Le journal au seuil de l&amp;rsquo;intimit&#233;&amp;rdquo;. Journal au demeurant curieusement tenu par moments &#224; plusieurs mains dans lequel le baron, homme jeune et fortun&#233;, tient davantage le journal de ses lectures, de la petite soci&#233;t&#233; proche de lui et du ch&#226;teau que celui de ses &#233;lans amoureux ou de ceux des visiteurs. Malgr&#233; le caract&#232;re intrins&#232;que de l&amp;rsquo;intime, tel que l&amp;rsquo;&#233;tymologie le laisse entendre, Brigitte et Jos&#233;-Luis Diaz soulignent la n&#233;cessit&#233;, dans &amp;ldquo;Le si&#232;cle de l&amp;rsquo;intime&amp;rdquo;, de la &amp;ldquo;th&#233;&#226;tralit&#233; aussi confidentielle soit-elle&amp;rdquo;, comme validation que l&amp;rsquo;on porte sur soi et qui n&amp;rsquo;est pas &#233;trang&#232;re &#224; l&amp;rsquo;id&#233;e que l&amp;rsquo;intime a en soi une part d&amp;rsquo;universel. Le destinataire ou le lecteur potentiel assume la fonction de miroir d&amp;rsquo;un soi qui n&amp;rsquo;est sans doute pas seulement celui du scripteur. Alain Cavalier insiste lui aussi sur ce point. Quand il filme son moi, il s&amp;rsquo;adresse inconsciemment &#224; un spectateur et si ses carnets de notes ne sont pas destin&#233;s &#224; &#234;tre lus par d&amp;rsquo;autres, ses films sont faits &amp;ldquo;pour que l&amp;rsquo;intime puisse &#234;tre partag&#233;&amp;rdquo;, dit-il.         &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  &#13;&#10;Malgr&#233; la prolif&#233;ration des &#233;crits intimes, plusieurs articles soulignent que, pour des raisons diverses, parler de soi ne va pas de soi. Ainsi, le baron de Prangins s&amp;rsquo;autocensure jugeant l&amp;rsquo;expression de ses sentiments ou le commentaire sur ses proches trop indiscrets tout en s&amp;rsquo;y laissant aller parfois, ou trop p&#233;nibles quand il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;&#233;v&#233;nements douloureux. Plus gravement, Anne Coudreuse, analysant les  M&#233;moires d&amp;rsquo;un agent royaliste sous la R&#233;volution, l&amp;rsquo;Empire et la Restauration , du Marquis de La Maisonfort, pose la question de savoir s&amp;rsquo;il est possible de lier l&amp;rsquo;expression de l&amp;rsquo;intime &#224; la r&#233;daction de M&#233;moires &#224; vis&#233;e politique et si l&amp;rsquo;on peut exposer une vie intime au regard de &amp;ldquo;l&amp;rsquo;&#233;thique aristocratique&amp;rdquo; et des bouleversements politiques qu&amp;rsquo;entra&#238;ne la R&#233;volution. Ce qui pose  ipso facto  le statut d&amp;rsquo;un texte qui retrace les &amp;ldquo;&#233;v&#233;nements publics&amp;rdquo; tout en faisant une place &#224; l&amp;rsquo;intimit&#233; des relations amoureuses et familiales. Plus probl&#233;matique encore est l&amp;rsquo;expression de la culpabilit&#233; de l&amp;rsquo;intime qui se dit dans de nombreux &#233;crits et en particulier dans l&amp;rsquo; Essai sur les r&#233;volutions de Chateaubriand , que St&#233;phanie G&#233;nand met en &#233;vidence dans un article passionnant, &amp;ldquo;Les proscrits de l&amp;rsquo;intime&amp;rdquo;. En effet, pendant la Terreur bien des aristocrates, qui &#233;taient parfois de fins lettr&#233;s, se sont confront&#233;s dans leur besoin d&amp;rsquo;&#233;crire &#224; une sorte d&amp;rsquo;auto-interdit de l&amp;rsquo;expression du moi alors que la France est &#224; feu et &#224; sang. Cela pose, de fa&#231;on encore plus cruciale que dans les  M&#233;moires d&amp;rsquo;un agent royaliste  le statut de la parole de ceux qui &#233;taient vou&#233;s &#224; la mort ou &#224; l&amp;rsquo;exil, priv&#233;s de droits civiques et qui consid&#233;raient eux-m&#234;mes toute expression des sentiments, y compris l&amp;rsquo;amour, comme une ind&#233;cence ou pire comme un potentiel argument &#224; charge de plus contre eux si leurs &#233;crits venaient &#224; &#234;tre d&#233;couverts puisque la R&#233;volution bannit tout espace priv&#233;, de la tombe &#224; la correspondance. C&amp;rsquo;est Madame de Sta&#235;l qui infl&#233;chit la proscription de l&amp;rsquo;intime dans ses  Consid&#233;rations sur les principaux &#233;v&#233;nements de la R&#233;volution fran&#231;aise  et dans  Dix ann&#233;es d&amp;rsquo;exil  en posant l&amp;rsquo;intime comme mode d&amp;rsquo;acc&#232;s &#224; la compr&#233;hension de l&amp;rsquo;histoire dont la violence &#233;chappe &#224; la rationalisation         &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  &#13;&#10;En contrepoint, Brigitte et Jos&#233;-Luis Diaz proposent une &#233;tude tr&#232;s approfondie sur l&amp;rsquo;expansion de l&amp;rsquo;intime au XIXe si&#232;cle, sa prescription, son &amp;ldquo;&#226;ge d&amp;rsquo;or&amp;rdquo;, dans le double champ d&amp;rsquo;extension du moi et de la communication. Ils recensent les tr&#232;s nombreux produits &#233;ditoriaux qui paraissent au cours du si&#232;cle, qu&amp;rsquo;ils soient des sortes de m&#233;tadiscours de l&amp;rsquo;intime ou des journaux ou des correspondances, difficiles &#224; distinguer d&amp;rsquo;un point de vue g&#233;n&#233;rique mais proches parce que port&#233;s par le &amp;ldquo;m&#234;me &#233;lan narratif&amp;rdquo;, assurant ainsi un lien entre le biographique et la correspondance. Ils font r&#233;f&#233;rence &#224; de tr&#232;s nombreux &#233;crivains parmi lesquels Chateaubriand, Stendhal, Constant, Marceline Desbordes-Valmore, Barbey d&amp;rsquo;Aurevilly, Sainte-Beuve, pour n&amp;rsquo;en citer que quelques-uns. Les &#233;crits de l&amp;rsquo;intime se multiplient avec pour leurs auteurs le b&#233;n&#233;fice sans doute esp&#233;r&#233; d&amp;rsquo;op&#233;rer une sorte de &amp;ldquo;ma&#239;eutique&amp;rdquo; du moi ou d&amp;rsquo;en faire une psychopathologie, une mystique ou encore une jouissance comme pour le jeune Henri Beyle dans sa correspondance avec sa s&amp;oelig;ur. Ils s&amp;rsquo;y autorisent car le moi n&amp;rsquo;est plus vecteur de culpabilit&#233; comme chez les proscrits de la R&#233;volution mais, d&#233;barrass&#233; des artifices sociaux, dans la v&#233;rit&#233; de son &#234;tre et en cela porteur de toute l&amp;rsquo;exp&#233;rience humaine.         &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  &#13;&#10;Ce volume ne manquera pas d&amp;rsquo;&#234;tre utile aux chercheurs et &#224; tous ceux qui, par go&#251;t ou par int&#233;r&#234;t personnel, s&amp;rsquo;interrogent sur cette question difficile de la compr&#233;hension de l&amp;rsquo;intime, question qui n&amp;rsquo;est pas r&#233;solue ici et qui, au demeurant, n&amp;rsquo;a pas cherch&#233; &#224; l&amp;rsquo;&#234;tre mais ouvre sur de multiples probl&#233;matiques d&amp;rsquo;&#233;criture. On peut toutefois regretter qu&amp;rsquo;une place n&amp;rsquo;ait pas &#233;t&#233; faite &#224; des ouvrages qui ont marqu&#233; le XXe si&#232;cle et marquent encore notre si&#232;cle naissant tels que les &#233;crits autobiographiques de Beauvoir ou les &#233;crits de Pascal Quignard, qui, certes, ne portent pas l&amp;rsquo;estampille de l&amp;rsquo;intime de la confession ou du journal intime mais disent l&amp;rsquo;intime dans des formes tout &#224; fait nouvelles. &#13;&#10;&#160;         &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; </description>
         <pubDate>03/15/10 19:45:00 CET</pubDate>
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--></style>    <style type="text/css"></style>L&rsquo;intime conna&icirc;t de beaux jours. Sa m&eacute;diatisation n&rsquo;en facilite pas pour autant l&rsquo;analyse. <em>Pour une histoire de l&rsquo;intime et de ses variations</em>, ouvrage collectif qui rassemble dix articles, sous la direction de Anne Coudreuse et de Fran&ccedil;oise Simonet-Tenant, se propose de faire le point des connaissances et des recherches en cours sur la notion d&rsquo;intime pr&eacute;sente dans la litt&eacute;rature depuis la Renaissance. C&rsquo;est un ouvrage de sp&eacute;cialistes de diff&eacute;rentes disciplines, tr&egrave;s document&eacute;, qui contient une mine de r&eacute;f&eacute;rences pr&eacute;cieuses et qui aborde la question de l&rsquo;intime dans son fondement en confrontant des points de vue aussi vari&eacute;s que ceux de l&rsquo;analyse lexicographique, de l&rsquo;histoire et de la politique et d&rsquo;exemples litt&eacute;raires plus ou moins connus ou surprenants. L&rsquo;ouvrage est organis&eacute;, dans une perspective chronologique, en quatre chapitres.        </meta>
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Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;intime ? C&rsquo;est la question &agrave; laquelle tente de r&eacute;pondre chacun des articles, mais sans r&eacute;ponse certaine comme le souligne l&rsquo;historienne Anne-Claire Rebreyend. Consid&eacute;r&eacute; dans son historicit&eacute;, l&rsquo;intime est une notion &eacute;minemment changeante. Comme le montre l&rsquo;analyse lexicographique tr&egrave;s &eacute;clairante d&eacute;velopp&eacute;e &ndash; donn&eacute;es statistiques &agrave; l&rsquo;appui &agrave; partir du catalogue de la BNF et de la base Frantext &ndash; par V&eacute;ronique Mont&eacute;mont dans &ldquo;L&rsquo;intime : histoire lexicale, histoire des sensibilit&eacute;s&rdquo;, l&rsquo;intime est paradoxal puisqu&rsquo;il est de l&rsquo;ordre du &ldquo;plus int&eacute;rieur&rdquo; mis en sc&egrave;ne dans l&rsquo;espace public. Depuis le XVIIe si&egrave;cle, il est affect&eacute; de sens bien diff&eacute;rents. &Agrave; cette &eacute;poque, l&rsquo;on passe de l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une amiti&eacute; vraie, d&rsquo;un rapport vrai &agrave; l&rsquo;autre contenus dans les expressions d&rsquo;&ldquo;ami intime&rdquo; ou de &ldquo;conseiller intime&rdquo; &agrave; celle de journal intime de nos jours. Le XVIIIe si&egrave;cle marque le passage vers la notion d&rsquo;int&eacute;riorit&eacute; qui va trouver son apog&eacute;e au XIXe si&egrave;cle et se d&eacute;ployer au XXe si&egrave;cle dans les champs s&eacute;mantiques du ressenti, du secret, de &ldquo;l&rsquo;imp&eacute;n&eacute;trable&rdquo; de la vie psychique et aussi du corps. On parle ainsi de &ldquo;toilette intime&rdquo; et des &ldquo;parties intimes&rdquo;. Autrement dit, les champs d&rsquo;extension de l&rsquo;intime varient consid&eacute;rablement selon les &eacute;poques. Fran&ccedil;oise Simonet-Tenant propose, en &eacute;cho, dans son article &ldquo;&Agrave; la recherche des pr&eacute;mices d&rsquo;une culture de l&rsquo;intime&rdquo;, un parcours historique de la notion depuis la pratique de la confession encourag&eacute;e par l&rsquo;&Eacute;glise au concile de Latran jusqu&rsquo;&agrave; la correspondance au XIXe si&egrave;cle qui devient correspondance avec soi, voire &eacute;panchement de soi &agrave; destination des proches, et m&ecirc;me lettres d&rsquo;amour &agrave; l&rsquo;&eacute;poque romantique ou blogs aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;intime, parce qu&rsquo;il est aussi &ldquo;d&eacute;sir d&rsquo;intimit&eacute;&rdquo;, se met en sc&egrave;ne de fa&ccedil;on inattendue dans la ma&icirc;trise d&rsquo;un temps pour soi qu&rsquo;autorise la toute nouvelle &ldquo;horloge du corps&rdquo; &agrave; savoir la montre, dans l&rsquo;expression du droit au secret que garantit la serrure ou dans l&rsquo;espace bien &agrave; soi du cabinet, qui n&rsquo;est plus de lecture, mais qui s&rsquo;ouvre sur le boudoir.        </meta>
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Quelles sont les productions affect&eacute;es de l&rsquo;estampille intime ? Quelles modalit&eacute;s d&rsquo;&eacute;criture sont &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre dans l&rsquo;expression de l&rsquo;intime ? L&agrave; encore, le champ de l&rsquo;analyse ouvert par les diff&eacute;rents articles est tr&egrave;s vaste : il englobe les confessions &agrave; la Rousseau, les journaux qui au XVIIe si&egrave;cle conqui&egrave;rent les deux territoires qu&rsquo;ils occupent actuellement : le public et le priv&eacute; et deviennent intimes tardivement, les correspondances, les autoportraits et autobiographies. Que dire toutefois des <em>M&eacute;moires pour servir &agrave; la vie de Monsieur de Voltaire &eacute;crits par lui-m&ecirc;me</em> &ndash; le titre en dit long sur les intentions &ndash; qu&rsquo;analyse Jean Goldzink dans &ldquo;Le Refus de l&rsquo;intime&rdquo;, et met en &eacute;vidence, avec un humour tout voltairien, la pratique tr&egrave;s particuli&egrave;re du philosophe qui oscille entre auto-ironie sur les petites mis&egrave;res de son corps vieillissant et la construction habile d&rsquo;une image de soi qui serve sa post&eacute;rit&eacute; litt&eacute;raire ? Tout en faisant silence sur son enfance, sur son adolescence, sur ses amours avec &Eacute;milie du Ch&acirc;telet ou avec sa ni&egrave;ce amante Madame Denis. Au grand dam des curieux.        </meta>
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Anne-Claire Rebreyend, dans l&rsquo;article qu&rsquo;elle intitule &ldquo;Repr&eacute;sentations des intimit&eacute;s amoureuses dans la France du XXe si&egrave;cle&rdquo;, trace l&rsquo;&eacute;volution de l&rsquo;intime de l&rsquo;entre-deux-guerres &agrave; 1975, en s&rsquo;appuyant sur les archives autobiographiques nombreuses au XXe si&egrave;cle. &ldquo;Feutr&eacute;&rdquo; avant la seconde guerre mondiale, mis en sourdine pendant, &ldquo;questionn&eacute;&rdquo; dans les ann&eacute;es 1945-1965, &ldquo;exhib&eacute;&rdquo; ensuite, l&rsquo;intime est aussi l&rsquo;expression des rapports conjugaux et de la sexualit&eacute; dans le mariage et hors de lui. &Agrave; notre &eacute;poque se font jour des modalit&eacute;s d&rsquo;&eacute;criture singuli&egrave;res et nouvelles telles que les blogs, le film &ndash; Jean-Louis Jeannelle rapporte les deux entretiens que lui a accord&eacute;s en 2009 Alain Cavalier &agrave; propos de la &ldquo;somme autobiographique&rdquo; que constituent ses quatre films <em>La Rencontre</em>, <em>Le Filmeur</em>, <em>Ce r&eacute;pondeur ne prend pas de messages</em> et <em>Ir&egrave;ne</em>. Ou encore un r&eacute;cit tout &agrave; fait d&eacute;routant que Anne Coudreuse pr&eacute;sente dans &ldquo;Un sens en moins, du sens en plus : une lecture de <em>Rapport sur moi</em> de Gr&eacute;goire Bouillier&rdquo;. <em>Rapport sur moi</em> rompt avec les normes du r&eacute;cit ne serait-ce que par son titre, qui fait davantage penser au rapport de police qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;criture de soi et dont l&rsquo;&eacute;criture marqu&eacute;e par la s&eacute;cheresse des notations, le refus de toute psychisation, une &ldquo;attention au signifiant&rdquo; aigu&euml; &ndash; les mots peuvent &ldquo;&eacute;trangler&rdquo; celui qui les re&ccedil;oit &ndash;, &ldquo;l&rsquo;&eacute;clairage s&eacute;mantique et &eacute;tymologique&rdquo; que le narrateur porte sur son pass&eacute;, fait du texte un objet &eacute;tonnant, proche d&rsquo;une production de graphomaniaque, qui refuse la psychanalyse mais qui ne peut vraiment s&rsquo;entendre qu&rsquo;&agrave; partir d&rsquo;elle, comme le propose l&rsquo;analyse d&rsquo;Anne Coudreuse        </meta>
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Toutes ces modalit&eacute;s de l&rsquo;&eacute;crit intime ont en commun de requ&eacute;rir plus ou moins volontairement et consciemment la pr&eacute;sence du lecteur ou du spectateur, quel qu&rsquo;il soit : un large public ou un public restreint aux proches comme dans le cas du Journal du baron de Prangins, r&eacute;dig&eacute; en grande partie dans son ch&acirc;teau, sur les bords du L&eacute;man, de 1771 &agrave; 1779 et que Philippe Le jeune analyse dans &ldquo;Le journal au seuil de l&rsquo;intimit&eacute;&rdquo;. Journal au demeurant curieusement tenu par moments &agrave; plusieurs mains dans lequel le baron, homme jeune et fortun&eacute;, tient davantage le journal de ses lectures, de la petite soci&eacute;t&eacute; proche de lui et du ch&acirc;teau que celui de ses &eacute;lans amoureux ou de ceux des visiteurs. Malgr&eacute; le caract&egrave;re intrins&egrave;que de l&rsquo;intime, tel que l&rsquo;&eacute;tymologie le laisse entendre, Brigitte et Jos&eacute;-Luis Diaz soulignent la n&eacute;cessit&eacute;, dans &ldquo;Le si&egrave;cle de l&rsquo;intime&rdquo;, de la &ldquo;th&eacute;&acirc;tralit&eacute; aussi confidentielle soit-elle&rdquo;, comme validation que l&rsquo;on porte sur soi et qui n&rsquo;est pas &eacute;trang&egrave;re &agrave; l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;intime a en soi une part d&rsquo;universel. Le destinataire ou le lecteur potentiel assume la fonction de miroir d&rsquo;un soi qui n&rsquo;est sans doute pas seulement celui du scripteur. Alain Cavalier insiste lui aussi sur ce point. Quand il filme son moi, il s&rsquo;adresse inconsciemment &agrave; un spectateur et si ses carnets de notes ne sont pas destin&eacute;s &agrave; &ecirc;tre lus par d&rsquo;autres, ses films sont faits &ldquo;pour que l&rsquo;intime puisse &ecirc;tre partag&eacute;&rdquo;, dit-il.        </meta>
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Malgr&eacute; la prolif&eacute;ration des &eacute;crits intimes, plusieurs articles soulignent que, pour des raisons diverses, parler de soi ne va pas de soi. Ainsi, le baron de Prangins s&rsquo;autocensure jugeant l&rsquo;expression de ses sentiments ou le commentaire sur ses proches trop indiscrets tout en s&rsquo;y laissant aller parfois, ou trop p&eacute;nibles quand il s&rsquo;agit d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements douloureux. Plus gravement, Anne Coudreuse, analysant les <em>M&eacute;moires d&rsquo;un agent royaliste sous la R&eacute;volution, l&rsquo;Empire et la Restauration</em>, du Marquis de La Maisonfort, pose la question de savoir s&rsquo;il est possible de lier l&rsquo;expression de l&rsquo;intime &agrave; la r&eacute;daction de M&eacute;moires &agrave; vis&eacute;e politique et si l&rsquo;on peut exposer une vie intime au regard de &ldquo;l&rsquo;&eacute;thique aristocratique&rdquo; et des bouleversements politiques qu&rsquo;entra&icirc;ne la R&eacute;volution. Ce qui pose <em>ipso facto</em> le statut d&rsquo;un texte qui retrace les &ldquo;&eacute;v&eacute;nements publics&rdquo; tout en faisant une place &agrave; l&rsquo;intimit&eacute; des relations amoureuses et familiales. Plus probl&eacute;matique encore est l&rsquo;expression de la culpabilit&eacute; de l&rsquo;intime qui se dit dans de nombreux &eacute;crits et en particulier dans l&rsquo;<em>Essai sur les r&eacute;volutions de Chateaubriand</em>, que St&eacute;phanie G&eacute;nand met en &eacute;vidence dans un article passionnant, &ldquo;Les proscrits de l&rsquo;intime&rdquo;. En effet, pendant la Terreur bien des aristocrates, qui &eacute;taient parfois de fins lettr&eacute;s, se sont confront&eacute;s dans leur besoin d&rsquo;&eacute;crire &agrave; une sorte d&rsquo;auto-interdit de l&rsquo;expression du moi alors que la France est &agrave; feu et &agrave; sang. Cela pose, de fa&ccedil;on encore plus cruciale que dans les <em>M&eacute;moires d&rsquo;un agent royaliste</em> le statut de la parole de ceux qui &eacute;taient vou&eacute;s &agrave; la mort ou &agrave; l&rsquo;exil, priv&eacute;s de droits civiques et qui consid&eacute;raient eux-m&ecirc;mes toute expression des sentiments, y compris l&rsquo;amour, comme une ind&eacute;cence ou pire comme un potentiel argument &agrave; charge de plus contre eux si leurs &eacute;crits venaient &agrave; &ecirc;tre d&eacute;couverts puisque la R&eacute;volution bannit tout espace priv&eacute;, de la tombe &agrave; la correspondance. C&rsquo;est Madame de Sta&euml;l qui infl&eacute;chit la proscription de l&rsquo;intime dans ses <em>Consid&eacute;rations sur les principaux &eacute;v&eacute;nements de la R&eacute;volution fran&ccedil;aise </em>et dans <em>Dix ann&eacute;es d&rsquo;exil</em> en posant l&rsquo;intime comme mode d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la compr&eacute;hension de l&rsquo;histoire dont la violence &eacute;chappe &agrave; la rationalisation        </meta>
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En contrepoint, Brigitte et Jos&eacute;-Luis Diaz proposent une &eacute;tude tr&egrave;s approfondie sur l&rsquo;expansion de l&rsquo;intime au XIXe si&egrave;cle, sa prescription, son &ldquo;&acirc;ge d&rsquo;or&rdquo;, dans le double champ d&rsquo;extension du moi et de la communication. Ils recensent les tr&egrave;s nombreux produits &eacute;ditoriaux qui paraissent au cours du si&egrave;cle, qu&rsquo;ils soient des sortes de m&eacute;tadiscours de l&rsquo;intime ou des journaux ou des correspondances, difficiles &agrave; distinguer d&rsquo;un point de vue g&eacute;n&eacute;rique mais proches parce que port&eacute;s par le &ldquo;m&ecirc;me &eacute;lan narratif&rdquo;, assurant ainsi un lien entre le biographique et la correspondance. Ils font r&eacute;f&eacute;rence &agrave; de tr&egrave;s nombreux &eacute;crivains parmi lesquels Chateaubriand, Stendhal, Constant, Marceline Desbordes-Valmore, Barbey d&rsquo;Aurevilly, Sainte-Beuve, pour n&rsquo;en citer que quelques-uns. Les &eacute;crits de l&rsquo;intime se multiplient avec pour leurs auteurs le b&eacute;n&eacute;fice sans doute esp&eacute;r&eacute; d&rsquo;op&eacute;rer une sorte de &ldquo;ma&iuml;eutique&rdquo; du moi ou d&rsquo;en faire une psychopathologie, une mystique ou encore une jouissance comme pour le jeune Henri Beyle dans sa correspondance avec sa s&oelig;ur. Ils s&rsquo;y autorisent car le moi n&rsquo;est plus vecteur de culpabilit&eacute; comme chez les proscrits de la R&eacute;volution mais, d&eacute;barrass&eacute; des artifices sociaux, dans la v&eacute;rit&eacute; de son &ecirc;tre et en cela porteur de toute l&rsquo;exp&eacute;rience humaine.        </meta>
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Ce volume ne manquera pas d&rsquo;&ecirc;tre utile aux chercheurs et &agrave; tous ceux qui, par go&ucirc;t ou par int&eacute;r&ecirc;t personnel, s&rsquo;interrogent sur cette question difficile de la compr&eacute;hension de l&rsquo;intime, question qui n&rsquo;est pas r&eacute;solue ici et qui, au demeurant, n&rsquo;a pas cherch&eacute; &agrave; l&rsquo;&ecirc;tre mais ouvre sur de multiples probl&eacute;matiques d&rsquo;&eacute;criture. On peut toutefois regretter qu&rsquo;une place n&rsquo;ait pas &eacute;t&eacute; faite &agrave; des ouvrages qui ont marqu&eacute; le XXe si&egrave;cle et marquent encore notre si&egrave;cle naissant tels que les &eacute;crits autobiographiques de Beauvoir ou les &eacute;crits de Pascal Quignard, qui, certes, ne portent pas l&rsquo;estampille de l&rsquo;intime de la confession ou du journal intime mais disent l&rsquo;intime dans des formes tout &agrave; fait nouvelles.<br />
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         <title>L'ontologie &#224; la port&#233;e de tous</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3231-lontologie_a_la_portee_de_tous.htm</link>
         <description> L&amp;rsquo;histoire de l&amp;rsquo;ontologie est une question bien connue des philosophes fran&#231;ais. Souvent surd&#233;termin&#233;e par l&amp;rsquo;approche heideggerienne de l&amp;rsquo;ontoth&#233;ologie 1 , cette histoire fait parfois oublier que l&amp;rsquo;ontologie est une discipline vivante et f&#233;conde qui concerne aussi bien les philosophes que les scientifiques. &#192; partir des sciences formelles, des sciences de la nature et des sciences humaines et sociales, des questions ontologiques se posent. Le dernier livre de Fr&#233;d&#233;ric Nef se veut une introduction &#224; cette science de &#171; la r&#233;alit&#233; de la r&#233;alit&#233; &#187; qui, pour son bien comme pour celui de ses interlocuteurs, entre en dialogue avec toute l&amp;rsquo;&#233;tendue du savoir. Cette introduction n&amp;rsquo;est cependant pas un manuel. Elle propose un parcours o&#249; l&amp;rsquo;essentiel de l&amp;rsquo;ontologie est pr&#233;sent&#233;e selon la perspective de l&amp;rsquo;auteur qui, en se confrontant &#224; diverses positions oppos&#233;es aux siennes, r&#233;ussit &#224; nous dresser un tableau g&#233;n&#233;ral de l&amp;rsquo;ontologie contemporaine. Le propos n&amp;rsquo;est jamais dogmatique, il est presque inquiet puisqu&amp;rsquo;il revient sans cesse sur ce qui peut mettre en cause soit l&amp;rsquo;ontologie elle-m&#234;me, soit le r&#233;alisme structural d&#233;fendu par l&amp;rsquo;auteur. L&amp;rsquo;argumentation est&#160; ainsi nourrie d&amp;rsquo;une quantit&#233; de r&#233;f&#233;rences qui donne envie de d&#233;valiser une libraire d&amp;rsquo;ontologie, si cela existe dans notre monde actuel et pas seulement dans un monde possible. &#13;&#10; &#13;&#10;L&amp;rsquo;ouvrage se compose de trois moments. Il s&amp;rsquo;ouvre sur une pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale de l&amp;rsquo;ontologie et sur une d&#233;fense de sa pertinence. La deuxi&#232;me partie porte sur la naturalisation de l&amp;rsquo;ontologie, sur la r&#233;duction de ce qui est &#224; ce qui est naturel, sans Dieu, sans essence, sans ent&#233;l&#233;chie etc. Elle permet de v&#233;rifier que l&amp;rsquo;asc&#233;tisme ontologique qui voudrait se contenter d&amp;rsquo;un physicalisme est difficilement d&#233;fendable. La troisi&#232;me partie est plus technique, et plus personnelle aussi, F. Nef y d&#233;fendant une ontologie des tropes 2 , des connexions et des dispositions.  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; L&amp;rsquo;ontologie implicite  &#13;&#10; &#13;&#10;La premi&#232;re partie permet de se familiariser avec la discipline ontologique.  &#13;&#10; &#13;&#10;L&amp;rsquo;ontologie est la partie de la philosophie qui &#233;tudie ce qui est ultimement. Des questions ontologiques seront par exemple : les objets ont-ils trois ou quatre dimensions ? Le pr&#233;sent est-il la seule modalit&#233; r&#233;elle du temps ou bien le pass&#233; et/ou le futur existent-ils ? Une des questions les plus chaudes actuellement serait aussi celle de la nature du concret et de l&amp;rsquo;abstrait qu&amp;rsquo;il est bien difficile d&amp;rsquo;&#233;liminer ou r&#233;duire. Dans sa version contemporaine, &#224; partir de Meinong 3 , l&amp;rsquo;ontologie se d&#233;veloppe sous la forme d&amp;rsquo;une th&#233;orie de l&amp;rsquo;objet et se raffine pour devenir actuellement : &#171; une discipline formelle qui traite des objets et du contenu des mod&#232;les qui nous permettent d&amp;rsquo;appr&#233;hender la r&#233;alit&#233; de la mani&#232;re la plus g&#233;n&#233;rale et la plus abstraite &#187; 4 . Un mod&#232;le doit mentionner les entit&#233;s n&#233;cessaires pour interpr&#233;ter une th&#233;orie et les relations entre ces entit&#233;s. L&amp;rsquo;ontologie devra donc dire ce qui est et comment ce qui est tient dans des structures ontologiques. Pour cela, elle se d&#233;veloppe &#224; partir de nos trois modes de relation au monde : les sciences, le langage et la perception. &#13;&#10; &#13;&#10;En analysant ce qui est ultimement, l&amp;rsquo;ontologie se veut donc une r&#233;flexion sur certains pr&#233;suppos&#233;s d&amp;rsquo;une science ou d&amp;rsquo;un savoir. Par son attitude r&#233;flexive et critique, l&amp;rsquo;ontologie parait bien indispensable et elle promeut un geste typiquement philosophique. Elle permet un retour soit sur les sch&#232;mes conceptuels ultimes qui limitent et en m&#234;me temps rendent possible notre appr&#233;hension du monde soit sur des traits ultimes de la r&#233;alit&#233; suppos&#233;s par telle ou telle recherche scientifique. Mais souvent elle n&amp;rsquo;en reste pas &#224; l&amp;rsquo;explicitation des entit&#233;s pr&#233;suppos&#233;es par une th&#233;orie, elle vise &#224; dire ce qui est r&#233;ellement.  &#13;&#10; &#13;&#10;Cependant, il ne suffit pas d&amp;rsquo;&#234;tre proche du travail scientifique pour produire une connaissance et la diversit&#233; des th&#233;ories ontologiques pourrait laisser penser que l&amp;rsquo;ontologie, comme la m&#233;taphysique selon Kant, n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un champ de bataille reposant sur l&amp;rsquo;illusion d&amp;rsquo;une connaissance impossible. Contre ce scepticisme, F. Nef d&#233;fend &#171; l&amp;rsquo;ontologie s&#233;rieuse &#187; 5  qui suit l&amp;rsquo;image scientifique du monde tout en se d&#233;veloppant avec sobri&#233;t&#233;, clart&#233; et respect des normes d&amp;rsquo;argumentation. L&amp;rsquo;ontologie aura donc un style analytique comme c&amp;rsquo;est le cas chez Armstrong 6  et Lewis 7 . Une des affirmations centrales de l&amp;rsquo;ouvrage est que l&amp;rsquo;ontologie ne peut &#234;tre &#233;limin&#233;e et m&#234;me qu&amp;rsquo;elle doit se d&#233;velopper sous la forme d&amp;rsquo;une ontologie r&#233;aliste qui reconna&#238;t qu&amp;rsquo;existent, ind&#233;pendamment de l&amp;rsquo;esprit, des structures et des objets et leurs propri&#233;t&#233;s. Aussi ne suffit-il pas de reconna&#238;tre la relativit&#233; de nos sch&#232;mes conceptuels, il faut aller jusqu&amp;rsquo;&#224; d&#233;crire ce qui est. Le retour r&#233;flexif de l&amp;rsquo;ontologie ne s&amp;rsquo;&#233;puise pas dans une mise au jour des cat&#233;gories de notre pens&#233;e, elle va aux choses-m&#234;mes.  