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      <title>Nonfiction.fr le portail des livres et des idees</title>
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      <description>Le portail des livres et des idees</description>
      <language>fr</language>
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         <title>Un d&#233;ficit de d&#233;mocratie en Europe ? </title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3713-un_deficit_de_democratie_en_europe_.htm</link>
         <description> Il semble que les institutions de l&amp;rsquo;Union europ&#233;enne incarnent, de fa&#231;on parfois exacerb&#233;e, les d&#233;ficiences des politiques nationales et les probl&#232;mes de nos d&#233;mocraties : un pouvoir distant et mal contr&#244;l&#233;, un d&#233;veloppement des tendances technocratiques, des formes diffuses de gouvernance, un abus de pouvoir des juges... En un mot, l&amp;rsquo;Europe serait l&amp;rsquo;expression la plus r&#233;v&#233;latrice d&amp;rsquo;une d&#233;mocratie inaccomplie et malade, elle en cumulerait les d&#233;rives et les dysfonctionnements.  &#13;&#10; &#13;&#10;Sans pr&#233;tendre que tout fonctionne bien, il para&#238;t possible de prendre un point de vue compl&#232;tement oppos&#233; en montrant que, d&amp;rsquo;une part, les institutions europ&#233;ennes incarnent les transformations des d&#233;mocraties et r&#233;v&#232;lent des &#233;volutions que nous analysons mal au niveau national, et d&amp;rsquo;autre part, mettent en lumi&#232;re les probl&#232;mes de la politique d&#233;mocratique contemporaine, en exacerbant ces difficult&#233;s. &#13;&#10; &#13;&#10; I. &#160; Les institutions europ&#233;ennes r&#233;v&#232;lent non pas tant les dysfonctionnements que les  &#13;&#10;&#160;&#160;&#160;&#160; transformations des d&#233;mocraties contemporaines, sur trois points fondamentaux :  &#13;&#10; &#13;&#10;- les conditions d&amp;rsquo;exercice de  la l&#233;gitimit&#233;  ; &#13;&#10;- les manifestations de la  d&#233;finition du social  ; &#13;&#10;- les rapports entre  d&#233;mocratie et contre-d&#233;mocratie.  &#13;&#10;&#160; &#13;&#10;  &#13;&#10;1. La l&#233;gitimit&#233; &#13;&#10; &#13;&#10; Il est frappant de voir, dans les d&#233;mocraties contemporaines, que la l&#233;gitimit&#233; semble changer de nature. &#13;&#10; &#13;&#10;Il y a deux fa&#231;ons classiques de penser la l&#233;gitimit&#233; dans ces d&#233;mocraties. L&amp;rsquo;une, essentielle, pourrait s&amp;rsquo;appeler  l&#233;gitimit&#233; d&amp;rsquo;&#233;tablissement.  Elle est consacr&#233;e par ce pouvoir du dernier mot que repr&#233;sente le suffrage dans les d&#233;mocraties et elle tisse un rapport de confiance entre une population et ses dirigeants. Mais elle est toujours li&#233;e &#224; ce que l&amp;rsquo;on appelle la  l&#233;gitimit&#233; d&amp;rsquo;incarnation , c&amp;rsquo;est-&#224;-dire le fait que des institutions, &#224; travers ceux qui les repr&#233;sentent, sont une incarnation de l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Ce rapport entre l&#233;gitimit&#233; d&amp;rsquo;&#233;tablissement ou &#233;lectorale et l&#233;gitimit&#233; d&amp;rsquo;incarnation, qui &#233;tait en France celle de l&amp;rsquo;Etat r&#233;publicain, a toujours &#233;t&#233; fondamental dans l&amp;rsquo;histoire de notre pays.  &#13;&#10; &#13;&#10;Il semble que nous vivons aujourd&amp;rsquo;hui un affaiblissement de cette double l&#233;gitimit&#233;, au profit de la mont&#233;e en puissance de deux autres formes de l&#233;gitimit&#233; : la  l&#233;gitimit&#233; d&amp;rsquo;impartialit&#233; , d&amp;rsquo;une part, la  l&#233;gitimit&#233; de proc&#233;dure , d&amp;rsquo;autre part. &#13;&#10; &#13;&#10; L&#233;gitimit&#233; d&amp;rsquo;impartialit&#233;  &#13;&#10; &#13;&#10;La l&#233;gitimit&#233; d&amp;rsquo;impartialit&#233; devient de plus en plus centrale dans nos soci&#233;t&#233;s. Lorsqu&amp;rsquo;on demande aux citoyens s&amp;rsquo;ils pr&#233;f&#232;rent qu&amp;rsquo;une d&#233;cision soit prise par les gouvernants, par des experts ind&#233;pendants ou par des responsables d&amp;rsquo;institutions, d&amp;rsquo;entreprises, d&amp;rsquo;administrations, ils r&#233;pondent tr&#232;s majoritairement - de nombreuses enqu&#234;tes faites dans les pays occidentaux le montrent - que, pour eux, la qualit&#233; d&amp;rsquo;ind&#233;pendance est la plus importante. &#13;&#10; &#13;&#10;Les Etats-Unis ont &#233;t&#233; les premiers &#224; avoir donn&#233; tout son sens &#224; la l&#233;gitimit&#233; d&amp;rsquo;impartialit&#233;, lorsqu&amp;rsquo;ils ont organis&#233; un grand d&#233;bat, dans les ann&#233;es 1880, sur la r&#233;gulation des chemins de fer, moteur de l&amp;rsquo;unification am&#233;ricaine &#224; partir du milieu du 19&#232;me&#160; si&#232;cle, mais aussi source de graves probl&#232;mes, notamment la corruption du syst&#232;me politique am&#233;ricain. C&amp;rsquo;est pourquoi le Congr&#232;s a pens&#233; que, pour pr&#233;server l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, il fallait soustraire certaines d&#233;cisions au pouvoir ex&#233;cutif et les confier &#224; un comit&#233; de personnalit&#233;s ind&#233;pendantes. Ainsi a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e la  Interstate Commerce Commission   1 , destin&#233;e &#224; assurer la r&#233;gulation et le contr&#244;le du commerce et des transports entre les Etats f&#233;d&#233;r&#233;s. &#13;&#10; &#13;&#10;A partir de ce premier exemple de commission ind&#233;pendante dans un pays d&#233;velopp&#233;, on a commenc&#233; &#224; th&#233;oriser sur la mani&#232;re de repr&#233;senter l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. La philosophie politique distingue deux fa&#231;ons de le faire. Il y a d&amp;rsquo;abord la volont&#233; exprim&#233;e de tous, avec le probl&#232;me central du rapport de la majorit&#233; &#224; l&amp;rsquo;unanimit&#233;. Mais les th&#233;ories de la l&#233;gitimit&#233; pr&#233;supposent que, si la majorit&#233; n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;une expression temporaire et limit&#233;e, elle aspire &#224; &#234;tre celle du peuple tout entier, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire de l&amp;rsquo;unanimit&#233;. Il y a aussi une autre d&#233;finition de la g&#233;n&#233;ralit&#233;, l&amp;rsquo;impartialit&#233;, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire le fait que personne ne peut s&amp;rsquo;approprier un pouvoir et que ce pouvoir est &#224; &#233;gale distance de tous. Le d&#233;bat autour de ces deux d&#233;finitions a &#233;t&#233; au centre des transformations qu&amp;rsquo;ont connues nos d&#233;mocraties depuis une trentaine d&amp;rsquo;ann&#233;es. &#13;&#10; &#13;&#10;C&amp;rsquo;est ainsi qu&amp;rsquo;en Allemagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ont eu lieu des discussions sur les rapports entre institutions inappropriables et institutions d&#233;mocratiques - ce que l&amp;rsquo;on a appel&#233; d&#233;mocratie militante -, rapports qui avaient &#233;t&#233; th&#233;oris&#233;s au sein d&amp;rsquo;un  ordo-lib&#233;ralisme   2  par des philosophes et des juristes allemands en exil, &#224; la fin des ann&#233;es 1930.  &#13;&#10; &#13;&#10;On a vu le r&#244;le que joue maintenant, dans nos soci&#233;t&#233;s, ce principe d&amp;rsquo;impartialit&#233; par rapport au mode d&amp;rsquo;exercice de la g&#233;n&#233;ralit&#233; d&#233;mocratique et avec le d&#233;veloppement des institutions ind&#233;pendantes &#224; partir des ann&#233;es 1980. En France, par exemple, il y a eu la Haute Autorit&#233; de la Communication Audiovisuelle (HACA)  3  en 1982 : le pouvoir ex&#233;cutif se d&#233;pouillait de l&amp;rsquo;une de ses pr&#233;rogatives pour mettre une fonction &#224; distance de tous, afin de faire la preuve, en quelque sorte, de son comportement v&#233;ritablement d&#233;mocratique.  &#13;&#10;&#160; &#13;&#10;Il semble que les institutions europ&#233;ennes ont incarn&#233; de fa&#231;on tr&#232;s visible cette tendance d&#233;mocratique. Et reconnaissons que la puissance de l&amp;rsquo;impartialit&#233; est une puissance positive et le signe d&amp;rsquo;une forme d&amp;rsquo;&#233;volution de la d&#233;mocratie. &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; L&#233;gitimit&#233; de proc&#233;dure  &#13;&#10; &#13;&#10;Un second mode d&amp;rsquo;&#233;volution de la l&#233;gitimit&#233; dans nos soci&#233;t&#233;s est le passage d&amp;rsquo;une l&#233;gitimit&#233; par l&amp;rsquo;&#233;lection &#224; une l&#233;gitimit&#233; par la proc&#233;dure. &#13;&#10; &#13;&#10;De nombreuses enqu&#234;tes, tr&#232;s bien document&#233;es, aussi bien aux Etats-Unis qu&amp;rsquo;en Europe, ont montr&#233; que si l&amp;rsquo;on demande aux citoyens ce qui leur importe le plus de la d&#233;cision finale ou de la proc&#233;dure mise en jeu pour prendre cette d&#233;cision, il y a toujours  une pr&#233;f&#233;rence pour une proc&#233;dure d&#233;finie par la participation.  C&amp;rsquo;est ce qui explique qu&amp;rsquo;aux Etats-Unis, par exemple, la soci&#233;t&#233; pr&#233;f&#232;re que tous les probl&#232;mes difficiles soient trait&#233;s par la Cour supr&#234;me, plut&#244;t que par le gouvernement. Non pas que ce dernier prendrait une d&#233;cision ill&#233;gitime, puisqu&amp;rsquo;il est le pouvoir &#233;lu, mais parce que la proc&#233;dure que repr&#233;sente la Cour supr&#234;me est jug&#233;e plus s&#251;re.  &#13;&#10;&#160;&#160;&#160;  &#13;&#10;Certes, la l&#233;gitimit&#233; par l&amp;rsquo;&#233;lection reste le pouvoir du dernier mot et ce qui permet au syst&#232;me de se conforter, de s&amp;rsquo;organiser, mais les l&#233;gitimit&#233;s d&amp;rsquo;impartialit&#233; et de proc&#233;dure prennent de plus en plus de place. Il semble qu&amp;rsquo;&#224; leur fa&#231;on, les institutions europ&#233;ennes ont bien illustr&#233;, peut-&#234;tre par faiblesse au d&#233;but, les progr&#232;s de ces deux l&#233;gitimit&#233;s. Et de ce point de vue, elles ne repr&#233;senteraient pas une sorte de moindre existence d&#233;mocratique, mais seraient au contraire la manifestation forte d&amp;rsquo;une &#233;volution tr&#232;s importante des d&#233;mocraties contemporaines en g&#233;n&#233;ral.  &#13;&#10; &#13;&#10; 2. D&#233;finition du social  &#13;&#10; &#13;&#10;Il s&amp;rsquo;agit de la deuxi&#232;me dimension fondamentale d&amp;rsquo;&#233;volution de nos d&#233;mocraties contemporaines, dont l&amp;rsquo;Europe donne une lecture en proposant une grille grossissante des r&#233;alit&#233;s. &#13;&#10; &#13;&#10;- Le social, dans nos soci&#233;t&#233;s contemporaines, a pris classiquement deux visages : ce qu&amp;rsquo;on pourrait appeler le  social redistributif , c&amp;rsquo;est-&#224;-dire l&amp;rsquo;Etat-providence et une part consid&#233;rable des ressources de nos soci&#233;t&#233;s, et le  social protecteur-r&#233;gulateur , c&amp;rsquo;est-&#224;-dire l&amp;rsquo;activit&#233; de r&#233;gulation sociale venant des partenaires sociaux, notamment des syndicats. &#13;&#10;&#160; &#13;&#10;- Avec l&amp;rsquo;Europe, on voit na&#238;tre une troisi&#232;me d&#233;finition du social, qui prend une importance sans cesse croissante. Il s&amp;rsquo;agit du  social d&#233;fini &#224; partir des droits de l&amp;rsquo;individu . En effet, dans de nombreux conflits du travail, ce ne sont pas simplement les questions de la n&#233;gociation collective qui sont en cause aujourd&amp;rsquo;hui, mais les manquements &#224; la dignit&#233;, au respect du travailleur.  &#13;&#10; &#13;&#10; 3. D&#233;mocratie et contre-d&#233;mocratie  &#13;&#10; &#13;&#10;La troisi&#232;me dimension fondamentale d&amp;rsquo;&#233;volution de nos d&#233;mocraties est la transformation des&#160; rapports entre confiance et d&#233;fiance, entre d&#233;mocratie et contre-d&#233;mocratie. &#13;&#10; &#13;&#10;Concernant le fonctionnement de l&amp;rsquo;Europe, il semble qu&amp;rsquo;il y ait un r&#244;le grandissant jou&#233; &#224; la fois par les institutions et par les pratiques de type contre-d&#233;mocratique - groupes d&amp;rsquo;audit, de contr&#244;le, d&amp;rsquo;alerte. Il y a un changement radical des rapports entre soci&#233;t&#233; civile et soci&#233;t&#233; politique : du mode d&amp;rsquo;interaction classique - n&#233;gociation, insertion, repr&#233;sentation -, on est pass&#233; &#224; un mode de vigilance et de mise sous surveillance, qu&amp;rsquo;exercent des ONG au niveau europ&#233;en non pas simplement dans le domaine politique, mais dans l&amp;rsquo;ensemble des sph&#232;res de la n&#233;gociation et du rapport de force. Dans le monde &#233;conomique, par exemple, l&amp;rsquo;entreprise Nike, dont les adversaires &#233;taient les syndicats am&#233;ricains, qui se battaient pour de meilleures conditions de travail et des salaires plus &#233;lev&#233;s, voit se dresser contre elle tout un ensemble de  watchdog committees , d&amp;rsquo;ONG, qui agissent sur ce que fait Nike en Tha&#239;lande et au Vi&#234;t Nam et qui jouent un r&#244;le de contre-pouvoir, en permanence contestataire. Et les effets produits sont parfois sup&#233;rieurs &#224; ceux produits par l&amp;rsquo;autre forme de contestation qu&amp;rsquo;est le syndicalisme. &#13;&#10; &#13;&#10;A travers ces trois formes de transformation, l&amp;rsquo;Europe montre la vitalit&#233; et le sens de ce qui change, en particulier de ce qui change positivement dans nos d&#233;mocraties.&#160;&#160;  &#13;&#10; &#13;&#10; II. Les institutions europ&#233;ennes mettent en lumi&#232;re les probl&#232;mes de la politique d&#233;mocratique contemporaine, en exacerbant ces difficult&#233;s.  &#13;&#10; &#13;&#10;D&amp;rsquo;un point de vue plus critique ou plus n&#233;gatif, il faut noter la difficult&#233; de faire vivre la dimension proprement politique de nos d&#233;mocraties, et plus encore au niveau europ&#233;en. &#13;&#10; &#13;&#10;Longtemps, les fonctions d&amp;rsquo;institution et de r&#233;gulation - ou, selon la distinction formul&#233;e par Jean-Jacques Rousseau, la souverainet&#233; et le gouvernement - ont &#233;t&#233; tr&#232;s largement m&#234;l&#233;es. Aujourd&amp;rsquo;hui, elles sont de plus en plus dissoci&#233;es, particuli&#232;rement en Europe. Si l&amp;rsquo;Union europ&#233;enne est un grand espace de r&#233;gulation, elle n&amp;rsquo;est absolument pas, en revanche, un espace d&amp;rsquo;institutions collectives et politiques. Or un ensemble d&#233;mocratique ne vit pas seulement de r&#233;gulation, il doit vivre aussi, et m&#234;me surtout, d&amp;rsquo;institution.  &#13;&#10;  &#13;&#10;La fonction d&amp;rsquo;institution  &#13;&#10; &#13;&#10;Premi&#232;re dimension de cette fonction : d&amp;rsquo;une part, faire vivre une population comme une communaut&#233; politique, c&amp;rsquo;est &#224; dire l&amp;rsquo;art de gouverner ; d&amp;rsquo;autre part- ce qui est fondamental -, donner un langage &#224; ce que vivent les gens, &#224; l&amp;rsquo;exp&#233;rience sociale. D&#233;j&#224;, au d&#233;but de la R&#233;volution fran&#231;aise, dans son  Journal d&amp;rsquo;Instruction sociale   4 , Condorcet &#233;crivait que l&amp;rsquo;on ne peut construire d&#233;mocratiquement une soci&#233;t&#233; que si celle-ci se donne un langage commun et si la politique est le lieu o&#249; se constitue ce langage commun.  &#13;&#10; &#13;&#10;Deuxi&#232;me dimension de cette fonction, elle aussi fondamentale : constituer une nation en communaut&#233; de redistribution, &#224; partir de ce principe tr&#232;s  tocquevillien  et tr&#232;s simple dans l&amp;rsquo;&#233;nonc&#233; de l&amp;rsquo;&#233;galit&#233; des conditions, c&amp;rsquo;est-&#224;-dire d&#233;finir une soci&#233;t&#233; o&#249; il y ait compatibilit&#233; des modes de vie et o&#249; il n&amp;rsquo;y ait pas de diff&#233;rences de niveaux de vie. Et&#160; quelle est l&amp;rsquo;institution qui, malgr&#233; ses d&#233;fauts, a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme le vecteur d&amp;rsquo;un monde compatible dans l&amp;rsquo;ordre &#233;conomique ? C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;Etat-providence. Mais celui-ci n&amp;rsquo;est pas simplement un concept g&#233;n&#233;ral, il correspond &#224; un montant de d&#233;penses publiques, &#224; un montant de redistributions. Or, si dans les Etats-nations les pr&#233;l&#232;vements obligatoires sont de l&amp;rsquo;ordre de 45%, en Europe, les politiques redistributives - hors la PAC et les politiques r&#233;gionales - repr&#233;sentent seulement 0,4% des PNB. Cette diff&#233;rence montre que l&amp;rsquo;espace europ&#233;en n&amp;rsquo;a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un espace de communaut&#233; des niveaux de vie. Parce qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;y a ni langage commun, ni institution proprement politique, d&amp;rsquo;une part, et que, d&amp;rsquo;autre part, manque cette dimension d&amp;rsquo;Etat-providence, l&amp;rsquo;espace europ&#233;en est aussi le signe des probl&#232;mes que pose le divorce entre institution et r&#233;gulation.&#160;  &#13;&#10; &#13;&#10;Une d&#233;mocratie n&amp;rsquo;est pas simplement un r&#233;gime, c&amp;rsquo;est aussi une forme de soci&#233;t&#233;. Lorsque nous posons la question d&amp;rsquo;un d&#233;ficit d&#233;mocratique en Europe, nous devons le faire en distinguant bien les deux champs &#233;voqu&#233;s : d&amp;rsquo;un c&#244;t&#233;, l&amp;rsquo;Europe est le r&#233;v&#233;lateur, et pour une part un r&#233;v&#233;lateur positif, de certaines transformations des r&#233;gimes d&#233;mocratiques ; de l&amp;rsquo;autre, elle est aussi le r&#233;v&#233;lateur de la tendance &#224; un &#233;cart croissant entre un monde de la r&#233;gulation et un monde de l&amp;rsquo;institution, du point de vue de la constitution &#224; la fois d&amp;rsquo;une soci&#233;t&#233; de citoyennet&#233;, d&amp;rsquo;un langage et d&amp;rsquo;une communaut&#233; de redistribution.  &#13;&#10; &#13;&#10;Bien qu&amp;rsquo;une dose de scepticisme constitue un gage de bonne sant&#233; pour la d&#233;mocratie, la perte de confiance dont souffrent &#224; la fois la politique et les institutions politiques repr&#233;sente un danger, car elle pousse les citoyens &#224; se d&#233;tourner davantage de ceux qui les gouvernent. &#13;&#10; &#13;&#10; Une refondation n&#233;cessaire du projet europ&#233;en   &#13;&#10; &#13;&#10; Le triptyque - paix, d&#233;mocratie, prosp&#233;rit&#233; - est fragilis&#233; et semble ne plus fonctionner.   &#13;&#10; &#13;&#10;- La paix : il peut &#234;tre &#233;tonnant de constater que l&amp;rsquo;id&#233;e que l&amp;rsquo;Europe a r&#233;ussi la paix concernant les guerres classiques n&amp;rsquo;emp&#234;che pas le retour de la question d&amp;rsquo;une guerre civile qui pr&#233;occupe les Europ&#233;ens, notamment l&amp;rsquo;id&#233;e d&amp;rsquo;une guerre des religions, &#224; travers le conflit des civilisations, des Europ&#233;ens qui n&amp;rsquo;ont pas une vision pacifiste de l&amp;rsquo;avenir et ne sont pas sans craindre des formes de conflits, violents et &#233;ventuellement arm&#233;s.  &#13;&#10; &#13;&#10;- La prosp&#233;rit&#233; : m&#234;me si l&amp;rsquo;Europe favorise notre croissance, notamment dans les nouveaux Etats membres, il est tr&#232;s difficile d&amp;rsquo;en convaincre l&amp;rsquo;opinion europ&#233;enne, en particulier celle des pays les plus anciens.  &#13;&#10; &#13;&#10;- La d&#233;mocratie : &quot;despotisme &#233;clair&#233;&quot;, &quot;eurocratie des &#233;lites bruxelloises&quot;, voil&#224; le proc&#232;s que l&amp;rsquo;on fait aujourd&amp;rsquo;hui &#224; l&amp;rsquo;Union europ&#233;enne.  &#13;&#10;  &#13;&#10;La globalisation   &#13;&#10; &#13;&#10;Il semble maintenant n&#233;cessaire, en raison de la nouvelle donne historique, de discuter d&amp;rsquo;une refondation du projet europ&#233;en. Il y a d&amp;rsquo;ailleurs, chez les Europ&#233;ens, des demandes li&#233;es &#224; ce nouveau contexte et c&amp;rsquo;est la globalisation qui les conduit &#224; changer leur point de vue. Elle les inqui&#232;te car il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;une vaste redistribution de la puissance &#224; laquelle ils ne sont pas pr&#233;par&#233;s. Ils ont le sentiment que leurs Etats nations ne sont pas en mesure de faire face seuls &#224; ces grands d&#233;fis et, quand on leur parle de puissances comme la Chine, la Russie, l&amp;rsquo;Inde, le Br&#233;sil, ils craignent de ne plus avoir la position qu&amp;rsquo;ils occupaient. Ils redoutent aussi les &#233;pid&#233;mies, l&amp;rsquo;immigration, les mouvements religieux, la d&#233;localisation, toutes ces formes de transgressions, de d&#233;passements des fronti&#232;res. &#13;&#10; &#13;&#10;Au fond,  ce que demandent les Europ&#233;ens, d&amp;rsquo;une mani&#232;re tr&#232;s pragmatique, c&amp;rsquo;est que l&amp;rsquo;Union europ&#233;enne organise la r&#233;sistance de l&amp;rsquo;espace europ&#233;en &#224; la globalisation.  Ils ne demandent pas simplement une forme de protectionnisme, ils souhaitent aussi r&#233;ussir la globalisation et ils ont en cela une vision plut&#244;t optimiste, mais &#224; condition que l&amp;rsquo;Europe montre qu&amp;rsquo;elle est mobilis&#233;e, en particulier pour toutes les questions d&amp;rsquo;innovation et de recherche, un enjeu majeur et un levier de puissance et de progr&#232;s pour demain. Outre cette demande permettant aux Etats nations de r&#233;ussir la globalisation et de pr&#233;server un mode de vie, une majorit&#233; d&amp;rsquo;Europ&#233;ens ont aussi le sentiment que de nouveaux d&#233;fis &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle de la plan&#232;te ne pourront pas &#234;tre surmont&#233;s sans passer &#224; la dimension europ&#233;enne, tels le r&#233;chauffement de la plan&#232;te et la d&#233;gradation du climat. Tout se passe comme si les Europ&#233;ens &#233;taient en train de fabriquer  un pouvoir r&#233;galien europ&#233;en  en lui donnant comme substance, non pas la police, l&amp;rsquo;arm&#233;e ou la justice, mais  le d&#233;veloppement durable ou la r&#233;gulation de l&amp;rsquo;immigration. &#13;&#10;  &#13;&#10;La nouvelle configuration suppose bien s&#251;r que les &#233;lites politiques europ&#233;ennes entendent, acceptent et mettent en pratique cette demande, consistante et indiscutable, mais il n&amp;rsquo;est pas n&#233;cessairement simple d&amp;rsquo;en imaginer une traduction fid&#232;le, dans la mesure o&#249; il faudrait aller assez vite &#224; cause d&amp;rsquo;un ph&#233;nom&#232;ne n&#233;gatif sur notre continent, le vieillissement d&#233;mographique qui entra&#238;ne avec lui une forme de repli. Il y a en r&#233;alit&#233; une course de vitesse entre la r&#233;alisation au plan politique d&amp;rsquo;un nouveau contrat europ&#233;en, capable de donner l'assurance aux Europ&#233;ens que le dossier de la globalisation sera pris en charge, et ce vieillissement, qui exacerbe beaucoup de peurs, pose de nombreux probl&#232;mes et pourrait promettre de beaux jours &#224; des organisations politiques populistes et souverainistes et ne laisser de solution que dans une d&#233;construction de l&amp;rsquo;Europe.   Notes :  1 - La  Interstate Commerce Commission  est la premi&#232;re des  Public Authorities  ou  Independent Agencies  apparues &#224; la fin du 19&#232;me si&#232;cle dans le droit nord-am&#233;ricain, pour rompre dans certaines mati&#232;res avec l&amp;rsquo;administration traditionnelle. 2 - L&amp;rsquo; ordo-lib&#233;ralisme  allemand, partisan d&amp;rsquo;une &#233;conomie sociale de march&#233;, est l&amp;rsquo;un des rameaux du n&#233;o-lib&#233;ralisme qui s&amp;rsquo;est d&#233;velopp&#233;, apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, dans la plupart des pays occidentaux. Michel Foucault a consacr&#233; &#224; l&amp;rsquo; ordo-lib&#233;ralisme  un cours au Coll&#232;ge de France, en 1978-79. 3 - La HACA a &#233;t&#233; remplac&#233;e en 1986 par la Commission Nationale de la Communication et des Libert&#233;s (CNCL) et, en 1989, par le Conseil Sup&#233;rieur de l&amp;rsquo;Audiovisuel (CSA). 4 -  Journal d&amp;rsquo;Instruction sociale , par Condorcet, Siey&#232;s et Duhamel, 1793. </description>