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Le naturalisme et le physicalisme  &#13;&#10; &#13;&#10;La deuxi&#232;me partie est centr&#233;e sur le probl&#232;me de la r&#233;duction de l&amp;rsquo;ontologie &#224; l&amp;rsquo;&#233;tude de ce qui est naturel. Il est bien difficile parfois de savoir ce qui est naturel, car si les sciences de la nature sont impr&#233;gn&#233;es de math&#233;matiques, ne faut-il pas inclure dans l&amp;rsquo;ontologie, certaines entit&#233;s abstraites indispensables pour rendre compte des math&#233;matiques et des sciences qui les utilisent ? De m&#234;me, la nature de l&amp;rsquo;esprit, son intentionnalit&#233; et le v&#233;cu (les  qualia ) semblent faire obstacle &#224; la forme contemporaine du mat&#233;rialisme : le physicalisme, physicalisme qui r&#233;duit ce qui est &#224; ce qui est quadridimensionnel, dans le temps et l&amp;rsquo;espace. Le physicalisme est une position ontologique r&#233;aliste tentante puisqu&amp;rsquo;il semble importer le prestige et l&amp;rsquo;efficacit&#233; de la physique dans le domaine apparemment beaucoup plus d&#233;sordonn&#233; de l&amp;rsquo;ontologie. Mais l&amp;rsquo;ontologie parait alors tiraill&#233;e entre son lien fort aux m&#233;thodes des sciences de la nature et sa difficult&#233; &#224; r&#233;duire ce qui est &#224; ce qui est physique. Fr&#233;d&#233;ric Nef propose un examen minutieux des strat&#233;gies de r&#233;duction pour conclure finalement que la naturalisation parait compromise. Un des arguments est une reprise d&amp;rsquo;un argument de Lowe 8 . Celui qui veut &#233;liminer la connaissance m&#233;taphysique au nom de son attachement aux sciences de la nature r&#233;introduira des pr&#233;suppos&#233;s m&#233;taphysiques. La conclusion est d&amp;rsquo;importance : bien que l&amp;rsquo;ontologie tire son s&#233;rieux de sa proximit&#233; avec les sciences, elle ne peut s&amp;rsquo;y r&#233;duire et m&#234;me doit se construire, comme discipline indispensable, en d&#233;veloppant son propre savoir.  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Questions actuelles  &#13;&#10; &#13;&#10;Une fois le cadre r&#233;aliste et non naturaliste d&#233;crit, Fr&#233;d&#233;ric Nef nous propose, en troisi&#232;me partie, des &#233;chantillons d&amp;rsquo;ontologie sur trois points majeurs : les propri&#233;t&#233;s, la connexion et les dispositions.  &#13;&#10; &#13;&#10;Si je dis que Scarlett Johansson est belle, il semble que la beaut&#233; soit une propri&#233;t&#233; de Scarlett Johansson. Plusieurs probl&#232;mes apparaissent alors qui sont expos&#233;s dans le premier chapitre de cette troisi&#232;me partie. De quel droit passe-t-on de la pr&#233;dication ou du concept &#224; la propri&#233;t&#233; ? La beaut&#233; est-elle un universel ou bien seulement une classe de propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res comme la beaut&#233; de Scarlett Johansson qui n&amp;rsquo;est pas celle de Georges Clooney ? L&amp;rsquo;objet Scarlett est-il une substance ou une compr&#233;sence de propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res ? Tout en explicitant les d&#233;bats autour de ces questions, F. Nef prend parti pour un r&#233;alisme des propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res, sans substance, mais avec des connexions.  &#13;&#10; &#13;&#10;Car il ne suffit pas de dire comment sont les choses, quelles sont les propri&#233;t&#233;s des choses 9 , il faut aussi expliquer pourquoi elles tiennent ensemble. Cette question peut para&#238;tre non philosophique. C&amp;rsquo;est aux sciences de dire ce qui forme des objets et non au philosophe de d&#233;crire la structure de la r&#233;alit&#233;. Que, dans certaines conditions, l&amp;rsquo;eau soit liquide rel&#232;ve d&amp;rsquo;une analyse g&#233;om&#233;trique et physique de sa structure. Mais qu&amp;rsquo;un gla&#231;on soit une chose suppose de dire si cette chose est substantielle ou alors n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;une compr&#233;sence d&amp;rsquo;entit&#233;s. F. Nef propose de distinguer soigneusement la structure physique de la structure ontologique. Une structure ontologique sera la r&#233;alit&#233; de la r&#233;alit&#233;. Il y a une structure du temps, continu ou discret, avec une seule direction, avec un pass&#233; clos et un futur &#233;ventuellement ouvert. Il y a aussi une structure du monde 10 , compos&#233; d&amp;rsquo;&#233;tats de choses, de faits, ind&#233;pendants ou non, causalement reli&#233;s ou non. Il y a enfin une structure de la chose qui est soit une substance soit une compr&#233;sence d&amp;rsquo;entit&#233;s particuli&#232;res. Ici aussi, F. Nef examine diverses possibilit&#233;s tout en d&#233;fendant une th&#232;se particulariste : les propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res doivent &#234;tre attribu&#233;es &#224; des objets particuliers et les connexions qui assurent la coh&#233;sion de l&amp;rsquo;objet particulier rel&#232;vent d&amp;rsquo;une analyse des modalit&#233;s, dont la n&#233;cessit&#233;  de re , une n&#233;cessit&#233; non seulement verbale mais bien dans la chose. &#13;&#10; &#13;&#10;Qu&amp;rsquo;il y ait une connexion dans la chose et entre les faits suppose alors une discussion de la m&#233;taphysique humienne qui n&amp;rsquo;est &#233;videmment pas celle que l&amp;rsquo;on trouve dans l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre de David Hume bien qu&amp;rsquo;elle s&amp;rsquo;en inspire. Dans une m&#233;taphysique humienne, rien n&amp;rsquo;est connect&#233;, tout ce qui est est ind&#233;pendant. Ainsi les lois scientifiques et la causalit&#233; ne sont que des r&#233;gularit&#233;s et ce qui est se r&#233;duit &#224; des points d&amp;rsquo;espace-temps instanciant des propri&#233;t&#233;s. &#192; cela, F. Nef oppose la connexion ontologique qui donne une concr&#233;tude aux objets et aux faits.  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;De ce trait&#233; foisonnant, il n&amp;rsquo;est possible que de donner un aper&#231;u g&#233;n&#233;ral et le lecteur y fera son miel. On l&amp;rsquo;aura compris, toute l&amp;rsquo;&#233;tendue du savoir est engag&#233;e dans la recherche ontologique. Les questions m&#233;taphysiques les plus traditionnelles, celle de la substance, des universaux, de la nature du temps, de la personne sont aussi reprises gr&#226;ce &#224; aux progr&#232;s 11  de l&amp;rsquo;analyse s&#233;mantique et logique. Ce livre (de poche) est donc &#224; la fois le sympt&#244;me d&amp;rsquo;un renouveau fran&#231;ais de l&amp;rsquo;ontologie puisqu&amp;rsquo;il rend visible une discipline philosophique d&#233;j&#224; fort active, et le renforcement d&amp;rsquo;une volont&#233; d&amp;rsquo;ouverture toujours plus large puisque le non-philosophe trouvera mati&#232;re &#224; interroger sa propre discipline avec des outils neufs.   Notes :  1 - Sur ce th&#232;me, F. Nef s&amp;rsquo;est d&#233;j&#224; expliqu&#233; dans  Qu&amp;rsquo;est-ce que la M&#233;taphysique ? , Gallimard, 2004. 2 - Terme g&#233;n&#233;ralement donn&#233; aux propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res comme la beaut&#233; propre &#224; Scarlett Johansson qui n&amp;rsquo;est pas la beaut&#233; en g&#233;n&#233;ral.  3 - Philosophe autrichien (1853-1920), dont on peut notamment lire en fran&#231;ais  Th&#233;orie de l'objet  &amp;  Pr&#233;sentation personnelle , Vrin, Paris, 2000 4 - p. 20 5 - p. 68 6 - Les &#233;ditions Ithaques annoncent, pour cette ann&#233;e, une traduction fran&#231;aise de  Universals  de David Armstrong. 7 - Voir David Lewis,  De la Pluralit&#233; des Mondes , Ed. l'Eclat, 2007. 8 - M&#233;taphysicien anglais contemporain dont on peut lire &#171; La Connaissance M&#233;taphysique &#187; dans  La Revue m&#233;taphysique et de morale , 2002/3, n&#176;36. 9 - Titre d&amp;rsquo;un pr&#233;c&#233;dent ouvrage de F. Nef paru chez Vrin en 2006. 10 - Voir le volume qui traite de la m&#233;taphysique australienne :  La Structure du Monde , sous la direction de J-M Monnoyer, Vrin, 2004. 11 - Et oui, il y a des progr&#232;s en philosophie... </description>
         <pubDate>03/15/10 15:00:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;ontologie est une question bien connue des philosophes fran&ccedil;ais. Souvent surd&eacute;termin&eacute;e par l&rsquo;approche heideggerienne de l&rsquo;ontoth&eacute;ologie<sup>1</sup>, cette histoire fait parfois oublier que l&rsquo;ontologie est une discipline vivante et f&eacute;conde qui concerne aussi bien les philosophes que les scientifiques. &Agrave; partir des sciences formelles, des sciences de la nature et des sciences humaines et sociales, des questions ontologiques se posent. Le dernier livre de Fr&eacute;d&eacute;ric Nef se veut une introduction &agrave; cette science de &laquo; la r&eacute;alit&eacute; de la r&eacute;alit&eacute; &raquo; qui, pour son bien comme pour celui de ses interlocuteurs, entre en dialogue avec toute l&rsquo;&eacute;tendue du savoir. Cette introduction n&rsquo;est cependant pas un manuel. Elle propose un parcours o&ugrave; l&rsquo;essentiel de l&rsquo;ontologie est pr&eacute;sent&eacute;e selon la perspective de l&rsquo;auteur qui, en se confrontant &agrave; diverses positions oppos&eacute;es aux siennes, r&eacute;ussit &agrave; nous dresser un tableau g&eacute;n&eacute;ral de l&rsquo;ontologie contemporaine. Le propos n&rsquo;est jamais dogmatique, il est presque inquiet puisqu&rsquo;il revient sans cesse sur ce qui peut mettre en cause soit l&rsquo;ontologie elle-m&ecirc;me, soit le r&eacute;alisme structural d&eacute;fendu par l&rsquo;auteur. L&rsquo;argumentation est&nbsp; ainsi nourrie d&rsquo;une quantit&eacute; de r&eacute;f&eacute;rences qui donne envie de d&eacute;valiser une libraire d&rsquo;ontologie, si cela existe dans notre monde actuel et pas seulement dans un monde possible.<br />
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L&rsquo;ouvrage se compose de trois moments. Il s&rsquo;ouvre sur une pr&eacute;sentation g&eacute;n&eacute;rale de l&rsquo;ontologie et sur une d&eacute;fense de sa pertinence. La deuxi&egrave;me partie porte sur la naturalisation de l&rsquo;ontologie, sur la r&eacute;duction de ce qui est &agrave; ce qui est naturel, sans Dieu, sans essence, sans ent&eacute;l&eacute;chie etc. Elle permet de v&eacute;rifier que l&rsquo;asc&eacute;tisme ontologique qui voudrait se contenter d&rsquo;un physicalisme est difficilement d&eacute;fendable. La troisi&egrave;me partie est plus technique, et plus personnelle aussi, F. Nef y d&eacute;fendant une ontologie des tropes<sup>2</sup>, des connexions et des dispositions. <br />
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<strong>L&rsquo;ontologie implicite</strong><br />
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La premi&egrave;re partie permet de se familiariser avec la discipline ontologique. <br />
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L&rsquo;ontologie est la partie de la philosophie qui &eacute;tudie ce qui est ultimement. Des questions ontologiques seront par exemple : les objets ont-ils trois ou quatre dimensions ? Le pr&eacute;sent est-il la seule modalit&eacute; r&eacute;elle du temps ou bien le pass&eacute; et/ou le futur existent-ils ? Une des questions les plus chaudes actuellement serait aussi celle de la nature du concret et de l&rsquo;abstrait qu&rsquo;il est bien difficile d&rsquo;&eacute;liminer ou r&eacute;duire. Dans sa version contemporaine, &agrave; partir de Meinong<sup>3</sup>, l&rsquo;ontologie se d&eacute;veloppe sous la forme d&rsquo;une th&eacute;orie de l&rsquo;objet et se raffine pour devenir actuellement : &laquo; une discipline formelle qui traite des objets et du contenu des mod&egrave;les qui nous permettent d&rsquo;appr&eacute;hender la r&eacute;alit&eacute; de la mani&egrave;re la plus g&eacute;n&eacute;rale et la plus abstraite &raquo;<sup>4</sup>. Un mod&egrave;le doit mentionner les entit&eacute;s n&eacute;cessaires pour interpr&eacute;ter une th&eacute;orie et les relations entre ces entit&eacute;s. L&rsquo;ontologie devra donc dire ce qui est et comment ce qui est tient dans des structures ontologiques. Pour cela, elle se d&eacute;veloppe &agrave; partir de nos trois modes de relation au monde : les sciences, le langage et la perception.<br />
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En analysant ce qui est ultimement, l&rsquo;ontologie se veut donc une r&eacute;flexion sur certains pr&eacute;suppos&eacute;s d&rsquo;une science ou d&rsquo;un savoir. Par son attitude r&eacute;flexive et critique, l&rsquo;ontologie parait bien indispensable et elle promeut un geste typiquement philosophique. Elle permet un retour soit sur les sch&egrave;mes conceptuels ultimes qui limitent et en m&ecirc;me temps rendent possible notre appr&eacute;hension du monde soit sur des traits ultimes de la r&eacute;alit&eacute; suppos&eacute;s par telle ou telle recherche scientifique. Mais souvent elle n&rsquo;en reste pas &agrave; l&rsquo;explicitation des entit&eacute;s pr&eacute;suppos&eacute;es par une th&eacute;orie, elle vise &agrave; dire ce qui est r&eacute;ellement. <br />
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Cependant, il ne suffit pas d&rsquo;&ecirc;tre proche du travail scientifique pour produire une connaissance et la diversit&eacute; des th&eacute;ories ontologiques pourrait laisser penser que l&rsquo;ontologie, comme la m&eacute;taphysique selon Kant, n&rsquo;est qu&rsquo;un champ de bataille reposant sur l&rsquo;illusion d&rsquo;une connaissance impossible. Contre ce scepticisme, F. Nef d&eacute;fend &laquo; l&rsquo;ontologie s&eacute;rieuse &raquo;<sup>5</sup> qui suit l&rsquo;image scientifique du monde tout en se d&eacute;veloppant avec sobri&eacute;t&eacute;, clart&eacute; et respect des normes d&rsquo;argumentation. L&rsquo;ontologie aura donc un style analytique comme c&rsquo;est le cas chez Armstrong<sup>6</sup> et Lewis<sup>7</sup>. Une des affirmations centrales de l&rsquo;ouvrage est que l&rsquo;ontologie ne peut &ecirc;tre &eacute;limin&eacute;e et m&ecirc;me qu&rsquo;elle doit se d&eacute;velopper sous la forme d&rsquo;une ontologie r&eacute;aliste qui reconna&icirc;t qu&rsquo;existent, ind&eacute;pendamment de l&rsquo;esprit, des structures et des objets et leurs propri&eacute;t&eacute;s. Aussi ne suffit-il pas de reconna&icirc;tre la relativit&eacute; de nos sch&egrave;mes conceptuels, il faut aller jusqu&rsquo;&agrave; d&eacute;crire ce qui est. Le retour r&eacute;flexif de l&rsquo;ontologie ne s&rsquo;&eacute;puise pas dans une mise au jour des cat&eacute;gories de notre pens&eacute;e, elle va aux choses-m&ecirc;mes. <br />
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<strong>Le naturalisme et le physicalisme</strong><br />
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La deuxi&egrave;me partie est centr&eacute;e sur le probl&egrave;me de la r&eacute;duction de l&rsquo;ontologie &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de ce qui est naturel. Il est bien difficile parfois de savoir ce qui est naturel, car si les sciences de la nature sont impr&eacute;gn&eacute;es de math&eacute;matiques, ne faut-il pas inclure dans l&rsquo;ontologie, certaines entit&eacute;s abstraites indispensables pour rendre compte des math&eacute;matiques et des sciences qui les utilisent ? De m&ecirc;me, la nature de l&rsquo;esprit, son intentionnalit&eacute; et le v&eacute;cu (les <em>qualia</em>) semblent faire obstacle &agrave; la forme contemporaine du mat&eacute;rialisme : le physicalisme, physicalisme qui r&eacute;duit ce qui est &agrave; ce qui est quadridimensionnel, dans le temps et l&rsquo;espace. Le physicalisme est une position ontologique r&eacute;aliste tentante puisqu&rsquo;il semble importer le prestige et l&rsquo;efficacit&eacute; de la physique dans le domaine apparemment beaucoup plus d&eacute;sordonn&eacute; de l&rsquo;ontologie. Mais l&rsquo;ontologie parait alors tiraill&eacute;e entre son lien fort aux m&eacute;thodes des sciences de la nature et sa difficult&eacute; &agrave; r&eacute;duire ce qui est &agrave; ce qui est physique. Fr&eacute;d&eacute;ric Nef propose un examen minutieux des strat&eacute;gies de r&eacute;duction pour conclure finalement que la naturalisation parait compromise. Un des arguments est une reprise d&rsquo;un argument de Lowe<sup>8</sup>. Celui qui veut &eacute;liminer la connaissance m&eacute;taphysique au nom de son attachement aux sciences de la nature r&eacute;introduira des pr&eacute;suppos&eacute;s m&eacute;taphysiques. La conclusion est d&rsquo;importance : bien que l&rsquo;ontologie tire son s&eacute;rieux de sa proximit&eacute; avec les sciences, elle ne peut s&rsquo;y r&eacute;duire et m&ecirc;me doit se construire, comme discipline indispensable, en d&eacute;veloppant son propre savoir. <br />
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<strong>Questions actuelles</strong><br />
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Une fois le cadre r&eacute;aliste et non naturaliste d&eacute;crit, Fr&eacute;d&eacute;ric Nef nous propose, en troisi&egrave;me partie, des &eacute;chantillons d&rsquo;ontologie sur trois points majeurs : les propri&eacute;t&eacute;s, la connexion et les dispositions. <br />
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Si je dis que Scarlett Johansson est belle, il semble que la beaut&eacute; soit une propri&eacute;t&eacute; de Scarlett Johansson. Plusieurs probl&egrave;mes apparaissent alors qui sont expos&eacute;s dans le premier chapitre de cette troisi&egrave;me partie. De quel droit passe-t-on de la pr&eacute;dication ou du concept &agrave; la propri&eacute;t&eacute; ? La beaut&eacute; est-elle un universel ou bien seulement une classe de propri&eacute;t&eacute;s particuli&egrave;res comme la beaut&eacute; de Scarlett Johansson qui n&rsquo;est pas celle de Georges Clooney ? L&rsquo;objet Scarlett est-il une substance ou une compr&eacute;sence de propri&eacute;t&eacute;s particuli&egrave;res ? Tout en explicitant les d&eacute;bats autour de ces questions, F. Nef prend parti pour un r&eacute;alisme des propri&eacute;t&eacute;s particuli&egrave;res, sans substance, mais avec des connexions. <br />
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Car il ne suffit pas de dire comment sont les choses, quelles sont les propri&eacute;t&eacute;s des choses<sup>9</sup>, il faut aussi expliquer pourquoi elles tiennent ensemble. Cette question peut para&icirc;tre non philosophique. C&rsquo;est aux sciences de dire ce qui forme des objets et non au philosophe de d&eacute;crire la structure de la r&eacute;alit&eacute;. Que, dans certaines conditions, l&rsquo;eau soit liquide rel&egrave;ve d&rsquo;une analyse g&eacute;om&eacute;trique et physique de sa structure. Mais qu&rsquo;un gla&ccedil;on soit une chose suppose de dire si cette chose est substantielle ou alors n&rsquo;est qu&rsquo;une compr&eacute;sence d&rsquo;entit&eacute;s. F. Nef propose de distinguer soigneusement la structure physique de la structure ontologique. Une structure ontologique sera la r&eacute;alit&eacute; de la r&eacute;alit&eacute;. Il y a une structure du temps, continu ou discret, avec une seule direction, avec un pass&eacute; clos et un futur &eacute;ventuellement ouvert. Il y a aussi une structure du monde<sup>10</sup>, compos&eacute; d&rsquo;&eacute;tats de choses, de faits, ind&eacute;pendants ou non, causalement reli&eacute;s ou non. Il y a enfin une structure de la chose qui est soit une substance soit une compr&eacute;sence d&rsquo;entit&eacute;s particuli&egrave;res. Ici aussi, F. Nef examine diverses possibilit&eacute;s tout en d&eacute;fendant une th&egrave;se particulariste : les propri&eacute;t&eacute;s particuli&egrave;res doivent &ecirc;tre attribu&eacute;es &agrave; des objets particuliers et les connexions qui assurent la coh&eacute;sion de l&rsquo;objet particulier rel&egrave;vent d&rsquo;une analyse des modalit&eacute;s, dont la n&eacute;cessit&eacute; <em>de re</em>, une n&eacute;cessit&eacute; non seulement verbale mais bien dans la chose.<br />
<br />
Qu&rsquo;il y ait une connexion dans la chose et entre les faits suppose alors une discussion de la m&eacute;taphysique humienne qui n&rsquo;est &eacute;videmment pas celle que l&rsquo;on trouve dans l&rsquo;&oelig;uvre de David Hume bien qu&rsquo;elle s&rsquo;en inspire. Dans une m&eacute;taphysique humienne, rien n&rsquo;est connect&eacute;, tout ce qui est est ind&eacute;pendant. Ainsi les lois scientifiques et la causalit&eacute; ne sont que des r&eacute;gularit&eacute;s et ce qui est se r&eacute;duit &agrave; des points d&rsquo;espace-temps instanciant des propri&eacute;t&eacute;s. &Agrave; cela, F. Nef oppose la connexion ontologique qui donne une concr&eacute;tude aux objets et aux faits. <br />
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<br />
De ce trait&eacute; foisonnant, il n&rsquo;est possible que de donner un aper&ccedil;u g&eacute;n&eacute;ral et le lecteur y fera son miel. On l&rsquo;aura compris, toute l&rsquo;&eacute;tendue du savoir est engag&eacute;e dans la recherche ontologique. Les questions m&eacute;taphysiques les plus traditionnelles, celle de la substance, des universaux, de la nature du temps, de la personne sont aussi reprises gr&acirc;ce &agrave; aux progr&egrave;s<sup>11</sup> de l&rsquo;analyse s&eacute;mantique et logique. Ce livre (de poche) est donc &agrave; la fois le sympt&ocirc;me d&rsquo;un renouveau fran&ccedil;ais de l&rsquo;ontologie puisqu&rsquo;il rend visible une discipline philosophique d&eacute;j&agrave; fort active, et le renforcement d&rsquo;une volont&eacute; d&rsquo;ouverture toujours plus large puisque le non-philosophe trouvera mati&egrave;re &agrave; interroger sa propre discipline avec des outils neufs.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Sur ce th&egrave;me, F. Nef s&rsquo;est d&eacute;j&agrave; expliqu&eacute; dans <em>Qu&rsquo;est-ce que la M&eacute;taphysique ?</em>, Gallimard, 2004.<br />2 - Terme g&eacute;n&eacute;ralement donn&eacute; aux propri&eacute;t&eacute;s particuli&egrave;res comme la beaut&eacute; propre &agrave; Scarlett Johansson qui n&rsquo;est pas la beaut&eacute; en g&eacute;n&eacute;ral. <br />3 - Philosophe autrichien (1853-1920), dont on peut notamment lire en fran&ccedil;ais <em>Th&eacute;orie de l'objet</em> &amp; <em>Pr&eacute;sentation personnelle</em>, Vrin, Paris, 2000<br />4 - p. 20<br />5 - p. 68<br />6 - Les &eacute;ditions Ithaques annoncent, pour cette ann&eacute;e, une traduction fran&ccedil;aise de <em>Universals </em>de David Armstrong.<br />7 - Voir David Lewis, <em>De la Pluralit&eacute; des Mondes</em>, Ed. l'Eclat, 2007.<br />8 - M&eacute;taphysicien anglais contemporain dont on peut lire &laquo; La Connaissance M&eacute;taphysique &raquo; dans <em>La Revue m&eacute;taphysique et de morale</em>, 2002/3, n&deg;36.<br />9 - Titre d&rsquo;un pr&eacute;c&eacute;dent ouvrage de F. Nef paru chez Vrin en 2006.<br />10 - Voir le volume qui traite de la m&eacute;taphysique australienne : <em>La Structure du Monde</em>, sous la direction de J-M Monnoyer, Vrin, 2004.<br />11 - Et oui, il y a des progr&egrave;s en philosophie...<br /> 
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      </item>
      <item>
         <title>Comment apprendre des animaux &#224; se comporter? </title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3228-comment_apprendre_des_animaux_a_se_comporter.htm</link>
         <description> Chacun se souvient des c&#233;l&#232;bres mots du Cardinal de Polignac adress&#233;s &#224; l&amp;rsquo;orang-outan du Jardin des Plantes, tels que Diderot, entre autres, nous les a rapport&#233;s : &quot;Parle et je te baptise !&quot;. L&amp;rsquo;interpellation parle d&amp;rsquo;elle-m&#234;me : Polignac n&amp;rsquo;adressait pas une question &#224; la b&#234;te, pas plus qu&amp;rsquo;il ne lui donnait un ordre. Ce cart&#233;sien n&amp;rsquo;attendait aucune r&#233;ponse. L&amp;rsquo;affirmation par l&amp;rsquo;homme de sa propre diff&#233;rence prend la tournure de la d&#233;n&#233;gation. Ce n&amp;rsquo;est pas lui qui se dit autre que la b&#234;te, c&amp;rsquo;est la b&#234;te elle-m&#234;me qui dit toujours cette diff&#233;rence, sans la dire, pr&#233;cis&#233;ment parce qu&amp;rsquo;elle ne dit rien.  &#13;&#10;  &#13;&#10;Voil&#224; un bel exemple de proc&#233;d&#233; destin&#233; &#224; constituer les animaux comme des &#234;tres muets, incapables d&amp;rsquo;opposer autre chose que le silence du vaincu, parce qu&amp;rsquo;on les fait participer &#224; une exp&#233;rience qui est con&#231;ue de telle sorte qu&amp;rsquo;ils n&amp;rsquo;ont aucune chance de manifester les comp&#233;tences, les talents d&amp;rsquo;organisation et de relations qui sont les leurs. Comme le faisait remarquer tr&#232;s justement Georges Canguilhem, auquel une belle &#233;tude est consacr&#233;e dans le volume dont nous allons parler : &#171; Sans doute l&amp;rsquo;animal ne sait-il pas r&#233;soudre tous les probl&#232;mes que nous lui posons, mais c&amp;rsquo;est parce que ce sont les n&#244;tres et non les siens &#187;  1 . &#13;&#10;  &#13;&#10;L&amp;rsquo;&#233;tude du comportement animal semble s&amp;rsquo;&#234;tre longtemps conform&#233;e &#224; ce type de proc&#233;dure exp&#233;rimentale o&#249; les r&#233;sultats obtenus nous instruisent bien moins sur ce qu&amp;rsquo;est cens&#233;e &#234;tre la r&#233;alit&#233; de la vie subjective des animaux &#233;tudi&#233;s que sur les pr&#233;jug&#233;s multiples qui habitent l&amp;rsquo;exp&#233;rimentateur, qu&amp;rsquo;il soit naturaliste, &#233;thologue ou psychologue, et sur les biais m&#233;thodologiques qui affectent sa d&#233;marche. Le remarquable volume recueillant des travaux venus d&amp;rsquo;horizons tr&#232;s diff&#233;rents (de la ph&#233;nom&#233;nologie &#224; l&amp;rsquo;&#233;cologie comportementale, en passant par le droit, la sociologie et la biologie, etc.) que dirige Florence Burgat vient &#224; point nomm&#233; pour faire le bilan des avanc&#233;es r&#233;centes dans le domaine de la compr&#233;hension du comportement animal (lesquelles prennent appui sur des travaux parfois anciens), dans une perspective qui laisse volontairement de c&#244;t&#233; les donn&#233;es factuelles des savoirs positifs pour se consacrer &#224; un travail plus fondamental organis&#233; autour de trois axes, lesquels d&#233;terminent aussi bien la structure du livre.  &#13;&#10;  &#13;&#10; Une r&#233;flexion sur l&amp;rsquo;essence du comportement animal &#13;&#10;  &#13;&#10;  &#13;&#10;En bonne m&#233;thode ne convient-il pas de s&amp;rsquo;interroger en priorit&#233; sur ce qu&amp;rsquo;est un comportement avant d&amp;rsquo;&#233;laborer un protocole d&amp;rsquo;observation des s&#233;quences comportementales jug&#233;es dignes d&amp;rsquo;&#234;tre &#233;tudi&#233;es ? Or, la difficult&#233; tient pr&#233;cis&#233;ment &#224; ceci qu&amp;rsquo;il y a contradiction &#224; vouloir saisir un comportement en tant que tel tout en commen&#231;ant par ne pas respecter la fa&#231;on dont il se donne, en le fractionnant en s&#233;quences, en l&amp;rsquo;atomisant,&#160; en isolant chaque mouvement de l&amp;rsquo;ensemble dans lequel il prend place et qui seul lui conf&#232;re une signification. La r&#233;duction du comportement &#224; l&amp;rsquo;un des &#233;l&#233;ments qui entrent en jeu dans ses manifestations (m&#233;canismes physiologiques, programme g&#233;n&#233;tique, op&#233;rations cognitives, etc.) &amp;ndash; op&#233;ration qui rend assur&#233;ment tr&#232;s commode les &#233;tudes empiriques en permettant de circonscrire clairement leur objet &amp;ndash; , n&amp;rsquo;a-t-elle pas pour effet d&amp;rsquo;invalider les r&#233;sultats de l&amp;rsquo;enqu&#234;te dans son ensemble dans la mesure o&#249; l&amp;rsquo;objet de l&amp;rsquo;&#233;tude est une pure construction intellectuelle d&#233;nu&#233;e de tout r&#233;f&#233;rent r&#233;el ?  &#13;&#10;  &#13;&#10; &#13;&#10;Ainsi que s&amp;rsquo;efforcent de le montrer plusieurs contributeurs de ce volume dans la premi&#232;re section de l&amp;rsquo;ouvrage, le b&#233;haviourisme, la th&#233;orie des r&#233;flexes conditionn&#233;s de Pavlov et autres th&#233;ories causalistes, pr&#233;sentent ce d&#233;faut commun de chercher &#224; expliquer un comportement en le traitant comme&#160; &quot;la r&#233;sultante d&amp;rsquo;un faisceau et d&amp;rsquo;un jeu de combinaisons et d&amp;rsquo;interactions de r&#233;flexes&quot;  2 , en n&#233;gligeant tout &#224; fait le rapport sp&#233;cifique de l&amp;rsquo;organisme vivant avec son environnement qu&amp;rsquo;il contribue &#224; constituer, qu&amp;rsquo;il organise, et auquel il r&#233;agit de mani&#232;re cr&#233;atrice. Ainsi que le montre Thomas Droulez dans l&amp;rsquo;une des &#233;tudes les plus brillantes de cette section, l&amp;rsquo;animal se r&#233;v&#232;le capable d&amp;rsquo;extraire des informations de son environnement &quot;en sortant du cadre des covariations r&#233;flexes entre stimuli et r&#233;ponses st&#233;r&#233;otyp&#233;es pour agir de mani&#232;re adapt&#233;e et ajust&#233;e &#224; des &#233;v&#233;nements impr&#233;vus&quot;  3 , ce qui implique de sa part une ouverture au monde, une fa&#231;on d&amp;rsquo;&#234;tre aux aguets, comme l&amp;rsquo;avait d&#233;j&#224; dit Leibniz, face aux accidents et obstacles de son environnement en perp&#233;tuel changement. &#13;&#10;  &#13;&#10;Il est clair que pour penser le comportement animal de cette mani&#232;re, il faut se donner une compr&#233;hension autrement plus fine, plus holistique, structurale ou totalisante, des relations d&amp;rsquo;ensemble que l&amp;rsquo;&#234;tre vivant est capable de nouer avec l&amp;rsquo;environnement au sein duquel il &#233;volue. Plusieurs penseurs y ont travaill&#233;, et c&amp;rsquo;est &#224; eux que le lecteur est constamment renvoy&#233; dans cette section : il s&amp;rsquo;agit de Maurice Merleau-Ponty, Georges Canguilhem, Kurt Goldstein, Erwin Straus, Viktor von Weisaeker et Frederik Buytendijk. &#13;&#10;  &#13;&#10; Une r&#233;flexion sur les conditions de possibilit&#233; de connaissance du comportement animal  &#13;&#10;  &#13;&#10;De quelle mani&#232;re cette approche est-elle de nature &#224; modifier la fa&#231;on dont le comportement animal est &#233;tudi&#233; en laboratoire ou dans son milieu naturel ? Soit cette situation &quot;protocolaire&quot; qui fait l&amp;rsquo;ordinaire des recherches effectu&#233;es en psychologie cognitive : un sujet (mettons, un chien) est plac&#233; au sein de situations pr&#233;alablement organis&#233;es par des exp&#233;rimentateurs qui observent la r&#233;p&#233;tition d&amp;rsquo;un comportement en vue de r&#233;soudre un probl&#232;me particulier (par exemple obtenir un morceau de nourriture cach&#233; dans un container). &quot;L&amp;rsquo;objectif&quot;, explique Marion Vicart dans un bel article consacr&#233; &#224; ces questions  4 , &quot;est de mesurer la variation du comportement animal soumis &#224; tel ou tel facteur pour ensuite configurer une sorte de mod&#232;le stabilis&#233; de sch&#232;mes comportementaux, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire un mod&#232;le &#224; port&#233;e g&#233;n&#233;rale capable de se r&#233;p&#233;ter au sein de n&amp;rsquo;importe quel groupe de la m&#234;me esp&#232;ce et avec n&amp;rsquo;importe quel individu&quot;.  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;Or, pourrait-on se demander, que peut-on bien observer dans de telles conditions lorsque l&amp;rsquo;animal est plac&#233; au sein d&amp;rsquo;un petit fragment d&amp;rsquo;espace-temps sans aucun rapport avec le milieu dans lequel l&amp;rsquo;animal &#233;volue habituellement ? L&amp;rsquo;inad&#233;quation &#233;pist&#233;mologique entre une m&#233;thode (qui vaut pour les sciences de la nature o&#249; les cha&#238;nes causales sont seules &#224; l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre) et son objet (l&amp;rsquo;animal pris dans une vie de relation) est flagrante. Le probl&#232;me est qu&amp;rsquo;il y a un lien entre cette fa&#231;on de comprendre et d&amp;rsquo;&#233;tudier le comportement animal et la mani&#232;re dont l&amp;rsquo;on se prononce sur le &#171; bien-&#234;tre &#187; des animaux &#233;lev&#233;s de mani&#232;re industrielle, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire dans des conditions telles que l&amp;rsquo;expression des comportements les plus &#233;l&#233;mentaires se voient emp&#234;ch&#233;s. &#13;&#10;  &#13;&#10;C&amp;rsquo;est ainsi que les animaux d&amp;rsquo;&#233;levage sont confin&#233;s dans des cages, &#233;ventuellement am&#233;nag&#233;es, o&#249; ils ne peuvent &#233;baucher que quelques bribes de comportements (un petit coin o&#249; gratter, une baguette o&#249; se percher, etc.). Les comportementalistes qui proposent ce type d&amp;rsquo;am&#233;nagement semblent &#234;tre victimes de ce que Robert Dantzer appelle un &#171; r&#233;ductionnisme forcen&#233; &#187;, o&#249; la r&#233;f&#233;rence dominante est devenue les neurosciences et la biopsychobiologie, donnant naissance &#224; l&amp;rsquo;endocrinologie comportementale, la psychoneuroendocrinologie, etc. &quot;Dans tous les cas&quot;, conclut-il, &quot;l&amp;rsquo;approche dominante est celle d&amp;rsquo;un cerveau qui d&#233;termine en totalit&#233; le comportement&quot;. On oublie ainsi toujours plus que &quot;le comportement ne prend pas place dans le vide ou en simple r&#233;ponse aux stimulations ext&#233;rieures. L&amp;rsquo;organisme est habit&#233; en interne d&amp;rsquo;un mouvement d&amp;rsquo;ouverture sur son monde environnant. Il est en quelque sorte avide de sensations&quot;  5 . &#13;&#10;  &#13;&#10; Les enjeux moraux et politiques de la r&#233;flexion  &#13;&#10;  &#13;&#10;Le lien des r&#233;flexions pr&#233;c&#233;dentes avec les questions proprement morales et politiques est assez apparent. En effet, les &#233;tudes commandit&#233;es par diverses institutions (instituts de recherche, instances europ&#233;ennes, fili&#232;res professionnelles de productions animales) au sujet du comportement animal p&#232;sent lourd dans les d&#233;cisions du l&#233;gislateur qui doit &#233;dicter les normes de d&#233;tention et d&amp;rsquo;utilisation des animaux. &#13;&#10;  &#13;&#10;La voie du &quot;r&#233;ductionnisme forcen&#233;&quot; a triomph&#233;, et ce triomphe devient pr&#233;occupant lorsque l&amp;rsquo;on songe qu&amp;rsquo;il en va des conditions de vie de millions de mammif&#232;res et d&amp;rsquo;oiseaux destin&#233;s &#224; la consommation. C&amp;rsquo;est &#224; la biologie du comportement, et &#224; l&amp;rsquo;&#233;quation &quot;bien-&#234;tre = adaptation = absence d&amp;rsquo;hormone et de stress&quot;, qu&amp;rsquo;est laiss&#233;e la d&#233;termination des besoins &#233;thologiques des animaux observ&#233;s dans des conditions de contention et de claustration qui sont les leurs en &#233;levage industriel. Comment peut-on mesurer le bien-&#234;tre d&amp;rsquo;un animal ? Le verdict de la pr&#233;sence ou de l&amp;rsquo;absence de telle ou telle substance dans le sang tombe comme un couperet. Comme l&amp;rsquo;&#233;crivait magnifiquement Hans Jonas, l&amp;rsquo;industrie alimentaire a pouss&#233; &#224; sa derni&#232;re extr&#233;mit&#233; &quot;l&amp;rsquo;avilissement d&amp;rsquo;organismes dou&#233;s de sens, capables de mouvement, sensibles et pleins d&amp;rsquo;&#233;nergie vitale&quot;, en les r&#233;duisant &quot;&#224; l&amp;rsquo;&#233;tat de machines &#224; pondre et de machines &#224; viande, priv&#233;s d&amp;rsquo;environnement, enferm&#233;s &#224; vie, artificiellement &#233;clair&#233;s, aliment&#233;s automatiquement&quot;  6 . &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;Il ne faut donc pas m&#233;conna&#238;tre que le projet visant &#224; restituer l&amp;rsquo;exp&#233;rience et la subjectivit&#233; des animaux, que poursuit pour son propre compte Florence Burgat depuis de nombreuses ann&#233;es, soul&#232;ve des enjeux qui ne sont pas seulement d&amp;rsquo;ordre descriptif, ph&#233;nom&#233;nologique ou m&#233;taphysique. Ainsi qu&amp;rsquo;elle l&amp;rsquo;indique dans la remarquable Introduction du volume, le meilleur moyen de ruiner les conclusions auxquelles sont parvenues certaines recherches bien connues du grand public, d&#233;montrant que &quot;les poules pr&#233;f&#232;rent les cages&quot;, ou que &quot;le gavage exploite une facult&#233; naturelle&quot;, que &quot;les oiseaux sont contents de se faire gaver&quot;, etc., dont l&amp;rsquo;on voit ais&#233;ment quel profit peuvent en tirer les fili&#232;res commerciales, n&amp;rsquo;est pas de protester au nom des sentiments d&amp;rsquo;humanit&#233; et de compassion, mais d&amp;rsquo;attaquer de front la d&#233;marche &#233;pist&#233;mologique qui est au fondement de ces &#233;tudes. &#13;&#10;  &#13;&#10;&#160;Et dans cette perspective, Kurt Goldtsein se r&#233;v&#232;le bien plus utile que Jean-Jacques Rousseau ou que Peter Singer : &quot;On expose l&amp;rsquo;organisme&quot;, &#233;crit-il dans son &amp;oelig;uvre majeure, &quot;&#224; des excitations isol&#233;es en s&amp;rsquo;ing&#233;niant aussi par ailleurs pour agencer les conditions exp&#233;rimentales de telle fa&#231;on que le ph&#233;nom&#232;ne qui correspond &#224; une excitation donn&#233;e puisse se d&#233;rouler dans un isolement aussi parfait que possible. Ce principe ne peut &#234;tre appliqu&#233; dans des conditions id&#233;ales que si l&amp;rsquo;on d&#233;tache de l&amp;rsquo;organisme total cette partie que l&amp;rsquo;on veut examiner&quot;  7 . O&#249; il appara&#238;t que le rappel d&amp;rsquo;un principe de m&#233;thode vaut bien une le&#231;on de morale. .&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;  &#13;&#10;&#160;&#160;  &#13;&#10;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;  &#13;&#10;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;  &#13;&#10; &#13;&#10;&#160;   Notes :  1 - G. Canguilhem,  La connaissance de la vie , Paris, J. Vrin, 1965, p. 10, cit&#233; par F. Armengaud, dans ce volume, p. 156. 2 - J.-F. Nordmann, &quot;Le renversement op&#233;r&#233; par Kurt Goldstein et par Erwin Straus : le r&#233;flexe comme comportement&quot;, dans ce volume p. 172. 3 - T. Droulez, &quot;Au-del&#224; du r&#233;flexe et du signal, la lib&#233;ration &#233;l&#233;mentaire et l&amp;rsquo;&#233;mergence de la conscience chez les animaux&quot;, dans ce volume p. 81. 4 - M. Vicart, &quot;Quand l&amp;rsquo;anthropologue observe et d&#233;crit des journ&#233;es de chien&quot;, dans ce volume p. 255. 5 - R. Dantzer, &quot;Que faire du comportement dans les sciences du comportement ?&quot;, dans ce volume aux p. 197-208. 6 - H. Jonas,  Le principe-responsabilit&#233; , tr. fr. J. Greisch, Paris, Cerf, 1980, p. 400. 7 - K. Goldstein,  La structure de l&amp;rsquo;organisme , tr. fr. E. Burckhardt et J ; Kuntz, Paris, Gallimard, 1983, 57-58, cit&#233; par F. Burgat, dans ce volume p. 43. </description>
         <pubDate>03/14/10 21:00:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Chacun se souvient des c&eacute;l&egrave;bres mots du Cardinal de Polignac adress&eacute;s &agrave; l&rsquo;orang-outan du Jardin des Plantes, tels que Diderot, entre autres, nous les a rapport&eacute;s : &quot;Parle et je te baptise !&quot;. L&rsquo;interpellation parle d&rsquo;elle-m&ecirc;me : Polignac n&rsquo;adressait pas une question &agrave; la b&ecirc;te, pas plus qu&rsquo;il ne lui donnait un ordre. Ce cart&eacute;sien n&rsquo;attendait aucune r&eacute;ponse. L&rsquo;affirmation par l&rsquo;homme de sa propre diff&eacute;rence prend la tournure de la d&eacute;n&eacute;gation. Ce n&rsquo;est pas lui qui se dit autre que la b&ecirc;te, c&rsquo;est la b&ecirc;te elle-m&ecirc;me qui dit toujours cette diff&eacute;rence, sans la dire, pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu&rsquo;elle ne dit rien. </p>
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Voil&agrave; un bel exemple de proc&eacute;d&eacute; destin&eacute; &agrave; constituer les animaux comme des &ecirc;tres muets, incapables d&rsquo;opposer autre chose que le silence du vaincu, parce qu&rsquo;on les fait participer &agrave; une exp&eacute;rience qui est con&ccedil;ue de telle sorte qu&rsquo;ils n&rsquo;ont aucune chance de manifester les comp&eacute;tences, les talents d&rsquo;organisation et de relations qui sont les leurs. Comme le faisait remarquer tr&egrave;s justement Georges Canguilhem, auquel une belle &eacute;tude est consacr&eacute;e dans le volume dont nous allons parler : &laquo; Sans doute l&rsquo;animal ne sait-il pas r&eacute;soudre tous les probl&egrave;mes que nous lui posons, mais c&rsquo;est parce que ce sont les n&ocirc;tres et non les siens &raquo; <sup>1</sup>.</p>
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L&rsquo;&eacute;tude du comportement animal semble s&rsquo;&ecirc;tre longtemps conform&eacute;e &agrave; ce type de proc&eacute;dure exp&eacute;rimentale o&ugrave; les r&eacute;sultats obtenus nous instruisent bien moins sur ce qu&rsquo;est cens&eacute;e &ecirc;tre la r&eacute;alit&eacute; de la vie subjective des animaux &eacute;tudi&eacute;s que sur les pr&eacute;jug&eacute;s multiples qui habitent l&rsquo;exp&eacute;rimentateur, qu&rsquo;il soit naturaliste, &eacute;thologue ou psychologue, et sur les biais m&eacute;thodologiques qui affectent sa d&eacute;marche. Le remarquable volume recueillant des travaux venus d&rsquo;horizons tr&egrave;s diff&eacute;rents (de la ph&eacute;nom&eacute;nologie &agrave; l&rsquo;&eacute;cologie comportementale, en passant par le droit, la sociologie et la biologie, etc.) que dirige Florence Burgat vient &agrave; point nomm&eacute; pour faire le bilan des avanc&eacute;es r&eacute;centes dans le domaine de la compr&eacute;hension du comportement animal (lesquelles prennent appui sur des travaux parfois anciens), dans une perspective qui laisse volontairement de c&ocirc;t&eacute; les donn&eacute;es factuelles des savoirs positifs pour se consacrer &agrave; un travail plus fondamental organis&eacute; autour de trois axes, lesquels d&eacute;terminent aussi bien la structure du livre. </p>
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<strong>Une r&eacute;flexion sur l&rsquo;essence du comportement animal<br type="_moz" />
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En bonne m&eacute;thode ne convient-il pas de s&rsquo;interroger en priorit&eacute; sur ce qu&rsquo;est un comportement avant d&rsquo;&eacute;laborer un protocole d&rsquo;observation des s&eacute;quences comportementales jug&eacute;es dignes d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;tudi&eacute;es ? Or, la difficult&eacute; tient pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; ceci qu&rsquo;il y a contradiction &agrave; vouloir saisir un comportement en tant que tel tout en commen&ccedil;ant par ne pas respecter la fa&ccedil;on dont il se donne, en le fractionnant en s&eacute;quences, en l&rsquo;atomisant,&nbsp; en isolant chaque mouvement de l&rsquo;ensemble dans lequel il prend place et qui seul lui conf&egrave;re une signification. La r&eacute;duction du comportement &agrave; l&rsquo;un des &eacute;l&eacute;ments qui entrent en jeu dans ses manifestations (m&eacute;canismes physiologiques, programme g&eacute;n&eacute;tique, op&eacute;rations cognitives, etc.) &ndash; op&eacute;ration qui rend assur&eacute;ment tr&egrave;s commode les &eacute;tudes empiriques en permettant de circonscrire clairement leur objet &ndash; , n&rsquo;a-t-elle pas pour effet d&rsquo;invalider les r&eacute;sultats de l&rsquo;enqu&ecirc;te dans son ensemble dans la mesure o&ugrave; l&rsquo;objet de l&rsquo;&eacute;tude est une pure construction intellectuelle d&eacute;nu&eacute;e de tout r&eacute;f&eacute;rent r&eacute;el ? <br />
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Ainsi que s&rsquo;efforcent de le montrer plusieurs contributeurs de ce volume dans la premi&egrave;re section de l&rsquo;ouvrage, le b&eacute;haviourisme, la th&eacute;orie des r&eacute;flexes conditionn&eacute;s de Pavlov et autres th&eacute;ories causalistes, pr&eacute;sentent ce d&eacute;faut commun de chercher &agrave; expliquer un comportement en le traitant comme&nbsp; &quot;la r&eacute;sultante d&rsquo;un faisceau et d&rsquo;un jeu de combinaisons et d&rsquo;interactions de r&eacute;flexes&quot; <sup>2</sup>, en n&eacute;gligeant tout &agrave; fait le rapport sp&eacute;cifique de l&rsquo;organisme vivant avec son environnement qu&rsquo;il contribue &agrave; constituer, qu&rsquo;il organise, et auquel il r&eacute;agit de mani&egrave;re cr&eacute;atrice. Ainsi que le montre Thomas Droulez dans l&rsquo;une des &eacute;tudes les plus brillantes de cette section, l&rsquo;animal se r&eacute;v&egrave;le capable d&rsquo;extraire des informations de son environnement &quot;en sortant du cadre des covariations r&eacute;flexes entre stimuli et r&eacute;ponses st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;es pour agir de mani&egrave;re adapt&eacute;e et ajust&eacute;e &agrave; des &eacute;v&eacute;nements impr&eacute;vus&quot; <sup>3</sup>, ce qui implique de sa part une ouverture au monde, une fa&ccedil;on d&rsquo;&ecirc;tre aux aguets, comme l&rsquo;avait d&eacute;j&agrave; dit Leibniz, face aux accidents et obstacles de son environnement en perp&eacute;tuel changement.</p>
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Il est clair que pour penser le comportement animal de cette mani&egrave;re, il faut se donner une compr&eacute;hension autrement plus fine, plus holistique, structurale ou totalisante, des relations d&rsquo;ensemble que l&rsquo;&ecirc;tre vivant est capable de nouer avec l&rsquo;environnement au sein duquel il &eacute;volue. Plusieurs penseurs y ont travaill&eacute;, et c&rsquo;est &agrave; eux que le lecteur est constamment renvoy&eacute; dans cette section : il s&rsquo;agit de Maurice Merleau-Ponty, Georges Canguilhem, Kurt Goldstein, Erwin Straus, Viktor von Weisaeker et Frederik Buytendijk.</p>
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<strong>Une r&eacute;flexion sur les conditions de possibilit&eacute; de connaissance du comportement animal</strong></p>
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De quelle mani&egrave;re cette approche est-elle de nature &agrave; modifier la fa&ccedil;on dont le comportement animal est &eacute;tudi&eacute; en laboratoire ou dans son milieu naturel ? Soit cette situation &quot;protocolaire&quot; qui fait l&rsquo;ordinaire des recherches effectu&eacute;es en psychologie cognitive : un sujet (mettons, un chien) est plac&eacute; au sein de situations pr&eacute;alablement organis&eacute;es par des exp&eacute;rimentateurs qui observent la r&eacute;p&eacute;tition d&rsquo;un comportement en vue de r&eacute;soudre un probl&egrave;me particulier (par exemple obtenir un morceau de nourriture cach&eacute; dans un container). &quot;L&rsquo;objectif&quot;, explique Marion Vicart dans un bel article consacr&eacute; &agrave; ces questions <sup>4</sup>, &quot;est de mesurer la variation du comportement animal soumis &agrave; tel ou tel facteur pour ensuite configurer une sorte de mod&egrave;le stabilis&eacute; de sch&egrave;mes comportementaux, c&rsquo;est-&agrave;-dire un mod&egrave;le &agrave; port&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale capable de se r&eacute;p&eacute;ter au sein de n&rsquo;importe quel groupe de la m&ecirc;me esp&egrave;ce et avec n&rsquo;importe quel individu&quot;. <br />
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Or, pourrait-on se demander, que peut-on bien observer dans de telles conditions lorsque l&rsquo;animal est plac&eacute; au sein d&rsquo;un petit fragment d&rsquo;espace-temps sans aucun rapport avec le milieu dans lequel l&rsquo;animal &eacute;volue habituellement ? L&rsquo;inad&eacute;quation &eacute;pist&eacute;mologique entre une m&eacute;thode (qui vaut pour les sciences de la nature o&ugrave; les cha&icirc;nes causales sont seules &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre) et son objet (l&rsquo;animal pris dans une vie de relation) est flagrante. Le probl&egrave;me est qu&rsquo;il y a un lien entre cette fa&ccedil;on de comprendre et d&rsquo;&eacute;tudier le comportement animal et la mani&egrave;re dont l&rsquo;on se prononce sur le &laquo; bien-&ecirc;tre &raquo; des animaux &eacute;lev&eacute;s de mani&egrave;re industrielle, c&rsquo;est-&agrave;-dire dans des conditions telles que l&rsquo;expression des comportements les plus &eacute;l&eacute;mentaires se voient emp&ecirc;ch&eacute;s.</p>
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C&rsquo;est ainsi que les animaux d&rsquo;&eacute;levage sont confin&eacute;s dans des cages, &eacute;ventuellement am&eacute;nag&eacute;es, o&ugrave; ils ne peuvent &eacute;baucher que quelques bribes de comportements (un petit coin o&ugrave; gratter, une baguette o&ugrave; se percher, etc.). Les comportementalistes qui proposent ce type d&rsquo;am&eacute;nagement semblent &ecirc;tre victimes de ce que Robert Dantzer appelle un &laquo; r&eacute;ductionnisme forcen&eacute; &raquo;, o&ugrave; la r&eacute;f&eacute;rence dominante est devenue les neurosciences et la biopsychobiologie, donnant naissance &agrave; l&rsquo;endocrinologie comportementale, la psychoneuroendocrinologie, etc. &quot;Dans tous les cas&quot;, conclut-il, &quot;l&rsquo;approche dominante est celle d&rsquo;un cerveau qui d&eacute;termine en totalit&eacute; le comportement&quot;. On oublie ainsi toujours plus que &quot;le comportement ne prend pas place dans le vide ou en simple r&eacute;ponse aux stimulations ext&eacute;rieures. L&rsquo;organisme est habit&eacute; en interne d&rsquo;un mouvement d&rsquo;ouverture sur son monde environnant. Il est en quelque sorte avide de sensations&quot; <sup>5</sup>.</p>
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<strong>Les enjeux moraux et politiques de la r&eacute;flexion</strong></p>
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Le lien des r&eacute;flexions pr&eacute;c&eacute;dentes avec les questions proprement morales et politiques est assez apparent. En effet, les &eacute;tudes commandit&eacute;es par diverses institutions (instituts de recherche, instances europ&eacute;ennes, fili&egrave;res professionnelles de productions animales) au sujet du comportement animal p&egrave;sent lourd dans les d&eacute;cisions du l&eacute;gislateur qui doit &eacute;dicter les normes de d&eacute;tention et d&rsquo;utilisation des animaux.</p>
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La voie du &quot;r&eacute;ductionnisme forcen&eacute;&quot; a triomph&eacute;, et ce triomphe devient pr&eacute;occupant lorsque l&rsquo;on songe qu&rsquo;il en va des conditions de vie de millions de mammif&egrave;res et d&rsquo;oiseaux destin&eacute;s &agrave; la consommation. C&rsquo;est &agrave; la biologie du comportement, et &agrave; l&rsquo;&eacute;quation &quot;bien-&ecirc;tre = adaptation = absence d&rsquo;hormone et de stress&quot;, qu&rsquo;est laiss&eacute;e la d&eacute;termination des besoins &eacute;thologiques des animaux observ&eacute;s dans des conditions de contention et de claustration qui sont les leurs en &eacute;levage industriel. Comment peut-on mesurer le bien-&ecirc;tre d&rsquo;un animal ? Le verdict de la pr&eacute;sence ou de l&rsquo;absence de telle ou telle substance dans le sang tombe comme un couperet. Comme l&rsquo;&eacute;crivait magnifiquement Hans Jonas, l&rsquo;industrie alimentaire a pouss&eacute; &agrave; sa derni&egrave;re extr&eacute;mit&eacute; &quot;l&rsquo;avilissement d&rsquo;organismes dou&eacute;s de sens, capables de mouvement, sensibles et pleins d&rsquo;&eacute;nergie vitale&quot;, en les r&eacute;duisant &quot;&agrave; l&rsquo;&eacute;tat de machines &agrave; pondre et de machines &agrave; viande, priv&eacute;s d&rsquo;environnement, enferm&eacute;s &agrave; vie, artificiellement &eacute;clair&eacute;s, aliment&eacute;s automatiquement&quot; <sup>6</sup>.<br />
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Il ne faut donc pas m&eacute;conna&icirc;tre que le projet visant &agrave; restituer l&rsquo;exp&eacute;rience et la subjectivit&eacute; des animaux, que poursuit pour son propre compte Florence Burgat depuis de nombreuses ann&eacute;es, soul&egrave;ve des enjeux qui ne sont pas seulement d&rsquo;ordre descriptif, ph&eacute;nom&eacute;nologique ou m&eacute;taphysique. Ainsi qu&rsquo;elle l&rsquo;indique dans la remarquable Introduction du volume, le meilleur moyen de ruiner les conclusions auxquelles sont parvenues certaines recherches bien connues du grand public, d&eacute;montrant que &quot;les poules pr&eacute;f&egrave;rent les cages&quot;, ou que &quot;le gavage exploite une facult&eacute; naturelle&quot;, que &quot;les oiseaux sont contents de se faire gaver&quot;, etc., dont l&rsquo;on voit ais&eacute;ment quel profit peuvent en tirer les fili&egrave;res commerciales, n&rsquo;est pas de protester au nom des sentiments d&rsquo;humanit&eacute; et de compassion, mais d&rsquo;attaquer de front la d&eacute;marche &eacute;pist&eacute;mologique qui est au fondement de ces &eacute;tudes.</p>
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&nbsp;Et dans cette perspective, Kurt Goldtsein se r&eacute;v&egrave;le bien plus utile que Jean-Jacques Rousseau ou que Peter Singer : &quot;On expose l&rsquo;organisme&quot;, &eacute;crit-il dans son &oelig;uvre majeure, &quot;&agrave; des excitations isol&eacute;es en s&rsquo;ing&eacute;niant aussi par ailleurs pour agencer les conditions exp&eacute;rimentales de telle fa&ccedil;on que le ph&eacute;nom&egrave;ne qui correspond &agrave; une excitation donn&eacute;e puisse se d&eacute;rouler dans un isolement aussi parfait que possible. Ce principe ne peut &ecirc;tre appliqu&eacute; dans des conditions id&eacute;ales que si l&rsquo;on d&eacute;tache de l&rsquo;organisme total cette partie que l&rsquo;on veut examiner&quot; <sup>7</sup>. O&ugrave; il appara&icirc;t que le rappel d&rsquo;un principe de m&eacute;thode vaut bien une le&ccedil;on de morale. .&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br />
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&nbsp;</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - G. Canguilhem, <em>La connaissance de la vie</em>, Paris, J. Vrin, 1965, p. 10, cit&eacute; par F. Armengaud, dans ce volume, p. 156.<br />2 - J.-F. Nordmann, &quot;Le renversement op&eacute;r&eacute; par Kurt Goldstein et par Erwin Straus : le r&eacute;flexe comme comportement&quot;, dans ce volume p. 172.<br />3 - T. Droulez, &quot;Au-del&agrave; du r&eacute;flexe et du signal, la lib&eacute;ration &eacute;l&eacute;mentaire et l&rsquo;&eacute;mergence de la conscience chez les animaux&quot;, dans ce volume p. 81.<br />4 - M. Vicart, &quot;Quand l&rsquo;anthropologue observe et d&eacute;crit des journ&eacute;es de chien&quot;, dans ce volume p. 255.<br />5 - R. Dantzer, &quot;Que faire du comportement dans les sciences du comportement ?&quot;, dans ce volume aux p. 197-208.<br />6 - H. Jonas, <em>Le principe-responsabilit&eacute;</em>, tr. fr. J. Greisch, Paris, Cerf, 1980, p. 400.<br />7 - K. Goldstein, <em>La structure de l&rsquo;organisme</em>, tr. fr. E. Burckhardt et J ; Kuntz, Paris, Gallimard, 1983, 57-58, cit&eacute; par F. Burgat, dans ce volume p. 43.<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Les politiques du corps</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3227-les_politiques_du_corps.htm</link>