         <pubDate>09/02/10 00:00:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Il semble que les institutions de l&rsquo;Union europ&eacute;enne incarnent, de fa&ccedil;on parfois exacerb&eacute;e, les d&eacute;ficiences des politiques nationales et les probl&egrave;mes de nos d&eacute;mocraties : un pouvoir distant et mal contr&ocirc;l&eacute;, un d&eacute;veloppement des tendances technocratiques, des formes diffuses de gouvernance, un abus de pouvoir des juges... En un mot, l&rsquo;Europe serait l&rsquo;expression la plus r&eacute;v&eacute;latrice d&rsquo;une d&eacute;mocratie inaccomplie et malade, elle en cumulerait les d&eacute;rives et les dysfonctionnements. <br />
<br />
Sans pr&eacute;tendre que tout fonctionne bien, il para&icirc;t possible de prendre un point de vue compl&egrave;tement oppos&eacute; en montrant que, d&rsquo;une part, les institutions europ&eacute;ennes incarnent les transformations des d&eacute;mocraties et r&eacute;v&egrave;lent des &eacute;volutions que nous analysons mal au niveau national, et d&rsquo;autre part, mettent en lumi&egrave;re les probl&egrave;mes de la politique d&eacute;mocratique contemporaine, en exacerbant ces difficult&eacute;s.<br />
<br />
<strong>I. &nbsp; Les institutions europ&eacute;ennes r&eacute;v&egrave;lent non pas tant les dysfonctionnements que les <br />
&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; transformations des d&eacute;mocraties contemporaines, sur trois points fondamentaux :</strong><br />
<br />
- les conditions d&rsquo;exercice de<strong> la l&eacute;gitimit&eacute;</strong> ;<br />
- les manifestations de la <strong>d&eacute;finition du social</strong> ;<br />
- les rapports entre <strong>d&eacute;mocratie et contre-d&eacute;mocratie.</strong><br />
&nbsp;<br />
<strong><br />
1. La l&eacute;gitimit&eacute;<br />
<br />
</strong>Il est frappant de voir, dans les d&eacute;mocraties contemporaines, que la l&eacute;gitimit&eacute; semble changer de nature.<br />
<br />
Il y a deux fa&ccedil;ons classiques de penser la l&eacute;gitimit&eacute; dans ces d&eacute;mocraties. L&rsquo;une, essentielle, pourrait s&rsquo;appeler <strong>l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;&eacute;tablissement.</strong> Elle est consacr&eacute;e par ce pouvoir du dernier mot que repr&eacute;sente le suffrage dans les d&eacute;mocraties et elle tisse un rapport de confiance entre une population et ses dirigeants. Mais elle est toujours li&eacute;e &agrave; ce que l&rsquo;on appelle la <strong>l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;incarnation</strong>, c&rsquo;est-&agrave;-dire le fait que des institutions, &agrave; travers ceux qui les repr&eacute;sentent, sont une incarnation de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral. Ce rapport entre l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;&eacute;tablissement ou &eacute;lectorale et l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;incarnation, qui &eacute;tait en France celle de l&rsquo;Etat r&eacute;publicain, a toujours &eacute;t&eacute; fondamental dans l&rsquo;histoire de notre pays. <br />
<br />
Il semble que nous vivons aujourd&rsquo;hui un affaiblissement de cette double l&eacute;gitimit&eacute;, au profit de la mont&eacute;e en puissance de deux autres formes de l&eacute;gitimit&eacute; : la<strong> l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;impartialit&eacute;</strong>, d&rsquo;une part, la<strong> l&eacute;gitimit&eacute; de proc&eacute;dure</strong>, d&rsquo;autre part.<br />
<br />
<strong>L&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;impartialit&eacute;</strong><br />
<br />
La l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;impartialit&eacute; devient de plus en plus centrale dans nos soci&eacute;t&eacute;s. Lorsqu&rsquo;on demande aux citoyens s&rsquo;ils pr&eacute;f&egrave;rent qu&rsquo;une d&eacute;cision soit prise par les gouvernants, par des experts ind&eacute;pendants ou par des responsables d&rsquo;institutions, d&rsquo;entreprises, d&rsquo;administrations, ils r&eacute;pondent tr&egrave;s majoritairement - de nombreuses enqu&ecirc;tes faites dans les pays occidentaux le montrent - que, pour eux, la qualit&eacute; d&rsquo;ind&eacute;pendance est la plus importante.<br />
<br />
Les Etats-Unis ont &eacute;t&eacute; les premiers &agrave; avoir donn&eacute; tout son sens &agrave; la l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;impartialit&eacute;, lorsqu&rsquo;ils ont organis&eacute; un grand d&eacute;bat, dans les ann&eacute;es 1880, sur la r&eacute;gulation des chemins de fer, moteur de l&rsquo;unification am&eacute;ricaine &agrave; partir du milieu du 19&egrave;me&nbsp; si&egrave;cle, mais aussi source de graves probl&egrave;mes, notamment la corruption du syst&egrave;me politique am&eacute;ricain. C&rsquo;est pourquoi le Congr&egrave;s a pens&eacute; que, pour pr&eacute;server l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral, il fallait soustraire certaines d&eacute;cisions au pouvoir ex&eacute;cutif et les confier &agrave; un comit&eacute; de personnalit&eacute;s ind&eacute;pendantes. Ainsi a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;e la<em> Interstate Commerce Commission</em> <sup>1</sup>, destin&eacute;e &agrave; assurer la r&eacute;gulation et le contr&ocirc;le du commerce et des transports entre les Etats f&eacute;d&eacute;r&eacute;s.<br />
<br />
A partir de ce premier exemple de commission ind&eacute;pendante dans un pays d&eacute;velopp&eacute;, on a commenc&eacute; &agrave; th&eacute;oriser sur la mani&egrave;re de repr&eacute;senter l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral. La philosophie politique distingue deux fa&ccedil;ons de le faire. Il y a d&rsquo;abord la volont&eacute; exprim&eacute;e de tous, avec le probl&egrave;me central du rapport de la majorit&eacute; &agrave; l&rsquo;unanimit&eacute;. Mais les th&eacute;ories de la l&eacute;gitimit&eacute; pr&eacute;supposent que, si la majorit&eacute; n&rsquo;est qu&rsquo;une expression temporaire et limit&eacute;e, elle aspire &agrave; &ecirc;tre celle du peuple tout entier, c&rsquo;est-&agrave;-dire de l&rsquo;unanimit&eacute;. Il y a aussi une autre d&eacute;finition de la g&eacute;n&eacute;ralit&eacute;, l&rsquo;impartialit&eacute;, c&rsquo;est-&agrave;-dire le fait que personne ne peut s&rsquo;approprier un pouvoir et que ce pouvoir est &agrave; &eacute;gale distance de tous. Le d&eacute;bat autour de ces deux d&eacute;finitions a &eacute;t&eacute; au centre des transformations qu&rsquo;ont connues nos d&eacute;mocraties depuis une trentaine d&rsquo;ann&eacute;es.<br />
<br />
C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en Allemagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ont eu lieu des discussions sur les rapports entre institutions inappropriables et institutions d&eacute;mocratiques - ce que l&rsquo;on a appel&eacute; d&eacute;mocratie militante -, rapports qui avaient &eacute;t&eacute; th&eacute;oris&eacute;s au sein d&rsquo;un <em>ordo-lib&eacute;ralisme</em> <sup>2</sup> par des philosophes et des juristes allemands en exil, &agrave; la fin des ann&eacute;es 1930. <br />
<br />
On a vu le r&ocirc;le que joue maintenant, dans nos soci&eacute;t&eacute;s, ce principe d&rsquo;impartialit&eacute; par rapport au mode d&rsquo;exercice de la g&eacute;n&eacute;ralit&eacute; d&eacute;mocratique et avec le d&eacute;veloppement des institutions ind&eacute;pendantes &agrave; partir des ann&eacute;es 1980. En France, par exemple, il y a eu la Haute Autorit&eacute; de la Communication Audiovisuelle (HACA) <sup>3</sup> en 1982 : le pouvoir ex&eacute;cutif se d&eacute;pouillait de l&rsquo;une de ses pr&eacute;rogatives pour mettre une fonction &agrave; distance de tous, afin de faire la preuve, en quelque sorte, de son comportement v&eacute;ritablement d&eacute;mocratique. <br />
&nbsp;<br />
Il semble que les institutions europ&eacute;ennes ont incarn&eacute; de fa&ccedil;on tr&egrave;s visible cette tendance d&eacute;mocratique. Et reconnaissons que la puissance de l&rsquo;impartialit&eacute; est une puissance positive et le signe d&rsquo;une forme d&rsquo;&eacute;volution de la d&eacute;mocratie.<br />
<br />
<br />
<strong>L&eacute;gitimit&eacute; de proc&eacute;dure</strong><br />
<br />
Un second mode d&rsquo;&eacute;volution de la l&eacute;gitimit&eacute; dans nos soci&eacute;t&eacute;s est le passage d&rsquo;une l&eacute;gitimit&eacute; par l&rsquo;&eacute;lection &agrave; une l&eacute;gitimit&eacute; par la proc&eacute;dure.<br />
<br />
De nombreuses enqu&ecirc;tes, tr&egrave;s bien document&eacute;es, aussi bien aux Etats-Unis qu&rsquo;en Europe, ont montr&eacute; que si l&rsquo;on demande aux citoyens ce qui leur importe le plus de la d&eacute;cision finale ou de la proc&eacute;dure mise en jeu pour prendre cette d&eacute;cision, il y a toujours<strong> une pr&eacute;f&eacute;rence pour une proc&eacute;dure d&eacute;finie par la participation.</strong> C&rsquo;est ce qui explique qu&rsquo;aux Etats-Unis, par exemple, la soci&eacute;t&eacute; pr&eacute;f&egrave;re que tous les probl&egrave;mes difficiles soient trait&eacute;s par la Cour supr&ecirc;me, plut&ocirc;t que par le gouvernement. Non pas que ce dernier prendrait une d&eacute;cision ill&eacute;gitime, puisqu&rsquo;il est le pouvoir &eacute;lu, mais parce que la proc&eacute;dure que repr&eacute;sente la Cour supr&ecirc;me est jug&eacute;e plus s&ucirc;re. <br />
&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br />
Certes, la l&eacute;gitimit&eacute; par l&rsquo;&eacute;lection reste le pouvoir du dernier mot et ce qui permet au syst&egrave;me de se conforter, de s&rsquo;organiser, mais les l&eacute;gitimit&eacute;s d&rsquo;impartialit&eacute; et de proc&eacute;dure prennent de plus en plus de place. Il semble qu&rsquo;&agrave; leur fa&ccedil;on, les institutions europ&eacute;ennes ont bien illustr&eacute;, peut-&ecirc;tre par faiblesse au d&eacute;but, les progr&egrave;s de ces deux l&eacute;gitimit&eacute;s. Et de ce point de vue, elles ne repr&eacute;senteraient pas une sorte de moindre existence d&eacute;mocratique, mais seraient au contraire la manifestation forte d&rsquo;une &eacute;volution tr&egrave;s importante des d&eacute;mocraties contemporaines en g&eacute;n&eacute;ral. <br />
<br />
<strong>2. D&eacute;finition du social</strong><br />
<br />
Il s&rsquo;agit de la deuxi&egrave;me dimension fondamentale d&rsquo;&eacute;volution de nos d&eacute;mocraties contemporaines, dont l&rsquo;Europe donne une lecture en proposant une grille grossissante des r&eacute;alit&eacute;s.<br />
<br />
- Le social, dans nos soci&eacute;t&eacute;s contemporaines, a pris classiquement deux visages : ce qu&rsquo;on pourrait appeler le<strong> social redistributif</strong>, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;Etat-providence et une part consid&eacute;rable des ressources de nos soci&eacute;t&eacute;s, et le <strong>social protecteur-r&eacute;gulateur</strong>, c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;activit&eacute; de r&eacute;gulation sociale venant des partenaires sociaux, notamment des syndicats.<br />
&nbsp;<br />
- Avec l&rsquo;Europe, on voit na&icirc;tre une troisi&egrave;me d&eacute;finition du social, qui prend une importance sans cesse croissante. Il s&rsquo;agit du <strong>social d&eacute;fini &agrave; partir des droits de l&rsquo;individu</strong>. En effet, dans de nombreux conflits du travail, ce ne sont pas simplement les questions de la n&eacute;gociation collective qui sont en cause aujourd&rsquo;hui, mais les manquements &agrave; la dignit&eacute;, au respect du travailleur. <br />
<br />
<strong>3. D&eacute;mocratie et contre-d&eacute;mocratie</strong><br />
<br />
La troisi&egrave;me dimension fondamentale d&rsquo;&eacute;volution de nos d&eacute;mocraties est la transformation des&nbsp; rapports entre confiance et d&eacute;fiance, entre d&eacute;mocratie et contre-d&eacute;mocratie.<br />
<br />
Concernant le fonctionnement de l&rsquo;Europe, il semble qu&rsquo;il y ait un r&ocirc;le grandissant jou&eacute; &agrave; la fois par les institutions et par les pratiques de type contre-d&eacute;mocratique - groupes d&rsquo;audit, de contr&ocirc;le, d&rsquo;alerte. Il y a un changement radical des rapports entre soci&eacute;t&eacute; civile et soci&eacute;t&eacute; politique : du mode d&rsquo;interaction classique - n&eacute;gociation, insertion, repr&eacute;sentation -, on est pass&eacute; &agrave; un mode de vigilance et de mise sous surveillance, qu&rsquo;exercent des ONG au niveau europ&eacute;en non pas simplement dans le domaine politique, mais dans l&rsquo;ensemble des sph&egrave;res de la n&eacute;gociation et du rapport de force. Dans le monde &eacute;conomique, par exemple, l&rsquo;entreprise Nike, dont les adversaires &eacute;taient les syndicats am&eacute;ricains, qui se battaient pour de meilleures conditions de travail et des salaires plus &eacute;lev&eacute;s, voit se dresser contre elle tout un ensemble de <em>watchdog committees</em>, d&rsquo;ONG, qui agissent sur ce que fait Nike en Tha&iuml;lande et au Vi&ecirc;t Nam et qui jouent un r&ocirc;le de contre-pouvoir, en permanence contestataire. Et les effets produits sont parfois sup&eacute;rieurs &agrave; ceux produits par l&rsquo;autre forme de contestation qu&rsquo;est le syndicalisme.<br />
<br />
A travers ces trois formes de transformation, l&rsquo;Europe montre la vitalit&eacute; et le sens de ce qui change, en particulier de ce qui change positivement dans nos d&eacute;mocraties.&nbsp;&nbsp; <br />
<br />
<strong>II. Les institutions europ&eacute;ennes mettent en lumi&egrave;re les probl&egrave;mes de la politique d&eacute;mocratique contemporaine, en exacerbant ces difficult&eacute;s.</strong><br />
<br />
D&rsquo;un point de vue plus critique ou plus n&eacute;gatif, il faut noter la difficult&eacute; de faire vivre la dimension proprement politique de nos d&eacute;mocraties, et plus encore au niveau europ&eacute;en.<br />
<br />
Longtemps, les fonctions d&rsquo;institution et de r&eacute;gulation - ou, selon la distinction formul&eacute;e par Jean-Jacques Rousseau, la souverainet&eacute; et le gouvernement - ont &eacute;t&eacute; tr&egrave;s largement m&ecirc;l&eacute;es. Aujourd&rsquo;hui, elles sont de plus en plus dissoci&eacute;es, particuli&egrave;rement en Europe. Si l&rsquo;Union europ&eacute;enne est un grand espace de r&eacute;gulation, elle n&rsquo;est absolument pas, en revanche, un espace d&rsquo;institutions collectives et politiques. Or un ensemble d&eacute;mocratique ne vit pas seulement de r&eacute;gulation, il doit vivre aussi, et m&ecirc;me surtout, d&rsquo;institution. <br />
<strong><br />
La fonction d&rsquo;institution</strong><br />
<br />
Premi&egrave;re dimension de cette fonction : d&rsquo;une part, faire vivre une population comme une communaut&eacute; politique, c&rsquo;est &agrave; dire l&rsquo;art de gouverner ; d&rsquo;autre part- ce qui est fondamental -, donner un langage &agrave; ce que vivent les gens, &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience sociale. D&eacute;j&agrave;, au d&eacute;but de la R&eacute;volution fran&ccedil;aise, dans son <em>Journal d&rsquo;Instruction sociale</em> <sup>4</sup>, Condorcet &eacute;crivait que l&rsquo;on ne peut construire d&eacute;mocratiquement une soci&eacute;t&eacute; que si celle-ci se donne un langage commun et si la politique est le lieu o&ugrave; se constitue ce langage commun. <br />
<br />
Deuxi&egrave;me dimension de cette fonction, elle aussi fondamentale : constituer une nation en communaut&eacute; de redistribution, &agrave; partir de ce principe tr&egrave;s<em> tocquevillien</em> et tr&egrave;s simple dans l&rsquo;&eacute;nonc&eacute; de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des conditions, c&rsquo;est-&agrave;-dire d&eacute;finir une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; il y ait compatibilit&eacute; des modes de vie et o&ugrave; il n&rsquo;y ait pas de diff&eacute;rences de niveaux de vie. Et&nbsp; quelle est l&rsquo;institution qui, malgr&eacute; ses d&eacute;fauts, a &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute;e comme le vecteur d&rsquo;un monde compatible dans l&rsquo;ordre &eacute;conomique ? C&rsquo;est l&rsquo;Etat-providence. Mais celui-ci n&rsquo;est pas simplement un concept g&eacute;n&eacute;ral, il correspond &agrave; un montant de d&eacute;penses publiques, &agrave; un montant de redistributions. Or, si dans les Etats-nations les pr&eacute;l&egrave;vements obligatoires sont de l&rsquo;ordre de 45%, en Europe, les politiques redistributives - hors la PAC et les politiques r&eacute;gionales - repr&eacute;sentent seulement 0,4% des PNB. Cette diff&eacute;rence montre que l&rsquo;espace europ&eacute;en n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; consid&eacute;r&eacute; comme un espace de communaut&eacute; des niveaux de vie. Parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a ni langage commun, ni institution proprement politique, d&rsquo;une part, et que, d&rsquo;autre part, manque cette dimension d&rsquo;Etat-providence, l&rsquo;espace europ&eacute;en est aussi le signe des probl&egrave;mes que pose le divorce entre institution et r&eacute;gulation.&nbsp; <br />
<br />
Une d&eacute;mocratie n&rsquo;est pas simplement un r&eacute;gime, c&rsquo;est aussi une forme de soci&eacute;t&eacute;. Lorsque nous posons la question d&rsquo;un d&eacute;ficit d&eacute;mocratique en Europe, nous devons le faire en distinguant bien les deux champs &eacute;voqu&eacute;s : d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, l&rsquo;Europe est le r&eacute;v&eacute;lateur, et pour une part un r&eacute;v&eacute;lateur positif, de certaines transformations des r&eacute;gimes d&eacute;mocratiques ; de l&rsquo;autre, elle est aussi le r&eacute;v&eacute;lateur de la tendance &agrave; un &eacute;cart croissant entre un monde de la r&eacute;gulation et un monde de l&rsquo;institution, du point de vue de la constitution &agrave; la fois d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; de citoyennet&eacute;, d&rsquo;un langage et d&rsquo;une communaut&eacute; de redistribution. <br />
<br />
Bien qu&rsquo;une dose de scepticisme constitue un gage de bonne sant&eacute; pour la d&eacute;mocratie, la perte de confiance dont souffrent &agrave; la fois la politique et les institutions politiques repr&eacute;sente un danger, car elle pousse les citoyens &agrave; se d&eacute;tourner davantage de ceux qui les gouvernent.<br />
<br />
<strong>Une refondation n&eacute;cessaire du projet europ&eacute;en</strong> <br />
<br />
<strong>Le triptyque - paix, d&eacute;mocratie, prosp&eacute;rit&eacute; - est fragilis&eacute; et semble ne plus fonctionner. </strong><br />
<br />
- La paix : il peut &ecirc;tre &eacute;tonnant de constater que l&rsquo;id&eacute;e que l&rsquo;Europe a r&eacute;ussi la paix concernant les guerres classiques n&rsquo;emp&ecirc;che pas le retour de la question d&rsquo;une guerre civile qui pr&eacute;occupe les Europ&eacute;ens, notamment l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une guerre des religions, &agrave; travers le conflit des civilisations, des Europ&eacute;ens qui n&rsquo;ont pas une vision pacifiste de l&rsquo;avenir et ne sont pas sans craindre des formes de conflits, violents et &eacute;ventuellement arm&eacute;s. <br />
<br />
- La prosp&eacute;rit&eacute; : m&ecirc;me si l&rsquo;Europe favorise notre croissance, notamment dans les nouveaux Etats membres, il est tr&egrave;s difficile d&rsquo;en convaincre l&rsquo;opinion europ&eacute;enne, en particulier celle des pays les plus anciens. <br />
<br />
- La d&eacute;mocratie : &quot;despotisme &eacute;clair&eacute;&quot;, &quot;eurocratie des &eacute;lites bruxelloises&quot;, voil&agrave; le proc&egrave;s que l&rsquo;on fait aujourd&rsquo;hui &agrave; l&rsquo;Union europ&eacute;enne. <br />
<strong><br />
La globalisation </strong><br />
<br />
Il semble maintenant n&eacute;cessaire, en raison de la nouvelle donne historique, de discuter d&rsquo;une refondation du projet europ&eacute;en. Il y a d&rsquo;ailleurs, chez les Europ&eacute;ens, des demandes li&eacute;es &agrave; ce nouveau contexte et c&rsquo;est la globalisation qui les conduit &agrave; changer leur point de vue. Elle les inqui&egrave;te car il s&rsquo;agit d&rsquo;une vaste redistribution de la puissance &agrave; laquelle ils ne sont pas pr&eacute;par&eacute;s. Ils ont le sentiment que leurs Etats nations ne sont pas en mesure de faire face seuls &agrave; ces grands d&eacute;fis et, quand on leur parle de puissances comme la Chine, la Russie, l&rsquo;Inde, le Br&eacute;sil, ils craignent de ne plus avoir la position qu&rsquo;ils occupaient. Ils redoutent aussi les &eacute;pid&eacute;mies, l&rsquo;immigration, les mouvements religieux, la d&eacute;localisation, toutes ces formes de transgressions, de d&eacute;passements des fronti&egrave;res.<br />
<br />
Au fond, <strong>ce que demandent les Europ&eacute;ens, d&rsquo;une mani&egrave;re tr&egrave;s pragmatique, c&rsquo;est que l&rsquo;Union europ&eacute;enne organise la r&eacute;sistance de l&rsquo;espace europ&eacute;en &agrave; la globalisation.</strong> Ils ne demandent pas simplement une forme de protectionnisme, ils souhaitent aussi r&eacute;ussir la globalisation et ils ont en cela une vision plut&ocirc;t optimiste, mais &agrave; condition que l&rsquo;Europe montre qu&rsquo;elle est mobilis&eacute;e, en particulier pour toutes les questions d&rsquo;innovation et de recherche, un enjeu majeur et un levier de puissance et de progr&egrave;s pour demain. Outre cette demande permettant aux Etats nations de r&eacute;ussir la globalisation et de pr&eacute;server un mode de vie, une majorit&eacute; d&rsquo;Europ&eacute;ens ont aussi le sentiment que de nouveaux d&eacute;fis &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle de la plan&egrave;te ne pourront pas &ecirc;tre surmont&eacute;s sans passer &agrave; la dimension europ&eacute;enne, tels le r&eacute;chauffement de la plan&egrave;te et la d&eacute;gradation du climat. Tout se passe comme si les Europ&eacute;ens &eacute;taient en train de fabriquer <strong>un pouvoir r&eacute;galien europ&eacute;en</strong> en lui donnant comme substance, non pas la police, l&rsquo;arm&eacute;e ou la justice, mais<strong> le d&eacute;veloppement durable ou la r&eacute;gulation de l&rsquo;immigration.<br />
</strong><br />
La nouvelle configuration suppose bien s&ucirc;r que les &eacute;lites politiques europ&eacute;ennes entendent, acceptent et mettent en pratique cette demande, consistante et indiscutable, mais il n&rsquo;est pas n&eacute;cessairement simple d&rsquo;en imaginer une traduction fid&egrave;le, dans la mesure o&ugrave; il faudrait aller assez vite &agrave; cause d&rsquo;un ph&eacute;nom&egrave;ne n&eacute;gatif sur notre continent, le vieillissement d&eacute;mographique qui entra&icirc;ne avec lui une forme de repli. Il y a en r&eacute;alit&eacute; une course de vitesse entre la r&eacute;alisation au plan politique d&rsquo;un nouveau contrat europ&eacute;en, capable de donner l'assurance aux Europ&eacute;ens que le dossier de la globalisation sera pris en charge, et ce vieillissement, qui exacerbe beaucoup de peurs, pose de nombreux probl&egrave;mes et pourrait promettre de beaux jours &agrave; des organisations politiques populistes et souverainistes et ne laisser de solution que dans une d&eacute;construction de l&rsquo;Europe.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - La<em> Interstate Commerce Commission</em> est la premi&egrave;re des<em> Public Authorities</em> ou<em> Independent Agencies </em>apparues &agrave; la fin du 19&egrave;me si&egrave;cle dans le droit nord-am&eacute;ricain, pour rompre dans certaines mati&egrave;res avec l&rsquo;administration traditionnelle.<br />2 - L&rsquo;<em>ordo-lib&eacute;ralisme</em> allemand, partisan d&rsquo;une &eacute;conomie sociale de march&eacute;, est l&rsquo;un des rameaux du n&eacute;o-lib&eacute;ralisme qui s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute;, apr&egrave;s la Premi&egrave;re Guerre mondiale, dans la plupart des pays occidentaux. Michel Foucault a consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;<em>ordo-lib&eacute;ralisme</em> un cours au Coll&egrave;ge de France, en 1978-79.<br />3 - La HACA a &eacute;t&eacute; remplac&eacute;e en 1986 par la Commission Nationale de la Communication et des Libert&eacute;s (CNCL) et, en 1989, par le Conseil Sup&eacute;rieur de l&rsquo;Audiovisuel (CSA).<br />4 - <em>Journal d&rsquo;Instruction sociale</em>, par Condorcet, Siey&egrave;s et Duhamel, 1793.<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Francisco Toledo, iconographe du Nouveau cat&#233;chisme pour Indiens insoumis</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3716-francisco_toledo_iconographe_du_nouveau_catechisme_pour_indiens_insoumis.htm</link>