         <description> Publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 2006, dans la collection Textes &#224; l'appui/Genre et sexualit&#233; des &#233;ditions La D&#233;couverte,  La matrice de la race. G&#233;n&#233;alogie sexuelle et coloniale de la Nation fran&#231;aise  d'Elsa Dorlin inaugurait pleinement la pluridisciplinarit&#233; post-moderne des &#233;tudes en sciences sociales. La r&#233;&#233;dition en poche donne l'occasion de lire ou relire la philosophe. &#13;&#10;En g&#233;n&#233;alogiste foucaldienne, Elsa Dorlin &#233;tudie et lie ce qui n'appara&#238;t pas d'embl&#233;e de fa&#231;on &#233;vidente : quel rapport, en effet, entre les hyst&#233;riques et les nymphomanes en France aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles et les esclaves travaillant dans les plantations des colonies,  entre in&#233;galit&#233; des sexes et in&#233;galit&#233; des &quot;races&quot;&#160;?  Comment se fabrique un peuple, quels sont les instruments de ce que l&amp;rsquo;auteure appelle la  g&#233;notechnie&#160; ? Pr&#233;cis&#233;ment,  La matrice de la race , essai richement document&#233;, montre quels fils rouges ont tir&#233; les faiseurs de la Nation. L&amp;rsquo;auteure montre donc comment na&#238;t la &quot;nation&quot;, &#224; partir des corps sur lesquels elle se fonde jusqu'aux corps de ceux qu'elle exclut. &#13;&#10;Les femmes, la Nation, la race. Elsa Dorlin interroge ce triptyque dans une d&#233;monstration progressant de la fabrique du sexe &#224; la fabrique de la race, s'inspirant des travaux de Thomas Laqueur qui, dans  La Fabrique du sexe  (publi&#233; en 1990 et traduit en fran&#231;ais deux ans plus tard), montre comment le mod&#232;le du sexe unique est abandonn&#233; pour celui de deux sexes &#233;tablissant ainsi la diff&#233;renciation sexuelle. &#13;&#10;  Les femmes comme maladie  &#13;&#10; De m&#234;me, la lecture des trait&#233;s m&#233;dicaux des XVIe, XVIIe, et XVIIIe si&#232;cles lui permet d'affirmer le sexe des maladies, fer de lance de l&amp;rsquo;in&#233;galit&#233; des sexes  1  En effet, la diff&#233;rence sexuelle se fondant sur une diff&#233;rence de temp&#233;rament &amp;ndash; la femme &#233;tant d'un temp&#233;rament froid et humide et l'homme d'un temp&#233;rament chaud et sec &amp;ndash;, les maladies des unes ne sont pas les maladies des autres. Ainsi, le corps de la femme, caract&#233;ris&#233; par sa porosit&#233;, est particuli&#232;rement enclin &#224; la maladie.  &#13;&#10;La th&#233;orie aristot&#233;licienne des humeurs, reprise par les m&#233;decins de l'&#226;ge classique, conforte par exemple cette id&#233;e que les menstruations sont une manifestation quasi pathologique en ce qu'elles sont log&#233;es dans l'ut&#233;rus, organe qui&#160;&quot;a sa propre sensibilit&#233; qui &#233;chappe &#224; la volont&#233; de la femme : on le dit &#234;tre un animal parce qu'il se dilate, se raccourcit plus ou moins, selon la diversit&#233; des causes, et quelquefois m&#234;me, il fr&#233;tille et bouge, faisant perdre patience et toute raison &#224; la pauvre femme&quot;  2 . L'ut&#233;rus devient alors la matrice, le lieu des maladies des femmes dont les deux principales &amp;ndash; la fureur ut&#233;rine&quot; et &quot;la suffocation de la matrice&quot; &amp;ndash; sont &quot;caus&#233;es par l'abstinence sexuelle, soit parce que l'organe se dess&#232;che et s'irrite faute d'&#234;tre humidifi&#233; par la semence masculine, soit &#224; cause des vapeurs v&#233;n&#233;neuses des humeurs croupissantes dans l'ut&#233;rus (principalement la semence et les r&#232;gles)&quot;  3 . &#13;&#10; &#13;&#10; Ainsi, les divers trait&#233;s des maladies des femmes au cours du XVIIe si&#232;cle se contredisent-ils r&#233;guli&#232;rement et Elsa Dorlin de montrer comment les uns &quot;d&#233;sexualisent&quot; les maladies dites vaporeuses (l'hyst&#233;rie f&#233;minine correspond &#224; l'hyponcondrie masculine), alors que les autres hi&#233;rarchisent ces affections et cr&#233;ent par l&#224; des types f&#233;minins, conform&#233;ment &#224; cette v&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale que les corps des femmes sont affect&#233;s en raison de leur constitution: &quot;d'un tissu moins serr&#233; et moins ferme, &#233;tant destin&#233;es &#224; des fonctions moins p&#233;nibles ; au lieu que les hommes ont un corps robuste et vigoureux, parce qu'ils sont destin&#233;s &#224; de grands et rudes travaux&quot;  4 . La principale fonction f&#233;minine qui s'oppose au travail masculin &#233;tant la reproduction.  &#13;&#10;Autre type f&#233;minin, mais contradictoire, les femmes au temp&#233;rament viril, les &quot;mutantes&quot;  5 . Ces &quot;anormales&quot; r&#233;sistent &#224; la th&#233;orie morale sous-jacente aux discours m&#233;dicaux. Les prostitu&#233;es, ces &quot;mules du d&#233;mon&quot;  6 , les Africaines, lubriques au temp&#233;rament chaud du fait de leur &quot;clitoris [&amp;hellip;] hypertrophi&#233; qui cro&#238;t sous l'effet du climat torride&quot;  7 , les &quot;fricatrices&quot;, les &quot;hermaphrodites&quot; qui s'adonnent au &quot;tribadisme&quot;, au plaisir seules ou entre femmes, sont &quot;ces imparfaites qui se sont empar&#233;es des fonctions viriles&quot;  8 . Les principales fonctions viriles &#233;tant le &quot;privil&#232;ge [&amp;hellip;] de se satisfaire sexuellement sans risquer les grossesses&quot;  9 . &#13;&#10;Outre l&amp;rsquo;amusement ou l&amp;rsquo;agacement que procureront ces m&#233;decins tentant la bonne interpr&#233;tation ou le bon diagnostic, l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t des textes cit&#233;s par Dorlin tient, d&amp;rsquo;une part, &#224; la mise en &#233;vidence de l'&#233;volution de la pens&#233;e m&#233;dicale et des pr&#233;mices de ce qui deviendra la m&#233;decine exp&#233;rimentale au XIX&#232; si&#232;cle, la femme se faisant condition de possibilit&#233; de la scientifisation de la m&#233;decine. D&amp;rsquo;autre part, &#224; travers l&amp;rsquo;investissement du corps des femmes par le discours m&#233;dical, l&amp;rsquo;auteure parvient &#224; retracer utilement un aspect du d&#233;veloppement du pouvoir m&#233;dical. &#13;&#10;  La m&#232;re-patrie  &#13;&#10; Dans une deuxi&#232;me partie, Dorlin montre comment la figure de la &quot;m&#232;re&quot; se forge pour d&#233;signer le mod&#232;le f&#233;minin de la sant&#233; en m&#234;me temps que la possibilit&#233; m&#234;me de penser la sant&#233; pour les femmes, &quot;le corps f&#233;minin [&#233;tant] traditionnellement assimil&#233; au d&#233;sordre, au morbide, au monstrueux&quot;  10 . L&amp;rsquo;investissement du chevet des femmes parturientes par les m&#233;decins, &#233;loignant les sages-femmes et leur art, savoir illicite, fait de &quot;vieilles recettes qui sont le fruit de leur imagination&quot;  11 , permettra l&amp;rsquo;abandon d&amp;rsquo;une conception pathologique de la maternit&#233;&#160;consid&#233;r&#233;e comme une &quot;maladie quasiment in&#233;vitable et souvent mortelle,&#160;notamment parce que les m&#233;decins sont appel&#233;s en dernier recours&quot;&#160; 12 . Norme de sant&#233;, outil de la politique nataliste &#224; l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre au milieu du XVIIIe si&#232;cle, la &quot;m&#232;re&quot; devient celle qui porte les enfants de la Nation. L&amp;rsquo;in&#233;galit&#233; des sexes par l&#224; m&#234;me remise en cause, la grossesse correspondant &#224; la guerre, l&amp;rsquo;&#233;quilibre caract&#233;risant la sant&#233; des hommes comme des femmes, pourquoi la femme n&amp;rsquo;acc&#232;de-t-elle pas &#224; la vie politique de la cit&#233;&#160;? L&amp;rsquo;hypoth&#232;se d&amp;rsquo;Elsa Dorlin est que &quot;la r&#233;forme du mode de conceptualisation de l&amp;rsquo;in&#233;galit&#233; des sexes&quot;  13  est confi&#233;e aux m&#233;decins, qui replaceront la femme &#224; son rang de reproductrice, faible mais si charmante&#160;: &quot;Si la force est essentielle &#224; l&amp;rsquo;homme, il semble qu&amp;rsquo;une certaine faiblesse concoure &#224; la perfection de la femme. Cela est encore plus vrai au moral qu&amp;rsquo;au physique&#160;: la r&#233;sistance irrite le premier&#160;; l&amp;rsquo;autre, en c&#233;dant, ajoute l&amp;rsquo;apparence d&amp;rsquo;une vertu &#224; l&amp;rsquo;ascendant naturel de ses charmes, et fait par l&#224; dispara&#238;tre la sup&#233;riorit&#233; que la force donne &#224; l&amp;rsquo;homme&quot;  14 . &#13;&#10;Les &quot;m&#232;res&quot;, pourvoyeuses de la Nation, ne sont donc saines qu&amp;rsquo;en raison de leur sexualit&#233;: le co&#239;t h&#233;t&#233;rosexuel en vue de la procr&#233;ation &#233;tant condition de la sant&#233; des femmes et prescriptions m&#233;dicales. Elles se font ainsi &quot;l&amp;rsquo;instrument majeur de la  g&#233;notechnie &quot;  15 . &#13;&#10;  &#13;&#10;  Des Races a-m&#232;res  &#13;&#10; Dans une troisi&#232;me partie, enfin, Dorlin analyse comment sont r&#233;utilis&#233;es les cat&#233;gories de sain et de malsain, articulation de la domination d&amp;rsquo;un groupe par un groupe, ayant fond&#233; le mod&#232;le de la femme saine, pilier de la r&#233;g&#233;n&#233;ration nationale &#224; la veille de la R&#233;volution fran&#231;aise, pour fonder la &quot;race&quot;, instrument m&#233;dico-politique de justification de l&amp;rsquo;exploitation de l&amp;rsquo;homme noir par l&amp;rsquo;homme blanc. Ainsi, nous dit-elle, &quot;le syst&#232;me plantocratique et la soci&#233;t&#233; coloniale constituent l&amp;rsquo;un des hauts lieux de la formation d&amp;rsquo;une id&#233;ologie nationale&quot;  16 . &#13;&#10;Le &quot;temp&#233;rament&quot;, outil politique de hi&#233;rarchisation des sexes et ici des peuples, pour devenir le socle de la th&#233;orie naturaliste de la &quot;race&quot;, n&amp;rsquo;est donc plus d&#233;fini comme relatif aux climats (syst&#232;me de Buffon), mais comme un principe endog&#232;ne, d&#233;terminant les caract&#232;res physionomiques, esth&#233;tiques et m&#234;me moraux. Les textes des naturalistes et des m&#233;decins voyageant aux colonies t&#233;moignent de l&amp;rsquo;extension faite du temp&#233;rament pathog&#232;ne f&#233;minin aux Indiens et aux esclaves africains. &quot;Le temp&#233;rament est d&#233;sormais compris comme le principe premier, stable de d&#233;termination et de distinction physique et psychologique de l&amp;rsquo;humanit&#233;&quot;  17 . Sch&#232;me permettant d&amp;rsquo;asseoir l&amp;rsquo;id&#233;ologie esclavagiste et le dispositif colonial, le temp&#233;rament est au c&amp;oelig;ur des trait&#233;s m&#233;dicaux des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles qui &#233;tablissent autour de lui les cat&#233;gories sociales et leurs pathologies propres. Ainsi en &#233;tait-il des trait&#233;s de maladies des femmes, ainsi en est-il encore des &#233;crits de voyages aux titres &#233;vocateurs&#160;:  Observations sur les maladies des n&#232;gres, leurs causes, leurs traitements et les moyens de les pr&#233;venir   18 ,  Guide m&#233;dical des Antilles ou &#233;tudes sur les maladies des colonies en g&#233;n&#233;ral et sur celles qui sont propres &#224; la race noire   19 . La pathologisation des esclaves (les marrons, esclaves en fuite, sont dits en proie &#224; une forme de folie), la d&#233;virilisation des hommes, l&amp;rsquo;&#233;rotisation &#224; outrance des femmes, sont les outils de la fabrication du concept moderne de&#160;&quot;race&quot;, de la l&#233;gitimation de l&amp;rsquo;esclavage (le travail serait un rem&#232;de au temp&#233;rament naturellement faible des esclaves) et du maintien de la domination des colons. &#13;&#10;  Une saine lecture  &#13;&#10; Dans cet essai kal&#233;idoscopique par ses sources et ses th&#232;ses, Elsa Dorlin rapporte brillamment les techniques visant la fabrication d&amp;rsquo;un peuple, d&amp;rsquo;une id&#233;ologie nationale, de ce que l&amp;rsquo;on appellerait aujourd&amp;rsquo;hui une identit&#233; nationale. En d&#233;cryptant cette  g&#233;notechnie  pr&#233;-r&#233;volutionnaire nourrie de l&amp;rsquo;exp&#233;rience coloniale, la philosophe montre l&amp;rsquo;envers de la Nation, l&amp;rsquo;interventionnisme dont elle r&#233;sulte. &quot;Le gouvernement colonial a introduit la race au c&amp;oelig;ur de la Nation fran&#231;aise &#224; un moment historique cl&#233; o&#249; nationalit&#233; et citoyennet&#233; s&amp;rsquo;&#233;laboraient,&#160;[&amp;hellip;] les colonies apparaissent clairement comme un laboratoire o&#249; une certaine id&#233;e de la citoyennet&#233; fran&#231;aise &amp;ndash; exclusive, restrictive et naturaliste &amp;ndash; a &#233;t&#233; pens&#233;e et &#233;prouv&#233;e&quot;  20 .  &#13;&#10;Ce travail (qu&amp;rsquo;on aurait aim&#233; plus long car, tr&#232;s riche, on avance tr&#232;s vite, parfois trop, mais sans doute est-ce d&#251; &#224; une contrainte &#233;ditoriale) apporte des cl&#233;s de lectures particuli&#232;rement pertinentes pour comprendre les m&#233;canismes de production d&amp;rsquo;un discours d&amp;rsquo;&#201;tat et sur ce qui le constitue. La &quot;nation&quot; est ce qui cr&#233;e son identit&#233; sur des groupes d&amp;rsquo;individus lui fournissant une manne (les &quot;m&#232;res&quot; qui lui abandonnent leurs fils) et en regard d&amp;rsquo;autres groupes qu&amp;rsquo;elle maintient en dehors d&amp;rsquo;elle (les esclaves). Aux partisans du d&#233;bat contemporain sur l&amp;rsquo;identit&#233; nationale, on pourra donc proposer cette lecture. Il semble en effet que les hypoth&#232;ses de Dorlin y soient v&#233;rifi&#233;es, la manne contemporaine d&amp;rsquo;une pr&#233;tendue identit&#233; nationale &#233;tant les immigr&#233;s lui fournissant leur travail, et formant le corps &#233;tranger pathologique dont elle se pr&#233;munit en l&amp;rsquo;excluant.. &#13;&#10;  &#13;&#10;&#160;   Notes :  1 -  L&amp;rsquo;auteure &#233;crit : &quot;De l&amp;rsquo;Antiquit&#233; jusqu&amp;rsquo;&#224; l&amp;rsquo;&#226;ge classique, le corps des femmes est le paradigme du corps malade. [&amp;hellip;] la longue liste des maladies r&#233;put&#233;es propres au &quot;Sexe&quot; constitue une v&#233;ritable &#233;tiologie sexuelle qui, en faisant du corps de femmes un corps par d&#233;finition malade, permet de justifier l&amp;rsquo;in&#233;galit&#233; entre les hommes et les femmes&quot;, E. Dorlin,  La matrice de la race , La D&#233;couverte/Poche, 2009, p. 109. 2 - Ambroise Par&#233;, cit&#233; par E. Dorlin,  La matrice de la race ,  op.cit ., p.40 3 - E. Dorlin,  op.cit. , p.47 4 - Sydenham, cit&#233; par E. Dorlin,  op.cit ., p.53 5 -  ibid ., p.66 6 -  ibid ., p.63 7 -  ibid ., p.71 8 - Tissot cit&#233; par E. Dorlin,  op.cit. ,p.78 9 -  ibid . 10 -  ibid ., p.114 11 -  ibid ., p.139 12 -  ibid ., p.110 13 -  ibid ., p.118 14 - Roussel, cit&#233; par E. Dorlin,  op.cit .,   p.122-123 15 -  ibid ., p.209 16 -  ibid ., p.198 17 -  ibid ., p.226 18 - m&#233;decin Dazille, 1776,&#160; cit&#233; par E. Dolin in  op.cit ., p.234 19 - m&#233;decin Levacher, 1834, cit&#233; par E. Dorlin in  op.cit ., p.248 20 -  ibid ., p.274 </description>
         <pubDate>03/13/10 13:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3227-les_politiques_du_corps.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Publi&eacute; pour la premi&egrave;re fois en 2006, dans la collection Textes &agrave; l'appui/Genre et sexualit&eacute; des &eacute;ditions La D&eacute;couverte, <em>La matrice de la race. G&eacute;n&eacute;alogie sexuelle et coloniale de la Nation fran&ccedil;aise </em>d'Elsa Dorlin inaugurait pleinement la pluridisciplinarit&eacute; post-moderne des &eacute;tudes en sciences sociales. La r&eacute;&eacute;dition en poche donne l'occasion de lire ou relire la philosophe.<br />
En g&eacute;n&eacute;alogiste foucaldienne, Elsa Dorlin &eacute;tudie et lie ce qui n'appara&icirc;t pas d'embl&eacute;e de fa&ccedil;on &eacute;vidente : quel rapport, en effet, entre les hyst&eacute;riques et les nymphomanes en France aux XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles et les esclaves travaillant dans les plantations des colonies, <em>entre in&eacute;galit&eacute; des sexes et in&eacute;galit&eacute; des &quot;races&quot;&nbsp;?</em> Comment se fabrique un peuple, quels sont les instruments de ce que l&rsquo;auteure appelle la <em>g&eacute;notechnie&nbsp;</em>? Pr&eacute;cis&eacute;ment, <em>La matrice de la race</em>, essai richement document&eacute;, montre quels fils rouges ont tir&eacute; les faiseurs de la Nation. L&rsquo;auteure montre donc comment na&icirc;t la &quot;nation&quot;, &agrave; partir des corps sur lesquels elle se fonde jusqu'aux corps de ceux qu'elle exclut.<br />
Les femmes, la Nation, la race. Elsa Dorlin interroge ce triptyque dans une d&eacute;monstration progressant de la fabrique du sexe &agrave; la fabrique de la race, s'inspirant des travaux de Thomas Laqueur qui, dans <em>La Fabrique du sexe </em>(publi&eacute; en 1990 et traduit en fran&ccedil;ais deux ans plus tard), montre comment le mod&egrave;le du sexe unique est abandonn&eacute; pour celui de deux sexes &eacute;tablissant ainsi la diff&eacute;renciation sexuelle.</p>
<p><strong>Les femmes comme maladie</strong></p>
<p>De m&ecirc;me, la lecture des trait&eacute;s m&eacute;dicaux des XVIe, XVIIe, et XVIIIe si&egrave;cles lui permet d'affirmer le sexe des maladies, fer de lance de l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; des sexes <sup>1</sup> En effet, la diff&eacute;rence sexuelle se fondant sur une diff&eacute;rence de temp&eacute;rament &ndash; la femme &eacute;tant d'un temp&eacute;rament froid et humide et l'homme d'un temp&eacute;rament chaud et sec &ndash;, les maladies des unes ne sont pas les maladies des autres. Ainsi, le corps de la femme, caract&eacute;ris&eacute; par sa porosit&eacute;, est particuli&egrave;rement enclin &agrave; la maladie. <br />
La th&eacute;orie aristot&eacute;licienne des humeurs, reprise par les m&eacute;decins de l'&acirc;ge classique, conforte par exemple cette id&eacute;e que les menstruations sont une manifestation quasi pathologique en ce qu'elles sont log&eacute;es dans l'ut&eacute;rus, organe qui&nbsp;&quot;a sa propre sensibilit&eacute; qui &eacute;chappe &agrave; la volont&eacute; de la femme : on le dit &ecirc;tre un animal parce qu'il se dilate, se raccourcit plus ou moins, selon la diversit&eacute; des causes, et quelquefois m&ecirc;me, il fr&eacute;tille et bouge, faisant perdre patience et toute raison &agrave; la pauvre femme&quot; <sup>2</sup>. L'ut&eacute;rus devient alors la matrice, le lieu des maladies des femmes dont les deux principales &ndash; la fureur ut&eacute;rine&quot; et &quot;la suffocation de la matrice&quot; &ndash; sont &quot;caus&eacute;es par l'abstinence sexuelle, soit parce que l'organe se dess&egrave;che et s'irrite faute d'&ecirc;tre humidifi&eacute; par la semence masculine, soit &agrave; cause des vapeurs v&eacute;n&eacute;neuses des humeurs croupissantes dans l'ut&eacute;rus (principalement la semence et les r&egrave;gles)&quot; <sup>3</sup>.<br />
</p>
<p>Ainsi, les divers trait&eacute;s des maladies des femmes au cours du XVIIe si&egrave;cle se contredisent-ils r&eacute;guli&egrave;rement et Elsa Dorlin de montrer comment les uns &quot;d&eacute;sexualisent&quot; les maladies dites vaporeuses (l'hyst&eacute;rie f&eacute;minine correspond &agrave; l'hyponcondrie masculine), alors que les autres hi&eacute;rarchisent ces affections et cr&eacute;ent par l&agrave; des types f&eacute;minins, conform&eacute;ment &agrave; cette v&eacute;rit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale que les corps des femmes sont affect&eacute;s en raison de leur constitution: &quot;d'un tissu moins serr&eacute; et moins ferme, &eacute;tant destin&eacute;es &agrave; des fonctions moins p&eacute;nibles ; au lieu que les hommes ont un corps robuste et vigoureux, parce qu'ils sont destin&eacute;s &agrave; de grands et rudes travaux&quot; <sup>4</sup>. La principale fonction f&eacute;minine qui s'oppose au travail masculin &eacute;tant la reproduction. <br />
Autre type f&eacute;minin, mais contradictoire, les femmes au temp&eacute;rament viril, les &quot;mutantes&quot; <sup>5</sup>. Ces &quot;anormales&quot; r&eacute;sistent &agrave; la th&eacute;orie morale sous-jacente aux discours m&eacute;dicaux. Les prostitu&eacute;es, ces &quot;mules du d&eacute;mon&quot; <sup>6</sup>, les Africaines, lubriques au temp&eacute;rament chaud du fait de leur &quot;clitoris [&hellip;] hypertrophi&eacute; qui cro&icirc;t sous l'effet du climat torride&quot; <sup>7</sup>, les &quot;fricatrices&quot;, les &quot;hermaphrodites&quot; qui s'adonnent au &quot;tribadisme&quot;, au plaisir seules ou entre femmes, sont &quot;ces imparfaites qui se sont empar&eacute;es des fonctions viriles&quot; <sup>8</sup>. Les principales fonctions viriles &eacute;tant le &quot;privil&egrave;ge [&hellip;] de se satisfaire sexuellement sans risquer les grossesses&quot; <sup>9</sup>.<br />
Outre l&rsquo;amusement ou l&rsquo;agacement que procureront ces m&eacute;decins tentant la bonne interpr&eacute;tation ou le bon diagnostic, l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t des textes cit&eacute;s par Dorlin tient, d&rsquo;une part, &agrave; la mise en &eacute;vidence de l'&eacute;volution de la pens&eacute;e m&eacute;dicale et des pr&eacute;mices de ce qui deviendra la m&eacute;decine exp&eacute;rimentale au XIX&egrave; si&egrave;cle, la femme se faisant condition de possibilit&eacute; de la scientifisation de la m&eacute;decine. D&rsquo;autre part, &agrave; travers l&rsquo;investissement du corps des femmes par le discours m&eacute;dical, l&rsquo;auteure parvient &agrave; retracer utilement un aspect du d&eacute;veloppement du pouvoir m&eacute;dical.</p>
<p><strong>La m&egrave;re-patrie</strong></p>
<p>Dans une deuxi&egrave;me partie, Dorlin montre comment la figure de la &quot;m&egrave;re&quot; se forge pour d&eacute;signer le mod&egrave;le f&eacute;minin de la sant&eacute; en m&ecirc;me temps que la possibilit&eacute; m&ecirc;me de penser la sant&eacute; pour les femmes, &quot;le corps f&eacute;minin [&eacute;tant] traditionnellement assimil&eacute; au d&eacute;sordre, au morbide, au monstrueux&quot; <sup>10</sup>. L&rsquo;investissement du chevet des femmes parturientes par les m&eacute;decins, &eacute;loignant les sages-femmes et leur art, savoir illicite, fait de &quot;vieilles recettes qui sont le fruit de leur imagination&quot; <sup>11</sup>, permettra l&rsquo;abandon d&rsquo;une conception pathologique de la maternit&eacute;&nbsp;consid&eacute;r&eacute;e comme une &quot;maladie quasiment in&eacute;vitable et souvent mortelle,&nbsp;notamment parce que les m&eacute;decins sont appel&eacute;s en dernier recours&quot;&nbsp;<sup>12</sup>. Norme de sant&eacute;, outil de la politique nataliste &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre au milieu du XVIIIe si&egrave;cle, la &quot;m&egrave;re&quot; devient celle qui porte les enfants de la Nation. L&rsquo;in&eacute;galit&eacute; des sexes par l&agrave; m&ecirc;me remise en cause, la grossesse correspondant &agrave; la guerre, l&rsquo;&eacute;quilibre caract&eacute;risant la sant&eacute; des hommes comme des femmes, pourquoi la femme n&rsquo;acc&egrave;de-t-elle pas &agrave; la vie politique de la cit&eacute;&nbsp;? L&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;Elsa Dorlin est que &quot;la r&eacute;forme du mode de conceptualisation de l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; des sexes&quot; <sup>13</sup> est confi&eacute;e aux m&eacute;decins, qui replaceront la femme &agrave; son rang de reproductrice, faible mais si charmante&nbsp;: &quot;Si la force est essentielle &agrave; l&rsquo;homme, il semble qu&rsquo;une certaine faiblesse concoure &agrave; la perfection de la femme. Cela est encore plus vrai au moral qu&rsquo;au physique&nbsp;: la r&eacute;sistance irrite le premier&nbsp;; l&rsquo;autre, en c&eacute;dant, ajoute l&rsquo;apparence d&rsquo;une vertu &agrave; l&rsquo;ascendant naturel de ses charmes, et fait par l&agrave; dispara&icirc;tre la sup&eacute;riorit&eacute; que la force donne &agrave; l&rsquo;homme&quot; <sup>14</sup>.<br />
Les &quot;m&egrave;res&quot;, pourvoyeuses de la Nation, ne sont donc saines qu&rsquo;en raison de leur sexualit&eacute;: le co&iuml;t h&eacute;t&eacute;rosexuel en vue de la procr&eacute;ation &eacute;tant condition de la sant&eacute; des femmes et prescriptions m&eacute;dicales. Elles se font ainsi &quot;l&rsquo;instrument majeur de la <em>g&eacute;notechnie</em>&quot; <sup>15</sup>.</p>
<p></p>
<p><strong>Des Races a-m&egrave;res</strong></p>
<p>Dans une troisi&egrave;me partie, enfin, Dorlin analyse comment sont r&eacute;utilis&eacute;es les cat&eacute;gories de sain et de malsain, articulation de la domination d&rsquo;un groupe par un groupe, ayant fond&eacute; le mod&egrave;le de la femme saine, pilier de la r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration nationale &agrave; la veille de la R&eacute;volution fran&ccedil;aise, pour fonder la &quot;race&quot;, instrument m&eacute;dico-politique de justification de l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme noir par l&rsquo;homme blanc. Ainsi, nous dit-elle, &quot;le syst&egrave;me plantocratique et la soci&eacute;t&eacute; coloniale constituent l&rsquo;un des hauts lieux de la formation d&rsquo;une id&eacute;ologie nationale&quot; <sup>16</sup>.<br />
Le &quot;temp&eacute;rament&quot;, outil politique de hi&eacute;rarchisation des sexes et ici des peuples, pour devenir le socle de la th&eacute;orie naturaliste de la &quot;race&quot;, n&rsquo;est donc plus d&eacute;fini comme relatif aux climats (syst&egrave;me de Buffon), mais comme un principe endog&egrave;ne, d&eacute;terminant les caract&egrave;res physionomiques, esth&eacute;tiques et m&ecirc;me moraux. Les textes des naturalistes et des m&eacute;decins voyageant aux colonies t&eacute;moignent de l&rsquo;extension faite du temp&eacute;rament pathog&egrave;ne f&eacute;minin aux Indiens et aux esclaves africains. &quot;Le temp&eacute;rament est d&eacute;sormais compris comme le principe premier, stable de d&eacute;termination et de distinction physique et psychologique de l&rsquo;humanit&eacute;&quot; <sup>17</sup>. Sch&egrave;me permettant d&rsquo;asseoir l&rsquo;id&eacute;ologie esclavagiste et le dispositif colonial, le temp&eacute;rament est au c&oelig;ur des trait&eacute;s m&eacute;dicaux des XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles qui &eacute;tablissent autour de lui les cat&eacute;gories sociales et leurs pathologies propres. Ainsi en &eacute;tait-il des trait&eacute;s de maladies des femmes, ainsi en est-il encore des &eacute;crits de voyages aux titres &eacute;vocateurs&nbsp;: <em>Observations sur les maladies des n&egrave;gres, leurs causes, leurs traitements et les moyens de les pr&eacute;venir </em><sup>18</sup>, <em>Guide m&eacute;dical des Antilles ou &eacute;tudes sur les maladies des colonies en g&eacute;n&eacute;ral et sur celles qui sont propres &agrave; la race noire</em> <sup>19</sup>. La pathologisation des esclaves (les marrons, esclaves en fuite, sont dits en proie &agrave; une forme de folie), la d&eacute;virilisation des hommes, l&rsquo;&eacute;rotisation &agrave; outrance des femmes, sont les outils de la fabrication du concept moderne de&nbsp;&quot;race&quot;, de la l&eacute;gitimation de l&rsquo;esclavage (le travail serait un rem&egrave;de au temp&eacute;rament naturellement faible des esclaves) et du maintien de la domination des colons.</p>
<p><strong>Une saine lecture</strong></p>
<p>Dans cet essai kal&eacute;idoscopique par ses sources et ses th&egrave;ses, Elsa Dorlin rapporte brillamment les techniques visant la fabrication d&rsquo;un peuple, d&rsquo;une id&eacute;ologie nationale, de ce que l&rsquo;on appellerait aujourd&rsquo;hui une identit&eacute; nationale. En d&eacute;cryptant cette <em>g&eacute;notechnie </em>pr&eacute;-r&eacute;volutionnaire nourrie de l&rsquo;exp&eacute;rience coloniale, la philosophe montre l&rsquo;envers de la Nation, l&rsquo;interventionnisme dont elle r&eacute;sulte. &quot;Le gouvernement colonial a introduit la race au c&oelig;ur de la Nation fran&ccedil;aise &agrave; un moment historique cl&eacute; o&ugrave; nationalit&eacute; et citoyennet&eacute; s&rsquo;&eacute;laboraient,&nbsp;[&hellip;] les colonies apparaissent clairement comme un laboratoire o&ugrave; une certaine id&eacute;e de la citoyennet&eacute; fran&ccedil;aise &ndash; exclusive, restrictive et naturaliste &ndash; a &eacute;t&eacute; pens&eacute;e et &eacute;prouv&eacute;e&quot; <sup>20</sup>. <br />
Ce travail (qu&rsquo;on aurait aim&eacute; plus long car, tr&egrave;s riche, on avance tr&egrave;s vite, parfois trop, mais sans doute est-ce d&ucirc; &agrave; une contrainte &eacute;ditoriale) apporte des cl&eacute;s de lectures particuli&egrave;rement pertinentes pour comprendre les m&eacute;canismes de production d&rsquo;un discours d&rsquo;&Eacute;tat et sur ce qui le constitue. La &quot;nation&quot; est ce qui cr&eacute;e son identit&eacute; sur des groupes d&rsquo;individus lui fournissant une manne (les &quot;m&egrave;res&quot; qui lui abandonnent leurs fils) et en regard d&rsquo;autres groupes qu&rsquo;elle maintient en dehors d&rsquo;elle (les esclaves). Aux partisans du d&eacute;bat contemporain sur l&rsquo;identit&eacute; nationale, on pourra donc proposer cette lecture. Il semble en effet que les hypoth&egrave;ses de Dorlin y soient v&eacute;rifi&eacute;es, la manne contemporaine d&rsquo;une pr&eacute;tendue identit&eacute; nationale &eacute;tant les immigr&eacute;s lui fournissant leur travail, et formant le corps &eacute;tranger pathologique dont elle se pr&eacute;munit en l&rsquo;excluant..</p>
<p><br />
&nbsp;</p><br /><b>Notes :</b><br />1 -  L&rsquo;auteure &eacute;crit : &quot;De l&rsquo;Antiquit&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge classique, le corps des femmes est le paradigme du corps malade. [&hellip;] la longue liste des maladies r&eacute;put&eacute;es propres au &quot;Sexe&quot; constitue une v&eacute;ritable &eacute;tiologie sexuelle qui, en faisant du corps de femmes un corps par d&eacute;finition malade, permet de justifier l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; entre les hommes et les femmes&quot;, E. Dorlin, <em>La matrice de la race</em>, La D&eacute;couverte/Poche, 2009, p. 109.<br />2 - Ambroise Par&eacute;, cit&eacute; par E. Dorlin, <em>La matrice de la race</em>, <em>op.cit</em>., p.40<br />3 - E. Dorlin, <em>op.cit.</em>, p.47<br />4 - Sydenham, cit&eacute; par E. Dorlin, <em>op.cit</em>., p.53<br />5 - <em>ibid</em>., p.66<br />6 - <em>ibid</em>., p.63<br />7 - <em>ibid</em>., p.71<br />8 - Tissot cit&eacute; par E. Dorlin, <em>op.cit.</em>,p.78<br />9 - <em>ibid</em>.<br />10 - <em>ibid</em>., p.114<br />11 - <em>ibid</em>., p.139<br />12 - <em>ibid</em>., p.110<br />13 - <em>ibid</em>., p.118<br />14 - Roussel, cit&eacute; par E. Dorlin, <em>op.cit</em>.,<em> </em>p.122-123<br />15 - <em>ibid</em>., p.209<br />16 - <em>ibid</em>., p.198<br />17 - <em>ibid</em>., p.226<br />18 - m&eacute;decin Dazille, 1776,&nbsp; cit&eacute; par E. Dolin in <em>op.cit</em>., p.234<br />19 - m&eacute;decin Levacher, 1834, cit&eacute; par E. Dorlin in <em>op.cit</em>., p.248<br />20 - <em>ibid</em>., p.274<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Nouveaux regards sur Schlick</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3225-nouveaux_regards_sur_schlick.htm</link>
         <description>  Schlick sans le cercle de Vienne  &#13;&#10; &#13;&#10;Le nom de Schlick est souvent assimil&#233; au Cercle de Vienne, dont il fut le fondateur et l'une des principales figures. Cette confusion est regrettable &#224; double titre : elle laisse de c&#244;t&#233; toute une dimension de l'&amp;oelig;uvre de cet auteur encore &#224; d&#233;couvrir, et r&#233;v&#232;le une m&#233;connaissance de la nature du  Wienerkreis .  &#13;&#10; &#13;&#10;Schlick arrive &#224; Vienne en 1922. A ce moment, il a d&#233;j&#224; &#233;crit ce qui restera son  Magnum Opus , et dont Christian Bonnet nous offre ici la premi&#232;re traduction fran&#231;aise, la  Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la connaissance , dont la premi&#232;re &#233;dition date de 1918. A Vienne, Schlick r&#233;unit r&#233;guli&#232;rement le jeudi soir un groupe de penseurs assez h&#233;t&#233;roclites, parmi lesquels, pour ne citer que les plus connus, Otto Neurath, Rudolf Carnap, Friedrich Waismann et Philipp Frank, et, quoique plus &#233;pisodiquement, Einstein, Wittgenstein ou G&#246;del. Leur &quot;cercle&quot; est essentiellement un groupe de discussion.  &#13;&#10; &#13;&#10;Pourtant, le &quot;Cercle de Vienne&quot; exerce aujourd'hui comme une fascination : il incarne une philosophie positiviste radicale qui accorderait aux sciences une h&#233;g&#233;monie sur l'ensemble de la connaissance et critiquerait syst&#233;matiquement la m&#233;taphysique comme &#233;tant compos&#233;e d'&#233;nonc&#233;s d&#233;pourvus de sens. Seuls auraient droit de cit&#233; les &#233;nonc&#233;s empiriques de la physique (&#224; laquelle seraient r&#233;duites toutes les autres sciences sous peine d'exclusion) et les &#233;nonc&#233;s formels de logique h&#233;rit&#233;e de Frege, Russell et Wittgenstein. La philosophie, quant &#224; elle, n'aurait plus pour t&#226;che que d'&#233;lucider les propositions scientifiques par la seule &quot;analyse logique&quot;. Des auteurs comme Quine, Putnam ou Popper ont contribu&#233;, &#224; partir des ann&#233;es 1950, &#224; montrer le caract&#232;re r&#233;ducteur de ce &quot;programme&quot;. &#13;&#10; &#13;&#10;Le regain d'int&#233;r&#234;t dont le Cercle de Vienne est aujourd'hui l'objet s'explique en partie par la reconnaissance de la richesse et de la vari&#233;t&#233; que recouvrait cette apparente unit&#233; : derri&#232;re le &quot;Manifeste du cercle de Vienne&quot;, il fallait voir dans le Cercle un simple lieu de rencontre entre des personnalit&#233;s et des pens&#233;es tr&#232;s diff&#233;rentes, certes li&#233;es par certaines convictions, mais recherchant bien plus la discussion qu'une quelconque doctrine.  &#13;&#10; &#13;&#10;Cette reconnaissance de la v&#233;ritable nature du Cercle a &#233;t&#233; rendue possible par de nombreux travaux de recherche 1 , mais peut-&#234;tre plus encore par de remarquables travaux d'&#233;dition et de traduction 2 . De ce point de vue, la traduction de Christian Bonnet est un &#233;v&#233;nement dont il importe de mesurer l'importance. S'appuyant sur une &#233;dition savante non encore publi&#233;e du texte allemand de Schlick,  Allgemeine Erkenntnislehre , ainsi que sur sa propre connaissance du contexte et de la post&#233;rit&#233; de cette oeuvre, le traducteur nous l'offre pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais, accompagn&#233;e d'une riche introduction et d'un important index, remarquables de clart&#233; et de pr&#233;cision. Cette &#233;dition est appel&#233;e &#224; devenir l'&#233;dition fran&#231;aise de r&#233;f&#233;rence de la  Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la connaissance , et un ouvrage de base pour quiconque s'int&#233;resserait &#224; la philosophie de langue allemande du XXe si&#232;cle. &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Lire la    Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la connaissance   &#13;&#10; &#13;&#10;Il faudra certainement du temps pour qu'apparaisse naturel d'aborder Schlick, non par ses articles de l'&#233;poque du Cercle de Vienne, mais par son  Hauptwerk , tant son nom est associ&#233; au positivisme logique viennois. On aurait pourtant grand tort de ne pas le faire, tant pour comprendre en profondeur sa philosophie, m&#234;me viennoise, que pour se faire une id&#233;e de la richesse du Cercle. La  Th&#233;orie  est, de plus, le seul texte de fond que nous ayons de Schlick, celui-ci ayant &#233;t&#233; assassin&#233; sur les marches de l'universit&#233; de Vienne par un de ses anciens &#233;tudiants en juin 1936, avant d'avoir effectu&#233; la refonte du texte qu'il avait envisag&#233;e d&#232;s 1925, lors de la publication de la deuxi&#232;me &#233;dition. Il faut lire ce grand texte, et nous ne saurions pas plus le r&#233;sumer ou en rendre compte que s'il s'agissait de la  Critique de la raison pure  ou des  Recherches logiques  de Husserl. Tout au plus pouvons-nous en indiquer les grandes lignes.  &#13;&#10; &#13;&#10;Le livre comporte trois grandes parties, agenc&#233;es de mani&#232;re tout &#224; fait classique. Dans la premi&#232;re, Schlick se penche sur la question de &quot;la nature de la connaissance&quot;, dans la seconde, il examine les &quot;probl&#232;mes de la pens&#233;e&quot;, et dans la derni&#232;re, ceux &quot;de la r&#233;alit&#233;&quot;. Ce plan suffit &#224; r&#233;v&#233;ler l'horizon kantien qui est &#224; l'&amp;oelig;uvre ici. Schlick, loin d'&#234;tre un kantien orthodoxe, est cependant tributaire d'une tradition austro-allemande de relecture empiriste de la  Critique de la raison pure , caract&#233;ris&#233;e par une certaine prise de distance par rapport &#224; la distinction kantienne entre ph&#233;nom&#232;ne et chose en soi, mais &#233;galement par une acceptation globale des termes dans lesquels Kant a pos&#233; le probl&#232;me de la connaissance. Des auteurs comme Bolzano, Helmholtz, Fries ou Mach ont &#233;t&#233;, chacun &#224; leur mani&#232;re, des jalons de cette tradition minoritaire dans laquelle Schlick, ne serait-ce que par le titre qu'il donne &#224; son oeuvre, et quoique de mani&#232;re complexe, s'ins&#232;re ici.  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; Positions critiques  &#13;&#10; &#13;&#10;Le probl&#232;me, l'entreprise elle-m&#234;me, restent donc kantiens : s'interroger sur les conditions d'une connaissance valide en g&#233;n&#233;ral, d'un point de vue objectif et non psychologique. Comme Husserl ou Frege quelques ann&#233;es plus t&#244;t, Schlick refuse d'assimiler fondation de la connaissance et recherche psychologique, sans pour autant refuser de lui accorder une valeur propre. D&#232;s le premier paragraphe du livre, Schlick nous met en effet en garde contre deux courts-circuits qu'il serait dangereux de faire : il serait tout d'abord faux d'estimer que la science aurait  besoin  de la philosophie de la connaissance pour fonctionner. Dire cela reviendrait &#224; dire qu'il serait impossible de marcher ou d'attrapper une pierre sans en passer par l'&#233;lucidation des processus physiologiques qui rendent possible cette action. La question des conditions de possibilit&#233; de la science ne peut pas oublier le  fait  massif de la science. Mais il faut &#233;galement se garder d'un second court-circuit qui r&#233;sulterait d'une lecture trop h&#226;tive de la comparaison entre la marche et la connaissance : l&#224; o&#249; l'&#233;lucidation des m&#233;canismes de la marche rel&#232;ve d'une &#233;tude physiologique, l'&#233;lucidation de la connaissance ne rel&#232;ve pas d'une &#233;tude psychologique. La question de la th&#233;orie de la connaissance est une question objective, qui concerne les conditions de validit&#233; d'une connaissance en g&#233;n&#233;ral. La question est kantienne. La recherche psychologique n'est pas &#233;limin&#233;e, elle s'av&#232;rera m&#234;me utile &#224; la th&#233;orie de la connaissance : elle est simplement distingu&#233;e de la t&#226;che ultime d'une th&#233;orie de la connaissance objective.  &#13;&#10; &#13;&#10;La position m&#233;taphysique de la  Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la connaissance  peut &#234;tre qualifi&#233;e de &quot;r&#233;alisme critique&quot;. Critique, son r&#233;alisme l'est &#224; plusieurs titres, et selon diff&#233;rents sens du terme. Dans un premier sens, kantien, du terme, Schlick rejoint une position centrale de la  Critique de la raison pure  : le r&#233;el n'est pas identifi&#233; au donn&#233;, mais au contraire &#224; une r&#233;alit&#233; non donn&#233;e. La distinction entre ph&#233;nom&#232;ne et chose en soi, transmise et modifi&#233;e par plus d'un si&#232;cle de philosophie &quot;autrichienne&quot;, est encore op&#233;rante ici : durant tout le long paragraphe 26 de la partie de la  Th&#233;orie  consacr&#233;e &#224; la &quot;position du r&#233;el&quot;, l'auteur d&#233;cortique et r&#233;fute les diff&#233;rentes &quot;pens&#233;es de l'immanence&quot; de ses contemporains et pr&#233;d&#233;cesseurs, Mach, Avenarius, ou Russell. Les arguments utilis&#233;s (notamment le probl&#232;me des objets non per&#231;us) rappelleront certaines analyses c&#233;l&#232;bres de Husserl dans les  Recherches logiques . Mais le &quot;r&#233;alisme critique&quot; est en outre une position critique par rapport au r&#233;alisme de la chose en soi de la  Critique . Pour Kant, la chose en soi est, de par son caract&#232;re non donn&#233;, inaccessible &#224; la connaissance. En effet, pour Kant, le fondement ultime de la connaissance est &quot;l'intuition&quot;, et l'intuition ne peut pas donner la chose en soi. Schlick refuse, dans un mouvement qui aboutit &#224; l'important &#167;27, toute pens&#233;e de l'intuition : la connaissance n'est pas caract&#233;ris&#233;e par l'union de l'objet et du sujet, mais par un rapport de &quot;coordination univoque&quot;, o&#249; chaque &#233;l&#233;ment de la connaissance (n')est (qu')une d&#233;signation d'un &#233;l&#233;ment du r&#233;el, quel que soit celui-ci. Or il faut bien que la chose en soi soit d&#233;sign&#233;e par la connaissance au m&#234;me titre que le ph&#233;nom&#232;ne, m&#234;me si celle-ci n'est accessible que comme la &quot;raison&quot; du ph&#233;nom&#232;ne : si je vois cette fen&#234;tre &#224; ma gauche et cette porte &#224; ma droite, je ne peux pas dire qu'elles sont ainsi en soi, mais je peux dire qu'il y a n&#233;cessairement une relation formellement semblable dans la ou les chose(s) en soi. La connaissance d&#233;termine aussi bien la chose en soi que le ph&#233;nom&#232;ne, de par sa nature m&#234;me (non intuitive). La connaissance ne permet pas de prendre position sur le statut ontologique de la chose en soi, mais elle permet bien de la  d&#233;terminer . La chose en soi, pourrait-on dire, n'est pas pensable, mais elle est connaissable. Tel est le r&#233;alisme critique, et telle, l'origine de l'empirisme logique qui sera la position canonique du Cercle de Vienne quelques ann&#233;es plus tard.  &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; L'actualit&#233; de Schlick : double regard   &#13;&#10; &#13;&#10;Il faudrait s'attarder sur les remarquables paragraphes consacr&#233;s &#224; la critique de l'intuition, &#224; l'&#233;vidence, ou encore sur les belles analyses de la d&#233;finition implicite. Mais cela nous entra&#238;nerait au-del&#224; d'une simple introduction &#224; la lecture et aux th&#232;ses principales de la  Th&#233;orie . C'est pourtant dans ces analyses d&#233;taill&#233;es, toujours tr&#232;s document&#233;es et rigoureuses, que se situe le c&amp;oelig;ur de l'oeuvre de Schlick. On conseillera donc au lecteur de lire ce beau texte, et de le lire comme un livre majeur de la philosophie du Xxe si&#232;cle : de le suivre pas &#224; pas dans sa progression, dans ses d&#233;tours, dans le d&#233;tail de ses analyses. Mais surtout, de le lire avec un double regard. On ne pourra pas en effet se d&#233;faire aujourd'hui du regard que le Cercle de Vienne lui-m&#234;me et ses diff&#233;rentes critiques nous ont donn&#233; sur sa pr&#233;histoire, et c'est ce regard qui nous permettra d'&#233;valuer la port&#233;e de l'ouvrage sur la philosophie du XXe si&#232;cle, ainsi que les possibilit&#233;s qu'il ouvrait et que ceux qu'il a influenc&#233;s, et m&#234;me son auteur, ont abandonn&#233;es. C'est ce regard r&#233;trospectif qui nous permettra de saisir l'actualit&#233; de Schlick, dans un monde philosophique &#224; la recherche d'un nouveau r&#233;alisme.  &#13;&#10; &#13;&#10;On s'efforcera pourtant &#233;galement, pour les m&#234;mes raisons d'ailleurs, d'acqu&#233;rir un autre regard sur l'oeuvre : celle du lecteur de 1918 et de 1925, dont les r&#233;f&#233;rences n'&#233;taient pas le Cercle de Vienne ou Quine, mais le n&#233;o-kantisme, l'oeuvre de Mach et la premi&#232;re philosophie de Russell, ce public qui venait de d&#233;couvrir Einstein, qui croyait &#224; l'entreprise hilbertienne d'axiomatisation de l'arithm&#233;tique, qui prenait juste la mesure de la r&#233;volution fr&#233;g&#233;enne de formalisation de la logique. On saura gr&#233; &#224; Christian Bonnet de nous donner les moyens, dans son introduction et gr&#226;ce &#224; cette traduction pr&#233;cise et &#233;l&#233;gante, d'acqu&#233;rir ce regard, et de d&#233;couvrir ce texte, sans la distance de la langue, de mani&#232;re vivante.   Notes :  1 - On pensera par exemple, aux Etats-Unis, aux travaux de Michael Friedman sur Carnap, ou, en France, aux recherches men&#233;es par Pierre Wagner, Christian Bonnet ou encore Delphine Chapuis-Schmitz et Sandra Laugier 2 - Outre l'&#233;dition allemande en cours des oeuvres de Schlick, on se contentera de citer ici le recueil  L'&#226;ge d'or de l'empirisme logique : Vienne-Berlin-Prague 1929-1936 , publi&#233; en 2006 sous la direction de Chritian Bonnet et Pierre Wagner aux &#233;ditions Gallimard.  </description>
         <pubDate>03/12/10 17:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3225-nouveaux_regards_sur_schlick.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p><strong>Schlick sans le cercle de Vienne</strong><br />
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Le nom de Schlick est souvent assimil&eacute; au Cercle de Vienne, dont il fut le fondateur et l'une des principales figures. Cette confusion est regrettable &agrave; double titre : elle laisse de c&ocirc;t&eacute; toute une dimension de l'&oelig;uvre de cet auteur encore &agrave; d&eacute;couvrir, et r&eacute;v&egrave;le une m&eacute;connaissance de la nature du <em>Wienerkreis</em>. <br />
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Schlick arrive &agrave; Vienne en 1922. A ce moment, il a d&eacute;j&agrave; &eacute;crit ce qui restera son <em>Magnum Opus</em>, et dont Christian Bonnet nous offre ici la premi&egrave;re traduction fran&ccedil;aise, la <em>Th&eacute;orie g&eacute;n&eacute;rale de la connaissance</em>, dont la premi&egrave;re &eacute;dition date de 1918. A Vienne, Schlick r&eacute;unit r&eacute;guli&egrave;rement le jeudi soir un groupe de penseurs assez h&eacute;t&eacute;roclites, parmi lesquels, pour ne citer que les plus connus, Otto Neurath, Rudolf Carnap, Friedrich Waismann et Philipp Frank, et, quoique plus &eacute;pisodiquement, Einstein, Wittgenstein ou G&ouml;del. Leur &quot;cercle&quot; est essentiellement un groupe de discussion. <br />
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Pourtant, le &quot;Cercle de Vienne&quot; exerce aujourd'hui comme une fascination : il incarne une philosophie positiviste radicale qui accorderait aux sciences une h&eacute;g&eacute;monie sur l'ensemble de la connaissance et critiquerait syst&eacute;matiquement la m&eacute;taphysique comme &eacute;tant compos&eacute;e d'&eacute;nonc&eacute;s d&eacute;pourvus de sens. Seuls auraient droit de cit&eacute; les &eacute;nonc&eacute;s empiriques de la physique (&agrave; laquelle seraient r&eacute;duites toutes les autres sciences sous peine d'exclusion) et les &eacute;nonc&eacute;s formels de logique h&eacute;rit&eacute;e de Frege, Russell et Wittgenstein. La philosophie, quant &agrave; elle, n'aurait plus pour t&acirc;che que d'&eacute;lucider les propositions scientifiques par la seule &quot;analyse logique&quot;. Des auteurs comme Quine, Putnam ou Popper ont contribu&eacute;, &agrave; partir des ann&eacute;es 1950, &agrave; montrer le caract&egrave;re r&eacute;ducteur de ce &quot;programme&quot;.<br />
<br />
Le regain d'int&eacute;r&ecirc;t dont le Cercle de Vienne est aujourd'hui l'objet s'explique en partie par la reconnaissance de la richesse et de la vari&eacute;t&eacute; que recouvrait cette apparente unit&eacute; : derri&egrave;re le &quot;Manifeste du cercle de Vienne&quot;, il fallait voir dans le Cercle un simple lieu de rencontre entre des personnalit&eacute;s et des pens&eacute;es tr&egrave;s diff&eacute;rentes, certes li&eacute;es par certaines convictions, mais recherchant bien plus la discussion qu'une quelconque doctrine. <br />
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Cette reconnaissance de la v&eacute;ritable nature du Cercle a &eacute;t&eacute; rendue possible par de nombreux travaux de recherche<sup>1</sup>, mais peut-&ecirc;tre plus encore par de remarquables travaux d'&eacute;dition et de traduction<sup>2</sup>. De ce point de vue, la traduction de Christian Bonnet est un &eacute;v&eacute;nement dont il importe de mesurer l'importance. S'appuyant sur une &eacute;dition savante non encore publi&eacute;e du texte allemand de Schlick, <em>Allgemeine Erkenntnislehre</em>, ainsi que sur sa propre connaissance du contexte et de la post&eacute;rit&eacute; de cette oeuvre, le traducteur nous l'offre pour la premi&egrave;re fois en fran&ccedil;ais, accompagn&eacute;e d'une riche introduction et d'un important index, remarquables de clart&eacute; et de pr&eacute;cision. Cette &eacute;dition est appel&eacute;e &agrave; devenir l'&eacute;dition fran&ccedil;aise de r&eacute;f&eacute;rence de la <em>Th&eacute;orie g&eacute;n&eacute;rale de la connaissance</em>, et un ouvrage de base pour quiconque s'int&eacute;resserait &agrave; la philosophie de langue allemande du XXe si&egrave;cle.<br />
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<strong>Lire la </strong><em><strong>Th&eacute;orie g&eacute;n&eacute;rale de la connaissance</strong></em><br />
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Il faudra certainement du temps pour qu'apparaisse naturel d'aborder Schlick, non par ses articles de l'&eacute;poque du Cercle de Vienne, mais par son <em>Hauptwerk</em>, tant son nom est associ&eacute; au positivisme logique viennois. On aurait pourtant grand tort de ne pas le faire, tant pour comprendre en profondeur sa philosophie, m&ecirc;me viennoise, que pour se faire une id&eacute;e de la richesse du Cercle. La <em>Th&eacute;orie </em>est, de plus, le seul texte de fond que nous ayons de Schlick, celui-ci ayant &eacute;t&eacute; assassin&eacute; sur les marches de l'universit&eacute; de Vienne par un de ses anciens &eacute;tudiants en juin 1936, avant d'avoir effectu&eacute; la refonte du texte qu'il avait envisag&eacute;e d&egrave;s 1925, lors de la publication de la deuxi&egrave;me &eacute;dition. Il faut lire ce grand texte, et nous ne saurions pas plus le r&eacute;sumer ou en rendre compte que s'il s'agissait de la <em>Critique de la raison pure</em> ou des <em>Recherches logiques</em> de Husserl. Tout au plus pouvons-nous en indiquer les grandes lignes. <br />
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Le livre comporte trois grandes parties, agenc&eacute;es de mani&egrave;re tout &agrave; fait classique. Dans la premi&egrave;re, Schlick se penche sur la question de &quot;la nature de la connaissance&quot;, dans la seconde, il examine les &quot;probl&egrave;mes de la pens&eacute;e&quot;, et dans la derni&egrave;re, ceux &quot;de la r&eacute;alit&eacute;&quot;. Ce plan suffit &agrave; r&eacute;v&eacute;ler l'horizon kantien qui est &agrave; l'&oelig;uvre ici. Schlick, loin d'&ecirc;tre un kantien orthodoxe, est cependant tributaire d'une tradition austro-allemande de relecture empiriste de la <em>Critique de la raison pure</em>, caract&eacute;ris&eacute;e par une certaine prise de distance par rapport &agrave; la distinction kantienne entre ph&eacute;nom&egrave;ne et chose en soi, mais &eacute;galement par une acceptation globale des termes dans lesquels Kant a pos&eacute; le probl&egrave;me de la connaissance. Des auteurs comme Bolzano, Helmholtz, Fries ou Mach ont &eacute;t&eacute;, chacun &agrave; leur mani&egrave;re, des jalons de cette tradition minoritaire dans laquelle Schlick, ne serait-ce que par le titre qu'il donne &agrave; son oeuvre, et quoique de mani&egrave;re complexe, s'ins&egrave;re ici. <br />
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<strong>Positions critiques</strong><br />
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Le probl&egrave;me, l'entreprise elle-m&ecirc;me, restent donc kantiens : s'interroger sur les conditions d'une connaissance valide en g&eacute;n&eacute;ral, d'un point de vue objectif et non psychologique. Comme Husserl ou Frege quelques ann&eacute;es plus t&ocirc;t, Schlick refuse d'assimiler fondation de la connaissance et recherche psychologique, sans pour autant refuser de lui accorder une valeur propre. D&egrave;s le premier paragraphe du livre, Schlick nous met en effet en garde contre deux courts-circuits qu'il serait dangereux de faire : il serait tout d'abord faux d'estimer que la science aurait <em>besoin </em>de la philosophie de la connaissance pour fonctionner. Dire cela reviendrait &agrave; dire qu'il serait impossible de marcher ou d'attrapper une pierre sans en passer par l'&eacute;lucidation des processus physiologiques qui rendent possible cette action. La question des conditions de possibilit&eacute; de la science ne peut pas oublier le <em>fait </em>massif de la science. Mais il faut &eacute;galement se garder d'un second court-circuit qui r&eacute;sulterait d'une lecture trop h&acirc;tive de la comparaison entre la marche et la connaissance : l&agrave; o&ugrave; l'&eacute;lucidation des m&eacute;canismes de la marche rel&egrave;ve d'une &eacute;tude physiologique, l'&eacute;lucidation de la connaissance ne rel&egrave;ve pas d'une &eacute;tude psychologique. La question de la th&eacute;orie de la connaissance est une question objective, qui concerne les conditions de validit&eacute; d'une connaissance en g&eacute;n&eacute;ral. La question est kantienne. La recherche psychologique n'est pas &eacute;limin&eacute;e, elle s'av&egrave;rera m&ecirc;me utile &agrave; la th&eacute;orie de la connaissance : elle est simplement distingu&eacute;e de la t&acirc;che ultime d'une th&eacute;orie de la connaissance objective. <br />
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La position m&eacute;taphysique de la <em>Th&eacute;orie g&eacute;n&eacute;rale de la connaissance</em> peut &ecirc;tre qualifi&eacute;e de &quot;r&eacute;alisme critique&quot;. Critique, son r&eacute;alisme l'est &agrave; plusieurs titres, et selon diff&eacute;rents sens du terme. Dans un premier sens, kantien, du terme, Schlick rejoint une position centrale de la <em>Critique de la raison pure</em> : le r&eacute;el n'est pas identifi&eacute; au donn&eacute;, mais au contraire &agrave; une r&eacute;alit&eacute; non donn&eacute;e. La distinction entre ph&eacute;nom&egrave;ne et chose en soi, transmise et modifi&eacute;e par plus d'un si&egrave;cle de philosophie &quot;autrichienne&quot;, est encore op&eacute;rante ici : durant tout le long paragraphe 26 de la partie de la <em>Th&eacute;orie </em>consacr&eacute;e &agrave; la &quot;position du r&eacute;el&quot;, l'auteur d&eacute;cortique et r&eacute;fute les diff&eacute;rentes &quot;pens&eacute;es de l'immanence&quot; de ses contemporains et pr&eacute;d&eacute;cesseurs, Mach, Avenarius, ou Russell. Les arguments utilis&eacute;s (notamment le probl&egrave;me des objets non per&ccedil;us) rappelleront certaines analyses c&eacute;l&egrave;bres de Husserl dans les<em> Recherches logiques</em>. Mais le &quot;r&eacute;alisme critique&quot; est en outre une position critique par rapport au r&eacute;alisme de la chose en soi de la <em>Critique</em>. Pour Kant, la chose en soi est, de par son caract&egrave;re non donn&eacute;, inaccessible &agrave; la connaissance. En effet, pour Kant, le fondement ultime de la connaissance est &quot;l'intuition&quot;, et l'intuition ne peut pas donner la chose en soi. Schlick refuse, dans un mouvement qui aboutit &agrave; l'important &sect;27, toute pens&eacute;e de l'intuition : la connaissance n'est pas caract&eacute;ris&eacute;e par l'union de l'objet et du sujet, mais par un rapport de &quot;coordination univoque&quot;, o&ugrave; chaque &eacute;l&eacute;ment de la connaissance (n')est (qu')une d&eacute;signation d'un &eacute;l&eacute;ment du r&eacute;el, quel que soit celui-ci. Or il faut bien que la chose en soi soit d&eacute;sign&eacute;e par la connaissance au m&ecirc;me titre que le ph&eacute;nom&egrave;ne, m&ecirc;me si celle-ci n'est accessible que comme la &quot;raison&quot; du ph&eacute;nom&egrave;ne : si je vois cette fen&ecirc;tre &agrave; ma gauche et cette porte &agrave; ma droite, je ne peux pas dire qu'elles sont ainsi en soi, mais je peux dire qu'il y a n&eacute;cessairement une relation formellement semblable dans la ou les chose(s) en soi. La connaissance d&eacute;termine aussi bien la chose en soi que le ph&eacute;nom&egrave;ne, de par sa nature m&ecirc;me (non intuitive). La connaissance ne permet pas de prendre position sur le statut ontologique de la chose en soi, mais elle permet bien de la <em>d&eacute;terminer</em>. La chose en soi, pourrait-on dire, n'est pas pensable, mais elle est connaissable. Tel est le r&eacute;alisme critique, et telle, l'origine de l'empirisme logique qui sera la position canonique du Cercle de Vienne quelques ann&eacute;es plus tard. <br />
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<strong>L'actualit&eacute; de Schlick : double regard </strong><br />
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Il faudrait s'attarder sur les remarquables paragraphes consacr&eacute;s &agrave; la critique de l'intuition, &agrave; l'&eacute;vidence, ou encore sur les belles analyses de la d&eacute;finition implicite. Mais cela nous entra&icirc;nerait au-del&agrave; d'une simple introduction &agrave; la lecture et aux th&egrave;ses principales de la <em>Th&eacute;orie</em>. C'est pourtant dans ces analyses d&eacute;taill&eacute;es, toujours tr&egrave;s document&eacute;es et rigoureuses, que se situe le c&oelig;ur de l'oeuvre de Schlick. On conseillera donc au lecteur de lire ce beau texte, et de le lire comme un livre majeur de la philosophie du Xxe si&egrave;cle : de le suivre pas &agrave; pas dans sa progression, dans ses d&eacute;tours, dans le d&eacute;tail de ses analyses. Mais surtout, de le lire avec un double regard. On ne pourra pas en effet se d&eacute;faire aujourd'hui du regard que le Cercle de Vienne lui-m&ecirc;me et ses diff&eacute;rentes critiques nous ont donn&eacute; sur sa pr&eacute;histoire, et c'est ce regard qui nous permettra d'&eacute;valuer la port&eacute;e de l'ouvrage sur la philosophie du XXe si&egrave;cle, ainsi que les possibilit&eacute;s qu'il ouvrait et que ceux qu'il a influenc&eacute;s, et m&ecirc;me son auteur, ont abandonn&eacute;es. C'est ce regard r&eacute;trospectif qui nous permettra de saisir l'actualit&eacute; de Schlick, dans un monde philosophique &agrave; la recherche d'un nouveau r&eacute;alisme. <br />
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On s'efforcera pourtant &eacute;galement, pour les m&ecirc;mes raisons d'ailleurs, d'acqu&eacute;rir un autre regard sur l'oeuvre : celle du lecteur de 1918 et de 1925, dont les r&eacute;f&eacute;rences n'&eacute;taient pas le Cercle de Vienne ou Quine, mais le n&eacute;o-kantisme, l'oeuvre de Mach et la premi&egrave;re philosophie de Russell, ce public qui venait de d&eacute;couvrir Einstein, qui croyait &agrave; l'entreprise hilbertienne d'axiomatisation de l'arithm&eacute;tique, qui prenait juste la mesure de la r&eacute;volution fr&eacute;g&eacute;enne de formalisation de la logique. On saura gr&eacute; &agrave; Christian Bonnet de nous donner les moyens, dans son introduction et gr&acirc;ce &agrave; cette traduction pr&eacute;cise et &eacute;l&eacute;gante, d'acqu&eacute;rir ce regard, et de d&eacute;couvrir ce texte, sans la distance de la langue, de mani&egrave;re vivante.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - On pensera par exemple, aux Etats-Unis, aux travaux de Michael Friedman sur Carnap, ou, en France, aux recherches men&eacute;es par Pierre Wagner, Christian Bonnet ou encore Delphine Chapuis-Schmitz et Sandra Laugier<br />2 - Outre l'&eacute;dition allemande en cours des oeuvres de Schlick, on se contentera de citer ici le recueil <em>L'&acirc;ge d'or de l'empirisme logique : Vienne-Berlin-Prague 1929-1936</em>, publi&eacute; en 2006 sous la direction de Chritian Bonnet et Pierre Wagner aux &eacute;ditions Gallimard. <br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Figure impos&#233;e</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3223-figure_imposee.htm</link>