         <description> La gravure demeure incontestablement l&amp;rsquo;un des m&#233;diums parmi les plus originaux de l&amp;rsquo;histoire de l&amp;rsquo;art mexicain. Son d&#233;veloppement a non seulement laiss&#233; au fil du temps des &amp;oelig;uvres religieuses d&amp;rsquo;une profonde dimension sentimentale, mais il a &#233;galement jou&#233; un r&#244;le significatif dans la tournure prise par certains &#233;v&#233;nements politiques  1 . De l&amp;rsquo;illustration &#233;vang&#233;lisatrice &#224; la satire, l&amp;rsquo;originalit&#233; et l&amp;rsquo;inventivit&#233; des graveurs mexicains nous permettent d&amp;rsquo;appr&#233;cier toute l&amp;rsquo;authenticit&#233; culturelle de ce pays ; et sinon de comprendre ses complexit&#233;s, du moins de faire l&amp;rsquo;exp&#233;rience occasionnelle de ses fables, de son humour, de son autod&#233;rision.&#160; &#13;&#10; A ce propos, la tr&#232;s r&#233;cente parution de la version fran&#231;aise du  Nouveau cat&#233;chisme pour Indiens insoumis   2 , ouvrage issu d&amp;rsquo;une alliance d&#233;brid&#233;e entre l&amp;rsquo;&#233;crivain r&#233;cemment disparu Carlos Monsiv&#225;is et l&amp;rsquo;artiste Francisco Toledo, est le pr&#233;texte parfait pour revenir sur la question de son univers graphique. L&amp;rsquo;iconographie  sui generis  qui accompagne ce petit recueil de paraboles irr&#233;v&#233;rencieuses m&#233;rite donc une parenth&#232;se. &#13;&#10;  &#13;&#10;Les planches du  Nouveau cat&#233;chisme pour indiens insoumis  signent un &#233;pisode unique dans l&amp;rsquo;art de l&amp;rsquo;illustration mexicaine moderne comme dans l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre grav&#233;e de Francisco Toledo. Contrairement aux pratiques d&amp;rsquo;usage, cet ensemble d&amp;rsquo;illustrations voit le jour avant les textes, devenant ainsi la source m&#234;me d&amp;rsquo;inspiration des all&#233;gories de Carlos Monsiv&#225;is et non l&amp;rsquo;inverse. La formule associant image et texte inaugure ici un genre tout &#224; fait in&#233;dit dans la production graphique de Toledo, &#224; savoir, la parodie religieuse. &#13;&#10; A l&amp;rsquo;origine de ce projet, une heureuse trouvaille de l&amp;rsquo;artiste : neuf matrices de cuivre des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, en provenance de Tlaxcala et de Puebla, contenant des images religieuses. Semblables &#224; celles qu&amp;rsquo;illustraient autrefois les frontispices des cat&#233;chismes novo-hispaniques, elles titillent son &amp;oelig;il espi&#232;gle. Insatisfait par l&amp;rsquo;id&#233;e d&amp;rsquo;une simple r&#233;&#233;dition ou annexion &#224; sa collection d&amp;rsquo;arts graphiques  3 , davantage audacieux, Toledo d&#233;cide d&amp;rsquo;intervenir une nouvelle fois sur ces matrices, se r&#233;appropriant chacune des images de sorte que, de leur minutieuse reprise na&#238;t un ensemble profond&#233;ment original. Il grave par-dessus &#224; l&amp;rsquo;eau-forte, &#224; la pointe s&#232;che, au burin, au mezzotinto et imprime ses &#233;preuves dans l&amp;rsquo;atelier de Mario Reyes &#224; Mexico. L&amp;rsquo;artiste demande alors &#224; Carlos Monsivais d&amp;rsquo;&#233;crire neuf fables pour ses onze illustrations et le  Nuevo Catecismo para Indios Remisos  para&#238;t sous forme d&amp;rsquo;une premi&#232;re &#233;dition de 31 exemplaires en 1981  4 . &#13;&#10;  &#13;&#10;Au fil des r&#233;&#233;ditions, le nombre d&amp;rsquo;illustrations et des textes augmente. Des neuf planches d&amp;rsquo;origine r&#233;sultent quinze &#233;preuves (les deux derni&#232;res &#233;tant uniquement retouch&#233;es &#224; la gouache), dont seulement huit sont int&#233;gr&#233;es dans la r&#233;&#233;dition de 1996  5 . Actuellement, l&amp;rsquo;&#233;dition fran&#231;aise propose une douzaine de planches en noir et blanc.  &#13;&#10; Le r&#233;sultat est saisissant, illustrations et textes se r&#233;pondent dans le ton comme dans la forme de fa&#231;on naturelle, mettant en exergue deux imaginaires tout aussi mordants qu&amp;rsquo;habiles. Monsiv&#225;is et Toledo, tous deux amis et fins connaisseurs de la culture populaire et des racines ancestrales de leur pays, offrent une lecture invers&#233;e, pleine d&amp;rsquo;ironie et d&#233;licieusement insoumise sur l&amp;rsquo;un des piliers de la culture mexicaine : la foi chr&#233;tienne. &#13;&#10; Pour comprendre la nature de ces &amp;oelig;uvres il faut tout d&amp;rsquo;abord revenir sur le caract&#232;re joueur et l&amp;rsquo;esprit ind&#233;pendant du bin&#244;me, et plus particuli&#232;rement sur celui de son graveur. Francisco Toledo est n&#233; &#224; Juchitan, dans la r&#233;gion d&amp;rsquo;Oaxaca, un territoire r&#233;put&#233; par la r&#233;sistance id&#233;ologique, l&amp;rsquo;engagement politique et l&amp;rsquo;indocilit&#233; de ses habitants. Fortement attach&#233; aux mythes et traditions ancestrales, fier et enracin&#233;, le peuple de l&amp;rsquo;Isthme de Tehuantepec se d&#233;marque avant tout par son insoumission. Cette attitude pr&#233;vaut depuis l&amp;rsquo;arriv&#233;e des premiers colons jusqu&amp;rsquo;&#224; nos jours  6 . La parution du  Nouveau cat&#233;chisme pour Indiens insoumis  signifie donc bien plus qu&amp;rsquo;une boutade intellectuelle, ou simplement le fruit d&amp;rsquo;un hasard. L&amp;rsquo;ouvrage &#233;bauche les traits d&amp;rsquo;une idiosyncrasie sous-jacente &#224; celle de la mexicanit&#233; que nous connaissons. &#13;&#10;   &#13;&#10; Aux temps de la colonisation, la circulation d&amp;rsquo;images religieuses joue un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans le renforcement de la doctrine chr&#233;tienne et l&amp;rsquo;&#233;ducation de l&amp;rsquo;Indien. &#201;tant un moyen de diffusion efficace, l&amp;rsquo;image grav&#233;e est alors d&amp;rsquo;un grand secours face &#224; l&amp;rsquo;analphab&#233;tisme et aux barri&#232;res linguistiques. Les fid&#232;les re&#231;oivent leur instruction gr&#226;ce aux repr&#233;sentations des passages bibliques qui ornent les lieux de culte, ou aux textes de doctrine illustr&#233;s. L&amp;rsquo;esth&#233;tique des gravures produites en Nouvelle Espagne diff&#232;re n&#233;anmoins de ses mod&#232;les europ&#233;ens, elle int&#232;gre des motifs propres aux mains indiennes qui les fabriquent et repr&#233;sente fr&#233;quemment l&amp;rsquo;Indien  7 . &#13;&#10; Toledo fait ressortir toutes ces particularit&#233;s &#233;ducatives des planches et sa main habile nous permet de lire clairement l&amp;rsquo;iconographie d&amp;rsquo;origine, en d&#233;pit des nouveaux symboles qu&amp;rsquo;il y introduit. Nourri de sa propre mythologie, il entrem&#234;le des &#233;l&#233;ments de son r&#233;pertoire iconographique personnel &#224; ceux de l&amp;rsquo;imagerie religieuse. D&amp;rsquo;une &amp;oelig;uvre &#224; l&amp;rsquo;autre son univers zoomorphe s&amp;rsquo;y glisse comme un malicieux intrus, en douceur. Le r&#233;sultat est &#233;tonnamment &#233;quilibr&#233; : les formes baroques rencontrent celles de son bestiaire taquin sans choquer l&amp;rsquo;&amp;oelig;il du spectateur. &#13;&#10;  &#13;&#10;Ainsi se d&#233;double le fil narratif de l&amp;rsquo;image et nous y d&#233;couvrons de nombreux d&#233;tails suspects qui d&#233;tournent le sens de l&amp;rsquo;image chr&#233;tienne. Un lapin &#224; peine perceptible, cach&#233; sous le manteau de la vierge, nous fait douter de son principal atout, sa chastet&#233;. Cette connotation sexuelle s&amp;rsquo;affirme lorsque notre &amp;oelig;il revient &#224; la forme phallique du tuyau d&amp;rsquo;eau qu&amp;rsquo;elle tient dans les mains et face &#224; elle, au regard extasi&#233; de l&amp;rsquo;Indien. Dans une autre gravure, les &#226;mes du Purgatoire br&#251;lent patiemment dans le feu &#233;ternel et dressent leurs parapluies pour &#233;viter que les flots de sang, qui coulent des blessures du Christ en croix, n&amp;rsquo;&#233;teignent les flammes.  &#13;&#10; Remiso   8  jusqu&amp;rsquo;&#224; la moelle, Toledo va jusqu&amp;rsquo;&#224; &#233;voquer les grands p&#234;ch&#233;s de l&amp;rsquo;Eglise et l&amp;rsquo;hypocrisie autour de la p&#233;d&#233;rastie. Dans l&amp;rsquo;une de ces illustrations, saint Joseph tient son fils par la main droite. A l&amp;rsquo;arri&#232;re-plan, un &#226;ne au rire ambigu brise la solennit&#233; de la sc&#232;ne. Apr&#232;s une lecture attentive de l&amp;rsquo;image, nous ne sommes pas certains de distinguer si le plaisir de la b&#234;te tient plus de l&amp;rsquo;amusement que lui procure le jeu de  bal&#233;ro  (jeu populaire mexicain), que de son intention de parvenir &#224; sodomiser le saint. &#13;&#10; Divers motifs et ornements additionn&#233;s autour des sc&#232;nes introduisent donc des modes de lectures multiples : des haricots ail&#233;s ou en train de germer ornent les bordures baroques, des crabes mena&#231;ants, des l&#233;zards musiciens, des putti aux corps de poulet, des &#226;nes grotesques, des jambes provocatrices ou de vicieuses &#226;mes du Purgatoire cohabitent dans la dimension grav&#233;e. Ils rient, se moquent et menacent l&amp;rsquo;ordre morale de la culture subjugu&#233;e. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  A lire sur nonfiction.fr :  &#13;&#10; La critique du livre de Carlos Monsivais, Qui conna&#238;t Carlos Monsiv&#225;is en France ? Qui ne conna&#238;t... , par Isabelle Colrat   Notes :  1 - Cf. Nizza SANTIAGO,  Le dicton populaire et le dessin politique mexicain au XIXe si&#232;cle . Article en ligne sur  www.thes-arts.com  2 - Carlos MONSIVAIS,  Nouveau cat&#233;chisme pour Indiens insoumis , Villelongue-d'Aude, Atelier du Gu&#233;, 2009 3 - Amass&#233;e au fil des ann&#233;es, la collection personnelle de l&amp;rsquo;artiste fut l&#233;gu&#233;e &#224; la communaut&#233; d&amp;rsquo;Oaxaca en 1988, lorsqu&amp;rsquo;il fonda le mus&#233;e &amp;ndash; biblioth&#232;que IAGO, actuel Instituto de Artes Gr&#225;ficas de Oaxaca 4 - Arvil Gr&#225;fica, novembre 1981 5 - Carlos MONSIVAIS,  Nuevo Catecismo para Indios Remisos , M&#233;xico, Era Ediciones, 1996 6 - Cf. Teresa DEL CONDE, &amp;ldquo;Francisco Toledo como artista gr&#225;fico&amp;rdquo;, dans   &#160; Anales del Instituto de Investigaciones Est&#233;ticas,  M&#233;xico, IIE &amp;ndash; UNAM, 1989, vol. XV, n&#250;m. 60, pp.143 7 - Pilar GONZALBO AIZPURU, &quot;Los medios y el mensaje. Educaci&#243;n y asimilaci&#243;n en la Nueva Espa&#241;a&amp;rdquo;, dans Jean-Louis Guere&#241;a,  Image et transmission des savoirs dans les mondes hispaniques et hispano-am&#233;ricains S&#233;rie Etudes Hispaniques , vol 19, Tours, Presses universitaires Fran&#231;ois-Rabelais, 2007, pp. 31 &amp;ndash; 50 8 - insoumis en espagnol </description>
         <pubDate>09/01/10 21:45:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p>La gravure demeure incontestablement l&rsquo;un des m&eacute;diums parmi les plus originaux de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art mexicain. Son d&eacute;veloppement a non seulement laiss&eacute; au fil du temps des &oelig;uvres religieuses d&rsquo;une profonde dimension sentimentale, mais il a &eacute;galement jou&eacute; un r&ocirc;le significatif dans la tournure prise par certains &eacute;v&eacute;nements politiques <sup>1</sup>. De l&rsquo;illustration &eacute;vang&eacute;lisatrice &agrave; la satire, l&rsquo;originalit&eacute; et l&rsquo;inventivit&eacute; des graveurs mexicains nous permettent d&rsquo;appr&eacute;cier toute l&rsquo;authenticit&eacute; culturelle de ce pays ; et sinon de comprendre ses complexit&eacute;s, du moins de faire l&rsquo;exp&eacute;rience occasionnelle de ses fables, de son humour, de son autod&eacute;rision.&nbsp;</p>
<p>A ce propos, la tr&egrave;s r&eacute;cente parution de la version fran&ccedil;aise du <em>Nouveau cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis </em><sup>2</sup>, ouvrage issu d&rsquo;une alliance d&eacute;brid&eacute;e entre l&rsquo;&eacute;crivain r&eacute;cemment disparu Carlos Monsiv&aacute;is et l&rsquo;artiste Francisco Toledo, est le pr&eacute;texte parfait pour revenir sur la question de son univers graphique. L&rsquo;iconographie <em>sui generis </em>qui accompagne ce petit recueil de paraboles irr&eacute;v&eacute;rencieuses m&eacute;rite donc une parenth&egrave;se.</p>
<p><br />
Les planches du <em>Nouveau cat&eacute;chisme pour indiens insoumis </em>signent un &eacute;pisode unique dans l&rsquo;art de l&rsquo;illustration mexicaine moderne comme dans l&rsquo;&oelig;uvre grav&eacute;e de Francisco Toledo. Contrairement aux pratiques d&rsquo;usage, cet ensemble d&rsquo;illustrations voit le jour avant les textes, devenant ainsi la source m&ecirc;me d&rsquo;inspiration des all&eacute;gories de Carlos Monsiv&aacute;is et non l&rsquo;inverse. La formule associant image et texte inaugure ici un genre tout &agrave; fait in&eacute;dit dans la production graphique de Toledo, &agrave; savoir, la parodie religieuse.</p>
<p>A l&rsquo;origine de ce projet, une heureuse trouvaille de l&rsquo;artiste : neuf matrices de cuivre des XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles, en provenance de Tlaxcala et de Puebla, contenant des images religieuses. Semblables &agrave; celles qu&rsquo;illustraient autrefois les frontispices des cat&eacute;chismes novo-hispaniques, elles titillent son &oelig;il espi&egrave;gle. Insatisfait par l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une simple r&eacute;&eacute;dition ou annexion &agrave; sa collection d&rsquo;arts graphiques <sup>3</sup>, davantage audacieux, Toledo d&eacute;cide d&rsquo;intervenir une nouvelle fois sur ces matrices, se r&eacute;appropriant chacune des images de sorte que, de leur minutieuse reprise na&icirc;t un ensemble profond&eacute;ment original. Il grave par-dessus &agrave; l&rsquo;eau-forte, &agrave; la pointe s&egrave;che, au burin, au mezzotinto et imprime ses &eacute;preuves dans l&rsquo;atelier de Mario Reyes &agrave; Mexico. L&rsquo;artiste demande alors &agrave; Carlos Monsivais d&rsquo;&eacute;crire neuf fables pour ses onze illustrations et le <em>Nuevo Catecismo para Indios Remisos </em>para&icirc;t sous forme d&rsquo;une premi&egrave;re &eacute;dition de 31 exemplaires en 1981 <sup>4</sup>.</p>
<p><br />
Au fil des r&eacute;&eacute;ditions, le nombre d&rsquo;illustrations et des textes augmente. Des neuf planches d&rsquo;origine r&eacute;sultent quinze &eacute;preuves (les deux derni&egrave;res &eacute;tant uniquement retouch&eacute;es &agrave; la gouache), dont seulement huit sont int&eacute;gr&eacute;es dans la r&eacute;&eacute;dition de 1996 <sup>5</sup>. Actuellement, l&rsquo;&eacute;dition fran&ccedil;aise propose une douzaine de planches en noir et blanc. </p>
<p>Le r&eacute;sultat est saisissant, illustrations et textes se r&eacute;pondent dans le ton comme dans la forme de fa&ccedil;on naturelle, mettant en exergue deux imaginaires tout aussi mordants qu&rsquo;habiles. Monsiv&aacute;is et Toledo, tous deux amis et fins connaisseurs de la culture populaire et des racines ancestrales de leur pays, offrent une lecture invers&eacute;e, pleine d&rsquo;ironie et d&eacute;licieusement insoumise sur l&rsquo;un des piliers de la culture mexicaine : la foi chr&eacute;tienne.</p>
<p>Pour comprendre la nature de ces &oelig;uvres il faut tout d&rsquo;abord revenir sur le caract&egrave;re joueur et l&rsquo;esprit ind&eacute;pendant du bin&ocirc;me, et plus particuli&egrave;rement sur celui de son graveur. Francisco Toledo est n&eacute; &agrave; Juchitan, dans la r&eacute;gion d&rsquo;Oaxaca, un territoire r&eacute;put&eacute; par la r&eacute;sistance id&eacute;ologique, l&rsquo;engagement politique et l&rsquo;indocilit&eacute; de ses habitants. Fortement attach&eacute; aux mythes et traditions ancestrales, fier et enracin&eacute;, le peuple de l&rsquo;Isthme de Tehuantepec se d&eacute;marque avant tout par son insoumission. Cette attitude pr&eacute;vaut depuis l&rsquo;arriv&eacute;e des premiers colons jusqu&rsquo;&agrave; nos jours <sup>6</sup>. La parution du <em>Nouveau cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis </em>signifie donc bien plus qu&rsquo;une boutade intellectuelle, ou simplement le fruit d&rsquo;un hasard. L&rsquo;ouvrage &eacute;bauche les traits d&rsquo;une idiosyncrasie sous-jacente &agrave; celle de la mexicanit&eacute; que nous connaissons.</p>
<p><em><br />
</em>Aux temps de la colonisation, la circulation d&rsquo;images religieuses joue un r&ocirc;le pr&eacute;pond&eacute;rant dans le renforcement de la doctrine chr&eacute;tienne et l&rsquo;&eacute;ducation de l&rsquo;Indien. &Eacute;tant un moyen de diffusion efficace, l&rsquo;image grav&eacute;e est alors d&rsquo;un grand secours face &agrave; l&rsquo;analphab&eacute;tisme et aux barri&egrave;res linguistiques. Les fid&egrave;les re&ccedil;oivent leur instruction gr&acirc;ce aux repr&eacute;sentations des passages bibliques qui ornent les lieux de culte, ou aux textes de doctrine illustr&eacute;s. L&rsquo;esth&eacute;tique des gravures produites en Nouvelle Espagne diff&egrave;re n&eacute;anmoins de ses mod&egrave;les europ&eacute;ens, elle int&egrave;gre des motifs propres aux mains indiennes qui les fabriquent et repr&eacute;sente fr&eacute;quemment l&rsquo;Indien <sup>7</sup>.</p>
<p>Toledo fait ressortir toutes ces particularit&eacute;s &eacute;ducatives des planches et sa main habile nous permet de lire clairement l&rsquo;iconographie d&rsquo;origine, en d&eacute;pit des nouveaux symboles qu&rsquo;il y introduit. Nourri de sa propre mythologie, il entrem&ecirc;le des &eacute;l&eacute;ments de son r&eacute;pertoire iconographique personnel &agrave; ceux de l&rsquo;imagerie religieuse. D&rsquo;une &oelig;uvre &agrave; l&rsquo;autre son univers zoomorphe s&rsquo;y glisse comme un malicieux intrus, en douceur. Le r&eacute;sultat est &eacute;tonnamment &eacute;quilibr&eacute; : les formes baroques rencontrent celles de son bestiaire taquin sans choquer l&rsquo;&oelig;il du spectateur.</p>
<p><br />
Ainsi se d&eacute;double le fil narratif de l&rsquo;image et nous y d&eacute;couvrons de nombreux d&eacute;tails suspects qui d&eacute;tournent le sens de l&rsquo;image chr&eacute;tienne. Un lapin &agrave; peine perceptible, cach&eacute; sous le manteau de la vierge, nous fait douter de son principal atout, sa chastet&eacute;. Cette connotation sexuelle s&rsquo;affirme lorsque notre &oelig;il revient &agrave; la forme phallique du tuyau d&rsquo;eau qu&rsquo;elle tient dans les mains et face &agrave; elle, au regard extasi&eacute; de l&rsquo;Indien. Dans une autre gravure, les &acirc;mes du Purgatoire br&ucirc;lent patiemment dans le feu &eacute;ternel et dressent leurs parapluies pour &eacute;viter que les flots de sang, qui coulent des blessures du Christ en croix, n&rsquo;&eacute;teignent les flammes. <br />
<em>Remiso </em><sup>8</sup> jusqu&rsquo;&agrave; la moelle, Toledo va jusqu&rsquo;&agrave; &eacute;voquer les grands p&ecirc;ch&eacute;s de l&rsquo;Eglise et l&rsquo;hypocrisie autour de la p&eacute;d&eacute;rastie. Dans l&rsquo;une de ces illustrations, saint Joseph tient son fils par la main droite. A l&rsquo;arri&egrave;re-plan, un &acirc;ne au rire ambigu brise la solennit&eacute; de la sc&egrave;ne. Apr&egrave;s une lecture attentive de l&rsquo;image, nous ne sommes pas certains de distinguer si le plaisir de la b&ecirc;te tient plus de l&rsquo;amusement que lui procure le jeu de<em> bal&eacute;ro </em>(jeu populaire mexicain), que de son intention de parvenir &agrave; sodomiser le saint.</p>
<p>Divers motifs et ornements additionn&eacute;s autour des sc&egrave;nes introduisent donc des modes de lectures multiples : des haricots ail&eacute;s ou en train de germer ornent les bordures baroques, des crabes mena&ccedil;ants, des l&eacute;zards musiciens, des putti aux corps de poulet, des &acirc;nes grotesques, des jambes provocatrices ou de vicieuses &acirc;mes du Purgatoire cohabitent dans la dimension grav&eacute;e. Ils rient, se moquent et menacent l&rsquo;ordre morale de la culture subjugu&eacute;e.</p>
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<p><strong>A lire sur nonfiction.fr :</strong></p>
<p>La critique du livre de Carlos Monsivais,<a title="Qui conna&icirc;t Carlos Monsiv&aacute;is en France ? Qui ne conna&icirc;t pas Carlos Monsiv&aacute;is au Mexique ?" href="http://www.nonfiction.fr/article-3715-qui_connait_carlos_monsivais_en_france__qui_ne_connait_pas_carlos_monsivais_au_mexique_.htm">Qui conna&icirc;t Carlos Monsiv&aacute;is en France ? Qui ne conna&icirc;t...</a>, par Isabelle Colrat</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Cf. Nizza SANTIAGO,<em> Le dicton populaire et le dessin politique mexicain au XIXe si&egrave;cle</em>. Article en ligne sur <a href="http://www.thes-arts.com">www.thes-arts.com</a><br />2 - Carlos MONSIVAIS, <em>Nouveau cat&eacute;chisme pour Indiens insoumis</em>, Villelongue-d'Aude, Atelier du Gu&eacute;, 2009<br />3 - Amass&eacute;e au fil des ann&eacute;es, la collection personnelle de l&rsquo;artiste fut l&eacute;gu&eacute;e &agrave; la communaut&eacute; d&rsquo;Oaxaca en 1988, lorsqu&rsquo;il fonda le mus&eacute;e &ndash; biblioth&egrave;que IAGO, actuel Instituto de Artes Gr&aacute;ficas de Oaxaca<br />4 - Arvil Gr&aacute;fica, novembre 1981<br />5 - Carlos MONSIVAIS, <em>Nuevo Catecismo para Indios Remisos</em>, M&eacute;xico, Era Ediciones, 1996<br />6 - Cf. Teresa DEL CONDE, &ldquo;Francisco Toledo como artista gr&aacute;fico&rdquo;, dans <em><span style="display: none" id="1283365270463S">&nbsp;</span>Anales del Instituto de Investigaciones Est&eacute;ticas, </em>M&eacute;xico, IIE &ndash; UNAM, 1989, vol. XV, n&uacute;m. 60, pp.143<br />7 - Pilar GONZALBO AIZPURU, &quot;Los medios y el mensaje. Educaci&oacute;n y asimilaci&oacute;n en la Nueva Espa&ntilde;a&rdquo;, dans Jean-Louis Guere&ntilde;a, <em>Image et transmission des savoirs dans les mondes hispaniques et hispano-am&eacute;ricains S&eacute;rie Etudes Hispaniques</em>, vol 19, Tours, Presses universitaires Fran&ccedil;ois-Rabelais, 2007, pp. 31 &ndash; 50<br />8 - insoumis en espagnol<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Exclusif : Bernard Kouchner d&#233;missionne la chercheuse Marie Mendras de la direction de la prospective du Minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3708-exclusif__bernard_kouchner_demissionne_la_chercheuse_marie_mendras_de_la_direction_de_la_prospective_du_ministere_des_affaires_etrangeres.htm</link>
         <description> La sp&#233;cialiste de la Russie, chercheuse au CERI, Marie Mendras a &#233;t&#233; d&#233;missionn&#233;e de la Direction de la Prospective du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res par Bernard Kouchner cette semaine. Elle avait &#233;t&#233; nomm&#233;e il y a environ huit mois &#224; ce poste. &quot;Elle n'a pas su trouver ses marques, ni compris ce qu'&#233;tait le m&#233;tier de diplomate, ni su comment on anime une direction d'administration centrale&quot;, affirme un membre de la Direction de la Prospective (DP). &quot;Elle a &#233;t&#233; nomm&#233;e dans une logique n&#233;oconservatrice, tr&#232;s typique d'une partie du cabinet de Bernard Kouchner, son directeur de cabinet en t&#234;te. Mais sur la Russie, comme sur le reste des dossiers, cette philosophie a fait long feu. Si on ajoute &#224; cela, le manque de comp&#233;tence de la directrice, ses faux-pas, ses crises d'autorit&#233;, on explique ais&#233;ment que Bernard Kouchner s'en d&#233;barrasse apr&#232;s quelques mois seulement. &quot;Elle aura &#233;t&#233; l'une des plus br&#232;ves directrices d'administration centrale de toute l'histoire du Quai d'Orsay&quot;, confirme un autre membre de la DP. &#13;&#10; Pierre Sellal, Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral du Quai d'Orsay, avait laiss&#233; entendre depuis plusieurs mois &#224; ses visiteurs que ses jours &#233;taient compt&#233;es. Une dizaine de chercheurs de haut niveau avaient d&#233;missionn&#233;, ou &#233;t&#233; abusivement licenci&#233;s, depuis l'arriv&#233;e de Mme Mendras, celle-ci s'attirant des critiques s&#233;v&#232;res de personnalit&#233;s aussi vari&#233;es qu'Olivier Roy, Gilles Kepel, Pierre Hassner ou des chercheurs de la DP. Mme Mendras aurait r&#233;clam&#233; un poste d'ambassadeur, selon diff&#233;rentes sources, mais &quot;elle devrait &#234;tre placardis&#233;e dans un non-poste aupr&#232;s du directeur de la non-encore cr&#233;&#233;e agence culturelle internationale&quot;, confirme-t-on de sources proches du ministre. C'est Joseph Ma&#239;la (chercheur, n&#233; en 1948, &#233;minent professeur de sociologie politique et de relations internationales, d'origine libanaise, sp&#233;cialiste du Moyen-Orient, ancien recteur de l'Institut catholique de Paris) qui devrait succ&#233;der &#224; Marie Mendras. Il dirigeait, depuis 2009, la direction du p&#244;le religion cr&#233;&#233;e au minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res par Bernard Kouchner, dont il est proche. &#13;&#10; &#62;  Lire notre enqu&#234;te sur la Direction de la prospective du Minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res que nous publions en parall&#232;le.   </description>