         <description> Curieux et banal &#224; la fois, lisse et pourtant sinc&#232;re, le livre sign&#233; par Val&#233;rie P&#233;cresse &#224; l&amp;rsquo;occasion de la campagne r&#233;gionale n&amp;rsquo;est pas sans int&#233;r&#234;t. Pour l&amp;rsquo;essentiel, bien s&#251;r, il s&amp;rsquo;inscrit dans un genre bien &#233;tabli qui pourrait &#234;tre appel&#233; autofiction &#233;lectorale. Une &#233;vocation de son r&#244;le de ministre, qui, pour le meilleur et le pire, lui a valu sa notori&#233;t&#233; et son poids politique. Un aper&#231;u de programme, puisqu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit apr&#232;s tout d&amp;rsquo;&#234;tre lue par les &#233;lecteurs, ou tout du moins les journalistes int&#233;ress&#233;s. Le tout li&#233; par des &#233;l&#233;ments biographiques, donnant &#224; lire une femme et une m&#232;re moderne, &#233;panouie, etc. Sans oublier une v&#233;ritable galerie de portraits, pour rendre hommage &#224; tous les parrains et inspirateurs, de Frank Borotra &#224; Tony Blair, de Romain Gary &#224; Mich&#232;le Alliot-Marie.&#160;  &#13;&#10;Val&#233;rie P&#233;cresse respecte ainsi toutes les r&#232;gles. On sent presque la check list v&#233;rifi&#233;e par un conseiller scrupuleux. A-t-on bien &#233;vit&#233; tout mot pouvant blesser l&amp;rsquo;Elys&#233;e ? Le passage sur Jacques Chirac est-il parfaitement dos&#233; ? Chacun des sujets de fond est-il abord&#233; &#224; sa juste place ? Les axes du programme ressortent-ils comme il faut ? La personnalit&#233; de la ministre, gaulliste sociale pour l&amp;rsquo;ancrage (ah, Malraux), femme moderne pour l&amp;rsquo;avenir (facebook et home) est-elle efficacement exprim&#233;e ?  &#13;&#10;Evidemment, trouver son chemin entre autant de contraintes n&amp;rsquo;est pas tr&#232;s ais&#233; pour l&amp;rsquo;auteur / candidate. Ouvrant son livre sur une c&#233;r&#233;monie c&#233;l&#233;brant la fusion des trois universit&#233;s de Strasbourg, au cours de laquelle la Ministre s&amp;rsquo;est fait chahut&#233;e, Val&#233;rie P&#233;cresse ne peut que passer sous silence le stup&#233;fiant discours pr&#233;sidentiel qui avait provoqu&#233; l&amp;rsquo;ire des chercheurs. Insistant sur les enjeux &#233;ducatifs, elle livre sur la carte scolaire une remarquable d&#233;monstration par l&amp;rsquo;absurde. Fid&#232;le &#224; son discours social, elle peine en mati&#232;re de logement &#224; se d&#233;brouiller des positions de son camp. Au point de tenter un double rejet, des communes de droite allergiques au logement social, faciles &#224; identifier mais jamais nomm&#233;es, et des villes de gauche en r&#233;clamant toujours plus, dont l&amp;rsquo;existence para&#238;t nettement moins av&#233;r&#233;e. &#13;&#10; &#201;grenant une longue liste de sujets &amp;ndash; &#224; l&amp;rsquo;heure o&#249; le gouvernement auquel elle participe envisage de sp&#233;cialiser les comp&#233;tences des collectivit&#233;s locales, Val&#233;rie P&#233;cresse d&#233;veloppe encore une ambition m&#233;ritoire sur la sant&#233;, qui aurait &#233;t&#233; plus convaincante si elle avait pris en compte la r&#233;forme hospitali&#232;re engag&#233;e par sa coll&#232;gue Bachelot.  &#13;&#10;Au fil d&amp;rsquo;un peu moins de deux cents pages, les propositions, commentaires et impressions s&amp;rsquo;encha&#238;nent sans fluidit&#233; particuli&#232;re mais avec vivacit&#233;. En dresser l&amp;rsquo;inventaire n&amp;rsquo;apporterait pas grand chose au d&#233;bat public en cours. Ce qui est plus int&#233;ressant est d&amp;rsquo;observer combien, sur la plupart des sujets, Val&#233;rie P&#233;cresse reprend les mots cl&#233;s de l&amp;rsquo;actuelle majorit&#233; r&#233;gionale. Qualit&#233; de vie, &#233;cologie, int&#233;gration, formation continue&amp;hellip; rien d&amp;rsquo;essentiel ne vient manquer. On croirait parfois lire Anne Hidalgo ou C&#233;cile Duflot mais certainement pas une proche de Brice Hortefeux.  &#13;&#10;A d&#233;faut de contester vraiment l&amp;rsquo;orientation de Jean-Paul Huchon, c&amp;rsquo;est alors son efficacit&#233; qui est mise en cause. Incapacit&#233;, inaction, immobilisme caract&#233;riseraient le bilan de l&amp;rsquo;institution r&#233;gionale. Pas s&#251;r que la critique porte assez, surtout lorsqu&amp;rsquo;elle est &#233;mise par un membre &#233;minent du gouvernement. Une partie des difficult&#233;s rencontr&#233;es en campagne par Val&#233;rie P&#233;cresse trouve sans doute l&#224; sa source. Sans diff&#233;renciation suffisante, la d&#233;faite est probable. </description>
         <pubDate>03/12/10 00:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3223-figure_imposee.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Curieux et banal &agrave; la fois, lisse et pourtant sinc&egrave;re, le livre sign&eacute; par Val&eacute;rie P&eacute;cresse &agrave; l&rsquo;occasion de la campagne r&eacute;gionale n&rsquo;est pas sans int&eacute;r&ecirc;t. Pour l&rsquo;essentiel, bien s&ucirc;r, il s&rsquo;inscrit dans un genre bien &eacute;tabli qui pourrait &ecirc;tre appel&eacute; autofiction &eacute;lectorale. Une &eacute;vocation de son r&ocirc;le de ministre, qui, pour le meilleur et le pire, lui a valu sa notori&eacute;t&eacute; et son poids politique. Un aper&ccedil;u de programme, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit apr&egrave;s tout d&rsquo;&ecirc;tre lue par les &eacute;lecteurs, ou tout du moins les journalistes int&eacute;ress&eacute;s. Le tout li&eacute; par des &eacute;l&eacute;ments biographiques, donnant &agrave; lire une femme et une m&egrave;re moderne, &eacute;panouie, etc. Sans oublier une v&eacute;ritable galerie de portraits, pour rendre hommage &agrave; tous les parrains et inspirateurs, de Frank Borotra &agrave; Tony Blair, de Romain Gary &agrave; Mich&egrave;le Alliot-Marie.&nbsp; <br />
Val&eacute;rie P&eacute;cresse respecte ainsi toutes les r&egrave;gles. On sent presque la check list v&eacute;rifi&eacute;e par un conseiller scrupuleux. A-t-on bien &eacute;vit&eacute; tout mot pouvant blesser l&rsquo;Elys&eacute;e ? Le passage sur Jacques Chirac est-il parfaitement dos&eacute; ? Chacun des sujets de fond est-il abord&eacute; &agrave; sa juste place ? Les axes du programme ressortent-ils comme il faut ? La personnalit&eacute; de la ministre, gaulliste sociale pour l&rsquo;ancrage (ah, Malraux), femme moderne pour l&rsquo;avenir (facebook et home) est-elle efficacement exprim&eacute;e ? <br />
Evidemment, trouver son chemin entre autant de contraintes n&rsquo;est pas tr&egrave;s ais&eacute; pour l&rsquo;auteur / candidate. Ouvrant son livre sur une c&eacute;r&eacute;monie c&eacute;l&eacute;brant la fusion des trois universit&eacute;s de Strasbourg, au cours de laquelle la Ministre s&rsquo;est fait chahut&eacute;e, Val&eacute;rie P&eacute;cresse ne peut que passer sous silence le stup&eacute;fiant discours pr&eacute;sidentiel qui avait provoqu&eacute; l&rsquo;ire des chercheurs. Insistant sur les enjeux &eacute;ducatifs, elle livre sur la carte scolaire une remarquable d&eacute;monstration par l&rsquo;absurde. Fid&egrave;le &agrave; son discours social, elle peine en mati&egrave;re de logement &agrave; se d&eacute;brouiller des positions de son camp. Au point de tenter un double rejet, des communes de droite allergiques au logement social, faciles &agrave; identifier mais jamais nomm&eacute;es, et des villes de gauche en r&eacute;clamant toujours plus, dont l&rsquo;existence para&icirc;t nettement moins av&eacute;r&eacute;e.</p>
<p>&Eacute;grenant une longue liste de sujets &ndash; &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; le gouvernement auquel elle participe envisage de sp&eacute;cialiser les comp&eacute;tences des collectivit&eacute;s locales, Val&eacute;rie P&eacute;cresse d&eacute;veloppe encore une ambition m&eacute;ritoire sur la sant&eacute;, qui aurait &eacute;t&eacute; plus convaincante si elle avait pris en compte la r&eacute;forme hospitali&egrave;re engag&eacute;e par sa coll&egrave;gue Bachelot. <br />
Au fil d&rsquo;un peu moins de deux cents pages, les propositions, commentaires et impressions s&rsquo;encha&icirc;nent sans fluidit&eacute; particuli&egrave;re mais avec vivacit&eacute;. En dresser l&rsquo;inventaire n&rsquo;apporterait pas grand chose au d&eacute;bat public en cours. Ce qui est plus int&eacute;ressant est d&rsquo;observer combien, sur la plupart des sujets, Val&eacute;rie P&eacute;cresse reprend les mots cl&eacute;s de l&rsquo;actuelle majorit&eacute; r&eacute;gionale. Qualit&eacute; de vie, &eacute;cologie, int&eacute;gration, formation continue&hellip; rien d&rsquo;essentiel ne vient manquer. On croirait parfois lire Anne Hidalgo ou C&eacute;cile Duflot mais certainement pas une proche de Brice Hortefeux. <br />
A d&eacute;faut de contester vraiment l&rsquo;orientation de Jean-Paul Huchon, c&rsquo;est alors son efficacit&eacute; qui est mise en cause. Incapacit&eacute;, inaction, immobilisme caract&eacute;riseraient le bilan de l&rsquo;institution r&eacute;gionale. Pas s&ucirc;r que la critique porte assez, surtout lorsqu&rsquo;elle est &eacute;mise par un membre &eacute;minent du gouvernement. Une partie des difficult&eacute;s rencontr&eacute;es en campagne par Val&eacute;rie P&eacute;cresse trouve sans doute l&agrave; sa source. Sans diff&eacute;renciation suffisante, la d&eacute;faite est probable.</p> 
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      </item>
      <item>
         <title>L'histoire de la Marine, revue et corrig&#233;e</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3215-lhistoire_de_la_marine_revue_et_corrigee.htm</link>
         <description> Il est d&amp;rsquo;usage, lorsqu&amp;rsquo;on &#233;tudie la Marine de Vichy, d&amp;rsquo;insister sur cette &quot;mar&#233;e bleue&quot;&#160; qui se serait abattue sur la France au lendemain de la d&#233;faite de juin 1940 : beaucoup de contemporains eurent alors le sentiment que les all&#233;es du pouvoir &amp;ndash;et ses coulisses- se peuplaient d&amp;rsquo;officiers de la &quot;Royale&quot;. Le g&#233;n&#233;ral Weygand ne fit-il pas observer avec amertume que, si les deux tiers de la France &#233;taient occup&#233;s par l&amp;rsquo;ennemi, le dernier tiers l&amp;rsquo;&#233;tait par la marine ?  &#13;&#10; &#13;&#10;Cet ouvrage, version publi&#233;e et enrichie d&amp;rsquo;une th&#232;se de doctorat soutenue &#224; l&amp;rsquo;Universit&#233; de Paris IV-Sorbonne 1 , n&amp;rsquo;est pas consacr&#233; &#224; la place des marins &#224; Vichy ; il propose une approche diff&#233;rente, et particuli&#232;rement f&#233;conde, de l&amp;rsquo;histoire de la &quot;Royale&quot; entre 1940 et 1944. Il se concentre en effet sur le r&#244;le qu&amp;rsquo;elle joua dans le maintien d&amp;rsquo;un courant maritime entre la France et ses colonies face au blocus exerc&#233; par la  Royal Navy . La question peut para&#238;tre de prime abord p&#233;riph&#233;rique. Pourtant, &#224; travers cette &#233;tude d&amp;rsquo;une grande rigueur, Bernard Costagliola apporte une nouvelle preuve de l&amp;rsquo;inanit&#233; de la th&#232;se du double jeu de Vichy. Il d&#233;montre que le pr&#233;tendu &quot;accord de fait&quot; avec Londres, avanc&#233; par certains auteurs, ne repose sur aucun &#233;l&#233;ment tangible et proc&#232;de seulement de la volont&#233; de r&#233;habiliter la politique &#233;trang&#232;re du mar&#233;chal P&#233;tain &#13;&#10; &#13;&#10; La mise en place du &quot;blocus&quot;  &#13;&#10; &#13;&#10;En 1940, l&amp;rsquo;&#233;conomie fran&#231;aise d&#233;pendait tr&#232;s largement des importations issues de l&amp;rsquo;Empire et de l&amp;rsquo;&#233;tranger. La r&#233;gularit&#233; des liaisons maritimes assurant ces flux &#233;tait indispensable au pays. Leur interruption &#224; la suite de la d&#233;faite fit donc peser une menace s&#233;rieuse sur son ravitaillement. L&amp;rsquo;une des premi&#232;res missions des repr&#233;sentants fran&#231;ais aupr&#232;s des Commissions d&amp;rsquo;armistice allemande et italienne fut d&#232;s lors de permettre la relance du trafic commercial vers la m&#233;tropole. &#13;&#10; &#13;&#10;Si la Commission italienne d&amp;rsquo;armistice autorisa la reprise des liaisons maritimes m&#233;diterran&#233;ennes d&#232;s le 29 juin, les n&#233;gociations furent plus d&#233;licates avec les autorit&#233;s allemandes. A Wiesbaden, les Fran&#231;ais se heurtaient au chef de la d&#233;l&#233;gation &#233;conomique du  Reich , le docteur Johannes Hemmen, qui subordonnait les premiers mouvements de navires de commerce &#224; l&amp;rsquo;octroi &#224; l&amp;rsquo;Allemagne d&amp;rsquo;une partie de leurs cargaisons. La relance des liaisons maritimes ne fut obtenue que le 5 septembre. Cet accord n&amp;rsquo;&#233;voquait pas  en tant que telle  la cession de denr&#233;es import&#233;es, mais l&amp;rsquo;Allemagne exigeait de Vichy un &quot;loyer&quot;. Son non-versement &#233;ventuel ferait peser la menace d&amp;rsquo;une suspension des autorisations. La vente de produits coloniaux au  Reich  contribua ainsi &#224; financer le paiement des frais d&amp;rsquo;occupation et fut donc le premier pas vers la collaboration &#233;conomique. De plus, face au risque de dissidence de l&amp;rsquo;Empire, un bon moyen de lutter contre l&amp;rsquo;influence gaulliste n&amp;rsquo;&#233;tait-il pas pour Vichy d&amp;rsquo;essayer de relancer l&amp;rsquo;&#233;conomie le plus rapidement possible ? &#192; la veille du d&#233;barquement am&#233;ricain en Afrique du Nord en novembre 1942, l&amp;rsquo;Axe avait ainsi profit&#233; d&amp;rsquo;une tonne de produits coloniaux sur six transport&#233;e par la marine marchande fran&#231;aise. &#13;&#10; &#13;&#10;La reprise des liaisons maritimes fran&#231;aises fut suivie avec attention de l&amp;rsquo;autre c&#244;t&#233; de la Manche. La Grande-Bretagne &#233;tait convaincue qu&amp;rsquo; in fine , l&amp;rsquo;Allemagne tirerait profit des produits livr&#233;s par la marine marchande de Vichy. Le 31 juillet 1940, les Fran&#231;ais apprirent donc la mise sous blocus de la m&#233;tropole et de l&amp;rsquo;Afrique du Nord, assimil&#233;s &#224; des territoires sous contr&#244;le ennemi. Les Britanniques esp&#233;raient asphyxier l&amp;rsquo;&#233;conomie de l&amp;rsquo;Empire et ainsi le pousser dans les bras du g&#233;n&#233;ral de Gaulle, selon la formule tr&#232;s churchillienne : &quot; Join de Gaulle or starve &quot; (&quot; Ralliez de Gaulle ou mourrez de faim &quot;). Si Londres mania le b&#226;ton face &#224; Vichy, Washington pr&#233;f&#233;ra la carotte. Les &#201;tats-Unis consid&#233;raient qu&amp;rsquo;il fallait favoriser toutes les vell&#233;it&#233;s de r&#233;sistance de Vichy &#224; l&amp;rsquo;&#233;gard des exigences du  Reich . Les Am&#233;ricains pensaient que la distribution de denr&#233;es alimentaires et de m&#233;dicaments &#224; la France pourrait encourager P&#233;tain &#224; maintenir une stricte neutralit&#233;. Les livraisons des &#201;tats-Unis vers la France constituent ainsi une bonne illustration de la tortueuse politique fran&#231;aise du pr&#233;sident Roosevelt. &#13;&#10; &#13;&#10; De l&amp;rsquo;usage politique du blocus &amp;hellip;  &#13;&#10; &#13;&#10;Le blocus britannique fut l&amp;rsquo;un des points cl&#233;s de l&amp;rsquo;argumentation des partisans d&amp;rsquo;un double jeu de Vichy. Selon eux, les n&#233;gociations tenues entre Londres et Vichy au cours du second semestre 1940 auraient abouti &#224; un &quot;accord de fait&quot; dont la cons&#233;quence mesurable &#233;tait l&amp;rsquo;all&#232;gement d&amp;rsquo;un blocus implacable. Cette th&#232;se repose en r&#233;alit&#233; sur un &#233;l&#233;ment qui, quoique commun&#233;ment admis, est erron&#233;. Le blocus n&amp;rsquo;a jamais &#233;t&#233; lev&#233; &#224; la suite d&amp;rsquo;un quelconque accord, puisqu&amp;rsquo;accord il n&amp;rsquo;y eut pas. La synth&#232;se de r&#233;f&#233;rence de Philippe Masson sur l&amp;rsquo;histoire de la marine fran&#231;aise au cours de la guerre 2  confirmait pourtant jusqu&amp;rsquo;ici cette id&#233;e de l&amp;rsquo;att&#233;nuation du blocus, cautionnant ainsi la th&#232;se du double jeu de Vichy. Ce raisonnement aurait m&#233;rit&#233; d&amp;rsquo;&#234;tre questionn&#233;, et replac&#233; dans le contexte plus large du mod&#232;le sp&#233;cifique de l&amp;rsquo;&#233;criture de l&amp;rsquo;histoire navale &#224; l&amp;rsquo;&#233;poque contemporaine qu&amp;rsquo;un article r&#233;cent vient opportun&#233;ment de mettre en lumi&#232;re 3 . &#13;&#10; &#13;&#10;Selon Bernard Costagliola, le blocus et sa lev&#233;e rel&#232;vent tout simplement du mythe. Sa d&#233;monstration est &#233;tay&#233;e par les archives fran&#231;aises, britanniques, am&#233;ricaines et allemandes. Il souligne que le minist&#232;re britannique de la Guerre &#233;conomique ( Ministry of Economic Warfare ) ne cessa de se plaindre de l&amp;rsquo;incapacit&#233; de la  Royal Navy  &#224; garantir l&amp;rsquo;imperm&#233;abilit&#233; du blocus. La Grande-Bretagne n&amp;rsquo;a jamais renonc&#233; au principe du blocus : le probl&#232;me est simplement que la  Royal Navy  ne parvenait &#224; l&amp;rsquo;appliquer que de fa&#231;on tr&#232;s ponctuelle. Ainsi, &#224; Gibraltar, point de contr&#244;le th&#233;oriquement ais&#233; pour la marine britannique, l&amp;rsquo; Admiralty  ne lan&#231;a que 4 ordres d&amp;rsquo;interception sur les 540 convois qui franchirent le d&#233;troit entre l&amp;rsquo;&#233;t&#233; 1940 et novembre 1942. De m&#234;me, les 4 200 liaisons m&#233;diterran&#233;ennes vers la zone libre ne furent troubl&#233;es que par 5 arraisonnements. Au total, pour la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e, moins d&amp;rsquo;une cinquantaine de navires furent captur&#233;s. Le blocus n&amp;rsquo;a permis de saisir que 2% de l&amp;rsquo;ensemble des importations &#224; destination de la m&#233;tropole et seul le trafic de haute-mer subit quelques dommages. Difficile dans ces conditions d&amp;rsquo;&#233;voquer un all&#232;gement d&amp;rsquo;un blocus qui fut bien plus virtuel que r&#233;el. &#13;&#10; &#13;&#10;Plusieurs raisons contribuent &#224; expliquer cette situation. La marine britannique n&amp;rsquo;avait d&amp;rsquo;abord pas les moyens mat&#233;riels pour mettre en &amp;oelig;uvre le blocus. Ses b&#226;timents furent utilis&#233;s en priorit&#233; afin de lutter contre les  U-Boote  allemands lors de la Bataille de l&amp;rsquo;Atlantique ;&#160; l&amp;rsquo;objectif principal des Britanniques &#233;tait d&amp;rsquo;assurer le ravitaillement de leur m&#233;tropole. L&amp;rsquo;Amiraut&#233; refusa en outre de voir un arraisonnement d&#233;g&#233;n&#233;rer en une nouvelle confrontation avec la marine de Vichy. La r&#233;ticence des amiraux de Sa Majest&#233; envers la mani&#232;re forte pr&#244;n&#233;e par Churchill conduisit m&#234;me certains &#224; saboter l&amp;rsquo;application du blocus. Ainsi l&amp;rsquo;amiral Somerville, commandant de l&amp;rsquo;escadre britannique lors de la bataille de Mers el-K&#233;bir, contourna-t-il sciemment les ordres d&amp;rsquo;interception du Premier ministre en d&#233;cembre 1940.  &#13;&#10; &#13;&#10; &amp;hellip; &#224; la collaboration  &#13;&#10; &#13;&#10;Bernard Costagliola distingue trois p&#233;riodes dans l&amp;rsquo;histoire du blocus, entre sa mise en place et le d&#233;barquement am&#233;ricain en Afrique du Nord en novembre 1942 : le &quot;blocus balbutiant&quot; au second semestre 1940, le &quot;blocus combattant&quot; de janvier au printemps 1941 et enfin, le &quot;blocus triomphant&quot; du printemps 1941 &#224; novembre 1942. La signature des protocoles de Paris en mai 1941 entre l&amp;rsquo;amiral Darlan et Otto Abetz marqua un tournant important pour le blocus. Pour la premi&#232;re fois, le gouvernement de Vichy renon&#231;ait ouvertement &#224; la neutralit&#233; affich&#233;e depuis l&amp;rsquo;entr&#233;e en vigueur des armistices au profit d&amp;rsquo;une aide &#224; l&amp;rsquo;effort de guerre du  Reich .  &#13;&#10; &#13;&#10;Ces accords permettent &#224; l&amp;rsquo;ouvrage de d&#233;laisser le blocus stricto sensu, au profit de la politique de collaboration men&#233;e par l&amp;rsquo;amiral Fran&#231;ois Darlan. Ses conclusions, particuli&#232;rement s&#233;v&#232;res pour l&amp;rsquo;amiral de la Flotte, sont radicalement oppos&#233;es &#224; celles de ses derniers biographes 4 . D&amp;rsquo;apr&#232;s Bernard Costagliola, l&amp;rsquo;&#233;chec des protocoles de Paris ne signifiait nullement l&amp;rsquo;abandon par Darlan de sa volont&#233; de collaborer. Seules les modalit&#233;s envisag&#233;es changeaient. Son but devenait la mise en place d&amp;rsquo;une collaboration qui f&#251;t une alliance loyale et &#233;quilibr&#233;e, en &#233;change de l&amp;rsquo;abandon du r&#233;gime d&amp;rsquo;armistice.  &#13;&#10; &#13;&#10;&#192; travers l&amp;rsquo;&#233;tude du blocus de la France par la Grande-Bretagne, Bernard Costagliola propose une nouvelle interpr&#233;tation d&amp;rsquo;&#233;l&#233;ments cl&#233;s de l&amp;rsquo;histoire du r&#233;gime de Vichy. Torpillant d&#233;finitivement la th&#232;se d&amp;rsquo;un &quot;accord de fait&quot;, il pr&#233;sente une lecture f&#233;conde et stimulante de la collaboration voulue par l&amp;rsquo;amiral Darlan. L&amp;rsquo;ouvrage est &#233;tay&#233; par des sources abondantes et parfaitement ma&#238;tris&#233;es, soutenu par un style alerte et offre un mod&#232;le de rigueur m&#233;thodologique. &#13;&#10;&#160;   Notes :  1 - Bernard Costagliola,  Les relations maritimes entre la France et son empire. Juin 1940-novembre 1942 , th&#232;se de doctorat de l&amp;rsquo;Universit&#233; de Paris IV-Sorbonne, 1992, 793 pages. 2 - Philippe Masson,  La marine fran&#231;aise et la guerre 1939-1945 , Paris, Tallandier, 1991, 539 pages. 3 - Martin Motte et Jean Martinant de Pr&#233;neuf, &quot;L&amp;rsquo;&#233;criture de l&amp;rsquo;histoire navale fran&#231;aise&#160; &#224; l&amp;rsquo;&#233;poque contemporaine : un mod&#232;le national ?&quot; in  Revue historique des arm&#233;es , n&#176;257, 2009, pp. 27-43. Disponible en ligne  ici  4 - Herv&#233; Coutau-B&#233;garie et Claude Huan,  Darlan , Paris, Fayard, 1989, 873 pages. </description>
         <pubDate>03/10/10 00:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3215-lhistoire_de_la_marine_revue_et_corrigee.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Il est d&rsquo;usage, lorsqu&rsquo;on &eacute;tudie la Marine de Vichy, d&rsquo;insister sur cette &quot;mar&eacute;e bleue&quot;&nbsp; qui se serait abattue sur la France au lendemain de la d&eacute;faite de juin 1940 : beaucoup de contemporains eurent alors le sentiment que les all&eacute;es du pouvoir &ndash;et ses coulisses- se peuplaient d&rsquo;officiers de la &quot;Royale&quot;. Le g&eacute;n&eacute;ral Weygand ne fit-il pas observer avec amertume que, si les deux tiers de la France &eacute;taient occup&eacute;s par l&rsquo;ennemi, le dernier tiers l&rsquo;&eacute;tait par la marine ? <br />
<br />
Cet ouvrage, version publi&eacute;e et enrichie d&rsquo;une th&egrave;se de doctorat soutenue &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Paris IV-Sorbonne<sup>1</sup>, n&rsquo;est pas consacr&eacute; &agrave; la place des marins &agrave; Vichy ; il propose une approche diff&eacute;rente, et particuli&egrave;rement f&eacute;conde, de l&rsquo;histoire de la &quot;Royale&quot; entre 1940 et 1944. Il se concentre en effet sur le r&ocirc;le qu&rsquo;elle joua dans le maintien d&rsquo;un courant maritime entre la France et ses colonies face au blocus exerc&eacute; par la <em>Royal Navy</em>. La question peut para&icirc;tre de prime abord p&eacute;riph&eacute;rique. Pourtant, &agrave; travers cette &eacute;tude d&rsquo;une grande rigueur, Bernard Costagliola apporte une nouvelle preuve de l&rsquo;inanit&eacute; de la th&egrave;se du double jeu de Vichy. Il d&eacute;montre que le pr&eacute;tendu &quot;accord de fait&quot; avec Londres, avanc&eacute; par certains auteurs, ne repose sur aucun &eacute;l&eacute;ment tangible et proc&egrave;de seulement de la volont&eacute; de r&eacute;habiliter la politique &eacute;trang&egrave;re du mar&eacute;chal P&eacute;tain<br />
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<strong>La mise en place du &quot;blocus&quot;</strong><br />
<br />
En 1940, l&rsquo;&eacute;conomie fran&ccedil;aise d&eacute;pendait tr&egrave;s largement des importations issues de l&rsquo;Empire et de l&rsquo;&eacute;tranger. La r&eacute;gularit&eacute; des liaisons maritimes assurant ces flux &eacute;tait indispensable au pays. Leur interruption &agrave; la suite de la d&eacute;faite fit donc peser une menace s&eacute;rieuse sur son ravitaillement. L&rsquo;une des premi&egrave;res missions des repr&eacute;sentants fran&ccedil;ais aupr&egrave;s des Commissions d&rsquo;armistice allemande et italienne fut d&egrave;s lors de permettre la relance du trafic commercial vers la m&eacute;tropole.<br />
<br />
Si la Commission italienne d&rsquo;armistice autorisa la reprise des liaisons maritimes m&eacute;diterran&eacute;ennes d&egrave;s le 29 juin, les n&eacute;gociations furent plus d&eacute;licates avec les autorit&eacute;s allemandes. A Wiesbaden, les Fran&ccedil;ais se heurtaient au chef de la d&eacute;l&eacute;gation &eacute;conomique du <em>Reich</em>, le docteur Johannes Hemmen, qui subordonnait les premiers mouvements de navires de commerce &agrave; l&rsquo;octroi &agrave; l&rsquo;Allemagne d&rsquo;une partie de leurs cargaisons. La relance des liaisons maritimes ne fut obtenue que le 5 septembre. Cet accord n&rsquo;&eacute;voquait pas <em>en tant que telle</em> la cession de denr&eacute;es import&eacute;es, mais l&rsquo;Allemagne exigeait de Vichy un &quot;loyer&quot;. Son non-versement &eacute;ventuel ferait peser la menace d&rsquo;une suspension des autorisations. La vente de produits coloniaux au <em>Reich</em> contribua ainsi &agrave; financer le paiement des frais d&rsquo;occupation et fut donc le premier pas vers la collaboration &eacute;conomique. De plus, face au risque de dissidence de l&rsquo;Empire, un bon moyen de lutter contre l&rsquo;influence gaulliste n&rsquo;&eacute;tait-il pas pour Vichy d&rsquo;essayer de relancer l&rsquo;&eacute;conomie le plus rapidement possible ? &Agrave; la veille du d&eacute;barquement am&eacute;ricain en Afrique du Nord en novembre 1942, l&rsquo;Axe avait ainsi profit&eacute; d&rsquo;une tonne de produits coloniaux sur six transport&eacute;e par la marine marchande fran&ccedil;aise.<br />
<br />
La reprise des liaisons maritimes fran&ccedil;aises fut suivie avec attention de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; de la Manche. La Grande-Bretagne &eacute;tait convaincue qu&rsquo;<em>in fine</em>, l&rsquo;Allemagne tirerait profit des produits livr&eacute;s par la marine marchande de Vichy. Le 31 juillet 1940, les Fran&ccedil;ais apprirent donc la mise sous blocus de la m&eacute;tropole et de l&rsquo;Afrique du Nord, assimil&eacute;s &agrave; des territoires sous contr&ocirc;le ennemi. Les Britanniques esp&eacute;raient asphyxier l&rsquo;&eacute;conomie de l&rsquo;Empire et ainsi le pousser dans les bras du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle, selon la formule tr&egrave;s churchillienne : &quot;<em>Join de Gaulle or starve</em>&quot; (&quot;<em>Ralliez de Gaulle ou mourrez de faim</em>&quot;). Si Londres mania le b&acirc;ton face &agrave; Vichy, Washington pr&eacute;f&eacute;ra la carotte. Les &Eacute;tats-Unis consid&eacute;raient qu&rsquo;il fallait favoriser toutes les vell&eacute;it&eacute;s de r&eacute;sistance de Vichy &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des exigences du <em>Reich</em>. Les Am&eacute;ricains pensaient que la distribution de denr&eacute;es alimentaires et de m&eacute;dicaments &agrave; la France pourrait encourager P&eacute;tain &agrave; maintenir une stricte neutralit&eacute;. Les livraisons des &Eacute;tats-Unis vers la France constituent ainsi une bonne illustration de la tortueuse politique fran&ccedil;aise du pr&eacute;sident Roosevelt.<br />
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<strong>De l&rsquo;usage politique du blocus &hellip;</strong><br />
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Le blocus britannique fut l&rsquo;un des points cl&eacute;s de l&rsquo;argumentation des partisans d&rsquo;un double jeu de Vichy. Selon eux, les n&eacute;gociations tenues entre Londres et Vichy au cours du second semestre 1940 auraient abouti &agrave; un &quot;accord de fait&quot; dont la cons&eacute;quence mesurable &eacute;tait l&rsquo;all&egrave;gement d&rsquo;un blocus implacable. Cette th&egrave;se repose en r&eacute;alit&eacute; sur un &eacute;l&eacute;ment qui, quoique commun&eacute;ment admis, est erron&eacute;. Le blocus n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; lev&eacute; &agrave; la suite d&rsquo;un quelconque accord, puisqu&rsquo;accord il n&rsquo;y eut pas. La synth&egrave;se de r&eacute;f&eacute;rence de Philippe Masson sur l&rsquo;histoire de la marine fran&ccedil;aise au cours de la guerre<sup>2</sup> confirmait pourtant jusqu&rsquo;ici cette id&eacute;e de l&rsquo;att&eacute;nuation du blocus, cautionnant ainsi la th&egrave;se du double jeu de Vichy. Ce raisonnement aurait m&eacute;rit&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre questionn&eacute;, et replac&eacute; dans le contexte plus large du mod&egrave;le sp&eacute;cifique de l&rsquo;&eacute;criture de l&rsquo;histoire navale &agrave; l&rsquo;&eacute;poque contemporaine qu&rsquo;un article r&eacute;cent vient opportun&eacute;ment de mettre en lumi&egrave;re<sup>3</sup>.<br />