         <pubDate>08/29/10 22:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3708-exclusif__bernard_kouchner_demissionne_la_chercheuse_marie_mendras_de_la_direction_de_la_prospective_du_ministere_des_affaires_etrangeres.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>La sp&eacute;cialiste de la Russie, chercheuse au CERI, Marie Mendras a &eacute;t&eacute; d&eacute;missionn&eacute;e de la Direction de la Prospective du minist&egrave;re des Affaires &eacute;trang&egrave;res par Bernard Kouchner cette semaine. Elle avait &eacute;t&eacute; nomm&eacute;e il y a environ huit mois &agrave; ce poste. &quot;Elle n'a pas su trouver ses marques, ni compris ce qu'&eacute;tait le m&eacute;tier de diplomate, ni su comment on anime une direction d'administration centrale&quot;, affirme un membre de la Direction de la Prospective (DP). &quot;Elle a &eacute;t&eacute; nomm&eacute;e dans une logique n&eacute;oconservatrice, tr&egrave;s typique d'une partie du cabinet de Bernard Kouchner, son directeur de cabinet en t&ecirc;te. Mais sur la Russie, comme sur le reste des dossiers, cette philosophie a fait long feu. Si on ajoute &agrave; cela, le manque de comp&eacute;tence de la directrice, ses faux-pas, ses crises d'autorit&eacute;, on explique ais&eacute;ment que Bernard Kouchner s'en d&eacute;barrasse apr&egrave;s quelques mois seulement. &quot;Elle aura &eacute;t&eacute; l'une des plus br&egrave;ves directrices d'administration centrale de toute l'histoire du Quai d'Orsay&quot;, confirme un autre membre de la DP.</p>
<p>Pierre Sellal, Secr&eacute;taire G&eacute;n&eacute;ral du Quai d'Orsay, avait laiss&eacute; entendre depuis plusieurs mois &agrave; ses visiteurs que ses jours &eacute;taient compt&eacute;es. Une dizaine de chercheurs de haut niveau avaient d&eacute;missionn&eacute;, ou &eacute;t&eacute; abusivement licenci&eacute;s, depuis l'arriv&eacute;e de Mme Mendras, celle-ci s'attirant des critiques s&eacute;v&egrave;res de personnalit&eacute;s aussi vari&eacute;es qu'Olivier Roy, Gilles Kepel, Pierre Hassner ou des chercheurs de la DP. Mme Mendras aurait r&eacute;clam&eacute; un poste d'ambassadeur, selon diff&eacute;rentes sources, mais &quot;elle devrait &ecirc;tre placardis&eacute;e dans un non-poste aupr&egrave;s du directeur de la non-encore cr&eacute;&eacute;e agence culturelle internationale&quot;, confirme-t-on de sources proches du ministre. C'est Joseph Ma&iuml;la (chercheur, n&eacute; en 1948, &eacute;minent professeur de sociologie politique et de relations internationales, d'origine libanaise, sp&eacute;cialiste du Moyen-Orient, ancien recteur de l'Institut catholique de Paris) qui devrait succ&eacute;der &agrave; Marie Mendras. Il dirigeait, depuis 2009, la direction du p&ocirc;le religion cr&eacute;&eacute;e au minist&egrave;re des Affaires &eacute;trang&egrave;res par Bernard Kouchner, dont il est proche.</p>
<p>&gt; <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3707-prospective_strategique__quel_outil_pour_la_politique_etrangere_de_la_france_.htm">Lire notre enqu&ecirc;te sur la Direction de la prospective du Minist&egrave;re des Affaires Etrang&egrave;res que nous publions en parall&egrave;le.</a> </p> 
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      </item>
      <item>
         <title>Prospective strat&#233;gique : Quel outil pour la politique &#233;trang&#232;re de la France ?</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3707-prospective_strategique__quel_outil_pour_la_politique_etrangere_de_la_france_.htm</link>
         <description>  Au moment o&#249; l'actuelle directrice de la Direction de la prospective du Quai d'Orsay,  Marie Mendras,  quitte son poste, Nonfiction.fr, web-m&#233;dia d&#233;di&#233; aux id&#233;es, ouvre le chantier d'une r&#233;flexion globale sur la question des outils de prospective et d'analyse strat&#233;gique en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re. Dans cette premi&#232;re contribution, nous proposons l'id&#233;e d'un centre de prospective strat&#233;gique directement rattach&#233; au Pr&#233;sident de la R&#233;publique.  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Lire aussi :  Exclusif : Bernard Kouchner d&#233;missionne la chercheuse Marie Mendras de la direction de la prospective du Minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Toute politique &#233;trang&#232;re, plong&#233;e dans l'urgence du quotidien, la gestion des crises et des &#233;ch&#233;ances diplomatiques, a besoin d'une colonne vert&#233;brale, d'un cadre global de pens&#233;e d&#233;finissant les grands objectifs strat&#233;giques de l'action ext&#233;rieure &#233;tatique  1 . &#13;&#10; &#13;&#10;Pour r&#233;pondre &#224; ce besoin se sont d&#233;velopp&#233;es au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans la plupart des Etats des structures administratives d&#233;di&#233;es &#224; la prospection et aux analyses strat&#233;giques, suivant &quot;la conviction que la bureaucratie est inapte &#224; saisir les transformations du syst&#232;me international et que, entre l'impossibilit&#233; de pr&#233;dire l'avenir avec pr&#233;cision et la gestion au jour le jour d'une diplomatie, il y a une place pour la r&#233;flexion prospective, pour l'analyse et l'interpr&#233;tation du changement, pour l'imagination&quot;  2 . Car, dans un monde complexe aux probl&#233;matiques transversales, l&amp;rsquo;enjeu fondamental est bien, selon les termes de l'ancien Secr&#233;taire d'Etat am&#233;ricain Zbigniew Brzezinski, d&amp;rsquo;articuler la pens&#233;e avec l&amp;rsquo;action  3 . &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  1. Le dilemme du prospectiviste  &#13;&#10; &#13;&#10;Selon le politiste am&#233;ricain Lincoln P. Bloomfield, la prospective strat&#233;gique en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re requiert trois qualit&#233;s&#160;: 1) des projections sp&#233;culatives &#224; moyen terme (deux &#224; cinq ans) et &#224; long terme (huit &#224; dix ans)&#160;; 2) des analyses globales et transversales &quot; government-wide&quot; &#160;; 3) des challenges int&#233;gr&#233;s aux pr&#233;misses &#233;tablies de la politique &#233;trang&#232;re  4 . &#13;&#10; &#13;&#10;Tout organisme de prospective se voit, toutefois, confront&#233; &#224; un dilemme structurel. Il doit, d'une part, pour mener &#224; bien sa mission de prospective, s'assurer &#224; la fois de son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du minist&#232;re et d'un horizon de travail &#224; moyen et long terme et, d'autre part, afin que ses travaux aient un impact effectif, &#234;tre suffisamment influent aupr&#232;s du d&#233;cideur politique. Mais plus il gagne en influence sur le ministre, plus il perd en qualit&#233; de prospective. Car en effet, pour &#234;tre influent, il doit s'aligner sur ce qui est pertinent pour le politique, soit les probl&#232;mes sectoriels de court-terme  5 . L. Bloomfield d&#233;compose la probl&#233;matique de la prospective en trois points : 1) le dilemme entre l&amp;rsquo;isolement et l&amp;rsquo;implication ; 2) la n&#233;cessit&#233; d&amp;rsquo;un ministre int&#233;ress&#233; aux aspects conceptuels ; 3) l&amp;rsquo;incertitude chronique de l&amp;rsquo;influence de l'organisme de prospective et de ses travaux  6 . &#13;&#10; &#13;&#10;Le probl&#232;me essentiel r&#233;side, selon L. Bloomfield, en ce que, face &#224; ce dilemme, tout organisme de prospective a tendance &#224; plier sous les imp&#233;ratifs bureaucratiques de maximisation d&amp;rsquo;influence aupr&#232;s d'agents minist&#233;riels tenus de mettre en &amp;oelig;uvre les politiques dict&#233;es par les dirigeants &#233;lus  7 . Z. Brzezinski pointe lui aussi cette tendance &#224; glisser du &quot; purpose planning&quot; &#160;(soit l&amp;rsquo;instillation d&amp;rsquo;objectifs globaux et strat&#233;giques dans la d&#233;finition de la politique &#233;trang&#232;re) au &quot; problem-planning&quot; &#160;(soit la recherche de solutions &#224; des probl&#232;mes diplomatiques sp&#233;cifiques et contingents)  8 . Henry Kissinger relevait de m&#234;me le biais du  Policy Planning Staff  am&#233;ricain de d&#233;velopper des conceptions communes simplement transpos&#233;es dans le futur, contre la recherche de v&#233;ritables innovations conceptuelles  9 .  &#13;&#10; &#13;&#10;Toute la question est donc de cr&#233;er un organisme de prospective strat&#233;gique qui soit &#224; la fois proche du ministre mais capable d'&#234;tre critique vis-&#224;-vis de la politique minist&#233;rielle, b&#233;n&#233;ficiant d'un acc&#232;s effectif aux informations et au processus d&#233;cisionnel, mais sans &#234;tre pris dans les vicissitudes de la bureaucratie des services, prot&#233;g&#233; en quelque sorte de la pression de la gestion diplomatique quotidienne. La difficult&#233; r&#233;side principalement dans la capacit&#233; d'un tel organisme &#224; pr&#233;server un horizon de travail de moyen et de long terme, &#224; tout le moins de 3-5 ans selon la dur&#233;e de vie d'un ministre sous le r&#233;gime du quinquennat, sans glisser vers l'horizon semestriel des services. Une autre difficult&#233; est de faire admettre l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t d&amp;rsquo;&#233;tudes de fond transversales de moyen et de long terme, contre les poncifs de la critique bureaucratique qualifiant ce type de travaux de &quot;th&#233;oriques&quot;, donc &quot;non r&#233;alistes&quot;, c'est-&#224;-dire &quot;non pertinents&quot; car &quot;non op&#233;ratoires&quot;. &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10;  2. Du Centre d'analyse et de pr&#233;vision &#224; la Direction de la prospective  &#13;&#10; &#13;&#10;En 1973, longtemps apr&#232;s le  Policy Planning Staff  am&#233;ricain cr&#233;&#233; en 1947 sur la demande du Secr&#233;taire d'Etat George Marshall et dont le premier directeur fut George Kennan  10 , fut institu&#233; le Centre d'analyse et de pr&#233;vision (CAP)  11 . &#13;&#10; &#13;&#10;L'id&#233;e fut initialement lanc&#233;e par Michel Debr&#233; en 1968 pour doter le Quai d'Orsay d'un organisme analogue au Centre de prospective et d'&#233;valuation (CPE) du minist&#232;re de la D&#233;fense nationale, existant depuis 1965. L'id&#233;e restera un temps sans suite, mais sera finalement reprise et d&#233;velopp&#233;e au Commissariat g&#233;n&#233;ral du Plan par deux jeunes charg&#233;s de mission, Thierry de Montbrial  12  et Jean-Louis Gergorin  13 , qui proposent de renouveler les m&#233;thodes d'analyse et de pr&#233;vision des probl&#232;mes internationaux en s'inspirant des m&#233;thodes de l'administration am&#233;ricaine, notamment dans les domaines de la strat&#233;gie et de l'&#233;conomie. &#13;&#10; &#13;&#10;J.-L. Gergorin r&#233;dige un rapport en 1972 remis &#224; Michel Jobert, Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Elys&#233;e, puis ministre des Affaires &#233;trang&#232;res &#224; partir de 1973. Contrairement &#224; l'id&#233;e qui lui &#233;tait soumise de cr&#233;er une direction d'&#233;tudes rattach&#233;e au secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, il opte pour une cellule ind&#233;pendante, peu nombreuse, compos&#233;e de jeunes experts (moyenne d'&#226;ge de 29 ans), directement rattach&#233;e au ministre, et en fixe le principe : production d'&#233;tudes pr&#233;visionnelles sur l'&#233;volution &#224; moyen terme et long termes d'un secteur du contexte international, dans tous ses aspects diplomatique, &#233;conomique et militaire, en coop&#233;ration avec les services, les postes diplomatiques et des experts ext&#233;rieurs. Thierry de Montbrial et Jean-Louis Gergorin sont alors respectivement chef et adjoint au chef du tout nouveau CAP.  &#13;&#10; &#13;&#10;Le CAP refuse de se laisser enfermer dans une fonction d'expertise du pr&#233;visionnel &#224; moyen et long terme, d&#233;connect&#233; de l'actualit&#233; diplomatique, comme le souhaitaient les services, et parvient &#224; faire accepter une conception privil&#233;giant les &#233;tudes des probl&#232;mes actuels. Toutefois, en interne, deux visions sont en concurrences : un CAP &quot;en premi&#232;re ligne&quot; ou &quot;CAP-presse bouton&quot;, uniquement d&#233;di&#233; aux demandes pressantes du ministre, contre un CAP &quot;&#224; deux vitesses&quot;, se m&#233;nageant de l'espace pour des &#233;tudes &quot;lourdes&quot; pour pr&#233;server une distinction fonctionnelle par rapport aux services. Dans les faits, la deuxi&#232;me conception s'impose. &#13;&#10; &#13;&#10;Apr&#232;s le d&#233;part de Michel Jobert, ses successeurs au Quai d'Orsay ne remettent pas en cause l'existence du CAP, malgr&#233; la pression interne des services. Le CAP gagne au contraire en reconnaissance, notamment en mati&#232;re d'acc&#232;s &#224; l'information et aux r&#233;unions : gr&#226;ce &#224; l'action de Maurice Ulrich, alors directeur de cabinet de Jean Sauvagnargues puis de Louis de Guiringaud, le chef du CAP participe &#224; la r&#233;union des directeurs. En 1976, &#224; l'occasion de la pr&#233;paration de la loi de programmation militaire 1977-1978, est institu&#233;e une nouvelle cat&#233;gorie de conseil de d&#233;fense, intitul&#233;e &quot;s&#233;curit&#233; internationale&quot;, dont le chef du CAP fait partie. Le CAP joue alors un r&#244;le de plus en plus majeur dans la d&#233;finition de la politique nucl&#233;aire de la France, notamment en critiquant la strat&#233;gie de la &quot;sanctuarisation&quot; nucl&#233;aire &amp;ndash; se pronon&#231;ant en faveur d'une d&#233;fense int&#233;grant la dimension europ&#233;enne &amp;ndash; et en l'infl&#233;chissant vers la non-prolif&#233;ration. &#13;&#10; &#13;&#10;Le CAP est, avec l'arriv&#233;e de  Jean Fran&#231;ois-Poncet  &#224; la t&#234;te du Quai d'Orsay, &#233;troitement associ&#233; &#224; la prise de d&#233;cision quotidienne du ministre, au d&#233;triment de son travail de fond. Jean-Louis Gergorin, alors chef du CAP, devient un des conseillers les plus proches du ministre. Le CAP critique alors le gouvernement pour ne pas avoir compris le caract&#232;re expansionniste de la politique &#233;trang&#232;re sovi&#233;tique, et pr&#244;ne un langage de fermet&#233; &#224; l'&#233;gard de l'URSS. L'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir et de Claude Cheysson au Quai d'Orsay, voit le CAP retrouver son r&#244;le premier, plus distanci&#233; du quotidien et davantage concentr&#233; sur les &#233;tudes de fond, tout en conservant J.-L. Gergorin &#224; sa t&#234;te. En revanche, J.-L. Gergorin se rapproche fortement de l'Etat major de l'Elys&#233;e qui lui commande des &#233;tudes lourdes sur le neutralisme, le pacifisme, les relations &#233;conomiques Est-Ouest, les Euro-missiles et l'Am&#233;rique latine. &#13;&#10; &#13;&#10;Au gr&#233; de ses directeurs successifs et de leur relation privil&#233;gi&#233;e (par exemple Michel Foucher et Hubert V&#233;drine) ou non avec le ministre, le CAP vit ainsi son influence varier, de m&#234;me que sa position entre un CAP &quot;presse-bouton&quot; ou &quot;&#224; deux vitesses&quot;. &#13;&#10; &#13;&#10;En 2009, dans la ligne des propositions du  Livre blanc sur la politique &#233;trang&#232;re et europ&#233;enne de la France (2008-2020) , pr&#233;sid&#233; par Alain Jupp&#233; et Louis Schweitzer, le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res et europ&#233;ennes Bernard Kouchner rebaptise le CAP en Direction de la prospective (DP), marquant &amp;ndash; du moins dans le symbole &amp;ndash; une int&#233;gration accrue de l'ancien CAP aux services du minist&#232;re. R&#233;elle innovation pour les uns ou pure cosm&#233;tique pour les autres &amp;ndash; majoritaires &amp;ndash;, c'est la personnalit&#233; de la directrice de la DP, Marie Mendras, sp&#233;cialiste de la Russie, qui semble poser probl&#232;me. On lui reproche son manque de culture en relations internationales, sortie de la Russie, son inexp&#233;rience administrative et son d&#233;faut de sens politique. Joseph Ma&#239;la, sp&#233;cialiste du Moyen-Orient et actuel responsable du p&#244;le religion de la DP, est pressenti pour lui succ&#233;der &#224; la t&#234;te de la DP, d&#233;but septembre 2010. &#13;&#10;  &#13;&#10; 3. Pour un centre de prospective strat&#233;gique rattach&#233; directement au Pr&#233;sident de la R&#233;publique  &#13;&#10; &#13;&#10;Les difficult&#233;s li&#233;es &#224; l'actuelle directrice de la DP souligne l'importance fondamentale du profil du directeur de tout centre de prospective et de son lien de confiance avec le ministre, duquel d&#233;pend sa cr&#233;dibilit&#233; aupr&#232;s des services, et ainsi de sa capacit&#233; &#224; &#234;tre int&#233;gr&#233; au sein du processus d&#233;cisionnel et &#224; peser  in fine  dans la d&#233;finition de l'action men&#233;e par le minist&#232;re. &#13;&#10; &#13;&#10;Or, du fait de sa nature particuli&#232;re alli&#233;e &#224; la logique de la Ve R&#233;publique, la politique &#233;trang&#232;re de la France se d&#233;finit avant tout &#224; l'Elys&#233;e, le Quai d'Orsay mettant en musique les lignes trac&#233;es par la pr&#233;sidence de la R&#233;publique &amp;ndash; avec une contribution plus ou moins grande du ministre des Affaires &#233;trang&#232;res selon la pratique du pouvoir &#233;lys&#233;en &amp;ndash; et g&#233;rant le quotidien diplomatique. &#13;&#10; &#13;&#10;Donner un cadre strat&#233;gique global &#224; la politique &#233;trang&#232;re de la France n&#233;cessite donc d'instituer un centre de prospective directement rattach&#233; au pr&#233;sident de la R&#233;publique, en lien &#233;troit avec la cellule diplomatique de l'Elys&#233;e, comme cela a pu &#234;tre le cas avec la pr&#233;sence &#224; l'Elys&#233;e du Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral aux Affaires europ&#233;ennes du temps d'Elisabeth Guigou et, de mani&#232;re conjoncturelle, avec J.-L. Gergorin pour le CAP. La transversalit&#233;, donc l'inter-services et surtout l'inter-minist&#233;riel, ne peut s'articuler qu'au centre de commande, &#224; l'Elys&#233;e pour la d&#233;fense et la diplomatie, &#224; Matignon pour l'&#233;conomique et le social. &#13;&#10; &#13;&#10;Une telle id&#233;e se heurte &#224; la critique de l'inad&#233;quation &quot;m&#233;canique&quot; d'un tel centre de prospective au sein de l'Elys&#233;e, continuellement plong&#233; dans la pr&#233;paration des sommets et la gestion des crises g&#233;opolitiques, l'endroit idoine pour la prospective &#233;tant alors par nature le Quai d'Orsay. Mais c'est peut &#234;tre mal formuler le probl&#232;me, qui n'est pas celui d'une concurrence entre l'actuelle DP et l'&#233;ventuel centre de prospective strat&#233;gique rattach&#233; au Pr&#233;sident de la R&#233;publique. La Direction de la prospective a toute sa pertinence au Quai d'Orsay, chaque minist&#232;re r&#233;galien se devant de poss&#233;der en son sein un tel outil pour l'action du ministre et des services &amp;ndash; on pourra ainsi regretter que le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur ait jug&#233; bon de mettre fin &#224; sa structure de prospective. &#13;&#10; &#13;&#10;La plus-value de la Direction de la prospective est ind&#233;niable : une fonction d'ouverture intellectuelle, par l'impr&#233;gnation (directement ou par capillarit&#233;) du Quai d'Orsay de r&#233;flexions de fond, en lien avec les universitaires et les autres centres de prospectives &#233;trangers, une fonction de &quot;poil-&#224;-gratter&quot;, salutaire pour toute politique publique, et enfin un pr&#233;cieux outil de production &#224; disposition du ministre. La Direction de la prospective, comme cela &#233;tait voulu par les p&#232;res du CAP, b&#233;n&#233;ficie d'une capacit&#233; d'influence au Quai d'Orsay du fait de sa cr&#233;dibilit&#233; et de sa participation aux processus d&#233;cisionnels, plus ou moins forte selon de directeur de la DP, ce qui lui permet d'&#234;tre tourn&#233;e vers l'action, en &#233;vitant l'&#233;cueil de la prospective comme exercice intellectuel sans autre but que lui m&#234;me. &#13;&#10; &#13;&#10;Toutefois, cela l'enserre dans le temps du pr&#233;visible (l'horizon semestriel) et le temps de l'administration (un &#224; trois ans), ne pouvant alors v&#233;ritablement s'occuper du moyen terme (3 &#224; 5 ans) et du long terme (5 ans et plus). &#13;&#10; &#13;&#10;Le paradoxe du prospectiviste semble se v&#233;rifier. Sauf si l'on consid&#232;re que le lieu de la prospective &#224; moyen et long terme, en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re, d'une prospective moins tourn&#233;e vers l'action en cours mais vers l'&#233;laboration de cadres conceptuels globaux, n'est pas le Quai d'Orsay mais un lieu relativement autonome et directement rattach&#233; &#224; l'Elys&#233;e.  &#13;&#10; &#13;&#10;Un telle division du travail permettrait sans doute &#224; la Direction de la prospective d'&#234;tre plus au clair sur le p&#233;rim&#232;tre de sa mission et de sa position au sein de la machine diplomatique du Quai d'Orsay, de sortir de sa situation de &quot;cul entre deux chaises&quot;, selon les termes d'un membre de la DP pour illustrer sa position flottante, n'&#233;tant ni un  think tank  ind&#233;pendant, ni pleinement dans l'op&#233;rationnel en raison d'un certain phagocytage de la part des services. Cot&#233; Elys&#233;e, o&#249; l'on sait que les grandes d&#233;cisions en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re s'&#233;laborent &#224; quatre ou cinq personnes, un tel outil de prospective strat&#233;gique permettrait d'insuffler davantage de coh&#233;rence et de continuit&#233;, et d&amp;rsquo;infl&#233;chir &quot;la propension de la France &#224; d&#233;cider &#224; la derni&#232;re minute, sa r&#233;ticence &#224; exprimer publiquement une strat&#233;gie, sa culture du secret, l&amp;rsquo;absence d&amp;rsquo;habitude de son administration &#224; coucher par &#233;crit, f&#251;t-ce de mani&#232;re exploratoire, des &#233;l&#233;ments de doctrine (&amp;hellip;)&quot;  14 . &#13;&#10; &#13;&#10;D'autant plus que l'on sait maintenant qu'un tel travail de prospective strat&#233;gique n&#233;cessite un lien personnel &#233;troit entre le d&#233;cideur politique et le directeur de la structure de prospective, ce qui implique dans une certaine mesure une dose de politisation du poste, politisation plus &#224; m&#234;me de se faire dans le cadre &#233;lys&#233;en en raison de la conception fran&#231;aise de l'administration, en opposition au spoils system am&#233;ricain. &#13;&#10; &#13;&#10;D'autre part, comme le souligne Fr&#233;d&#233;rique Leichter qui a travaill&#233; au CAP sur les questions de droits de l'homme et de racisme, de plus en plus de probl&#233;matiques rel&#232;vent &#224; la fois du niveau international et du niveau domestique. Ainsi l'environnement ou la culture  15 , sans parler des questions europ&#233;ennes. &#13;&#10; &#13;&#10;La question n'est pas de choisir entre une fonction de prospective totalement ind&#233;pendante des pouvoirs publics &amp;ndash; fonction relevant des  think tanks , ce qui pose au passage le probl&#232;me fondamental de la faiblesse du paysage des  think tanks  en France &amp;ndash; ou une structure de conseil diplomatique aupr&#232;s du Pr&#233;sident, mais de doter la Pr&#233;sidence de la R&#233;publique d'un outil de r&#233;flexion conceptuelles et prospectives, &#224; la mani&#232;re du Conseil d'analyse strat&#233;gique ou plus encore du Conseil d'analyse &#233;conomique (tous deux rattach&#233;s au Premier ministre), alliant proximit&#233; avec le centre de commande, relative ind&#233;pendance, et ouverture sur la recherche universitaire. &#13;&#10; &#13;&#10;Enfin, un tel centre de prospective strat&#233;gique, reli&#233; directement au c&amp;oelig;ur d&#233;cisionnel et ouvert sur l'universit&#233; et les autres experts, serait sans doute un outil idoine pour l'&#233;laboration de livres blancs sur la politique &#233;trang&#232;re. &#13;&#10; &#13;&#10;Un centre de prospective strat&#233;gique rattach&#233; au Pr&#233;sident de la R&#233;publique devrait, selon nous, r&#233;pondre aux qualit&#233;s suivantes. En premier lieu, celle de b&#233;n&#233;ficier d&amp;rsquo;une grande proximit&#233; avec le Pr&#233;sident, celui-ci nommant directement le directeur du centre, une personne en qui il a toute confiance. Un tel centre doit &#234;tre une structure ind&#233;pendante, mais ayant acc&#232;s au processus d&#233;cisionnel, notamment aux r&#233;unions &#233;lys&#233;ennes, par la pr&#233;sence du directeur du centre. Il devrait &#233;galement poss&#233;der le pouvoir de d&#233;finir en partie son propre agenda (&#224; cot&#233; des commandes pr&#233;sidentielles). Quant &#224; sa composition, l'exp&#233;rience montre qu'il faut privil&#233;gier une structure l&#233;g&#232;re, d'une vingtaine de membres, sur le mod&#232;le de la DP : &#224; cot&#233; de la direction (directeur, directeurs-adjoints et secr&#233;tariat), le centre devrait &#234;tre compos&#233; majoritairement de personnalit&#233;s exterieures (universitaires, journalistes, associatifs, praticiens du priv&#233; et autres experts), sous contrat, &#224; temps plein, de courte ou de moyenne dur&#233;e (de quelques mois &#224; quelques ann&#233;es, 4-5 ans maximum), non renouvelables (pour &#233;viter la constitution de &quot;mandarinat&quot; par secteur de savoir). Il pourrait &#233;galement, dans une d&#233;marche de soutien &#224; la recherche, pr&#233;voir un contingent de bourses fl&#233;ch&#233;es et d'aides &#224; la mobilit&#233; &#224; destination des chercheurs. Il fonctionnerait selon une logique coll&#233;giale. La question de la publicit&#233; de ses rapports doit &#234;tre pos&#233;e. On comprend que certains rapports devraient pouvoir &#234;tre gard&#233;s secret, afin de rendre possible une pleine ind&#233;pendance critique, notamment lorsqu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;&#233;valuation des choix de politique &#233;trang&#232;re en cours. Enfin, une des fonctions majeures d'un tel centre de prospective strat&#233;gique serait de piloter l'&#233;laboration de livres blancs sur la politique &#233;trang&#232;re fran&#231;aise, en faisant le lien entre l'Elys&#233;e, l'administration diplomatique, l'universit&#233;, les  think tanks  et le Parlement. &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; &#13;&#10; * Cet article s'appuie sur   demi-douzaine   d'entretiens avec des membres, anciens et actuels, de la Direction de la prospective. Nous les remercions vivement pour leur aimable disponibilit&#233;, leurs explications et leurs r&#233;flexions sur la prospective en g&#233;n&#233;ral et sur notre proposition en particulier, avec un regard critique ou favorable, toujours enrichissant.  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#62; Lire aussi :  Exclusif  : Bernard Kouchner d&#233;missionne la chercheuse Marie Mendras de la  direction de la prospective du Minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res  &#13;&#10; &#160;   Notes :  1 - Cet article s'appuie sur une demi-douzaine d'entretiens avec des membres, anciens et actuels, de la Direction de la prospective. Nous les remercions vivement pour leur aimable disponibilit&#233;, leurs explications et leurs r&#233;flexions sur la prospective en g&#233;n&#233;ral et sur notre proposition en particulier, avec un regard critique ou favorable, toujours enrichissant. 2 - Samy Cohen, &quot;Prospective et politique &#233;trang&#232;re : le Centre d'analyse et de pr&#233;vision du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res&quot;,  Revue fran&#231;aise de science politique , 32 (6), 1982, p. 1055-1076. 3 - &quot; To fuse thought with action&quot; &#160;Cf. Zbigniew Brzezinski, &quot;Purpose and Planning in Foreign Policy&quot;,  The Public Interest , hivers 1969, p. 52-73. 4 - Cf. Lincoln P. Bloomfield, &quot;Planning Foreign Policy : Can It Be Done?&quot;,  Political Science Quarterly , 93 (3), 1978, p. 369-391. 5 - Cf. Bloomfield,  op. cit.  6 - Bloomfield,  op. cit. , spec. p. 370. 7 - Bloomfield, op. cit., spec. p. 370. 8 - &quot; Foreign policy by momentum must yield to foreign policy by volition&quot; , in Brzezinski,  op. cit. , spec. p. 73. 9 - &quot;What passes for planning is frequently the projection of the familiar into the future (&amp;hellip;) Planning staffs proliferate (&amp;hellip;) since planning staffs have a high incentive to try to be &amp;lsquo;useful&amp;rsquo;, there is a bias against novel conceptions (&amp;hellip;) true innovation is bound to run counter to prevailing standards&quot;, in Henri Kissinger, &amp;ldquo;Domestic Structure and Foreign Policy&amp;rdquo;,  Daedalus , printemps 1966, p. 503-529. 10 - C'est la politiste Anne-Marie Slaughter qui dirige actuellement le  Policy Planning Staff  (PPS ou S/P) qui est compos&#233; de 27 membres. 11 - Notre historique du CAP puise abondamment dans l'article de Samy Cohen,  op. cit.  12 - Polytechnicien, membre du corps des Mines, fondateur de l'Institut fran&#231;ais des relations internationales (IFRI), actuel directeur de la revue  Politique &#233;trang&#232;re , membre du conseil du Centre d'&#233;tudes prospectives et d'informations internationales (CEPII), membre de l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques (section g&#233;n&#233;rale), dont il fut pr&#233;sident en 2001. 13 - Polytechnicien et &#233;narque, il &#233;tait, avant l'affaire &quot;Clearstream&quot;, directeur de la coordination strat&#233;gique du groupe EADS, l'un des rares fran&#231;ais admis &#224; la RAND corporation, et &#233;galement membre du conseil d'administration de l'Institut de relations internationales et strat&#233;giques (IRIS). 14 - Amiral Jacques Lanxade et Nicolas Tenzer,  Organiser la politique europ&#233;enne et internationale de la France. Rapport du groupe pr&#233;sid&#233; par Jacques Lanxade , Commissariat g&#233;n&#233;ral au Plan, La Documentation fran&#231;aise, 2002. 15 - Sur l'importance de la diplomatie culturelle, voir : Fr&#233;d&#233;ric Martel, &quot; Culture : pourquoi la France va perdre la bataille du &quot; soft power &quot; &quot;,  Terra Nova , 31.03.2010 ; Fran&#231;ois Scheer, Bertrand Dufourcq et Lo&#239;c Hennekinne, &quot; Le Quai, outil vital d'une diplomatie efficace &quot;,  Le Monde , 24.08.2010. </description>
         <pubDate>08/29/10 18:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3707-prospective_strategique__quel_outil_pour_la_politique_etrangere_de_la_france_.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p><em>Au moment o&ugrave; l'actuelle directrice de la Direction de la prospective du Quai d'Orsay, <a href="http://Lire aussi : Exclusif : Bernard Kouchner d&eacute;missionne la chercheuse Marie Mendras de la direction de la prospective du Minist&egrave;re des Affaires Etrang&egrave;res">Marie Mendras,</a> quitte son poste, Nonfiction.fr, web-m&eacute;dia d&eacute;di&eacute; aux id&eacute;es, ouvre le chantier d'une r&eacute;flexion globale sur la question des outils de prospective et d'analyse strat&eacute;gique en mati&egrave;re de politique &eacute;trang&egrave;re. Dans cette premi&egrave;re contribution, nous proposons l'id&eacute;e d'un centre de prospective strat&eacute;gique directement rattach&eacute; au Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Lire aussi : <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3708-exclusif__bernard_kouchner_demissionne_la_chercheuse_marie_mendras_de_la_direction_de_la_prospective_du_ministere_des_affaires_etrangeres.htm">Exclusif : Bernard Kouchner d&eacute;missionne la chercheuse Marie Mendras de la direction de la prospective du Minist&egrave;re des Affaires Etrang&egrave;res</a></p>
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<p>Toute politique &eacute;trang&egrave;re, plong&eacute;e dans l'urgence du quotidien, la gestion des crises et des &eacute;ch&eacute;ances diplomatiques, a besoin d'une colonne vert&eacute;brale, d'un cadre global de pens&eacute;e d&eacute;finissant les grands objectifs strat&eacute;giques de l'action ext&eacute;rieure &eacute;tatique <sup>1</sup>.<br />
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Pour r&eacute;pondre &agrave; ce besoin se sont d&eacute;velopp&eacute;es au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans la plupart des Etats des structures administratives d&eacute;di&eacute;es &agrave; la prospection et aux analyses strat&eacute;giques, suivant &quot;la conviction que la bureaucratie est inapte &agrave; saisir les transformations du syst&egrave;me international et que, entre l'impossibilit&eacute; de pr&eacute;dire l'avenir avec pr&eacute;cision et la gestion au jour le jour d'une diplomatie, il y a une place pour la r&eacute;flexion prospective, pour l'analyse et l'interpr&eacute;tation du changement, pour l'imagination&quot; <sup>2</sup>. Car, dans un monde complexe aux probl&eacute;matiques transversales, l&rsquo;enjeu fondamental est bien, selon les termes de l'ancien Secr&eacute;taire d'Etat am&eacute;ricain Zbigniew Brzezinski, d&rsquo;articuler la pens&eacute;e avec l&rsquo;action <sup>3</sup>.<br />
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<strong> 1. Le dilemme du prospectiviste</strong><br />
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Selon le politiste am&eacute;ricain Lincoln P. Bloomfield, la prospective strat&eacute;gique en mati&egrave;re de politique &eacute;trang&egrave;re requiert trois qualit&eacute;s&nbsp;: 1) des projections sp&eacute;culatives &agrave; moyen terme (deux &agrave; cinq ans) et &agrave; long terme (huit &agrave; dix ans)&nbsp;; 2) des analyses globales et transversales &quot;<em>government-wide&quot;</em>&nbsp;; 3) des challenges int&eacute;gr&eacute;s aux pr&eacute;misses &eacute;tablies de la politique &eacute;trang&egrave;re <sup>4</sup>.<br />
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Tout organisme de prospective se voit, toutefois, confront&eacute; &agrave; un dilemme structurel. Il doit, d'une part, pour mener &agrave; bien sa mission de prospective, s'assurer &agrave; la fois de son ind&eacute;pendance vis-&agrave;-vis du minist&egrave;re et d'un horizon de travail &agrave; moyen et long terme et, d'autre part, afin que ses travaux aient un impact effectif, &ecirc;tre suffisamment influent aupr&egrave;s du d&eacute;cideur politique. Mais plus il gagne en influence sur le ministre, plus il perd en qualit&eacute; de prospective. Car en effet, pour &ecirc;tre influent, il doit s'aligner sur ce qui est pertinent pour le politique, soit les probl&egrave;mes sectoriels de court-terme <sup>5</sup>. L. Bloomfield d&eacute;compose la probl&eacute;matique de la prospective en trois points : 1) le dilemme entre l&rsquo;isolement et l&rsquo;implication ; 2) la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;un ministre int&eacute;ress&eacute; aux aspects conceptuels ; 3) l&rsquo;incertitude chronique de l&rsquo;influence de l'organisme de prospective et de ses travaux <sup>6</sup>.<br />
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Le probl&egrave;me essentiel r&eacute;side, selon L. Bloomfield, en ce que, face &agrave; ce dilemme, tout organisme de prospective a tendance &agrave; plier sous les imp&eacute;ratifs bureaucratiques de maximisation d&rsquo;influence aupr&egrave;s d'agents minist&eacute;riels tenus de mettre en &oelig;uvre les politiques dict&eacute;es par les dirigeants &eacute;lus <sup>7</sup>. Z. Brzezinski pointe lui aussi cette tendance &agrave; glisser du &quot;<em>purpose planning&quot;</em>&nbsp;(soit l&rsquo;instillation d&rsquo;objectifs globaux et strat&eacute;giques dans la d&eacute;finition de la politique &eacute;trang&egrave;re) au &quot;<em>problem-planning&quot;</em>&nbsp;(soit la recherche de solutions &agrave; des probl&egrave;mes diplomatiques sp&eacute;cifiques et contingents) <sup>8</sup>. Henry Kissinger relevait de m&ecirc;me le biais du <em>Policy Planning Staff</em> am&eacute;ricain de d&eacute;velopper des conceptions communes simplement transpos&eacute;es dans le futur, contre la recherche de v&eacute;ritables innovations conceptuelles <sup>9</sup>. <br />
<br />
Toute la question est donc de cr&eacute;er un organisme de prospective strat&eacute;gique qui soit &agrave; la fois proche du ministre mais capable d'&ecirc;tre critique vis-&agrave;-vis de la politique minist&eacute;rielle, b&eacute;n&eacute;ficiant d'un acc&egrave;s effectif aux informations et au processus d&eacute;cisionnel, mais sans &ecirc;tre pris dans les vicissitudes de la bureaucratie des services, prot&eacute;g&eacute; en quelque sorte de la pression de la gestion diplomatique quotidienne. La difficult&eacute; r&eacute;side principalement dans la capacit&eacute; d'un tel organisme &agrave; pr&eacute;server un horizon de travail de moyen et de long terme, &agrave; tout le moins de 3-5 ans selon la dur&eacute;e de vie d'un ministre sous le r&eacute;gime du quinquennat, sans glisser vers l'horizon semestriel des services. Une autre difficult&eacute; est de faire admettre l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t d&rsquo;&eacute;tudes de fond transversales de moyen et de long terme, contre les poncifs de la critique bureaucratique qualifiant ce type de travaux de &quot;th&eacute;oriques&quot;, donc &quot;non r&eacute;alistes&quot;, c'est-&agrave;-dire &quot;non pertinents&quot; car &quot;non op&eacute;ratoires&quot;.<br />
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<strong> 2. Du Centre d'analyse et de pr&eacute;vision &agrave; la Direction de la prospective</strong><br />
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En 1973, longtemps apr&egrave;s le <em>Policy Planning Staff</em> am&eacute;ricain cr&eacute;&eacute; en 1947 sur la demande du Secr&eacute;taire d'Etat George Marshall et dont le premier directeur fut George Kennan <sup>10</sup>, fut institu&eacute; le Centre d'analyse et de pr&eacute;vision (CAP) <sup>11</sup>.<br />
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L'id&eacute;e fut initialement lanc&eacute;e par Michel Debr&eacute; en 1968 pour doter le Quai d'Orsay d'un organisme analogue au Centre de prospective et d'&eacute;valuation (CPE) du minist&egrave;re de la D&eacute;fense nationale, existant depuis 1965. L'id&eacute;e restera un temps sans suite, mais sera finalement reprise et d&eacute;velopp&eacute;e au Commissariat g&eacute;n&eacute;ral du Plan par deux jeunes charg&eacute;s de mission, Thierry de Montbrial <sup>12</sup> et Jean-Louis Gergorin <sup>13</sup>, qui proposent de renouveler les m&eacute;thodes d'analyse et de pr&eacute;vision des probl&egrave;mes internationaux en s'inspirant des m&eacute;thodes de l'administration am&eacute;ricaine, notamment dans les domaines de la strat&eacute;gie et de l'&eacute;conomie.<br />
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J.-L. Gergorin r&eacute;dige un rapport en 1972 remis &agrave; Michel Jobert, Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de l'Elys&eacute;e, puis ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res &agrave; partir de 1973. Contrairement &agrave; l'id&eacute;e qui lui &eacute;tait soumise de cr&eacute;er une direction d'&eacute;tudes rattach&eacute;e au secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral, il opte pour une cellule ind&eacute;pendante, peu nombreuse, compos&eacute;e de jeunes experts (moyenne d'&acirc;ge de 29 ans), directement rattach&eacute;e au ministre, et en fixe le principe : production d'&eacute;tudes pr&eacute;visionnelles sur l'&eacute;volution &agrave; moyen terme et long termes d'un secteur du contexte international, dans tous ses aspects diplomatique, &eacute;conomique et militaire, en coop&eacute;ration avec les services, les postes diplomatiques et des experts ext&eacute;rieurs. Thierry de Montbrial et Jean-Louis Gergorin sont alors respectivement chef et adjoint au chef du tout nouveau CAP. <br />
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Le CAP refuse de se laisser enfermer dans une fonction d'expertise du pr&eacute;visionnel &agrave; moyen et long terme, d&eacute;connect&eacute; de l'actualit&eacute; diplomatique, comme le souhaitaient les services, et parvient &agrave; faire accepter une conception privil&eacute;giant les &eacute;tudes des probl&egrave;mes actuels. Toutefois, en interne, deux visions sont en concurrences : un CAP &quot;en premi&egrave;re ligne&quot; ou &quot;CAP-presse bouton&quot;, uniquement d&eacute;di&eacute; aux demandes pressantes du ministre, contre un CAP &quot;&agrave; deux vitesses&quot;, se m&eacute;nageant de l'espace pour des &eacute;tudes &quot;lourdes&quot; pour pr&eacute;server une distinction fonctionnelle par rapport aux services. Dans les faits, la deuxi&egrave;me conception s'impose.<br />
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Apr&egrave;s le d&eacute;part de Michel Jobert, ses successeurs au Quai d'Orsay ne remettent pas en cause l'existence du CAP, malgr&eacute; la pression interne des services. Le CAP gagne au contraire en reconnaissance, notamment en mati&egrave;re d'acc&egrave;s &agrave; l'information et aux r&eacute;unions : gr&acirc;ce &agrave; l'action de Maurice Ulrich, alors directeur de cabinet de Jean Sauvagnargues puis de Louis de Guiringaud, le chef du CAP participe &agrave; la r&eacute;union des directeurs. En 1976, &agrave; l'occasion de la pr&eacute;paration de la loi de programmation militaire 1977-1978, est institu&eacute;e une nouvelle cat&eacute;gorie de conseil de d&eacute;fense, intitul&eacute;e &quot;s&eacute;curit&eacute; internationale&quot;, dont le chef du CAP fait partie. Le CAP joue alors un r&ocirc;le de plus en plus majeur dans la d&eacute;finition de la politique nucl&eacute;aire de la France, notamment en critiquant la strat&eacute;gie de la &quot;sanctuarisation&quot; nucl&eacute;aire &ndash; se pronon&ccedil;ant en faveur d'une d&eacute;fense int&eacute;grant la dimension europ&eacute;enne &ndash; et en l'infl&eacute;chissant vers la non-prolif&eacute;ration.<br />
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Le CAP est, avec l'arriv&eacute;e de <a href="http://www.nonfiction.fr/article-1954-rattrape_par_la_politique.htm">Jean Fran&ccedil;ois-Poncet</a> &agrave; la t&ecirc;te du Quai d'Orsay, &eacute;troitement associ&eacute; &agrave; la prise de d&eacute;cision quotidienne du ministre, au d&eacute;triment de son travail de fond. Jean-Louis Gergorin, alors chef du CAP, devient un des conseillers les plus proches du ministre. Le CAP critique alors le gouvernement pour ne pas avoir compris le caract&egrave;re expansionniste de la politique &eacute;trang&egrave;re sovi&eacute;tique, et pr&ocirc;ne un langage de fermet&eacute; &agrave; l'&eacute;gard de l'URSS. L'arriv&eacute;e de la gauche au pouvoir et de Claude Cheysson au Quai d'Orsay, voit le CAP retrouver son r&ocirc;le premier, plus distanci&eacute; du quotidien et davantage concentr&eacute; sur les &eacute;tudes de fond, tout en conservant J.-L. Gergorin &agrave; sa t&ecirc;te. En revanche, J.-L. Gergorin se rapproche fortement de l'Etat major de l'Elys&eacute;e qui lui commande des &eacute;tudes lourdes sur le neutralisme, le pacifisme, les relations &eacute;conomiques Est-Ouest, les Euro-missiles et l'Am&eacute;rique latine.<br />
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Au gr&eacute; de ses directeurs successifs et de leur relation privil&eacute;gi&eacute;e (par exemple Michel Foucher et Hubert V&eacute;drine) ou non avec le ministre, le CAP vit ainsi son influence varier, de m&ecirc;me que sa position entre un CAP &quot;presse-bouton&quot; ou &quot;&agrave; deux vitesses&quot;.<br />
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En 2009, dans la ligne des propositions du <a href="http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/2LIVREBLANC_DEF.pdf">Livre blanc sur la politique &eacute;trang&egrave;re et europ&eacute;enne de la France (2008-2020)</a>, pr&eacute;sid&eacute; par Alain Jupp&eacute; et Louis Schweitzer, le ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res et europ&eacute;ennes Bernard Kouchner rebaptise le CAP en Direction de la prospective (DP), marquant &ndash; du moins dans le symbole &ndash; une int&eacute;gration accrue de l'ancien CAP aux services du minist&egrave;re. R&eacute;elle innovation pour les uns ou pure cosm&eacute;tique pour les autres &ndash; majoritaires &ndash;, c'est la personnalit&eacute; de la directrice de la DP, Marie Mendras, sp&eacute;cialiste de la Russie, qui semble poser probl&egrave;me. On lui reproche son manque de culture en relations internationales, sortie de la Russie, son inexp&eacute;rience administrative et son d&eacute;faut de sens politique. Joseph Ma&iuml;la, sp&eacute;cialiste du Moyen-Orient et actuel responsable du p&ocirc;le religion de la DP, est pressenti pour lui succ&eacute;der &agrave; la t&ecirc;te de la DP, d&eacute;but septembre 2010.</p>
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<strong>3. Pour un centre de prospective strat&eacute;gique rattach&eacute; directement au Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique</strong><br />
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Les difficult&eacute;s li&eacute;es &agrave; l'actuelle directrice de la DP souligne l'importance fondamentale du profil du directeur de tout centre de prospective et de son lien de confiance avec le ministre, duquel d&eacute;pend sa cr&eacute;dibilit&eacute; aupr&egrave;s des services, et ainsi de sa capacit&eacute; &agrave; &ecirc;tre int&eacute;gr&eacute; au sein du processus d&eacute;cisionnel et &agrave; peser <em>in fine</em> dans la d&eacute;finition de l'action men&eacute;e par le minist&egrave;re.<br />
<br />
Or, du fait de sa nature particuli&egrave;re alli&eacute;e &agrave; la logique de la Ve R&eacute;publique, la politique &eacute;trang&egrave;re de la France se d&eacute;finit avant tout &agrave; l'Elys&eacute;e, le Quai d'Orsay mettant en musique les lignes trac&eacute;es par la pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique &ndash; avec une contribution plus ou moins grande du ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res selon la pratique du pouvoir &eacute;lys&eacute;en &ndash; et g&eacute;rant le quotidien diplomatique.<br />
<br />
Donner un cadre strat&eacute;gique global &agrave; la politique &eacute;trang&egrave;re de la France n&eacute;cessite donc d'instituer un centre de prospective directement rattach&eacute; au pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, en lien &eacute;troit avec la cellule diplomatique de l'Elys&eacute;e, comme cela a pu &ecirc;tre le cas avec la pr&eacute;sence &agrave; l'Elys&eacute;e du Secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral aux Affaires europ&eacute;ennes du temps d'Elisabeth Guigou et, de mani&egrave;re conjoncturelle, avec J.-L. Gergorin pour le CAP. La transversalit&eacute;, donc l'inter-services et surtout l'inter-minist&eacute;riel, ne peut s'articuler qu'au centre de commande, &agrave; l'Elys&eacute;e pour la d&eacute;fense et la diplomatie, &agrave; Matignon pour l'&eacute;conomique et le social.<br />
<br />
Une telle id&eacute;e se heurte &agrave; la critique de l'inad&eacute;quation &quot;m&eacute;canique&quot; d'un tel centre de prospective au sein de l'Elys&eacute;e, continuellement plong&eacute; dans la pr&eacute;paration des sommets et la gestion des crises g&eacute;opolitiques, l'endroit idoine pour la prospective &eacute;tant alors par nature le Quai d'Orsay. Mais c'est peut &ecirc;tre mal formuler le probl&egrave;me, qui n'est pas celui d'une concurrence entre l'actuelle DP et l'&eacute;ventuel centre de prospective strat&eacute;gique rattach&eacute; au Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique. La Direction de la prospective a toute sa pertinence au Quai d'Orsay, chaque minist&egrave;re r&eacute;galien se devant de poss&eacute;der en son sein un tel outil pour l'action du ministre et des services &ndash; on pourra ainsi regretter que le minist&egrave;re de l'Int&eacute;rieur ait jug&eacute; bon de mettre fin &agrave; sa structure de prospective.<br />