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Selon Bernard Costagliola, le blocus et sa lev&eacute;e rel&egrave;vent tout simplement du mythe. Sa d&eacute;monstration est &eacute;tay&eacute;e par les archives fran&ccedil;aises, britanniques, am&eacute;ricaines et allemandes. Il souligne que le minist&egrave;re britannique de la Guerre &eacute;conomique (<em>Ministry of Economic Warfare</em>) ne cessa de se plaindre de l&rsquo;incapacit&eacute; de la <em>Royal Navy</em> &agrave; garantir l&rsquo;imperm&eacute;abilit&eacute; du blocus. La Grande-Bretagne n&rsquo;a jamais renonc&eacute; au principe du blocus : le probl&egrave;me est simplement que la <em>Royal Navy</em> ne parvenait &agrave; l&rsquo;appliquer que de fa&ccedil;on tr&egrave;s ponctuelle. Ainsi, &agrave; Gibraltar, point de contr&ocirc;le th&eacute;oriquement ais&eacute; pour la marine britannique, l&rsquo;<em>Admiralty</em> ne lan&ccedil;a que 4 ordres d&rsquo;interception sur les 540 convois qui franchirent le d&eacute;troit entre l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1940 et novembre 1942. De m&ecirc;me, les 4 200 liaisons m&eacute;diterran&eacute;ennes vers la zone libre ne furent troubl&eacute;es que par 5 arraisonnements. Au total, pour la p&eacute;riode &eacute;tudi&eacute;e, moins d&rsquo;une cinquantaine de navires furent captur&eacute;s. Le blocus n&rsquo;a permis de saisir que 2% de l&rsquo;ensemble des importations &agrave; destination de la m&eacute;tropole et seul le trafic de haute-mer subit quelques dommages. Difficile dans ces conditions d&rsquo;&eacute;voquer un all&egrave;gement d&rsquo;un blocus qui fut bien plus virtuel que r&eacute;el.<br />
<br />
Plusieurs raisons contribuent &agrave; expliquer cette situation. La marine britannique n&rsquo;avait d&rsquo;abord pas les moyens mat&eacute;riels pour mettre en &oelig;uvre le blocus. Ses b&acirc;timents furent utilis&eacute;s en priorit&eacute; afin de lutter contre les <em>U-Boote</em> allemands lors de la Bataille de l&rsquo;Atlantique ;&nbsp; l&rsquo;objectif principal des Britanniques &eacute;tait d&rsquo;assurer le ravitaillement de leur m&eacute;tropole. L&rsquo;Amiraut&eacute; refusa en outre de voir un arraisonnement d&eacute;g&eacute;n&eacute;rer en une nouvelle confrontation avec la marine de Vichy. La r&eacute;ticence des amiraux de Sa Majest&eacute; envers la mani&egrave;re forte pr&ocirc;n&eacute;e par Churchill conduisit m&ecirc;me certains &agrave; saboter l&rsquo;application du blocus. Ainsi l&rsquo;amiral Somerville, commandant de l&rsquo;escadre britannique lors de la bataille de Mers el-K&eacute;bir, contourna-t-il sciemment les ordres d&rsquo;interception du Premier ministre en d&eacute;cembre 1940. <br />
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<strong>&hellip; &agrave; la collaboration</strong><br />
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Bernard Costagliola distingue trois p&eacute;riodes dans l&rsquo;histoire du blocus, entre sa mise en place et le d&eacute;barquement am&eacute;ricain en Afrique du Nord en novembre 1942 : le &quot;blocus balbutiant&quot; au second semestre 1940, le &quot;blocus combattant&quot; de janvier au printemps 1941 et enfin, le &quot;blocus triomphant&quot; du printemps 1941 &agrave; novembre 1942. La signature des protocoles de Paris en mai 1941 entre l&rsquo;amiral Darlan et Otto Abetz marqua un tournant important pour le blocus. Pour la premi&egrave;re fois, le gouvernement de Vichy renon&ccedil;ait ouvertement &agrave; la neutralit&eacute; affich&eacute;e depuis l&rsquo;entr&eacute;e en vigueur des armistices au profit d&rsquo;une aide &agrave; l&rsquo;effort de guerre du <em>Reich</em>. <br />
<br />
Ces accords permettent &agrave; l&rsquo;ouvrage de d&eacute;laisser le blocus stricto sensu, au profit de la politique de collaboration men&eacute;e par l&rsquo;amiral Fran&ccedil;ois Darlan. Ses conclusions, particuli&egrave;rement s&eacute;v&egrave;res pour l&rsquo;amiral de la Flotte, sont radicalement oppos&eacute;es &agrave; celles de ses derniers biographes<sup>4</sup>. D&rsquo;apr&egrave;s Bernard Costagliola, l&rsquo;&eacute;chec des protocoles de Paris ne signifiait nullement l&rsquo;abandon par Darlan de sa volont&eacute; de collaborer. Seules les modalit&eacute;s envisag&eacute;es changeaient. Son but devenait la mise en place d&rsquo;une collaboration qui f&ucirc;t une alliance loyale et &eacute;quilibr&eacute;e, en &eacute;change de l&rsquo;abandon du r&eacute;gime d&rsquo;armistice. <br />
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&Agrave; travers l&rsquo;&eacute;tude du blocus de la France par la Grande-Bretagne, Bernard Costagliola propose une nouvelle interpr&eacute;tation d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments cl&eacute;s de l&rsquo;histoire du r&eacute;gime de Vichy. Torpillant d&eacute;finitivement la th&egrave;se d&rsquo;un &quot;accord de fait&quot;, il pr&eacute;sente une lecture f&eacute;conde et stimulante de la collaboration voulue par l&rsquo;amiral Darlan. L&rsquo;ouvrage est &eacute;tay&eacute; par des sources abondantes et parfaitement ma&icirc;tris&eacute;es, soutenu par un style alerte et offre un mod&egrave;le de rigueur m&eacute;thodologique.<br />
&nbsp;</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Bernard Costagliola, <em>Les relations maritimes entre la France et son empire. Juin 1940-novembre 1942</em>, th&egrave;se de doctorat de l&rsquo;Universit&eacute; de Paris IV-Sorbonne, 1992, 793 pages.<br />2 - Philippe Masson, <em>La marine fran&ccedil;aise et la guerre 1939-1945</em>, Paris, Tallandier, 1991, 539 pages.<br />3 - Martin Motte et Jean Martinant de Pr&eacute;neuf, &quot;L&rsquo;&eacute;criture de l&rsquo;histoire navale fran&ccedil;aise&nbsp; &agrave; l&rsquo;&eacute;poque contemporaine : un mod&egrave;le national ?&quot; in <em>Revue historique des arm&eacute;es</em>, n&deg;257, 2009, pp. 27-43. Disponible en ligne <a href="http://rha.revues.org/index6862.html">ici</a><br />4 - Herv&eacute; Coutau-B&eacute;garie et Claude Huan, <em>Darlan</em>, Paris, Fayard, 1989, 873 pages.<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>&quot;Georges Boris, vie exemplaire&quot;</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3216-georges_boris_vie_exemplaire.htm</link>
         <description> C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;histoire d&amp;rsquo;un homme qui a fort peu failli. Tour &#224; tour fondateur (en 1927) et animateur du journal de gauche  La Lumi&#232;re , redresseur de torts au milieu d&amp;rsquo;une presse d&#233;cha&#238;n&#233;e et trop souvent v&#233;nale dans les ann&#233;es 1930, conseiller de L&#233;on Blum et &#224; ses c&#244;t&#233;s dans le deuxi&#232;me &#233;pisode gouvernemental du printemps 1938, Fran&#231;ais libre de la premi&#232;re heure (il se rallie &#224; de Gaulle le 19 juin 1940) et pi&#232;ce essentielle du dispositif gaulliste &#224; Londres de 1940 &#224; 1944; enfin, compagnon fid&#232;le de son cadet de 20 ans, Pierre Mend&#232;s France, qu&amp;rsquo;il suit jour apr&#232;s jour durant les 7 mois de l&amp;rsquo;exp&#233;rience au pouvoir en 1954-1955. L&amp;rsquo;itin&#233;raire impressionne. L&amp;rsquo;homme aussi, tel que nous le peint Jean-Louis Cr&#233;mieux-Brilhac, avec le talent de l&amp;rsquo;historien rehauss&#233; par l&amp;rsquo;empathie de l&amp;rsquo;amiti&#233; : droiture morale, sens des responsabilit&#233;s mais m&#233;pris du pouvoir, courage de l&amp;rsquo;opposition, hardiesse des solutions, non-conformisme foncier, audace de brusquer l&amp;rsquo;Histoire (comme dans l&amp;rsquo;&#233;tonnant &#233;pisode o&#249; il fait annoncer la lib&#233;ration de Paris sur les ondes de la BBC le 23 ao&#251;t 1944, deux jours avant que le dernier blind&#233; allemand ait quitt&#233; la capitale : canular g&#233;nial&amp;hellip;), haine tenace des injustices quelles qu&amp;rsquo;elles soient, ce qui l&amp;rsquo;a souvent fait passer pour un &quot;rouge&quot;. Ce n&amp;rsquo;est ni un rebelle ni un dandy, mais un homme plut&#244;t r&#233;serv&#233; qui s&amp;rsquo;&#233;panouit dans l&amp;rsquo;ombre des pur-sang de l&amp;rsquo;action. Il eut la chance, durant une vie bien remplie, d&amp;rsquo;en trouver trois &#224; la mesure de ses ambitions. &#13;&#10; &#13;&#10; Des &quot;&#233;minences grises&quot; en histoire  &#13;&#10; &#13;&#10;Pourquoi sortir de l&amp;rsquo;incognito ce personnage, en effet, n&#233;glig&#233; par la post&#233;rit&#233; ? Sans doute peut-on pressentir le go&#251;t de Jean-Louis Cr&#233;mieux-Brilhac pour ceux qui ont fait l&amp;rsquo;Histoire mais n&amp;rsquo;en ont pas tir&#233; les profits, comme en atteste le beau portrait d&amp;rsquo;un autre inconnu, Jacques Bingen, d&#233;l&#233;gu&#233; par Londres aupr&#232;s de la R&#233;sistance apr&#232;s l&amp;rsquo;arrestation de Jean Moulin, un homme sensible, charmeur, artiste (&quot;Bingen, c&amp;rsquo;&#233;tait Swann&quot; dixit Daniel Cordier) &quot;au centre de tout&quot; &#224; Paris, et de toutes les difficult&#233;s entre d&#233;cembre 1943 et avril 1944, qui saura recoller les morceaux d&amp;rsquo;un CNR divis&#233;, avant de mourir h&#233;ro&#239;quement, une fois sa pilule de cyanure aval&#233;e. Mais plus profond&#233;ment, deux enjeux essentiels apparaissent &#224; la lecture de cette biographie. Tout d&amp;rsquo;abord, il s&amp;rsquo;agit de creuser la figure de l&amp;rsquo;&#233;minence grise, du conseiller du prince, donner une profondeur historique &#224; un th&#232;me classique de la science politique : celui des entourages politiques, leur r&#244;le, leur statut, leur composition, leur efficacit&#233;&amp;hellip; Avec le portrait de Georges Boris, Jean-Louis Cr&#233;mieux-Brilhac nous donne une vivante anthropologie de &quot;l&amp;rsquo;homme d&amp;rsquo;influence&quot; dans l&amp;rsquo;univers d&#233;mocratique. Le renouveau complet du type d&amp;rsquo;&#233;quipe rassembl&#233; par Boris autour de Mend&#232;s est tout &#224; fait frappant pour d&#233;signer l&amp;rsquo;av&#232;nement d&amp;rsquo;une politique moderne : Simon Nora, St&#233;phane Hessel, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Saint-Geours, Jean-Marie Soutou, tout un ar&#233;opage brillant de jeunes gens issus de la presse, du Plan, de la toute r&#233;cente ENA, combinant l&amp;rsquo;ardeur au travail et la volont&#233; r&#233;novatrice, une &#233;lite pr&#233;-technocratique encore dirig&#233;e par les promesses de la R&#233;sistance et la m&#233;moire du d&#233;sastre. Pas encore un &quot;think-tank&quot;, mais d&#233;j&#224; plus qu&amp;rsquo;un cabinet radical-socialiste classique. &#13;&#10; &#13;&#10; Une gauche id&#233;ale, mais d&#233;faite  &#13;&#10; &#13;&#10;Cette vie de Georges Boris est certes l&amp;rsquo;occasion de revisiter quelques points essentiels de l&amp;rsquo;histoire contemporaine fran&#231;aise o&#249; l&amp;rsquo;itin&#233;raire singulier est encastr&#233;, &#233;clair&#233;, dans la connaissance profonde d&amp;rsquo;une p&#233;riode &#224; laquelle il contribue &#224; donner encore un suppl&#233;ment de sens ; mais plus fondamentalement encore, le choix biographique et surtout de cette biographie l&#224;, rappelle le mod&#232;le des &quot;vies des hommes illustres&quot; de Plutarque et engage un autre pari du livre : faire le portrait d&amp;rsquo;une gauche id&#233;ale, du moins d&amp;rsquo;une gauche ambitieuse, nourrie de socialisme, anti-communiste, id&#233;aliste &#224; la Blum ou plus pragmatique, moderne &#224; la Mend&#232;s, volontiers dirigiste sur le plan &#233;conomique, productiviste dans le contexte de l&amp;rsquo;apr&#232;s-guerre, au patriotisme sourcilleux, mais confiante dans les organisations internationales de l&amp;rsquo;apr&#232;s-1945, dont la l&#233;gitimit&#233; arbitrale est en soi un progr&#232;s. Une gauche &#233;vanouie, en somme, et dont Jean-Louis Cr&#233;mieux-Brilhac pense qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;est pas mauvais de rappeler l&amp;rsquo;histoire, m&#234;me d&#233;faite, dans un opus qui est donc &#224; la fois un ouvrage savant et militant. Il raconte cette histoire aux enfants orphelins de la gauche d&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui par le truchement d&amp;rsquo;un de ses repr&#233;sentants les plus saillants, qui s&#233;dimente plusieurs strates d&amp;rsquo;exp&#233;riences historiques et de cultures politiques.  &#13;&#10;Revisiter quelques points d&amp;rsquo;histoire ? Du Boris des ann&#233;es 1930, on retiendra que sa formation iconoclaste de financier et d&amp;rsquo;homme d&amp;rsquo;affaires le distingue de la tr&#232;s grande inculture &#233;conomique des &#233;lites politiques de la Troisi&#232;me R&#233;publique, grandis dans l&amp;rsquo;univers mon&#233;tairement stable de l&amp;rsquo;avant-1914. On mesure aussi l&amp;rsquo;audace d&amp;rsquo;un  New Deal  - dont Boris fait une des premi&#232;res analyses laudatives 1  - mal re&#231;u et mal compris dans une France accroch&#233;e &#224; la politique de d&#233;flation, o&#249; il est accueilli avec perplexit&#233; voire agressivit&#233;. Ainsi, lorsqu&amp;rsquo;en 1938, Blum d&#233;fend un programme keyn&#233;sien de r&#233;armement industriel largement concoct&#233; par Boris, il est logiquement refoul&#233; au S&#233;nat dont on v&#233;rifie, une fois de plus, le r&#244;le de fossoyeur de toutes les grandes r&#233;formes ambitieuses de l&amp;rsquo;entre-deux-guerres, depuis le vote des femmes jusqu&amp;rsquo;au projet Blum-Violette. Le personnage de Georges Boris, parce qu&amp;rsquo;il est Front populaire et juif, catalyse toutes les haines d&amp;rsquo;une presse dont la violence et l&amp;rsquo;antis&#233;mitisme virulent ne sont que trop connus, en toile de fonds d&amp;rsquo;une crise d&amp;rsquo;identit&#233; nationale qui pr&#233;lude au grand effondrement de 1940. &#13;&#10; &#13;&#10; Un le&#231;on d&amp;rsquo;&#233;pist&#233;mologie   &#13;&#10; &#13;&#10;&#192; cette date, Boris, engag&#233; volontaire &#224; 51 ans - on lui reprocha d&amp;rsquo;avoir &#233;t&#233; un embusqu&#233; pendant la Premi&#232;re guerre mondiale - et &#233;vacu&#233; de Dunkerque, arrive &#224; Londres, bient&#244;t accabl&#233; par l&amp;rsquo;arriv&#233;e au pouvoir de P&#233;tain et les chevrotements de l&amp;rsquo;armistice. Il n&amp;rsquo;entend pas, en direct, le discours de de Gaulle. N&#233;anmoins, d&amp;rsquo;un patriotisme &#233;corch&#233;, enlevant son uniforme fran&#231;ais qu&amp;rsquo;il ne supporte pas de porter dans les rues de la capitale britannique le 17 juin, il le r&#233;endosse le 19, et va se pr&#233;senter au n&#176;8 Seymour Grove o&#249; de Gaulle accueille les quelques rares visiteurs. &#192; partir de l&#224; se d&#233;ploie la grande saga de la France Libre, dont Jean-Louis Cr&#233;mieux-Brilhac a d&#233;j&#224; &#233;tabli un tableau magistral 2 . Mais de cette saga, l&amp;rsquo;historien nous &#233;pargne la l&#233;gende dor&#233;e : fragilit&#233;, bluff des d&#233;buts, gageure d&amp;rsquo;un rassemblement de gens si divers politiquement, faux-pas, chausse-trappes, complexit&#233; du microcosme londonien gaulliste et anti-gaulliste - &#224; commencer par l&amp;rsquo;&#233;quipe des &quot;Fran&#231;ais parlent aux Fran&#231;ais&quot; 3 ou le groupe Jean Jaur&#232;s, socialistes m&#233;fiants &#224; l&amp;rsquo;&#233;gard d&amp;rsquo;un g&#233;n&#233;ral sorti du rang - , conflits multiples - entre Moulin et Brossolette, entre Moulin et Frenay, entre Boris et Passy, le chef charismatique du BCRA, services secrets de la France libre 4 -, crises innombrables : l&amp;rsquo;une des plus dangereuses survient dans le duel qui, &#224; partir de la fin 1942, &#224; Alger, oppose Giraud &#224; de Gaulle ; Boris, alors responsable &#224; Londres des rapports avec les barons de la clandestinit&#233;, fait beaucoup pour organiser l&amp;rsquo;arbitrage de la R&#233;sistance int&#233;rieure qui va peser de toute sa l&#233;gitimit&#233; h&#233;ro&#239;que pour soutenir l&amp;rsquo;homme du 18 juin. De nombreux documents in&#233;dits (notamment de la correspondance de Georges Boris) permettent de suivre pas &#224; pas cette p&#233;riode dont nos contemporains ont en partie perdu les codes mentaux. On croit tout savoir de cette p&#233;riode et Jean-Louis Cr&#233;mieux-Brilhac nous montre subtilement que parfois, on ne comprend rien. C&amp;rsquo;est particuli&#232;rement vrai d&amp;rsquo;une vieille pol&#233;mique que l&amp;rsquo;historien, t&#233;moin et citoyen d&amp;rsquo;ascendance juive met un point d&amp;rsquo;honneur &#224; clarifier : le &quot;silence&quot; de la France Libre, comme, du reste, de la R&#233;sistance int&#233;rieure, concernant les atrocit&#233;s commises contre les juifs d&amp;rsquo;Europe. Pourquoi n&amp;rsquo;avoir rien dit alors que l&amp;rsquo;on n&amp;rsquo;ignorait pas ce qui se passait ? Volont&#233; de ne pas donner de gages aux accusations vichystes d&#233;non&#231;ant les hommes de Londres comme des &quot;jud&#233;o-bolch&#233;viques&quot;? 5 Antis&#233;mitisme larv&#233; (dont Jean-Louis Cr&#233;mieux-Brilhac montre qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;exprime tr&#232;s violemment dans certains secteurs de la premi&#232;re France Libre, comme Boris en fait douloureusement l&amp;rsquo;exp&#233;rience)?  &#13;&#10; &#13;&#10;Le fond de l&amp;rsquo;affaire n&amp;rsquo;est pas l&#224; : &quot;L&amp;rsquo;analyste d&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui doit comprendre que, pour les porte-parole de la conscience chr&#233;tienne aussi bien que pour Boris, Bingen ou Manuel, pour moi, Fran&#231;ais juifs agnostiques et patriotes fran&#231;ais, les pers&#233;cutions juives ne sont, dans cette phase exasp&#233;r&#233;e de la guerre, qu&amp;rsquo;un aspect parmi d&amp;rsquo;autres des infamies de Vichy et des crimes hitl&#233;riens qui accablent la collectivit&#233; nationale [&amp;hellip;] En 1943-1944, le probl&#232;me juif n&amp;rsquo;est pas central. La priorit&#233; va &#224; la victoire alli&#233;e, au succ&#232;s de l&amp;rsquo;insurrection nationale qui lavera la France de la honte&quot; (p. 271). Une le&#231;on d&amp;rsquo;&#233;pist&#233;mologie de l&amp;rsquo;histoire que ce passage &#224; m&#233;diter contre toutes les reconstructions - les bien pensantes ne sont pas les moins dangereuses - de la psych&#233; contemporaine. Une le&#231;on de courage aussi, car ces choses ne sont pas faciles &#224; dire. Qualit&#233;s rares qui font de ce livre &#233;rudit et passionnant un r&#233;cit qui, de fa&#231;on &#233;tonnante, est &#233;galement tr&#232;s &#233;mouvant.   Notes :  1 -  La R&#233;volution Roosevelt , Paris, Gallimard, 1934 2 - Jean-Louis Cr&#233;mieux-Brilhac,  La France Libre. De l&amp;rsquo;appel du 18 juin &#224; la Lib&#233;ration , Paris, Gallimard, 1996 3 - Cf. Aur&#233;lie Luneau,  Radio Londres. 1940-1944. Les voix de la libert&#233; , Paris, Perrin/Radio France, 2005 4 - CF. S&#233;bastien Albertelli,  Les services secrets du g&#233;n&#233;ral de Gaulle : le BCRA, 1940-1944 , Paris, Perrin, 2009 5 - Cf. Ren&#233;e Poznanski, qui consacre son dernier ouvrage  Propagandes et pers&#233;cutions. La R&#233;sistance et le &quot;probl&#232;me juif&quot; , Fayard, 2008, y voit un &quot;v&#233;ritable effacement identitaire&quot; selon des termes que Cr&#233;mieux qualifie d&amp;rsquo; &quot;anachroniques&quot; tout en saluant la qualit&#233; du travail accompli </description>
         <pubDate>03/10/10 00:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3216-georges_boris_vie_exemplaire.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme qui a fort peu failli. Tour &agrave; tour fondateur (en 1927) et animateur du journal de gauche <em>La Lumi&egrave;re</em>, redresseur de torts au milieu d&rsquo;une presse d&eacute;cha&icirc;n&eacute;e et trop souvent v&eacute;nale dans les ann&eacute;es 1930, conseiller de L&eacute;on Blum et &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s dans le deuxi&egrave;me &eacute;pisode gouvernemental du printemps 1938, Fran&ccedil;ais libre de la premi&egrave;re heure (il se rallie &agrave; de Gaulle le 19 juin 1940) et pi&egrave;ce essentielle du dispositif gaulliste &agrave; Londres de 1940 &agrave; 1944; enfin, compagnon fid&egrave;le de son cadet de 20 ans, Pierre Mend&egrave;s France, qu&rsquo;il suit jour apr&egrave;s jour durant les 7 mois de l&rsquo;exp&eacute;rience au pouvoir en 1954-1955. L&rsquo;itin&eacute;raire impressionne. L&rsquo;homme aussi, tel que nous le peint Jean-Louis Cr&eacute;mieux-Brilhac, avec le talent de l&rsquo;historien rehauss&eacute; par l&rsquo;empathie de l&rsquo;amiti&eacute; : droiture morale, sens des responsabilit&eacute;s mais m&eacute;pris du pouvoir, courage de l&rsquo;opposition, hardiesse des solutions, non-conformisme foncier, audace de brusquer l&rsquo;Histoire (comme dans l&rsquo;&eacute;tonnant &eacute;pisode o&ugrave; il fait annoncer la lib&eacute;ration de Paris sur les ondes de la BBC le 23 ao&ucirc;t 1944, deux jours avant que le dernier blind&eacute; allemand ait quitt&eacute; la capitale : canular g&eacute;nial&hellip;), haine tenace des injustices quelles qu&rsquo;elles soient, ce qui l&rsquo;a souvent fait passer pour un &quot;rouge&quot;. Ce n&rsquo;est ni un rebelle ni un dandy, mais un homme plut&ocirc;t r&eacute;serv&eacute; qui s&rsquo;&eacute;panouit dans l&rsquo;ombre des pur-sang de l&rsquo;action. Il eut la chance, durant une vie bien remplie, d&rsquo;en trouver trois &agrave; la mesure de ses ambitions.<br />
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<strong>Des &quot;&eacute;minences grises&quot; en histoire</strong><br />
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Pourquoi sortir de l&rsquo;incognito ce personnage, en effet, n&eacute;glig&eacute; par la post&eacute;rit&eacute; ? Sans doute peut-on pressentir le go&ucirc;t de Jean-Louis Cr&eacute;mieux-Brilhac pour ceux qui ont fait l&rsquo;Histoire mais n&rsquo;en ont pas tir&eacute; les profits, comme en atteste le beau portrait d&rsquo;un autre inconnu, Jacques Bingen, d&eacute;l&eacute;gu&eacute; par Londres aupr&egrave;s de la R&eacute;sistance apr&egrave;s l&rsquo;arrestation de Jean Moulin, un homme sensible, charmeur, artiste (&quot;Bingen, c&rsquo;&eacute;tait Swann&quot; dixit Daniel Cordier) &quot;au centre de tout&quot; &agrave; Paris, et de toutes les difficult&eacute;s entre d&eacute;cembre 1943 et avril 1944, qui saura recoller les morceaux d&rsquo;un CNR divis&eacute;, avant de mourir h&eacute;ro&iuml;quement, une fois sa pilule de cyanure aval&eacute;e. Mais plus profond&eacute;ment, deux enjeux essentiels apparaissent &agrave; la lecture de cette biographie. Tout d&rsquo;abord, il s&rsquo;agit de creuser la figure de l&rsquo;&eacute;minence grise, du conseiller du prince, donner une profondeur historique &agrave; un th&egrave;me classique de la science politique : celui des entourages politiques, leur r&ocirc;le, leur statut, leur composition, leur efficacit&eacute;&hellip; Avec le portrait de Georges Boris, Jean-Louis Cr&eacute;mieux-Brilhac nous donne une vivante anthropologie de &quot;l&rsquo;homme d&rsquo;influence&quot; dans l&rsquo;univers d&eacute;mocratique. Le renouveau complet du type d&rsquo;&eacute;quipe rassembl&eacute; par Boris autour de Mend&egrave;s est tout &agrave; fait frappant pour d&eacute;signer l&rsquo;av&egrave;nement d&rsquo;une politique moderne : Simon Nora, St&eacute;phane Hessel, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Saint-Geours, Jean-Marie Soutou, tout un ar&eacute;opage brillant de jeunes gens issus de la presse, du Plan, de la toute r&eacute;cente ENA, combinant l&rsquo;ardeur au travail et la volont&eacute; r&eacute;novatrice, une &eacute;lite pr&eacute;-technocratique encore dirig&eacute;e par les promesses de la R&eacute;sistance et la m&eacute;moire du d&eacute;sastre. Pas encore un &quot;think-tank&quot;, mais d&eacute;j&agrave; plus qu&rsquo;un cabinet radical-socialiste classique.<br />
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<strong>Une gauche id&eacute;ale, mais d&eacute;faite</strong><br />
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Cette vie de Georges Boris est certes l&rsquo;occasion de revisiter quelques points essentiels de l&rsquo;histoire contemporaine fran&ccedil;aise o&ugrave; l&rsquo;itin&eacute;raire singulier est encastr&eacute;, &eacute;clair&eacute;, dans la connaissance profonde d&rsquo;une p&eacute;riode &agrave; laquelle il contribue &agrave; donner encore un suppl&eacute;ment de sens ; mais plus fondamentalement encore, le choix biographique et surtout de cette biographie l&agrave;, rappelle le mod&egrave;le des &quot;vies des hommes illustres&quot; de Plutarque et engage un autre pari du livre : faire le portrait d&rsquo;une gauche id&eacute;ale, du moins d&rsquo;une gauche ambitieuse, nourrie de socialisme, anti-communiste, id&eacute;aliste &agrave; la Blum ou plus pragmatique, moderne &agrave; la Mend&egrave;s, volontiers dirigiste sur le plan &eacute;conomique, productiviste dans le contexte de l&rsquo;apr&egrave;s-guerre, au patriotisme sourcilleux, mais confiante dans les organisations internationales de l&rsquo;apr&egrave;s-1945, dont la l&eacute;gitimit&eacute; arbitrale est en soi un progr&egrave;s. Une gauche &eacute;vanouie, en somme, et dont Jean-Louis Cr&eacute;mieux-Brilhac pense qu&rsquo;il n&rsquo;est pas mauvais de rappeler l&rsquo;histoire, m&ecirc;me d&eacute;faite, dans un opus qui est donc &agrave; la fois un ouvrage savant et militant. Il raconte cette histoire aux enfants orphelins de la gauche d&rsquo;aujourd&rsquo;hui par le truchement d&rsquo;un de ses repr&eacute;sentants les plus saillants, qui s&eacute;dimente plusieurs strates d&rsquo;exp&eacute;riences historiques et de cultures politiques. <br />
Revisiter quelques points d&rsquo;histoire ? Du Boris des ann&eacute;es 1930, on retiendra que sa formation iconoclaste de financier et d&rsquo;homme d&rsquo;affaires le distingue de la tr&egrave;s grande inculture &eacute;conomique des &eacute;lites politiques de la Troisi&egrave;me R&eacute;publique, grandis dans l&rsquo;univers mon&eacute;tairement stable de l&rsquo;avant-1914. On mesure aussi l&rsquo;audace d&rsquo;un <em>New Deal</em> - dont Boris fait une des premi&egrave;res analyses laudatives<sup>1</sup> - mal re&ccedil;u et mal compris dans une France accroch&eacute;e &agrave; la politique de d&eacute;flation, o&ugrave; il est accueilli avec perplexit&eacute; voire agressivit&eacute;. Ainsi, lorsqu&rsquo;en 1938, Blum d&eacute;fend un programme keyn&eacute;sien de r&eacute;armement industriel largement concoct&eacute; par Boris, il est logiquement refoul&eacute; au S&eacute;nat dont on v&eacute;rifie, une fois de plus, le r&ocirc;le de fossoyeur de toutes les grandes r&eacute;formes ambitieuses de l&rsquo;entre-deux-guerres, depuis le vote des femmes jusqu&rsquo;au projet Blum-Violette. Le personnage de Georges Boris, parce qu&rsquo;il est Front populaire et juif, catalyse toutes les haines d&rsquo;une presse dont la violence et l&rsquo;antis&eacute;mitisme virulent ne sont que trop connus, en toile de fonds d&rsquo;une crise d&rsquo;identit&eacute; nationale qui pr&eacute;lude au grand effondrement de 1940.<br />
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<strong>Un le&ccedil;on d&rsquo;&eacute;pist&eacute;mologie </strong><br />