<br />
La plus-value de la Direction de la prospective est ind&eacute;niable : une fonction d'ouverture intellectuelle, par l'impr&eacute;gnation (directement ou par capillarit&eacute;) du Quai d'Orsay de r&eacute;flexions de fond, en lien avec les universitaires et les autres centres de prospectives &eacute;trangers, une fonction de &quot;poil-&agrave;-gratter&quot;, salutaire pour toute politique publique, et enfin un pr&eacute;cieux outil de production &agrave; disposition du ministre. La Direction de la prospective, comme cela &eacute;tait voulu par les p&egrave;res du CAP, b&eacute;n&eacute;ficie d'une capacit&eacute; d'influence au Quai d'Orsay du fait de sa cr&eacute;dibilit&eacute; et de sa participation aux processus d&eacute;cisionnels, plus ou moins forte selon de directeur de la DP, ce qui lui permet d'&ecirc;tre tourn&eacute;e vers l'action, en &eacute;vitant l'&eacute;cueil de la prospective comme exercice intellectuel sans autre but que lui m&ecirc;me.<br />
<br />
Toutefois, cela l'enserre dans le temps du pr&eacute;visible (l'horizon semestriel) et le temps de l'administration (un &agrave; trois ans), ne pouvant alors v&eacute;ritablement s'occuper du moyen terme (3 &agrave; 5 ans) et du long terme (5 ans et plus).<br />
<br />
Le paradoxe du prospectiviste semble se v&eacute;rifier. Sauf si l'on consid&egrave;re que le lieu de la prospective &agrave; moyen et long terme, en mati&egrave;re de politique &eacute;trang&egrave;re, d'une prospective moins tourn&eacute;e vers l'action en cours mais vers l'&eacute;laboration de cadres conceptuels globaux, n'est pas le Quai d'Orsay mais un lieu relativement autonome et directement rattach&eacute; &agrave; l'Elys&eacute;e. <br />
<br />
Un telle division du travail permettrait sans doute &agrave; la Direction de la prospective d'&ecirc;tre plus au clair sur le p&eacute;rim&egrave;tre de sa mission et de sa position au sein de la machine diplomatique du Quai d'Orsay, de sortir de sa situation de &quot;cul entre deux chaises&quot;, selon les termes d'un membre de la DP pour illustrer sa position flottante, n'&eacute;tant ni un <em>think tank</em> ind&eacute;pendant, ni pleinement dans l'op&eacute;rationnel en raison d'un certain phagocytage de la part des services. Cot&eacute; Elys&eacute;e, o&ugrave; l'on sait que les grandes d&eacute;cisions en mati&egrave;re de politique &eacute;trang&egrave;re s'&eacute;laborent &agrave; quatre ou cinq personnes, un tel outil de prospective strat&eacute;gique permettrait d'insuffler davantage de coh&eacute;rence et de continuit&eacute;, et d&rsquo;infl&eacute;chir &quot;la propension de la France &agrave; d&eacute;cider &agrave; la derni&egrave;re minute, sa r&eacute;ticence &agrave; exprimer publiquement une strat&eacute;gie, sa culture du secret, l&rsquo;absence d&rsquo;habitude de son administration &agrave; coucher par &eacute;crit, f&ucirc;t-ce de mani&egrave;re exploratoire, des &eacute;l&eacute;ments de doctrine (&hellip;)&quot; <sup>14</sup>.<br />
<br />
D'autant plus que l'on sait maintenant qu'un tel travail de prospective strat&eacute;gique n&eacute;cessite un lien personnel &eacute;troit entre le d&eacute;cideur politique et le directeur de la structure de prospective, ce qui implique dans une certaine mesure une dose de politisation du poste, politisation plus &agrave; m&ecirc;me de se faire dans le cadre &eacute;lys&eacute;en en raison de la conception fran&ccedil;aise de l'administration, en opposition au spoils system am&eacute;ricain.<br />
<br />
D'autre part, comme le souligne Fr&eacute;d&eacute;rique Leichter qui a travaill&eacute; au CAP sur les questions de droits de l'homme et de racisme, de plus en plus de probl&eacute;matiques rel&egrave;vent &agrave; la fois du niveau international et du niveau domestique. Ainsi l'environnement ou la culture <sup>15</sup>, sans parler des questions europ&eacute;ennes.<br />
<br />
La question n'est pas de choisir entre une fonction de prospective totalement ind&eacute;pendante des pouvoirs publics &ndash; fonction relevant des <em>think tanks</em>, ce qui pose au passage le probl&egrave;me fondamental de la faiblesse du paysage des <em>think tanks</em> en France &ndash; ou une structure de conseil diplomatique aupr&egrave;s du Pr&eacute;sident, mais de doter la Pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique d'un outil de r&eacute;flexion conceptuelles et prospectives, &agrave; la mani&egrave;re du Conseil d'analyse strat&eacute;gique ou plus encore du Conseil d'analyse &eacute;conomique (tous deux rattach&eacute;s au Premier ministre), alliant proximit&eacute; avec le centre de commande, relative ind&eacute;pendance, et ouverture sur la recherche universitaire.<br />
<br />
Enfin, un tel centre de prospective strat&eacute;gique, reli&eacute; directement au c&oelig;ur d&eacute;cisionnel et ouvert sur l'universit&eacute; et les autres experts, serait sans doute un outil idoine pour l'&eacute;laboration de livres blancs sur la politique &eacute;trang&egrave;re.<br />
<br />
Un centre de prospective strat&eacute;gique rattach&eacute; au Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique devrait, selon nous, r&eacute;pondre aux qualit&eacute;s suivantes. En premier lieu, celle de b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;une grande proximit&eacute; avec le Pr&eacute;sident, celui-ci nommant directement le directeur du centre, une personne en qui il a toute confiance. Un tel centre doit &ecirc;tre une structure ind&eacute;pendante, mais ayant acc&egrave;s au processus d&eacute;cisionnel, notamment aux r&eacute;unions &eacute;lys&eacute;ennes, par la pr&eacute;sence du directeur du centre. Il devrait &eacute;galement poss&eacute;der le pouvoir de d&eacute;finir en partie son propre agenda (&agrave; cot&eacute; des commandes pr&eacute;sidentielles). Quant &agrave; sa composition, l'exp&eacute;rience montre qu'il faut privil&eacute;gier une structure l&eacute;g&egrave;re, d'une vingtaine de membres, sur le mod&egrave;le de la DP : &agrave; cot&eacute; de la direction (directeur, directeurs-adjoints et secr&eacute;tariat), le centre devrait &ecirc;tre compos&eacute; majoritairement de personnalit&eacute;s exterieures (universitaires, journalistes, associatifs, praticiens du priv&eacute; et autres experts), sous contrat, &agrave; temps plein, de courte ou de moyenne dur&eacute;e (de quelques mois &agrave; quelques ann&eacute;es, 4-5 ans maximum), non renouvelables (pour &eacute;viter la constitution de &quot;mandarinat&quot; par secteur de savoir). Il pourrait &eacute;galement, dans une d&eacute;marche de soutien &agrave; la recherche, pr&eacute;voir un contingent de bourses fl&eacute;ch&eacute;es et d'aides &agrave; la mobilit&eacute; &agrave; destination des chercheurs. Il fonctionnerait selon une logique coll&eacute;giale. La question de la publicit&eacute; de ses rapports doit &ecirc;tre pos&eacute;e. On comprend que certains rapports devraient pouvoir &ecirc;tre gard&eacute;s secret, afin de rendre possible une pleine ind&eacute;pendance critique, notamment lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;&eacute;valuation des choix de politique &eacute;trang&egrave;re en cours. Enfin, une des fonctions majeures d'un tel centre de prospective strat&eacute;gique serait de piloter l'&eacute;laboration de livres blancs sur la politique &eacute;trang&egrave;re fran&ccedil;aise, en faisant le lien entre l'Elys&eacute;e, l'administration diplomatique, l'universit&eacute;, les <em>think tanks</em> et le Parlement.<br />
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<em>* Cet article s'appuie sur </em><em>demi-douzaine</em><em> d'entretiens avec des membres, anciens et actuels, de la Direction de la prospective. Nous les remercions vivement pour leur aimable disponibilit&eacute;, leurs explications et leurs r&eacute;flexions sur la prospective en g&eacute;n&eacute;ral et sur notre proposition en particulier, avec un regard critique ou favorable, toujours enrichissant.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&gt; Lire aussi : <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3708-exclusif__bernard_kouchner_demissionne_la_chercheuse_marie_mendras_de_la_direction_de_la_prospective_du_ministere_des_affaires_etrangeres.htm">Exclusif  : Bernard Kouchner d&eacute;missionne la chercheuse Marie Mendras de la  direction de la prospective du Minist&egrave;re des Affaires Etrang&egrave;res</a></p>
<p>&nbsp;</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Cet article s'appuie sur une demi-douzaine d'entretiens avec des membres, anciens et actuels, de la Direction de la prospective. Nous les remercions vivement pour leur aimable disponibilit&eacute;, leurs explications et leurs r&eacute;flexions sur la prospective en g&eacute;n&eacute;ral et sur notre proposition en particulier, avec un regard critique ou favorable, toujours enrichissant.<br />2 - Samy Cohen, &quot;Prospective et politique &eacute;trang&egrave;re : le Centre d'analyse et de pr&eacute;vision du minist&egrave;re des Affaires &eacute;trang&egrave;res&quot;, <em>Revue fran&ccedil;aise de science politique</em>, 32 (6), 1982, p. 1055-1076.<br />3 - &quot;<em>To fuse thought with action&quot;</em>&nbsp;Cf. Zbigniew Brzezinski, &quot;Purpose and Planning in Foreign Policy&quot;, <em>The Public Interest</em>, hivers 1969, p. 52-73.<br />4 - Cf. Lincoln P. Bloomfield, &quot;Planning Foreign Policy : Can It Be Done?&quot;, <em>Political Science Quarterly</em>, 93 (3), 1978, p. 369-391.<br />5 - Cf. Bloomfield, <em>op. cit.</em><br />6 - Bloomfield, <em>op. cit.</em>, spec. p. 370.<br />7 - Bloomfield, op. cit., spec. p. 370.<br />8 - &quot;<em>Foreign policy by momentum must yield to foreign policy by volition&quot;</em>, in Brzezinski, <em>op. cit.</em>, spec. p. 73.<br />9 - &quot;What passes for planning is frequently the projection of the familiar into the future (&hellip;) Planning staffs proliferate (&hellip;) since planning staffs have a high incentive to try to be &lsquo;useful&rsquo;, there is a bias against novel conceptions (&hellip;) true innovation is bound to run counter to prevailing standards&quot;, in Henri Kissinger, &ldquo;Domestic Structure and Foreign Policy&rdquo;, <em>Daedalus</em>, printemps 1966, p. 503-529.<br />10 - C'est la politiste Anne-Marie Slaughter qui dirige actuellement le <a href="http://www.state.gov/s/p/">Policy Planning Staff </a>(PPS ou S/P) qui est compos&eacute; de 27 membres.<br />11 - Notre historique du CAP puise abondamment dans l'article de Samy Cohen, <em>op. cit.</em><br />12 - Polytechnicien, membre du corps des Mines, fondateur de l'Institut fran&ccedil;ais des relations internationales (IFRI), actuel directeur de la revue <em>Politique &eacute;trang&egrave;re</em>, membre du conseil du Centre d'&eacute;tudes prospectives et d'informations internationales (CEPII), membre de l'Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques (section g&eacute;n&eacute;rale), dont il fut pr&eacute;sident en 2001.<br />13 - Polytechnicien et &eacute;narque, il &eacute;tait, avant l'affaire &quot;Clearstream&quot;, directeur de la coordination strat&eacute;gique du groupe EADS, l'un des rares fran&ccedil;ais admis &agrave; la RAND corporation, et &eacute;galement membre du conseil d'administration de l'Institut de relations internationales et strat&eacute;giques (IRIS).<br />14 - Amiral Jacques Lanxade et Nicolas Tenzer, <em>Organiser la politique europ&eacute;enne et internationale de la France. Rapport du groupe pr&eacute;sid&eacute; par Jacques Lanxade</em>, Commissariat g&eacute;n&eacute;ral au Plan, La Documentation fran&ccedil;aise, 2002.<br />15 - Sur l'importance de la diplomatie culturelle, voir : Fr&eacute;d&eacute;ric Martel, &quot;<a href="http://www.tnova.fr/index.php/toutes-les-publications/4-notes/1232-pourquoi-la-france-va-perdre-la-bataille-du-qsoft-powerq.html">Culture : pourquoi la France va perdre la bataille du &quot;<em>soft power</em>&quot;</a>&quot;, <em>Terra Nova</em>, 31.03.2010 ; Fran&ccedil;ois Scheer, Bertrand Dufourcq et Lo&iuml;c Hennekinne, &quot;<a href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/08/24/le-quai-outil-vital-d-une-diplomatie-efficace-par-francois-scheer-bertrand-dufourcq-et-loic-hennekinne_1402148_3232.html">Le Quai, outil vital d'une diplomatie efficace</a>&quot;, <em>Le Monde</em>, 24.08.2010.<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>D&#233;parts massifs chez evene.fr</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3706-departs_massifs_chez_evenefr.htm</link>
         <description> 24 salari&#233;s du site culturel  evene.fr  quittent le groupe suite &#224; un plan social du Groupe Le Figaro, propri&#233;taire du site. Bertrand Gi&#233;, directeur des nouveaux m&#233;dias du groupe, insiste sur le caract&#232;re volontaire de ces d&#233;parts, &#224; la suite d&amp;rsquo;un plan pr&#233;vu &#224; l&amp;rsquo;origine pour 15 personnes. Selon  actualitte.com , la r&#233;daction conteste vigoureusement cette version des faits : &quot; Un plan de d&#233;part volontaire ? Pas du tout. Il s'agit d'un licenciement &#233;conomique bas&#233; sur le volontariat concernant plus de dix salari&#233;s. Soit l'exacte d&#233;finition du plan social. Bertrand Gi&#233; joue avec la r&#233;alit&#233;. Si nous avons demand&#233; que le plan social soit bien &#233;largi, ce n'est pas qu'il &#233;tait s&#233;duisant, mais plut&#244;t que nous n'avions pas le choix. D'ailleurs, il n'a jamais &#233;t&#233; con&#231;u pour 15 personnes, mais pour 18. &quot; &#13;&#10; &#13;&#10;Ces mouvements feraient suite &#224; la volont&#233; du Groupe Le Figaro de faire d&amp;rsquo;evene.fr un agr&#233;gateur de contenus plus qu&amp;rsquo;un v&#233;ritable magazine en ligne. Cette &#233;volution rendrait caduque la pr&#233;sence d&amp;rsquo;une &#233;quipe de journalistes charg&#233;e de produire du contenu et de fixer une ligne &#233;ditoriale. Bertrand Gi&#233; r&#233;cuse &#224; son tour l&amp;rsquo;id&#233;e qu&amp;rsquo;evene.fr ne misera que sur son encyclop&#233;die et sa force d&amp;rsquo;agr&#233;gation. Il promet m&#234;me pour 2011 un site  new look  et fort du soutien ind&#233;fectible du Figaro.... </description>
         <pubDate>08/27/10 17:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3706-departs_massifs_chez_evenefr.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>24 salari&eacute;s du site culturel <a href="http://evene.fr">evene.fr</a> quittent le groupe suite &agrave; un plan social du Groupe Le Figaro, propri&eacute;taire du site. Bertrand Gi&eacute;, directeur des nouveaux m&eacute;dias du groupe, insiste sur le caract&egrave;re volontaire de ces d&eacute;parts, &agrave; la suite d&rsquo;un plan pr&eacute;vu &agrave; l&rsquo;origine pour 15 personnes. Selon <a href="http://www.actualitte.com/actualite/21090-figaro-evene-licenciement-agregateur-contenus.htm">actualitte.com</a>, la r&eacute;daction conteste vigoureusement cette version des faits : &quot;<em>Un plan de d&eacute;part volontaire ? Pas du tout. Il s'agit d'un licenciement &eacute;conomique bas&eacute; sur le volontariat concernant plus de dix salari&eacute;s. Soit l'exacte d&eacute;finition du plan social. Bertrand Gi&eacute; joue avec la r&eacute;alit&eacute;. Si nous avons demand&eacute; que le plan social soit bien &eacute;largi, ce n'est pas qu'il &eacute;tait s&eacute;duisant, mais plut&ocirc;t que nous n'avions pas le choix. D'ailleurs, il n'a jamais &eacute;t&eacute; con&ccedil;u pour 15 personnes, mais pour 18.</em>&quot;<br />
<br />
Ces mouvements feraient suite &agrave; la volont&eacute; du Groupe Le Figaro de faire d&rsquo;evene.fr un agr&eacute;gateur de contenus plus qu&rsquo;un v&eacute;ritable magazine en ligne. Cette &eacute;volution rendrait caduque la pr&eacute;sence d&rsquo;une &eacute;quipe de journalistes charg&eacute;e de produire du contenu et de fixer une ligne &eacute;ditoriale. Bertrand Gi&eacute; r&eacute;cuse &agrave; son tour l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;evene.fr ne misera que sur son encyclop&eacute;die et sa force d&rsquo;agr&eacute;gation. Il promet m&ecirc;me pour 2011 un site <em>new look</em> et fort du soutien ind&eacute;fectible du Figaro....</p> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Apr&#232;s le PS Fran&#231;ais, les primaires en Europe ?</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3703-apres_le_ps_francais_les_primaires_en_europe_.htm</link>
         <description> Ce qu&amp;rsquo;il y a de fascinant en Europe, est que tout le monde y vit, mais peu, voire personne, semblent se pr&#233;occuper de son avenir. C&amp;rsquo;est encore cruellement le cas en mati&#232;re politique, non seulement &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle europ&#233;enne, mais de mani&#232;re transnationale. L&amp;rsquo;actualit&#233; nous donne h&#233;las tous les exemples possibles : l&amp;rsquo;Europe des Tsiganes est une r&#233;alit&#233;, mais ce sont des politiques nationales qui pr&#233;valent ; la r&#233;gulation des banques et des dettes sont des r&#233;alit&#233;s europ&#233;ennes, mais il s&amp;rsquo;agit toujours et encore de jouer les nations les unes contre les autres. &#13;&#10; &#13;&#10;Si l&amp;rsquo;Europe est bonne ou mauvaise, c&amp;rsquo;est d&#233;sormais de son fait par le biais des &#233;lections, depuis le trait&#233; de Lisbonne : on ne le dira jamais assez, dans les textes, le parti europ&#233;en gagnant dispose du choix pour la pr&#233;sidence de la Commission. Cette innovation avait pour but de d&#233;velopper l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t pour la vie politique europ&#233;enne, pour l&amp;rsquo;instant, admettons que nous en sommes encore aux balbutiements. &#13;&#10;  &#13;&#10;L&amp;rsquo;&#233;mergence ou le recul de la politique europ&#233;enne ?  &#13;&#10; &#13;&#10;Si nous devons &#234;tre objectif, le d&#233;collage de la politique n&amp;rsquo;est aucunement inscrit dans les faits, &#224; s&amp;rsquo;en tenir aux participations des &#233;lections &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle europ&#233;enne : de 61% de participation en 1979 &#224; 43% en 2009, dans une descente continue (tel que le note  une contribution de la FEPS , sous la plume de la politologue Ania Skrzypek). Si les faits sont t&#234;tus, les explications sont plurielles. Il est ind&#233;niable que la d&#233;faite cuisante des partis progressistes en 2009 rel&#232;ve essentiellement d&amp;rsquo;une abstention croissante depuis 30 ans de leurs &#233;lecteurs traditionnels, c&amp;rsquo;est en tous les cas l&amp;rsquo;explication officielle que le PSE met en avant. Et un an apr&#232;s la d&#233;faite, il est enfin temps de construire une strat&#233;gie pour regagner le coeur de l&amp;rsquo;opinion progressiste europ&#233;enne. C&amp;rsquo;est en tous les cas, les th&#232;ses qui fleurissent sur  de nombreux blogs , et autres sites partisans g&#233;n&#233;ralement progressistes. La toile europ&#233;enne progressiste est pour le moins un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent, mais existe, cela dit. Ne manquent que les d&#233;bats de fond, alors qu&amp;rsquo;une demande se fait jour au sein de la vie politique europ&#233;enne, celle d&amp;rsquo;un d&#233;bat sur les moyens &#224; entreprendre pour faire rena&#238;tre l&amp;rsquo;adh&#233;sion populaire pour le parti social-d&#233;mocrate &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle europ&#233;enne. &#13;&#10; &#13;&#10; La qu&#234;te du mod&#232;le Obama pour l&amp;rsquo;Europe progressiste  &#13;&#10; &#13;&#10;La r&#233;f&#233;rence est assez facile. Quel parti politique peut aujourd&amp;rsquo;hui &#233;viter de reprendre &#224; son compte les fameuses m&#233;thodes de l&amp;rsquo;&#233;quipe D&#233;mocrate outre-atlantique ? Peu, il faut l&amp;rsquo;avouer, mais &#224; population comparable, il est vrai que la remarque peut susciter de l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t. Jos&#233; Reis Santos fait  ici  directement part de cette inspiration. &#13;&#10; &#13;&#10;Au commencement, il y a le r&#233;seau des militants socialistes europ&#233;ens, ceux qui suivent le PSE tout au long de ses p&#233;r&#233;grinations au travers l&amp;rsquo;Europe. A vrai dire, les partis europ&#233;ens de part et d&amp;rsquo;autre r&#233;unissent r&#233;guli&#232;rement leurs troupes. Mais la mani&#232;re diff&#232;re. Le PPE se r&#233;unit beaucoup, mais cela avec un cartel de dirigeants ; les &#233;cologistes peinent pour trouver leurs interlocuteurs dans l&amp;rsquo;Europe enti&#232;re. La particularit&#233; des militants de gauche tient semble-t-il &#224; leur histoire : elle est une volont&#233; de f&#233;d&#233;rer un v&#233;ritable parti europ&#233;en, capable d&amp;rsquo;unifier toutes les singularit&#233;s des partis socialistes et sociaux-d&#233;mocrates, avec de vrais divergences entre les nations, cela dit. &#13;&#10; &#13;&#10;La PSE a officiellement affirm&#233; ses ambitions &#224; Prague, en d&#233;cembre 2009. Tirant  les le&#231;ons d&amp;rsquo;une cuisante d&#233;faite aux europ&#233;ennes  de juin 2009, Poul Nyrup Rasmussen a mis la reconduction de son mandat en jeu dans la promesse, d&#233;sormais statutaire, de nommer un leader europ&#233;en pour la prochaine campagne, lui-m&#234;me devenant le candidat naturel des 27 partis socialistes nationaux. &#13;&#10; &#13;&#10;Rappelons, puisqu&amp;rsquo;un rappel n&amp;rsquo;est jamais superflu en mati&#232;re europ&#233;enne, que ce principe avait particuli&#232;rement mal fonctionn&#233; en 2009 lors de la pr&#233;c&#233;dente &#233;lection. De notori&#233;t&#233; publique : les Portugais ne voulant gu&#232;re du retour de Barroso ; les Espagnols jouant une certaine solidarit&#233; ib&#233;rique comme monnaie d&amp;rsquo;&#233;change ; les Allemands emmen&#233;s par Martin Schultz s&amp;rsquo;&#233;tant ralli&#233;s au dernier moment, dit-on pour monnayer des postes et des pr&#233;sidences d&#233;coratives. &#13;&#10; &#13;&#10;Et tel que l&amp;rsquo;explique  le blog du collectif &amp;ldquo;27roses&amp;rdquo; , article retranscrit sur le nouveau think-tank   Eurocit&#233;  , une fois vot&#233; cet engagement de principe d&amp;rsquo;un choix commun pour les 27 partis membres en 2014, le processus de d&#233;signation n&amp;rsquo;est en rien d&#233;cid&#233;. Et pour tout dire, le d&#233;bat ne fait ainsi que commencer. Mais d&#233;sormais, les militants PSE m&#232;nent une tr&#232;s large campagne de sensibilisation, ayant d&#233;but&#233; leur mouvement, comme il est d&amp;rsquo;usage dor&#233;navant, par un groupe Facebook. Une des plus s&#233;rieuses sources de presse sur les informations politiques europ&#233;ennes,  EUObserver , fait  ici  le r&#233;cit relativement fid&#232;le de la dynamique enclench&#233;e.  &#13;&#10;  &#13;&#10;La philosophie politique d&amp;rsquo;un processus de d&#233;signation  &#13;&#10; &#13;&#10;De plus, dans le choix de la d&#233;signation, se pose la question de la strat&#233;gie &#233;lectorale &#224; mener tout au long de la campagne. L&amp;rsquo;ombre des m&#233;thodes &amp;ldquo;obamiennes&amp;rdquo;, p&#232;se alors dans le balancier des d&#233;cisions europ&#233;ennes. Le long r&#233;cit des Caucus apr&#232;s Caucus de l&amp;rsquo;autre rive de l&amp;rsquo;Atlantique a fait des &#233;mules non seulement en France, mais d&#233;sormais semble-t-il en Europe. Avant tout, car il serait capable de rallier parfois des composantes d&amp;rsquo;alliages assez disparates. &#13;&#10; &#13;&#10;Argument second, parmi les principaux leaders d&amp;rsquo;opinions sur la sc&#232;ne des e-m&#233;dias europ&#233;ens, nous pouvons identifier  John Worth , conseiller politique en la mati&#232;re - &#233;galement pour le PSE, faut-il le pr&#233;ciser - qui participe aussi &#224; la sensibilisation europ&#233;enne sur le th&#232;me d&#233;sormais des primaires, car nos moyens de communications nous permettent d&#233;sormais de le rendre possible. &#13;&#10; &#13;&#10;Bien s&#251;r, le risque est, dans une telle d&#233;marche, de ne reproduire que des d&#233;bats nationaux, voire r&#233;gionaux, dans un cadre europ&#233;en ; mais, interrog&#233; pr&#233;cis&#233;ment sur ce fait, par un des principaux journaux de gauche irlandais,   Politico  , Desmond O&amp;rsquo;Toole r&#233;torque que l&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t principal d&amp;rsquo;une primaire &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle europ&#233;enne est de tirer vers le haut les d&#233;bats et de &amp;ldquo;galvaniser&amp;rdquo; un leader sur des enjeux plus larges et europ&#233;ens. Autrement, le blogueur d&amp;rsquo;  Eurocitizen  , Conor Slowey voit cette initiative avec une certaine distance&#160; : certes, les syst&#232;mes de prises de d&#233;cisions sont imparfaits, cependant asseoir un syst&#232;me de primaires permet d&amp;rsquo;abord, selon lui, de d&#233;velopper un mode de fonctionnement interne au PSE r&#233;gulier et d&#233;mocratique, afin de le contraindre &#224; voter &#224; chaque &#233;lection pour ses repr&#233;sentants; ensuite, cela changerait la nature m&#234;me des euro-partis : ils devraient non plus discuter de leurs int&#233;r&#234;ts strictement vis-&#224;-vis de l&amp;rsquo;Europe, mais d&#233;lib&#233;reraient de mani&#232;re v&#233;ritablement europ&#233;enne. Et le plus visible des cas, pour le juriste su&#233;dois Ralf Grahn, qui se d&#233;finit lui-m&#234;me comme &amp;ldquo;ind&#233;pendant&amp;rdquo;, est l&amp;rsquo;effet des nouvelles technologies pouvant rapprocher les d&#233;bats europ&#233;ens, pour ceux voulant vraiment construire ensemble &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle europ&#233;enne. Il propose d&amp;rsquo;ailleurs  une campagne  online  . Soutenant ce mouvement, il enjoint les autres partis europ&#233;ens &#224; le suivre. Une certaine concurrence vertueuse &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle europ&#233;enne pourrait ainsi s&amp;rsquo;installer. &#13;&#10; Reste la faisabilit&#233; d&amp;rsquo;une telle organisation de primaires &#224; l&amp;rsquo;&#233;chelle europ&#233;enne. L&#224;, les soucis du r&#233;alisme et du pragmatisme ressurgissent.  Aymeric Lorthiois  voit une solution peu plausible sur le front uniquement europ&#233;en, mais d&#233;clin&#233; par chacun des partis nationaux. Dan Luca, responsable de la section des sociaux d&#233;mocrates roumains &#224; Bruxelles, propose lui  un agenda relativement pr&#233;cis  : d&#233;but mai 2011, s&#233;lection &#224; l&amp;rsquo;automne de la m&#234;me ann&#233;e, validation des candidats et recherche de fonds en 2012 pour un d&#233;but des primaires en 2013. &#13;&#10; &#13;&#10; Parmi une des causes de r&#233;ussite du mouvement...  &#13;&#10; &#13;&#10; Cet appel des militants socialistes  a &#233;t&#233; entendu par la direction du PSE, qui les a invit&#233;s &#224; participer aux travaux du parti &#224; Bruxelles. Mais cette r&#233;ussite, pour un groupe Facebook, tient &#224; plusieurs facteurs dont l&amp;rsquo;influence des r&#233;seaux sociaux. Il n&amp;rsquo;est pas commun de rassembler aussi rapidement une foultitude de militants s&#233;par&#233;s par des fronti&#232;res &#224; la fois nationales, linguistiques et partisanes. Le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse est semble-t-il dans la nature bien particuli&#232;re du PSE (parti) vis-&#224;-vis de ses militants (activit&#233;s PSE). La direction du PSE a besoin de ses militants europ&#233;ens pour sensibiliser et sortir les partis nationaux de leur l&#233;thargie habituelle, et du sentiment qu&amp;rsquo;ils perdent &#224; chaque concession une partie de leur pouvoir, de leur influence, et de leurs pr&#233;rogatives. Sans doute d&amp;rsquo;ailleurs, &#224; tort. Mais ce qui est vrai pour les gouvernements envers l&amp;rsquo;UE est, sociologiquement, &#233;galement vrai pour les partis politiques. &#13;&#10; &#13;&#10;L&amp;rsquo;humain est ce qu&amp;rsquo;il est, rassur&#233; dans ce qu&amp;rsquo;il conna&#238;t d&#233;j&#224;, menac&#233; par toute innovation. M&#234;me limit&#233;e, et m&#234;me si cette initiative rate son objectif premier, force est de constater que l&amp;rsquo;effervescence des contributions et des liens entre europ&#233;ens, cr&#233;&#233;s par ce mouvement, est d&#233;j&#224; un succ&#232;s en soi. Il importe donc de soutenir et d&amp;rsquo;observer de tr&#232;s pr&#232;s ce mouvement pour comprendre et conna&#238;tre l&amp;rsquo;Europe politique de demain.... &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  A lire aussi   :   &#13;&#10; -  Le site de la campagne pour des primaires au PSE . &#13;&#10; -  Les tweets de PES Primary . &#13;&#10; - Le  dossier de Nonfiction.fr  sur la politique ext&#233;rieure de l'Union europ&#233;enne. </description>
         <pubDate>08/27/10 14:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3703-apres_le_ps_francais_les_primaires_en_europe_.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Ce qu&rsquo;il y a de fascinant en Europe, est que tout le monde y vit, mais peu, voire personne, semblent se pr&eacute;occuper de son avenir. C&rsquo;est encore cruellement le cas en mati&egrave;re politique, non seulement &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne, mais de mani&egrave;re transnationale. L&rsquo;actualit&eacute; nous donne h&eacute;las tous les exemples possibles : l&rsquo;Europe des Tsiganes est une r&eacute;alit&eacute;, mais ce sont des politiques nationales qui pr&eacute;valent ; la r&eacute;gulation des banques et des dettes sont des r&eacute;alit&eacute;s europ&eacute;ennes, mais il s&rsquo;agit toujours et encore de jouer les nations les unes contre les autres.<br />
<br />
Si l&rsquo;Europe est bonne ou mauvaise, c&rsquo;est d&eacute;sormais de son fait par le biais des &eacute;lections, depuis le trait&eacute; de Lisbonne : on ne le dira jamais assez, dans les textes, le parti europ&eacute;en gagnant dispose du choix pour la pr&eacute;sidence de la Commission. Cette innovation avait pour but de d&eacute;velopper l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pour la vie politique europ&eacute;enne, pour l&rsquo;instant, admettons que nous en sommes encore aux balbutiements.<br />
<strong><br />
L&rsquo;&eacute;mergence ou le recul de la politique europ&eacute;enne ?</strong><br />
<br />
Si nous devons &ecirc;tre objectif, le d&eacute;collage de la politique n&rsquo;est aucunement inscrit dans les faits, &agrave; s&rsquo;en tenir aux participations des &eacute;lections &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne : de 61% de participation en 1979 &agrave; 43% en 2009, dans une descente continue (tel que le note <a href="http://www.feps-europe.eu/fileadmin/downloads/nextleft/1007_FEPS_AS_Candidate.pdf">une contribution de la FEPS</a>, sous la plume de la politologue Ania Skrzypek). Si les faits sont t&ecirc;tus, les explications sont plurielles. Il est ind&eacute;niable que la d&eacute;faite cuisante des partis progressistes en 2009 rel&egrave;ve essentiellement d&rsquo;une abstention croissante depuis 30 ans de leurs &eacute;lecteurs traditionnels, c&rsquo;est en tous les cas l&rsquo;explication officielle que le PSE met en avant. Et un an apr&egrave;s la d&eacute;faite, il est enfin temps de construire une strat&eacute;gie pour regagner le coeur de l&rsquo;opinion progressiste europ&eacute;enne. C&rsquo;est en tous les cas, les th&egrave;ses qui fleurissent sur <a href="http://www.europa451.it/2/post/2010/08/-tempo-di-elezioni-primarie-tra-i-socialisti-europei.html">de nombreux blogs</a>, et autres sites partisans g&eacute;n&eacute;ralement progressistes. La toile europ&eacute;enne progressiste est pour le moins un ph&eacute;nom&egrave;ne &eacute;mergent, mais existe, cela dit. Ne manquent que les d&eacute;bats de fond, alors qu&rsquo;une demande se fait jour au sein de la vie politique europ&eacute;enne, celle d&rsquo;un d&eacute;bat sur les moyens &agrave; entreprendre pour faire rena&icirc;tre l&rsquo;adh&eacute;sion populaire pour le parti social-d&eacute;mocrate &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne.<br />
<br />
<strong>La qu&ecirc;te du mod&egrave;le Obama pour l&rsquo;Europe progressiste</strong><br />
<br />
La r&eacute;f&eacute;rence est assez facile. Quel parti politique peut aujourd&rsquo;hui &eacute;viter de reprendre &agrave; son compte les fameuses m&eacute;thodes de l&rsquo;&eacute;quipe D&eacute;mocrate outre-atlantique ? Peu, il faut l&rsquo;avouer, mais &agrave; population comparable, il est vrai que la remarque peut susciter de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t. Jos&eacute; Reis Santos fait <a href="http://campaignforapesprimary.blogspot.com/2010/08/for-pes-primary_3604.html">ici</a> directement part de cette inspiration.<br />
<br />
Au commencement, il y a le r&eacute;seau des militants socialistes europ&eacute;ens, ceux qui suivent le PSE tout au long de ses p&eacute;r&eacute;grinations au travers l&rsquo;Europe. A vrai dire, les partis europ&eacute;ens de part et d&rsquo;autre r&eacute;unissent r&eacute;guli&egrave;rement leurs troupes. Mais la mani&egrave;re diff&egrave;re. Le PPE se r&eacute;unit beaucoup, mais cela avec un cartel de dirigeants ; les &eacute;cologistes peinent pour trouver leurs interlocuteurs dans l&rsquo;Europe enti&egrave;re. La particularit&eacute; des militants de gauche tient semble-t-il &agrave; leur histoire : elle est une volont&eacute; de f&eacute;d&eacute;rer un v&eacute;ritable parti europ&eacute;en, capable d&rsquo;unifier toutes les singularit&eacute;s des partis socialistes et sociaux-d&eacute;mocrates, avec de vrais divergences entre les nations, cela dit.<br />
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La PSE a officiellement affirm&eacute; ses ambitions &agrave; Prague, en d&eacute;cembre 2009. Tirant <a href="http://www.27roses.eu/les-interviews-27roses-du-congres-prague">les le&ccedil;ons d&rsquo;une cuisante d&eacute;faite aux europ&eacute;ennes</a> de juin 2009, Poul Nyrup Rasmussen a mis la reconduction de son mandat en jeu dans la promesse, d&eacute;sormais statutaire, de nommer un leader europ&eacute;en pour la prochaine campagne, lui-m&ecirc;me devenant le candidat naturel des 27 partis socialistes nationaux.<br />
<br />
Rappelons, puisqu&rsquo;un rappel n&rsquo;est jamais superflu en mati&egrave;re europ&eacute;enne, que ce principe avait particuli&egrave;rement mal fonctionn&eacute; en 2009 lors de la pr&eacute;c&eacute;dente &eacute;lection. De notori&eacute;t&eacute; publique : les Portugais ne voulant gu&egrave;re du retour de Barroso ; les Espagnols jouant une certaine solidarit&eacute; ib&eacute;rique comme monnaie d&rsquo;&eacute;change ; les Allemands emmen&eacute;s par Martin Schultz s&rsquo;&eacute;tant ralli&eacute;s au dernier moment, dit-on pour monnayer des postes et des pr&eacute;sidences d&eacute;coratives.<br />
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Et tel que l&rsquo;explique <a href="http://www.27roses.eu/rejoignez-mouvement-europeen-pour-primaire-pse-en">le blog du collectif &ldquo;27roses&rdquo;</a>, article retranscrit sur le nouveau think-tank <a href="http://www.eurocite.eu/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=56:rejoignez-le-mouvement-europeen-pour-une-primaire-pse-en-2013&amp;catid=15:tribunes&amp;Itemid=5"><em>Eurocit&eacute;</em></a>, une fois vot&eacute; cet engagement de principe d&rsquo;un choix commun pour les 27 partis membres en 2014, le processus de d&eacute;signation n&rsquo;est en rien d&eacute;cid&eacute;. Et pour tout dire, le d&eacute;bat ne fait ainsi que commencer. Mais d&eacute;sormais, les militants PSE m&egrave;nent une tr&egrave;s large campagne de sensibilisation, ayant d&eacute;but&eacute; leur mouvement, comme il est d&rsquo;usage dor&eacute;navant, par un groupe Facebook. Une des plus s&eacute;rieuses sources de presse sur les informations politiques europ&eacute;ennes, <em>EUObserver</em>, fait <a href="http://euobserver.com/9/30615">ici</a> le r&eacute;cit relativement fid&egrave;le de la dynamique enclench&eacute;e. <br />
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La philosophie politique d&rsquo;un processus de d&eacute;signation</strong><br />
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De plus, dans le choix de la d&eacute;signation, se pose la question de la strat&eacute;gie &eacute;lectorale &agrave; mener tout au long de la campagne. L&rsquo;ombre des m&eacute;thodes &ldquo;obamiennes&rdquo;, p&egrave;se alors dans le balancier des d&eacute;cisions europ&eacute;ennes. Le long r&eacute;cit des Caucus apr&egrave;s Caucus de l&rsquo;autre rive de l&rsquo;Atlantique a fait des &eacute;mules non seulement en France, mais d&eacute;sormais semble-t-il en Europe. Avant tout, car il serait capable de rallier parfois des composantes d&rsquo;alliages assez disparates.<br />
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Argument second, parmi les principaux leaders d&rsquo;opinions sur la sc&egrave;ne des e-m&eacute;dias europ&eacute;ens, nous pouvons identifier <a href="http://www.jonworth.eu/campaigning-for-a-pes-primary/">John Worth</a>, conseiller politique en la mati&egrave;re - &eacute;galement pour le PSE, faut-il le pr&eacute;ciser - qui participe aussi &agrave; la sensibilisation europ&eacute;enne sur le th&egrave;me d&eacute;sormais des primaires, car nos moyens de communications nous permettent d&eacute;sormais de le rendre possible.<br />
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Bien s&ucirc;r, le risque est, dans une telle d&eacute;marche, de ne reproduire que des d&eacute;bats nationaux, voire r&eacute;gionaux, dans un cadre europ&eacute;en ; mais, interrog&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment sur ce fait, par un des principaux journaux de gauche irlandais, <a href="http://www.politico.ie/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=6743:activists-propose-new-system-for-eu-presidency&amp;catid=232:world&amp;Itemid=878"><em>Politico</em></a>, Desmond O&rsquo;Toole r&eacute;torque que l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t principal d&rsquo;une primaire &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne est de tirer vers le haut les d&eacute;bats et de &ldquo;galvaniser&rdquo; un leader sur des enjeux plus larges et europ&eacute;ens. Autrement, le blogueur d&rsquo;<a href="http://theeuropeancitizen.blogspot.com/2010/08/pes-primaries-and-parliamentary-eu.html"><em>Eurocitizen</em></a>, Conor Slowey voit cette initiative avec une certaine distance&nbsp; : certes, les syst&egrave;mes de prises de d&eacute;cisions sont imparfaits, cependant asseoir un syst&egrave;me de primaires permet d&rsquo;abord, selon lui, de d&eacute;velopper un mode de fonctionnement interne au PSE r&eacute;gulier et d&eacute;mocratique, afin de le contraindre &agrave; voter &agrave; chaque &eacute;lection pour ses repr&eacute;sentants; ensuite, cela changerait la nature m&ecirc;me des euro-partis : ils devraient non plus discuter de leurs int&eacute;r&ecirc;ts strictement vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Europe, mais d&eacute;lib&eacute;reraient de mani&egrave;re v&eacute;ritablement europ&eacute;enne. Et le plus visible des cas, pour le juriste su&eacute;dois Ralf Grahn, qui se d&eacute;finit lui-m&ecirc;me comme &ldquo;ind&eacute;pendant&rdquo;, est l&rsquo;effet des nouvelles technologies pouvant rapprocher les d&eacute;bats europ&eacute;ens, pour ceux voulant vraiment construire ensemble &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne. Il propose d&rsquo;ailleurs <a href="http://grahnlaw.blogspot.com/2010/08/online-campaign-challenges-in-europe.html">une campagne <em>online</em></a>. Soutenant ce mouvement, il enjoint les autres partis europ&eacute;ens &agrave; le suivre. Une certaine concurrence vertueuse &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne pourrait ainsi s&rsquo;installer.</p>
<p>Reste la faisabilit&eacute; d&rsquo;une telle organisation de primaires &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle europ&eacute;enne. L&agrave;, les soucis du r&eacute;alisme et du pragmatisme ressurgissent. <a href="http://campaignforapesprimary.blogspot.com/2010/08/allier-competition-et-subsidiarite-sera.html">Aymeric Lorthiois</a> voit une solution peu plausible sur le front uniquement europ&eacute;en, mais d&eacute;clin&eacute; par chacun des partis nationaux. Dan Luca, responsable de la section des sociaux d&eacute;mocrates roumains &agrave; Bruxelles, propose lui <a href="http://casaeuropei.blogspot.com/2010/08/un-calendar-pentru-alegerile-primare.html">un agenda relativement pr&eacute;cis</a> : d&eacute;but mai 2011, s&eacute;lection &agrave; l&rsquo;automne de la m&ecirc;me ann&eacute;e, validation des candidats et recherche de fonds en 2012 pour un d&eacute;but des primaires en 2013.<br />
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<strong>Parmi une des causes de r&eacute;ussite du mouvement...</strong><br />
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<a href="http://campaignforapesprimary.blogspot.com/2010/08/oustanding-first-result-for-campaign.html">Cet appel des militants socialistes</a> a &eacute;t&eacute; entendu par la direction du PSE, qui les a invit&eacute;s &agrave; participer aux travaux du parti &agrave; Bruxelles. Mais cette r&eacute;ussite, pour un groupe Facebook, tient &agrave; plusieurs facteurs dont l&rsquo;influence des r&eacute;seaux sociaux. Il n&rsquo;est pas commun de rassembler aussi rapidement une foultitude de militants s&eacute;par&eacute;s par des fronti&egrave;res &agrave; la fois nationales, linguistiques et partisanes. Le deuxi&egrave;me &eacute;l&eacute;ment de r&eacute;ponse est semble-t-il dans la nature bien particuli&egrave;re du PSE (parti) vis-&agrave;-vis de ses militants (activit&eacute;s PSE). La direction du PSE a besoin de ses militants europ&eacute;ens pour sensibiliser et sortir les partis nationaux de leur l&eacute;thargie habituelle, et du sentiment qu&rsquo;ils perdent &agrave; chaque concession une partie de leur pouvoir, de leur influence, et de leurs pr&eacute;rogatives. Sans doute d&rsquo;ailleurs, &agrave; tort. Mais ce qui est vrai pour les gouvernements envers l&rsquo;UE est, sociologiquement, &eacute;galement vrai pour les partis politiques.<br />
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L&rsquo;humain est ce qu&rsquo;il est, rassur&eacute; dans ce qu&rsquo;il conna&icirc;t d&eacute;j&agrave;, menac&eacute; par toute innovation. M&ecirc;me limit&eacute;e, et m&ecirc;me si cette initiative rate son objectif premier, force est de constater que l&rsquo;effervescence des contributions et des liens entre europ&eacute;ens, cr&eacute;&eacute;s par ce mouvement, est d&eacute;j&agrave; un succ&egrave;s en soi. Il importe donc de soutenir et d&rsquo;observer de tr&egrave;s pr&egrave;s ce mouvement pour comprendre et conna&icirc;tre l&rsquo;Europe politique de demain....</p>
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<p><strong>A lire aussi </strong><strong>: </strong></p>
<p>- <a href="http://campaignforapesprimary.blogspot.com/">Le site de la campagne pour des primaires au PSE</a>.</p>
<p>- <a href="http://twitter.com/PESPrimary">Les tweets de PES Primary</a>.</p>
<p>- Le <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3641-la_politique_exterieure_de_lunion_europeenne_a_lheure_du_seae.htm">dossier de Nonfiction.fr</a> sur la politique ext&eacute;rieure de l'Union europ&eacute;enne.</p> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Les critiques de la semaine sur nonfiction.fr</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3702-les_critiques_de_la_semaine_sur_nonfictionfr.htm</link>
         <description> Voici les derni&#232;res critiques parues sur nonfiction.fr :&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Arts appliqu&#233;s :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Jost Hochuli,   Le d&#233;tail en typographie   (Editions B42), par Emmanuel B&#233;rard.&#160; &#13;&#10; Jost Hochuli, graphiste et typographe suisse de renom, analyse, dans ce court ouvrage, les m&#233;canismes de perception de la typographie. Dans l&amp;rsquo;optique de son microscope, tous les d&#233;tails sont analys&#233;s et mis en perspective. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  &#201;dition :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Jean Foucault, Michel Manson, Luc Pinhas,   L&amp;rsquo;&#233;dition de jeunesse francophone face &#224; la mondialisation   (L&amp;rsquo;Harmattan), par Marie Marin.&#160; &#13;&#10; Cette &#233;tude montre combien la situation de l&amp;rsquo;&#233;dition jeunesse dans les pays francophones est fragile, en abordant la question de la production mais aussi de la position des &#233;diteurs et des auteurs. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Environnement, d&#233;veloppement durable   :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Hicham-St&#233;phane Afeissa,   La communaut&#233; des &#234;tres de nature   (MF), par Nicolas Delongeaux.&#160; &#13;&#10; Un livre court et dense, qui aborde les questions &#233;cologiques sous un angle &#233;thique, en d&#233;veloppant une th&#232;se personnelle et originale. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Gender studies :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Jean-Pierre Winter,   Homoparent&#233;   (Albin Michel), par Philippe Ari&#241;o.&#160; &#13;&#10; Jean-Pierre Winter pose la question de l&amp;rsquo;homoparentalit&#233; et appelle &#224; la prudence&amp;hellip; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Taslima Nasreen, Caroline Fourest,   Libres de le dire. Conversations m&#233;cr&#233;antes   (Flammarion), par Fabienne Dumont.&#160; &#13;&#10; Des entretiens riches et pleins d&amp;rsquo;humour &#224; propos de l&amp;rsquo;influence des religions sur les conditions de vie des femmes. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Histoire   :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Yannick Ripa,   L&amp;rsquo;affaire Rouy &amp;ndash; Une femme contre l&amp;rsquo;asile au XIXe si&#232;cle   (Tallandier), par Marie Ayni&#233;.&#160; &#13;&#10; L&amp;rsquo;asile du XIXe si&#232;cle : son arbitraire, sa violence et sa d&#233;nonciation. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Paulin Ismard,   Chronologie de la Gr&#232;ce ancienne   (Points), par Flora Champy.&#160; &#13;&#10; Un petit livre qui retrace pourtant de mani&#232;re tr&#232;s compl&#232;te toute l&amp;rsquo;histoire de la Gr&#232;ce. Un bon instrument de travail pour les &#233;tudiants et les non-sp&#233;cialistes. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Musique   :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Collectif,   Rock Critics   (Don Quichotte), par Sophie Rosemont.&#160; &#13;&#10; Un panel impressionnant, propice &#224; la nostalgie, des plus belles plumes du journalisme rock en France. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Politique de la ville   :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Michel Agier,   Esquisses d&amp;rsquo;une anthropologie de la ville. Lieux, situations, mouvements   (Academia Bruylant), par Antonin Margier.&#160; &#13;&#10; Une belle invitation &#224; porter nos regards sur l&amp;rsquo;urbanit&#233; qui appara&#238;t dans les marges urbaines. &#201;clairant et novateur. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Psychanalyse :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Roger Perron,   La raison psychanalytique : pour une science du devenir psychique   (Dunod), par Fr&#233;d&#233;ric Forest.&#160; &#13;&#10; Roger Perron nous livre chez Dunod une &quot;Raison psychanalytique&quot;, revenant sur la question de la scientificit&#233; de la psychanalyse. Le livre s&amp;rsquo;ouvre sur un dialogue imaginaire entre un po&#232;te et un g&#233;om&#232;tre, nous transportant dans un espace de fiction, entre la lettre et le nombre. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Religions : &#13;&#10;  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - Collectif,   Le grand dictionnaire de la Bible   (Excellis), par St&#233;phane Briand.&#160; &#13;&#10; Un ouvrage remarquablement document&#233; qui permet d'appr&#233;hender la Bible dans toute sa dimension culturelle. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Sciences   :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - David Larousserie,   Le point G existe-t-il ?   (L&amp;rsquo;Archipel), par Walter Appel.&#160; &#13;&#10; Un tour d'horizon des probl&#232;mes scientifiques actuels, pour un tr&#232;s large public. &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Social-d&#233;mocratie en Europe   :  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; - David Muhlmann,   R&#233;concilier marxisme et d&#233;mocratie   (Seuil), par Fr&#233;d&#233;ric M&#233;nager.&#160; &#13;&#10; A la fois biographie, ouvrage d'histoire sociale, de th&#233;orie politique ou de philosophie, R&#233;concilier marxisme et d&#233;mocratie de David Muhlmann pr&#233;sente une r&#233;flexion sur la vie et la pens&#233;e de Rosa Luxembourg. </description>