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&Agrave; cette date, Boris, engag&eacute; volontaire &agrave; 51 ans - on lui reprocha d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; un embusqu&eacute; pendant la Premi&egrave;re guerre mondiale - et &eacute;vacu&eacute; de Dunkerque, arrive &agrave; Londres, bient&ocirc;t accabl&eacute; par l&rsquo;arriv&eacute;e au pouvoir de P&eacute;tain et les chevrotements de l&rsquo;armistice. Il n&rsquo;entend pas, en direct, le discours de de Gaulle. N&eacute;anmoins, d&rsquo;un patriotisme &eacute;corch&eacute;, enlevant son uniforme fran&ccedil;ais qu&rsquo;il ne supporte pas de porter dans les rues de la capitale britannique le 17 juin, il le r&eacute;endosse le 19, et va se pr&eacute;senter au n&deg;8 Seymour Grove o&ugrave; de Gaulle accueille les quelques rares visiteurs. &Agrave; partir de l&agrave; se d&eacute;ploie la grande saga de la France Libre, dont Jean-Louis Cr&eacute;mieux-Brilhac a d&eacute;j&agrave; &eacute;tabli un tableau magistral<sup>2</sup>. Mais de cette saga, l&rsquo;historien nous &eacute;pargne la l&eacute;gende dor&eacute;e : fragilit&eacute;, bluff des d&eacute;buts, gageure d&rsquo;un rassemblement de gens si divers politiquement, faux-pas, chausse-trappes, complexit&eacute; du microcosme londonien gaulliste et anti-gaulliste - &agrave; commencer par l&rsquo;&eacute;quipe des &quot;Fran&ccedil;ais parlent aux Fran&ccedil;ais&quot;<sup>3</sup>ou le groupe Jean Jaur&egrave;s, socialistes m&eacute;fiants &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;un g&eacute;n&eacute;ral sorti du rang - , conflits multiples - entre Moulin et Brossolette, entre Moulin et Frenay, entre Boris et Passy, le chef charismatique du BCRA, services secrets de la France libre<sup>4</sup>-, crises innombrables : l&rsquo;une des plus dangereuses survient dans le duel qui, &agrave; partir de la fin 1942, &agrave; Alger, oppose Giraud &agrave; de Gaulle ; Boris, alors responsable &agrave; Londres des rapports avec les barons de la clandestinit&eacute;, fait beaucoup pour organiser l&rsquo;arbitrage de la R&eacute;sistance int&eacute;rieure qui va peser de toute sa l&eacute;gitimit&eacute; h&eacute;ro&iuml;que pour soutenir l&rsquo;homme du 18 juin. De nombreux documents in&eacute;dits (notamment de la correspondance de Georges Boris) permettent de suivre pas &agrave; pas cette p&eacute;riode dont nos contemporains ont en partie perdu les codes mentaux. On croit tout savoir de cette p&eacute;riode et Jean-Louis Cr&eacute;mieux-Brilhac nous montre subtilement que parfois, on ne comprend rien. C&rsquo;est particuli&egrave;rement vrai d&rsquo;une vieille pol&eacute;mique que l&rsquo;historien, t&eacute;moin et citoyen d&rsquo;ascendance juive met un point d&rsquo;honneur &agrave; clarifier : le &quot;silence&quot; de la France Libre, comme, du reste, de la R&eacute;sistance int&eacute;rieure, concernant les atrocit&eacute;s commises contre les juifs d&rsquo;Europe. Pourquoi n&rsquo;avoir rien dit alors que l&rsquo;on n&rsquo;ignorait pas ce qui se passait ? Volont&eacute; de ne pas donner de gages aux accusations vichystes d&eacute;non&ccedil;ant les hommes de Londres comme des &quot;jud&eacute;o-bolch&eacute;viques&quot;?<sup>5</sup>Antis&eacute;mitisme larv&eacute; (dont Jean-Louis Cr&eacute;mieux-Brilhac montre qu&rsquo;il s&rsquo;exprime tr&egrave;s violemment dans certains secteurs de la premi&egrave;re France Libre, comme Boris en fait douloureusement l&rsquo;exp&eacute;rience)? <br />
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Le fond de l&rsquo;affaire n&rsquo;est pas l&agrave; : &quot;L&rsquo;analyste d&rsquo;aujourd&rsquo;hui doit comprendre que, pour les porte-parole de la conscience chr&eacute;tienne aussi bien que pour Boris, Bingen ou Manuel, pour moi, Fran&ccedil;ais juifs agnostiques et patriotes fran&ccedil;ais, les pers&eacute;cutions juives ne sont, dans cette phase exasp&eacute;r&eacute;e de la guerre, qu&rsquo;un aspect parmi d&rsquo;autres des infamies de Vichy et des crimes hitl&eacute;riens qui accablent la collectivit&eacute; nationale [&hellip;] En 1943-1944, le probl&egrave;me juif n&rsquo;est pas central. La priorit&eacute; va &agrave; la victoire alli&eacute;e, au succ&egrave;s de l&rsquo;insurrection nationale qui lavera la France de la honte&quot; (p. 271). Une le&ccedil;on d&rsquo;&eacute;pist&eacute;mologie de l&rsquo;histoire que ce passage &agrave; m&eacute;diter contre toutes les reconstructions - les bien pensantes ne sont pas les moins dangereuses - de la psych&eacute; contemporaine. Une le&ccedil;on de courage aussi, car ces choses ne sont pas faciles &agrave; dire. Qualit&eacute;s rares qui font de ce livre &eacute;rudit et passionnant un r&eacute;cit qui, de fa&ccedil;on &eacute;tonnante, est &eacute;galement tr&egrave;s &eacute;mouvant.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - <em>La R&eacute;volution Roosevelt</em>, Paris, Gallimard, 1934<br />2 - Jean-Louis Cr&eacute;mieux-Brilhac, <em>La France Libre. De l&rsquo;appel du 18 juin &agrave; la Lib&eacute;ration</em>, Paris, Gallimard, 1996<br />3 - Cf. Aur&eacute;lie Luneau, <em>Radio Londres. 1940-1944. Les voix de la libert&eacute;</em>, Paris, Perrin/Radio France, 2005<br />4 - CF. S&eacute;bastien Albertelli, <em>Les services secrets du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle : le BCRA, 1940-1944</em>, Paris, Perrin, 2009<br />5 - Cf. Ren&eacute;e Poznanski, qui consacre son dernier ouvrage <em>Propagandes et pers&eacute;cutions. La R&eacute;sistance et le &quot;probl&egrave;me juif&quot;</em>, Fayard, 2008, y voit un &quot;v&eacute;ritable effacement identitaire&quot; selon des termes que Cr&eacute;mieux qualifie d&rsquo; &quot;anachroniques&quot; tout en saluant la qualit&eacute; du travail accompli<br /> 
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      </item>
      <item>
         <title>D&#233;couvrir les sources sur le premier empereur chr&#233;tien.</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3217-decouvrir_les_sources_sur_le_premier_empereur_chretien.htm</link>
         <description> Apr&#232;s Th&#233;odose 1 , Pierre Maraval s&amp;rsquo;atelle &#224; la biographie d&amp;rsquo;un autre empereur chr&#233;tien, Constantin, lui aussi souvent qualifi&#233; de l&amp;rsquo;adjectif &quot;grand&quot;. Ce ne sont pas les seuls rapprochements que l&amp;rsquo;on peut faire entre Constantin et Th&#233;odose : ils sont tous deux parvenus &#224; concentrer un pouvoir imp&#233;rial divis&#233; et &#224; fonder leur dynastie, &#224; pacifier tant bien que mal un empire attaqu&#233; par les barbares, et ils ont surtout jou&#233; un r&#244;le essentiel bien que controvers&#233; dans l&amp;rsquo;essor du christianisme. Enfin, les sources les concernant sont tr&#232;s subjectives, partag&#233;es bien souvent entre les apologies des chr&#233;tiens et les critiques, parfois violentes, des auteurs pa&#239;ens &amp;ndash; m&#234;me s&amp;rsquo;il faut se garder de g&#233;n&#233;ralisations abusives. Cependant, le travail pr&#233;sent&#233; ici sur Constantin est tr&#232;s diff&#233;rent puisqu&amp;rsquo;il para&#238;t dans la collection de poche &quot;La V&#233;ritable Histoire de&amp;hellip;&quot; des Belles Lettres, dont le concept est de pr&#233;senter le portrait d&amp;rsquo;un personnage de l&amp;rsquo;Antiquit&#233; &#224; travers les sources contemporaines ou imm&#233;diates 2 . Cette recette aboutit selon l&amp;rsquo;&#233;diteur &#224; une &quot;biographie brute&quot;, mais qui n&amp;rsquo;est pour autant pas toujours aussi &quot;authentique&quot; ou &quot;v&#233;ritable&quot; que l&amp;rsquo;on pourrait le penser de prime abord, en particulier lorsque les sources en question sont nourries des opinions de leurs auteurs et non pas seulement de leur travail d&amp;rsquo;investigation. Toutefois, ces digressions subjectives ont elles aussi leur utilit&#233; en ce qu&amp;rsquo;elles permettent de restituer une atmosph&#232;re et les sentiments que le personnage d&#233;crit pouvait susciter &#224; son &#233;poque. &#13;&#10; &#13;&#10; La V&#233;ritable histoire de Constantin  s&amp;rsquo;adresse au grand public et constitue une premi&#232;re approche du r&#232;gne de cet empereur, mais pourra &#233;galement &#234;tre un outil commode pour les sp&#233;cialistes, en tant que corpus des principales sources. Pour les premiers, qui n&amp;rsquo;ont de connaissances que g&#233;n&#233;rales sur la question, il sera utile de commencer la lecture de l&amp;rsquo;ouvrage&amp;hellip; par la fin, o&#249; se trouve une chronologie sommaire du r&#232;gne de Constantin, une g&#233;n&#233;alogie et une bibliographie des &#233;ditions de r&#233;f&#233;rence des sources cit&#233;es. On s&amp;rsquo;y attardera surtout sur la liste des auteurs et des &amp;oelig;uvres utilis&#233;es, pr&#233;cieuse grille de lecture pour rester critique face aux textes. Sur ce point, deux &quot;camps&quot; se d&#233;gagent : les chr&#233;tiens d&amp;rsquo;une part &amp;ndash; repr&#233;sent&#233;s essentiellement par Eus&#232;be de C&#233;sar&#233;e et Lactance &amp;ndash; les pa&#239;ens d&amp;rsquo;autre part &amp;ndash; avec Ammien Marcellin, Libanios ou Zosime &amp;ndash; plus ou moins critiques sur le personnage de Constantin. Muni de cette postface aux allures de prol&#233;gom&#232;nes, le lecteur peut ensuite se plonger dans le corps de l&amp;rsquo;ouvrage, o&#249; chapitres et textes sont introduits individuellement par les notes aussi succinctes qu&amp;rsquo;&#233;clairantes de l&amp;rsquo;historien. &#13;&#10; &#13;&#10;Maraval a class&#233; les textes selon seize th&#232;mes pr&#233;sent&#233;s chronologiquement. Deux s&#233;quences sortent particuli&#232;rement du lot, abordant les &#233;v&#233;nements les plus marquants du r&#232;gne de Constantin : sa prise de pouvoir et sa politique religieuse (tant envers les pa&#239;ens, que les juifs et les chr&#233;tiens). &#13;&#10; &#13;&#10; La prise du pouvoir  &#13;&#10; &#13;&#10;&#192; la fin du IVe si&#232;cle, sous l&amp;rsquo;impulsion de l&amp;rsquo;empereur Diocl&#233;tien, se met en place dans l&amp;rsquo;Empire romain le syst&#232;me de la T&#233;trarchie : deux empereurs principaux &amp;ndash; ayant le titre d&amp;rsquo; augustus  &amp;ndash; dirigent l&amp;rsquo;&#201;tat, &#233;paul&#233;s chacun par un empereur secondaire &amp;ndash; avec le titre de  caesar . Constance Chlore, le p&#232;re de Constantin, &#233;tait le C&#233;sar de Maximien et Gal&#232;re celui de Diocl&#233;tien. Lorsque les deux Augustes d&#233;cident d&amp;rsquo;abdiquer le pouvoir en 305, les deux C&#233;sars deviennent Augustes &#224; leur tour, mais le choix de leurs seconds respectifs pose alors probl&#232;me. C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;objet du texte par lequel commence l&amp;rsquo;ouvrage, extrait de  La mort des pers&#233;cuteurs  de Lactance. On y lit que Constantin aurait &#233;t&#233; &#233;cart&#233; du pouvoir supr&#234;me en 305 par Gal&#232;re &amp;ndash; &quot;homme &#224; l&amp;rsquo;esprit malfaisant et pervers&quot; &amp;ndash; alors que Constantin avait &quot;tout pour plaire&quot; aux dires m&#234;mes de Diocl&#233;tien. L&amp;rsquo;injustice est r&#233;par&#233;e &amp;ndash; si l&amp;rsquo;on peut dire &amp;ndash; par la suite, puisque Constantin, dot&#233; d&amp;rsquo;incontestables qualit&#233;s militaires et aim&#233; de son arm&#233;e (dont le noyau originel est form&#233; par les troupes bretonnes de son p&#232;re), &#233;limine tous ses concurrents un &#224; un : Maximien en 310, Maxence en 312 &amp;ndash; lors de la c&#233;l&#232;bre bataille du pont Milvius &amp;ndash;, Licinius enfin en 324. Zosime ajoute aux raisons du succ&#232;s de Constantin son ambition &quot; d&#233;mesur&#233;e&quot; et son non-respect de la fides donn&#233;e 3 . Cette marche au pouvoir ne se fait cependant pas sans heurts &amp;ndash; et l&amp;rsquo;on aper&#231;oit au d&#233;tour des pages l&amp;rsquo;image moins connue d&amp;rsquo;un Constantin parfois cruel : ex&#233;cution de Licinius son beau-fr&#232;re, en d&#233;pit des supplications de sa s&amp;oelig;ur Constantia, ex&#233;cution de son premier n&#233; Crispus et de sa femme Fausta, soup&#231;onn&#233;s d&amp;rsquo;adult&#232;re. Selon Julien, neveu de Constantin, et Zosime &amp;ndash; deux voix anti-chr&#233;tiennes &amp;ndash; ce serait &#224; ce moment-l&#224; que l&amp;rsquo;empereur, rong&#233; par la culpabilit&#233;, se convertit au christianisme, religion qui offrait la possibilit&#233; d&amp;rsquo;un pardon entier et lib&#233;rateur. Comme on le sait, ce choix entra&#238;na bien des bouleversements dans l&amp;rsquo;Empire romain. &#13;&#10; &#13;&#10; La politique religieuse.  &#13;&#10; &#13;&#10;Contrairement &#224; une opinion r&#233;pandue aujourd&amp;rsquo;hui, l&amp;rsquo;&quot;&#233;dit de Milan&quot; 4  de 313 n&amp;rsquo;est pas le premier texte &#224; mettre fin &#224; la pers&#233;cution g&#233;n&#233;rale lanc&#233;e en 303 notamment contre les chr&#233;tiens. Gal&#232;re, l&amp;rsquo;un des instigateurs de cette m&#234;me pers&#233;cution, avait d&#233;j&#224; &#233;mis un &#233;dit de tol&#233;rance en 311, apr&#232;s avoir constat&#233; l&amp;rsquo;&#233;chec des mesures adopt&#233;es en 303. Cependant, l&amp;rsquo;&#233;l&#233;ment nouveau apport&#233; par Constantin en 313 r&#233;side dans le traitement accord&#233; &#224; l&amp;rsquo;&#201;glise, qui b&#233;n&#233;ficie de plus en plus de privil&#232;ges tant dans le domaine financier &amp;ndash; les pr&#234;tres sont exempt&#233;s des charges municipales &amp;ndash; que judiciaire &amp;ndash; mise en place d&amp;rsquo;une justice assur&#233;e par les &#233;v&#234;ques, ou m&#234;me civil &amp;ndash; reconnaissance du dimanche comme jour f&#233;ri&#233; 5 . Simultan&#233;ment, certaines pratiques pa&#239;ennes sont interdites comme l&amp;rsquo;haruspicine priv&#233;e ou la magie noire &amp;ndash; condamn&#233;es par les philosophes et intellectuels pa&#239;ens eux-m&#234;mes. Il en va autrement des pratiques destin&#233;es &#224; s&amp;rsquo;attirer la bienveillance des dieux (pour &#234;tre en bonne sant&#233; ou avoir des r&#233;coltes abondantes par exemple), qui ne sont pas quant &#224; elles proscrites. Cependant, Constantin ne rompt pas compl&#232;tement avec la tradition pa&#239;enne : il garde ainsi le titre de  Pontifex maximus , qui fait de l&amp;rsquo;empereur le chef des cultes et lors de la f&#234;te de l&amp;rsquo;inauguration de Constantinople, certains rites pa&#239;ens sont accomplis. Chef des cultes pa&#239;ens, Constantin entend jouer de la m&#234;me mani&#232;re un r&#244;le important dans l&amp;rsquo;&#201;glise en tant qu&amp;rsquo;&quot;&#233;v&#234;que des affaires ext&#233;rieures&quot; 6 , une &#201;glise dont l&amp;rsquo;unit&#233; symboliserait celle de son Empire. Celle-ci est justement en proie &#224; de multiples divisions, auxquelles Constantin entend mettre un terme &amp;ndash; parfois de fa&#231;on autoritaire. Il pense r&#233;soudre la crise arienne avec le concile de Nic&#233;e, et, &#224; lire Eus&#232;be de C&#233;sar&#233;e, il y serait parvenu : &quot;En les poussant tous &#224; s&amp;rsquo;accorder, [Constantin] les rendit tous du m&#234;me avis et d&amp;rsquo;opinion identique sur tous les points en discussion, de sorte que la foi fut fortifi&#233;e d&amp;rsquo;une seule voix  7 &quot;. Dans la r&#233;alit&#233;, il n&amp;rsquo;en est rien : les ariens continuent de repr&#233;senter une voie dissidente face aux nic&#233;ens pendant encore plusieurs dizaines d&amp;rsquo;ann&#233;es, et d&#232;s 326-8, ils r&#233;ussissent &#224; lever les peines d&amp;rsquo;exils qui leur avaient &#233;t&#233; inflig&#233;es &#224; Nic&#233;e.  &#13;&#10; &#13;&#10;On ne peut bien s&#251;r r&#233;duire l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre immense du r&#232;gne de Constantin aux quelques faits abord&#233;s sommairement dans ce compte-rendu. Parmi tant d&amp;rsquo;autres, citons la fondation de Constantinople, l&amp;rsquo;invention de la Croix, la construction du Saint-S&#233;pulcre, tous th&#232;mes eux aussi abord&#233;s dans cette  V&#233;ritable Histoire de Constantin . On ne peut maintenant qu&amp;rsquo;esp&#233;rer la sortie d&amp;rsquo;une &quot;v&#233;ritable&quot; biographie de Constantin au sens habituel du terme, qui ferait la synth&#232;se nouvelle des sources ici rassembl&#233;es avec les plus r&#233;cents apports de la recherche universitaire, afin d&amp;rsquo;approfondir de mani&#232;re plus syst&#233;matique notre connaissance du premier empereur chr&#233;tien. &#13;&#10;&#160;   Notes :  1 - voir notre  compte-rendu  de son Th&#233;odose le Grand 2 - Plusieurs titres sont d&#233;j&#224; disponibles, voir la  liste  3 - Zosime,  Histoire nouvelle , II, XVIII-XX : &quot;L&amp;rsquo;Empire se trouvant ainsi aux mains de Constantin et de Licinius, des diff&#233;rends naquirent entre eux apr&#232;s peu de temps sans que Licinius en porte la responsabilit&#233;, Constantin, selon son habitude, se montrant de mauvaise foi au sujet des arrangements conclus et voulant s&amp;rsquo;emparer de quelques-unes des provinces attribu&#233;es &#224; l&amp;rsquo;Empire de Licinius&quot; 4 - texte &#233;labor&#233; par Constantin et Licinius lors de leur rencontre &#224; Milan, qui accorde la libert&#233; de culte &#224; tous les habitants de l&amp;rsquo;Empire et qui s&amp;rsquo;adresse particuli&#232;rement aux chr&#233;tiens 5 - et ce afin de donner aux chr&#233;tiens &quot;loisir de fr&#233;quenter assid&#251;ment l&amp;rsquo;&#233;glise de Dieu, pour y accomplir leurs pri&#232;res sans que personne y mette obstacle&quot;, Eus&#232;be de C&#233;sar&#233;e,  Vie de Constantin , IV, XVIII-XIX 6 - Eus&#232;be de C&#233;sar&#233;e,  Vie de Constantin , IV, 24 7 - Eus&#232;be de C&#233;sar&#233;e,  Vie de Constantin , III, XIII-XIV </description>
         <pubDate>03/10/10 00:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3217-decouvrir_les_sources_sur_le_premier_empereur_chretien.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Apr&egrave;s Th&eacute;odose<sup>1</sup>, Pierre Maraval s&rsquo;atelle &agrave; la biographie d&rsquo;un autre empereur chr&eacute;tien, Constantin, lui aussi souvent qualifi&eacute; de l&rsquo;adjectif &quot;grand&quot;. Ce ne sont pas les seuls rapprochements que l&rsquo;on peut faire entre Constantin et Th&eacute;odose : ils sont tous deux parvenus &agrave; concentrer un pouvoir imp&eacute;rial divis&eacute; et &agrave; fonder leur dynastie, &agrave; pacifier tant bien que mal un empire attaqu&eacute; par les barbares, et ils ont surtout jou&eacute; un r&ocirc;le essentiel bien que controvers&eacute; dans l&rsquo;essor du christianisme. Enfin, les sources les concernant sont tr&egrave;s subjectives, partag&eacute;es bien souvent entre les apologies des chr&eacute;tiens et les critiques, parfois violentes, des auteurs pa&iuml;ens &ndash; m&ecirc;me s&rsquo;il faut se garder de g&eacute;n&eacute;ralisations abusives. Cependant, le travail pr&eacute;sent&eacute; ici sur Constantin est tr&egrave;s diff&eacute;rent puisqu&rsquo;il para&icirc;t dans la collection de poche &quot;La V&eacute;ritable Histoire de&hellip;&quot; des Belles Lettres, dont le concept est de pr&eacute;senter le portrait d&rsquo;un personnage de l&rsquo;Antiquit&eacute; &agrave; travers les sources contemporaines ou imm&eacute;diates<sup>2</sup>. Cette recette aboutit selon l&rsquo;&eacute;diteur &agrave; une &quot;biographie brute&quot;, mais qui n&rsquo;est pour autant pas toujours aussi &quot;authentique&quot; ou &quot;v&eacute;ritable&quot; que l&rsquo;on pourrait le penser de prime abord, en particulier lorsque les sources en question sont nourries des opinions de leurs auteurs et non pas seulement de leur travail d&rsquo;investigation. Toutefois, ces digressions subjectives ont elles aussi leur utilit&eacute; en ce qu&rsquo;elles permettent de restituer une atmosph&egrave;re et les sentiments que le personnage d&eacute;crit pouvait susciter &agrave; son &eacute;poque.<br />
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<em>La V&eacute;ritable histoire de Constantin</em> s&rsquo;adresse au grand public et constitue une premi&egrave;re approche du r&egrave;gne de cet empereur, mais pourra &eacute;galement &ecirc;tre un outil commode pour les sp&eacute;cialistes, en tant que corpus des principales sources. Pour les premiers, qui n&rsquo;ont de connaissances que g&eacute;n&eacute;rales sur la question, il sera utile de commencer la lecture de l&rsquo;ouvrage&hellip; par la fin, o&ugrave; se trouve une chronologie sommaire du r&egrave;gne de Constantin, une g&eacute;n&eacute;alogie et une bibliographie des &eacute;ditions de r&eacute;f&eacute;rence des sources cit&eacute;es. On s&rsquo;y attardera surtout sur la liste des auteurs et des &oelig;uvres utilis&eacute;es, pr&eacute;cieuse grille de lecture pour rester critique face aux textes. Sur ce point, deux &quot;camps&quot; se d&eacute;gagent : les chr&eacute;tiens d&rsquo;une part &ndash; repr&eacute;sent&eacute;s essentiellement par Eus&egrave;be de C&eacute;sar&eacute;e et Lactance &ndash; les pa&iuml;ens d&rsquo;autre part &ndash; avec Ammien Marcellin, Libanios ou Zosime &ndash; plus ou moins critiques sur le personnage de Constantin. Muni de cette postface aux allures de prol&eacute;gom&egrave;nes, le lecteur peut ensuite se plonger dans le corps de l&rsquo;ouvrage, o&ugrave; chapitres et textes sont introduits individuellement par les notes aussi succinctes qu&rsquo;&eacute;clairantes de l&rsquo;historien.<br />
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Maraval a class&eacute; les textes selon seize th&egrave;mes pr&eacute;sent&eacute;s chronologiquement. Deux s&eacute;quences sortent particuli&egrave;rement du lot, abordant les &eacute;v&eacute;nements les plus marquants du r&egrave;gne de Constantin : sa prise de pouvoir et sa politique religieuse (tant envers les pa&iuml;ens, que les juifs et les chr&eacute;tiens).<br />
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<strong>La prise du pouvoir</strong><br />
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&Agrave; la fin du IVe si&egrave;cle, sous l&rsquo;impulsion de l&rsquo;empereur Diocl&eacute;tien, se met en place dans l&rsquo;Empire romain le syst&egrave;me de la T&eacute;trarchie : deux empereurs principaux &ndash; ayant le titre d&rsquo;<em>augustus</em> &ndash; dirigent l&rsquo;&Eacute;tat, &eacute;paul&eacute;s chacun par un empereur secondaire &ndash; avec le titre de <em>caesar</em>. Constance Chlore, le p&egrave;re de Constantin, &eacute;tait le C&eacute;sar de Maximien et Gal&egrave;re celui de Diocl&eacute;tien. Lorsque les deux Augustes d&eacute;cident d&rsquo;abdiquer le pouvoir en 305, les deux C&eacute;sars deviennent Augustes &agrave; leur tour, mais le choix de leurs seconds respectifs pose alors probl&egrave;me. C&rsquo;est l&rsquo;objet du texte par lequel commence l&rsquo;ouvrage, extrait de <em>La mort des pers&eacute;cuteurs</em> de Lactance. On y lit que Constantin aurait &eacute;t&eacute; &eacute;cart&eacute; du pouvoir supr&ecirc;me en 305 par Gal&egrave;re &ndash; &quot;homme &agrave; l&rsquo;esprit malfaisant et pervers&quot; &ndash; alors que Constantin avait &quot;tout pour plaire&quot; aux dires m&ecirc;mes de Diocl&eacute;tien. L&rsquo;injustice est r&eacute;par&eacute;e &ndash; si l&rsquo;on peut dire &ndash; par la suite, puisque Constantin, dot&eacute; d&rsquo;incontestables qualit&eacute;s militaires et aim&eacute; de son arm&eacute;e (dont le noyau originel est form&eacute; par les troupes bretonnes de son p&egrave;re), &eacute;limine tous ses concurrents un &agrave; un : Maximien en 310, Maxence en 312 &ndash; lors de la c&eacute;l&egrave;bre bataille du pont Milvius &ndash;, Licinius enfin en 324. Zosime ajoute aux raisons du succ&egrave;s de Constantin son ambition &quot; d&eacute;mesur&eacute;e&quot; et son non-respect de la fides donn&eacute;e<sup>3</sup>. Cette marche au pouvoir ne se fait cependant pas sans heurts &ndash; et l&rsquo;on aper&ccedil;oit au d&eacute;tour des pages l&rsquo;image moins connue d&rsquo;un Constantin parfois cruel : ex&eacute;cution de Licinius son beau-fr&egrave;re, en d&eacute;pit des supplications de sa s&oelig;ur Constantia, ex&eacute;cution de son premier n&eacute; Crispus et de sa femme Fausta, soup&ccedil;onn&eacute;s d&rsquo;adult&egrave;re. Selon Julien, neveu de Constantin, et Zosime &ndash; deux voix anti-chr&eacute;tiennes &ndash; ce serait &agrave; ce moment-l&agrave; que l&rsquo;empereur, rong&eacute; par la culpabilit&eacute;, se convertit au christianisme, religion qui offrait la possibilit&eacute; d&rsquo;un pardon entier et lib&eacute;rateur. Comme on le sait, ce choix entra&icirc;na bien des bouleversements dans l&rsquo;Empire romain.<br />
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<strong>La politique religieuse.</strong><br />
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Contrairement &agrave; une opinion r&eacute;pandue aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;&quot;&eacute;dit de Milan&quot;<sup>4</sup> de 313 n&rsquo;est pas le premier texte &agrave; mettre fin &agrave; la pers&eacute;cution g&eacute;n&eacute;rale lanc&eacute;e en 303 notamment contre les chr&eacute;tiens. Gal&egrave;re, l&rsquo;un des instigateurs de cette m&ecirc;me pers&eacute;cution, avait d&eacute;j&agrave; &eacute;mis un &eacute;dit de tol&eacute;rance en 311, apr&egrave;s avoir constat&eacute; l&rsquo;&eacute;chec des mesures adopt&eacute;es en 303. Cependant, l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment nouveau apport&eacute; par Constantin en 313 r&eacute;side dans le traitement accord&eacute; &agrave; l&rsquo;&Eacute;glise, qui b&eacute;n&eacute;ficie de plus en plus de privil&egrave;ges tant dans le domaine financier &ndash; les pr&ecirc;tres sont exempt&eacute;s des charges municipales &ndash; que judiciaire &ndash; mise en place d&rsquo;une justice assur&eacute;e par les &eacute;v&ecirc;ques, ou m&ecirc;me civil &ndash; reconnaissance du dimanche comme jour f&eacute;ri&eacute;<sup>5</sup>. Simultan&eacute;ment, certaines pratiques pa&iuml;ennes sont interdites comme l&rsquo;haruspicine priv&eacute;e ou la magie noire &ndash; condamn&eacute;es par les philosophes et intellectuels pa&iuml;ens eux-m&ecirc;mes. Il en va autrement des pratiques destin&eacute;es &agrave; s&rsquo;attirer la bienveillance des dieux (pour &ecirc;tre en bonne sant&eacute; ou avoir des r&eacute;coltes abondantes par exemple), qui ne sont pas quant &agrave; elles proscrites. Cependant, Constantin ne rompt pas compl&egrave;tement avec la tradition pa&iuml;enne : il garde ainsi le titre de <em>Pontifex maximus</em>, qui fait de l&rsquo;empereur le chef des cultes et lors de la f&ecirc;te de l&rsquo;inauguration de Constantinople, certains rites pa&iuml;ens sont accomplis. Chef des cultes pa&iuml;ens, Constantin entend jouer de la m&ecirc;me mani&egrave;re un r&ocirc;le important dans l&rsquo;&Eacute;glise en tant qu&rsquo;&quot;&eacute;v&ecirc;que des affaires ext&eacute;rieures&quot;<sup>6</sup>, une &Eacute;glise dont l&rsquo;unit&eacute; symboliserait celle de son Empire. Celle-ci est justement en proie &agrave; de multiples divisions, auxquelles Constantin entend mettre un terme &ndash; parfois de fa&ccedil;on autoritaire. Il pense r&eacute;soudre la crise arienne avec le concile de Nic&eacute;e, et, &agrave; lire Eus&egrave;be de C&eacute;sar&eacute;e, il y serait parvenu : &quot;En les poussant tous &agrave; s&rsquo;accorder, [Constantin] les rendit tous du m&ecirc;me avis et d&rsquo;opinion identique sur tous les points en discussion, de sorte que la foi fut fortifi&eacute;e d&rsquo;une seule voix <sup>7</sup>&quot;. Dans la r&eacute;alit&eacute;, il n&rsquo;en est rien : les ariens continuent de repr&eacute;senter une voie dissidente face aux nic&eacute;ens pendant encore plusieurs dizaines d&rsquo;ann&eacute;es, et d&egrave;s 326-8, ils r&eacute;ussissent &agrave; lever les peines d&rsquo;exils qui leur avaient &eacute;t&eacute; inflig&eacute;es &agrave; Nic&eacute;e. <br />
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On ne peut bien s&ucirc;r r&eacute;duire l&rsquo;&oelig;uvre immense du r&egrave;gne de Constantin aux quelques faits abord&eacute;s sommairement dans ce compte-rendu. Parmi tant d&rsquo;autres, citons la fondation de Constantinople, l&rsquo;invention de la Croix, la construction du Saint-S&eacute;pulcre, tous th&egrave;mes eux aussi abord&eacute;s dans cette <em>V&eacute;ritable Histoire de Constantin</em>. On ne peut maintenant qu&rsquo;esp&eacute;rer la sortie d&rsquo;une &quot;v&eacute;ritable&quot; biographie de Constantin au sens habituel du terme, qui ferait la synth&egrave;se nouvelle des sources ici rassembl&eacute;es avec les plus r&eacute;cents apports de la recherche universitaire, afin d&rsquo;approfondir de mani&egrave;re plus syst&eacute;matique notre connaissance du premier empereur chr&eacute;tien.<br />
&nbsp;</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - voir notre <a href="http://www.nonfiction.fr/articlecomment-3110-theodose_ou_lantiquite_tardive.htm">compte-rendu</a> de son Th&eacute;odose le Grand<br />2 - Plusieurs titres sont d&eacute;j&agrave; disponibles, voir la <a href="http://www.lesbelleslettres.com/collections/laveritablehistoirede/">liste</a><br />3 - Zosime, <em>Histoire nouvelle</em>, II, XVIII-XX : &quot;L&rsquo;Empire se trouvant ainsi aux mains de Constantin et de Licinius, des diff&eacute;rends naquirent entre eux apr&egrave;s peu de temps sans que Licinius en porte la responsabilit&eacute;, Constantin, selon son habitude, se montrant de mauvaise foi au sujet des arrangements conclus et voulant s&rsquo;emparer de quelques-unes des provinces attribu&eacute;es &agrave; l&rsquo;Empire de Licinius&quot;<br />4 - texte &eacute;labor&eacute; par Constantin et Licinius lors de leur rencontre &agrave; Milan, qui accorde la libert&eacute; de culte &agrave; tous les habitants de l&rsquo;Empire et qui s&rsquo;adresse particuli&egrave;rement aux chr&eacute;tiens<br />5 - et ce afin de donner aux chr&eacute;tiens &quot;loisir de fr&eacute;quenter assid&ucirc;ment l&rsquo;&eacute;glise de Dieu, pour y accomplir leurs pri&egrave;res sans que personne y mette obstacle&quot;, Eus&egrave;be de C&eacute;sar&eacute;e, <em>Vie de Constantin</em>, IV, XVIII-XIX<br />6 - Eus&egrave;be de C&eacute;sar&eacute;e, <em>Vie de Constantin</em>, IV, 24<br />7 - Eus&egrave;be de C&eacute;sar&eacute;e, <em>Vie de Constantin</em>, III, XIII-XIV<br /> 
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