         <pubDate>08/27/10 12:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3702-les_critiques_de_la_semaine_sur_nonfictionfr.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Voici les derni&egrave;res critiques parues sur nonfiction.fr :&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Arts appliqu&eacute;s :</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Jost Hochuli, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3700-microtypos.htm">Le d&eacute;tail en typographie</a></em> (Editions B42), par Emmanuel B&eacute;rard.&nbsp;</p>
<p>Jost Hochuli, graphiste et typographe suisse de renom, analyse, dans ce court ouvrage, les m&eacute;canismes de perception de la typographie. Dans l&rsquo;optique de son microscope, tous les d&eacute;tails sont analys&eacute;s et mis en perspective. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>&Eacute;dition :</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Jean Foucault, Michel Manson, Luc Pinhas, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3692-un_large_panorama_de_ledition_jeunesse_dans_les_pays_francophones.htm">L&rsquo;&eacute;dition de jeunesse francophone face &agrave; la mondialisation</a></em> (L&rsquo;Harmattan), par Marie Marin.&nbsp;</p>
<p>Cette &eacute;tude montre combien la situation de l&rsquo;&eacute;dition jeunesse dans les pays francophones est fragile, en abordant la question de la production mais aussi de la position des &eacute;diteurs et des auteurs. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Environnement, d&eacute;veloppement durable</strong> <strong>:</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Hicham-St&eacute;phane Afeissa, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3675-lecologie_a_t_elle_besoin_dune_morale_.htm">La communaut&eacute; des &ecirc;tres de nature</a></em> (MF), par Nicolas Delongeaux.&nbsp;</p>
<p>Un livre court et dense, qui aborde les questions &eacute;cologiques sous un angle &eacute;thique, en d&eacute;veloppant une th&egrave;se personnelle et originale. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Gender studies :</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Jean-Pierre Winter, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3680-freiner_lhomoparente.htm">Homoparent&eacute;</a></em> (Albin Michel), par Philippe Ari&ntilde;o.&nbsp;</p>
<p>Jean-Pierre Winter pose la question de l&rsquo;homoparentalit&eacute; et appelle &agrave; la prudence&hellip; &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Taslima Nasreen, Caroline Fourest, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3678-la_democratie_laique_au_feminin.htm">Libres de le dire. Conversations m&eacute;cr&eacute;antes</a></em> (Flammarion), par Fabienne Dumont.&nbsp;</p>
<p>Des entretiens riches et pleins d&rsquo;humour &agrave; propos de l&rsquo;influence des religions sur les conditions de vie des femmes. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Histoire</strong> <strong>:</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Yannick Ripa, <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3697-femme_internee.htm"><em>L&rsquo;affaire Rouy &ndash; Une femme contre l&rsquo;asile au XIXe si&egrave;cle</em></a> (Tallandier), par Marie Ayni&eacute;.&nbsp;</p>
<p>L&rsquo;asile du XIXe si&egrave;cle : son arbitraire, sa violence et sa d&eacute;nonciation.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Paulin Ismard, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3689-panorama_de_la_grece_ancienne.htm">Chronologie de la Gr&egrave;ce ancienne</a></em> (Points), par Flora Champy.&nbsp;</p>
<p>Un petit livre qui retrace pourtant de mani&egrave;re tr&egrave;s compl&egrave;te toute l&rsquo;histoire de la Gr&egrave;ce. Un bon instrument de travail pour les &eacute;tudiants et les non-sp&eacute;cialistes. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Musique </strong><strong>:</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Collectif, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3694-les_routards_du_rock.htm">Rock Critics</a></em> (Don Quichotte), par Sophie Rosemont.&nbsp;</p>
<p>Un panel impressionnant, propice &agrave; la nostalgie, des plus belles plumes du journalisme rock en France. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Politique de la ville</strong> <strong>:</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Michel Agier, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3688-quest_ce_qui_fait_ville_aujourdhui_.htm">Esquisses d&rsquo;une anthropologie de la ville. Lieux, situations, mouvements</a></em> (Academia Bruylant), par Antonin Margier.&nbsp;</p>
<p>Une belle invitation &agrave; porter nos regards sur l&rsquo;urbanit&eacute; qui appara&icirc;t dans les marges urbaines. &Eacute;clairant et novateur. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Psychanalyse :</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Roger Perron, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3701-quelle_type_de_science_pourrait_bien_etre_la_psychanalyse_.htm">La raison psychanalytique : pour une science du devenir psychique</a></em> (Dunod), par Fr&eacute;d&eacute;ric Forest.&nbsp;</p>
<p>Roger Perron nous livre chez Dunod une &quot;Raison psychanalytique&quot;, revenant sur la question de la scientificit&eacute; de la psychanalyse. Le livre s&rsquo;ouvre sur un dialogue imaginaire entre un po&egrave;te et un g&eacute;om&egrave;tre, nous transportant dans un espace de fiction, entre la lettre et le nombre. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Religions :<br />
</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- Collectif, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3676-au_fil_de_la_bible.htm">Le grand dictionnaire de la Bible</a></em> (Excellis), par St&eacute;phane Briand.&nbsp;</p>
<p>Un ouvrage remarquablement document&eacute; qui permet d'appr&eacute;hender la Bible dans toute sa dimension culturelle. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Sciences</strong> <strong>:</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- David Larousserie, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3691-le_point_g_existe_t_il_.htm">Le point G existe-t-il ?</a></em> (L&rsquo;Archipel), par Walter Appel.&nbsp;</p>
<p>Un tour d'horizon des probl&egrave;mes scientifiques actuels, pour un tr&egrave;s large public. &nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Social-d&eacute;mocratie en Europe</strong> <strong>:</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>- David Muhlmann, <em><a href="http://www.nonfiction.fr/article-3686-marxisme_et_democratie__un_couple_reconciliable_.htm">R&eacute;concilier marxisme et d&eacute;mocratie</a></em> (Seuil), par Fr&eacute;d&eacute;ric M&eacute;nager.&nbsp;</p>
<p>A la fois biographie, ouvrage d'histoire sociale, de th&eacute;orie politique ou de philosophie, R&eacute;concilier marxisme et d&eacute;mocratie de David Muhlmann pr&eacute;sente une r&eacute;flexion sur la vie et la pens&eacute;e de Rosa Luxembourg.</p> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Qui conna&#238;t Jean-Louis Brochen ? </title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3635-qui_connait_jean_louis_brochen_.htm</link>
         <description>  Chaque mois d&#233;sormais, nonfiction.fr publiera un portrait d&amp;rsquo;une personnalit&#233; &quot;d&#233;cal&#233;e&quot;, un intellectuel ou un acteur social qui participe au d&#233;bat d&amp;rsquo;id&#233;es. Ce mois-ci, ce profil de l&amp;rsquo;avocat Jean-Louis Brochen, peu connu du grand public, revient sur le parcours d&amp;rsquo;un grand d&#233;fenseur de la libert&#233; d&amp;rsquo;expression, au moment o&#249; des r&#233;formes importantes de la justice menacent jusqu&amp;rsquo;&#224; l&amp;rsquo;aide juridictionnelle des plus d&#233;munis   1 . &#13;&#10;  Pierre Testard, r&#233;dacteur en chef adjoint de nonfiction.fr.  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Avocat de gauche et homme de combats et de convictions, Jean-Louis Brochen est le mari de Martine Aubry. Il s'engage ici contre la r&#233;forme en cours de l'aide juridictionnelle en faveur des plus d&#233;munis. Portrait.  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Il y a quelques mois, le pr&#233;sident de la R&#233;publique lan&#231;ait une formule, pour le moins malheureuse, en comparant le couple bling-bling qu&amp;rsquo;il formait avec Carla Bruni &#224; &quot;Martine et Martin&quot;. Mais quelle mouche a bien pu piquer Nicolas Sarkozy ? Car le mari de Martine Aubry ne s&amp;rsquo;appelle pas Martin, mais Jean-Louis Brochen. Une figure peu connue du grand public. &#13;&#10;  &#160;  &#13;&#10; Assis &#224; la terrasse d&amp;rsquo;un caf&#233; au festival d&amp;rsquo;Avignon, o&#249; il accompagne son &#233;pouse, Jean-Louis Brochen est calme, mesur&#233;, presque trop sage. Avec Martine Aubry, il forme un couple d&amp;rsquo;apparence contradictoire. Les contraires s&amp;rsquo;assemblent ? Il y a pourtant plus de ressemblances, plus de points communs qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;y para&#238;t entre la maire de Lille et l&amp;rsquo;ancien b&#226;tonnier. Elle est rapide &amp;ndash; trop parfois. Il est calme &amp;ndash; trop peut-&#234;tre. Mais ils partagent une histoire, des valeurs de gauche, un sens de la justice et de la d&#233;fense des plus d&#233;munis, une passion pour la culture. Ils sont mari&#233;s depuis mars 2004.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Bienvenue en Provence  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; N&#233; &#224; Roubaix le 7 juin 1944, d&amp;rsquo;un p&#232;re breton et d&amp;rsquo;une m&#232;re nordiste, Jean-Louis Brochen est un homme du Nord. Il est grand, solide comme un roc, les cheveux en bataille : &#224; la terrasse du caf&#233; o&#249; on l&amp;rsquo;interroge &#224; Avignon, on a l&amp;rsquo;impression d&amp;rsquo;&#234;tre dans un remake de  Bienvenue chez les Ch&amp;rsquo;tis  &#224; l&amp;rsquo;envers :  B&#232;n-vengudo en Prouv&#232;n&#231;o .&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Ayant grandi dans une famille catholique, avec les communions et la confirmation qui vont avec, Jean-Louis Brochen a &#233;tudi&#233; au lyc&#233;e de Roubaix puis de Tourcoing, passant ce qu&amp;rsquo;on appelait encore le &quot;bac philo&quot; en 1964. Entre temps, il obtient une bourse de l&amp;rsquo;American Field Service, association militant pour la compr&#233;hension entre les peuples, qui lui permet de passer une ann&#233;e aux Etats-Unis, dans l&amp;rsquo;Oklahoma. Il y d&#233;couvre le Midwest, ses grands espaces, le sens de la libert&#233;, ce c&#244;t&#233; &quot;don&amp;rsquo;t-fence-me-in&quot; (ne m&amp;rsquo;enfermez pas) du &quot;wild west&quot; et des Midwesterners. En m&#234;me temps, dans la petite ville de Ponca City o&#249; il vit, du nom d&amp;rsquo;une tribu indienne encore nombreuse dans la r&#233;gion, il souffre un peu d&amp;rsquo;un monde sans art, ni vie culturelle urbaine. Brochen se souvient : &quot;Je me suis retrouv&#233; plong&#233; dans l&amp;rsquo;Am&#233;rique profonde vivant parfois comme un personnage de film de John Ford&quot;.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; De retour en France, il entre &#224; la facult&#233; de droit de Lille, est professeur d'anglais &#224; Villeneuve d'Ascq ou &#224; l'&#233;cole Berlitz de Lille. Il est moniteur de Travaux dirig&#233;s en relations internationales &#224; la facult&#233; de droit de Lille. Il pr&#234;te le serment d'avocat le 3 novembre 1969.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Il ne commencera &#224; exercer qu&amp;rsquo;en juillet 1971, apr&#232;s deux ann&#233;es de service militaire au titre de la Coop&#233;ration, au Cameroun anglophone, en tant qu&amp;rsquo;enseignant du fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re (FLE).&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Pourquoi a-t-il choisi le m&#233;tier d&amp;rsquo;avocat ? A la fois par fid&#233;lit&#233; et par rupture. La tradition familiale bien s&#251;r, son p&#232;re, le b&#226;tonnier Yves Brochen, &#233;tant l&amp;rsquo;un des avocats r&#233;put&#233;s de Lille et, &#224; sa mort pr&#233;coce, en 1971, le fils, Jean-Louis, reprend le cabinet paternel. Par rupture aussi, car le jeune avocat veut s&amp;rsquo;engager &#224; gauche, militer autant qu&amp;rsquo;il veut plaider.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Ainsi, il est tour &#224; tour Secr&#233;taire de la Conf&#233;rence du Stage (1973), pr&#233;sident de l&amp;rsquo;Union des Jeunes Avocats de Lille (1973-1974), et devient surtout, au niveau national, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral puis pr&#233;sident du SAF &amp;ndash; le c&#233;l&#232;bre Syndicat des Avocats de France (1981-1983).&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Cet engagement au sein de sa profession, Jean-Louis Brochen le poursuit sur tous les fronts : dans les prisons, au c&#244;t&#233; de ses clients d&#233;tenus, mais il agit aussi au sein de la Commission de Surveillance des Prisons de Loos ; sur le terrain de la d&#233;linquance, il est membre du premier Conseil National de Pr&#233;vention de la D&#233;linquance ; &#224; l&amp;rsquo;international, il est vice-pr&#233;sident de l&amp;rsquo;association Juristes sans fronti&#232;res. A ce titre, on le retrouve en Bosnie, o&#249; il m&#232;ne une mission humanitaire de juristes pendant la guerre, ou encore au Rwanda o&#249; il participe avec M&#233;decins du Monde au rapatriement sanitaire de vingt enfants victimes du g&#233;nocide, dans le cadre de la cha&#238;ne de l&amp;rsquo;espoir.  (Lire la suite -&#62;)  &#13;&#10;  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  Un d&#233;fenseur acharn&#233; de la libert&#233; d&amp;rsquo;expression  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; A la crois&#233;e du droit et de l&amp;rsquo;humanisme, Jean-Louis Brochen s&amp;rsquo;engage parall&#232;lement au sein de la Ligue des droits de l&amp;rsquo;homme : il enqu&#234;te sur la vie carc&#233;rale dans les &#233;tablissements p&#233;nitentiaires de la r&#233;gion de Douai ou suit le dossier des &quot;Sept de Lezennes&quot;, victimes d&amp;rsquo;une proc&#233;dure disciplinaire au sein de la Poste.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Car Brochen est d&amp;rsquo;abord et avant tout un sp&#233;cialiste du droit social et du droit p&#233;nal. Avocat de la CFDT, mais aussi des unions locales CGT, de Sud et de Sud-PTT, il d&#233;fend d&amp;rsquo;innombrables salari&#233;s dans de nombreux conflits individuels ou collectifs du travail (affaires Deffresne, SGTN, Peignage Am&#233;d&#233;e, VPC&amp;hellip;). Il a obtenu il y a plus de vingt ans les premi&#232;res d&#233;cisions sanctionnant l&amp;rsquo;ouverture de commerces le dimanche. Il est intervenu au c&#244;t&#233; des victimes et des organisations syndicales dans de nombreux accidents du travail et dans la reconnaissance de la faute inexcusable, notamment &#224; Usinor. Il fait condamner lourdement l&amp;rsquo;entreprise Leroy (sp&#233;cialis&#233;e dans l&amp;rsquo;ensachage des produits d&#233;tergents &#224; la base de silice) du Douaisis dans le cadre de la lutte contre la silicose, apr&#232;s la mort foudroyante de plusieurs ouvriers. Au fond, et sans alors conna&#238;tre Martine Aubry, Brochen fait appliquer par la justice le respect des Lois Auroux ou les lois sociales que la ministre du Travail de Fran&#231;ois Mitterrand a fait voter.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; C&amp;rsquo;est aussi un avocat p&#233;naliste r&#233;put&#233; et craint. Souvent, il intervient, notamment au titre de l&amp;rsquo;aide juridictionnelle, pour d&#233;fendre des hommes et des femmes qui, accus&#233;s de crimes, ont n&#233;anmoins le droit &#233;l&#233;mentaire d&amp;rsquo;&#234;tre d&#233;fendus m&#234;me lorsqu&amp;rsquo;ils sont sans ressources. Tout &#224; coup, Brochen, si calme jusque-l&#224;, se met &#224; parler haut et fort, tr&#232;s en col&#232;re contre la r&#233;forme en cours de l&amp;rsquo;aide juridictionnelle par le gouvernement Sarkozy : &quot;Un Etat de droit se doit d&amp;rsquo;avoir une justice &#233;gale pour tous et de garantir &#224; chacun un acc&#232;s &#233;gal &#224; la d&#233;fense et au conseil, quelle que soit sa situation de fortune. C&amp;rsquo;est le devoir de l&amp;rsquo;Etat de garantir le bon fonctionnement de ces services publics que sont la justice, et son corollaire, la d&#233;fense. La France qui s&amp;rsquo;&#233;tait engag&#233;e &#224; r&#233;aliser une profonde r&#233;forme de l&amp;rsquo;Aide juridictionnelle garantissant un acc&#232;s &#224; la d&#233;fense et au conseil, fond&#233; sur le principe d&amp;rsquo;une r&#233;mun&#233;ration normale des avocats, n&amp;rsquo;a pas tenu ses engagements et tente aujourd&amp;rsquo;hui de se d&#233;sengager. On ne peut admettre une telle remise en cause du principe de la gratuit&#233; de la justice par l&amp;rsquo;instauration d&amp;rsquo;un ticket mod&#233;rateur inapplicable en mati&#232;re p&#233;nale et injuste en mati&#232;re civile&quot;. Brochen poursuit, toujours en col&#232;re : &quot;L&amp;rsquo;Etat ne peut fuir ses responsabilit&#233;s en d&#233;l&#233;guant aux assurances priv&#233;es la mission de prendre en charge l&amp;rsquo;aide l&#233;gale&quot;. Les pays voisins, d&amp;rsquo;ailleurs, la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas, montrent en la mati&#232;re un effort sans commune mesure de l&amp;rsquo;Etat au profit des plus fragiles 2 . &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &quot;J&amp;rsquo;ai d&#233;fendu des prostitu&#233;es contre des prox&#233;n&#232;tes, des meurtriers, des braqueurs&quot;, reprend Brochen qui est &#233;galement intervenu aux c&#244;t&#233;s de l&amp;rsquo;association &quot;le Nid&quot; dans plusieurs proc&#232;s concernant la prostitution. Peut-on d&#233;fendre n&amp;rsquo;importe qui ? &quot;Chacun doit pouvoir &#234;tre d&#233;fendu mais pas n&amp;rsquo;importe comment&quot;.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Son mod&#232;le, c&amp;rsquo;est Ma&#238;tre Henri Leclerc. &quot;J&amp;rsquo;ai plaid&#233; une fois aux Assises &#224; ses c&#244;t&#233;s et j&amp;rsquo;ai d&#233;couvert un homme sensible, humain, un grand p&#233;naliste, un homme qui est constamment &#224; l&amp;rsquo;&#233;coute&quot;. Il partage avec ce grand avocat, qui fut pr&#233;sident de la Ligue des Droits de l&amp;rsquo;Homme, une passion pour &quot;la d&#233;fense&quot;, quelle qu&amp;rsquo;elle soit. &quot;Lorsqu&amp;rsquo;on d&#233;fend un criminel, on n&amp;rsquo;est pas un criminel soi-m&#234;me, on est seulement en faveur d&amp;rsquo;une certaine id&#233;e de la Justice. Je suis fid&#232;le au serment que j&amp;rsquo;ai pr&#234;t&#233; et n&amp;rsquo;ai jamais reni&#233; les engagements qui font l&amp;rsquo;honneur de notre profession&quot;, explique Brochen. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Cette haute conception de la justice lui a fait d&#233;fendre aussi bien &quot;Radio Lille 59&quot;, la premi&#232;re radio libre lilloise en 1981, que Raymond Depardon contre l&amp;rsquo;interdiction de la projection de &quot; N&#176;0 &quot;, documentaire sur le lancement du journal  Le Matin , au festival de court-m&#233;trage de Lille, ou encore la possibilit&#233; pour les rappeurs de Sniper de tenir un concert &#224; Lille. Il plaide aussi afin que de jeunes r&#233;alisateurs de cin&#233;ma roubaisiens Nadia Bouferkas et Mehmet Arikan, puissent projeter le film documentaire  Li Fet Met  qu&amp;rsquo;ils avaient r&#233;alis&#233; sur la vie des harkis revenus au pays en d&#233;pit de l&amp;rsquo;opposition de mouvements int&#233;gristes.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Alors qu&amp;rsquo;aucune loi ne r&#233;glementait le port de signes religieux dans l&amp;rsquo;espace public, Brochen a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; d&#233;fendre la scolarisation &#224; l&amp;rsquo;&#233;cole publique de jeunes filles portant le foulard islamique en 1993, ainsi que d&amp;rsquo;un jeune homme portant la kippa juive. &quot;De m&#234;me que l&amp;rsquo;avocat d&amp;rsquo;un criminel n&amp;rsquo;est pas lui-m&#234;me un criminel, j&amp;rsquo;ai d&#233;fendu ces jeunes filles alors que je n&amp;rsquo;&#233;tais pas favorable au voile. Je suis contre le voile et encore plus clairement contre la burqa, mais c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;honneur d&amp;rsquo;un avocat que de faire en sorte qu&amp;rsquo;un individu ait toujours quelqu&amp;rsquo;un pour le d&#233;fendre&quot;.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Dans la lign&#233;e de son serment d&amp;rsquo;avocat, Ma&#238;tre Brochen a accept&#233; de d&#233;fendre en 2001 un jeune homme entra&#238;n&#233; par de jeunes &#233;tudiants fran&#231;ais convertis &#224; un islam fondamentaliste dans le contexte du g&#233;nocide de Bosnie, qui avait particip&#233; &#224; la folle et vaine aventure avort&#233; d&amp;rsquo;un braquage en 1996 d&amp;rsquo;un supermarch&#233; par le &quot;gang de Roubaix&quot;.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Ces affaires lui valent une haine tenace du Front National du Nord qui n&amp;rsquo;h&#233;site pas, depuis, &#224; multiplier les tracts anonymes et les messages diffamatoires sur Internet pour le d&#233;noncer comme &quot;avocat halal&quot; ou comme &quot;avocat des islamistes&quot;. On peut noter qu&amp;rsquo;un des auteurs de ces campagnes de diffamation, poursuivi par Jean-Louis Brochen, a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233; dans une affaire similaire. &quot;Dans une r&#233;union publique &#224; Lille Sud durant la campagne &#233;lectorale de 1995, par exemple, o&#249; j&amp;rsquo;avais &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme l&amp;rsquo;avocat du voile, j&amp;rsquo;avais rappel&#233; que je d&#233;fendais des &#233;tudiantes contre l&amp;rsquo;exclusion de l&amp;rsquo;Universit&#233; ou des lyc&#233;ennes contre l&amp;rsquo;exclusion du lyc&#233;e, parce qu&amp;rsquo;on leur reprochait de porter le voile, mais que je n&amp;rsquo;&#233;tais pas l&amp;rsquo;avocat du voile.&quot; En outre, dans l'affaire des filles voil&#233;es, il d&#233;fendait davantage le droit &#224; la  scolarisation pour tous que la d&#233;fense du port d'un signe religieux. Et Brochen de pr&#233;ciser : &quot;Ces attaques d&#233;montrent une m&#233;connaissance fondamentale du m&#233;tier d&amp;rsquo;avocat&quot;.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Il d&#233;fend aussi des policiers. Brochen figure sur la liste &#233;tablie par la pr&#233;fecture du Nord des avocats sp&#233;cialis&#233;s en droit p&#233;nal, acceptant d'assurer la d&#233;fense des fonctionnaires de police victimes de violences dans leur exercice professionnel. R&#233;guli&#232;rement, il repr&#233;sente devant les juridictions p&#233;nales les agents du commissariat de Roubaix, ce qui ne l'emp&#234;che pas de d&#233;fendre des victimes de violences polici&#232;res.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Cette int&#233;grit&#233; professionnelle, ce d&#233;sir d'offrir &#224; tous une d&#233;fense de qualit&#233;, lui valent depuis longtemps la reconnaissance de ses pairs : &#233;lu b&#226;tonnier de Lille, il fut &#233;galement membre de la Conf&#233;rence nationale des Barreaux de 1992 &#224; 1996. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Ses engagements se traduisent parfois par des &#233;checs. Aux assises de Douai, il d&#233;fend par exemple un meurtrier, &quot;alcoolique dangereux&quot;, pour lequel l&amp;rsquo;avocat g&#233;n&#233;ral requiert vingt ans de prison &amp;ndash; le verdict, apr&#232;s sa plaidoirie, condamne le meurtrier &#224; perp&#233;tuit&#233;.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &quot;Ce jour-l&#224;, je me suis demand&#233; si je devais raccrocher ma robe&quot;, explique Brochen. &quot;Mais, l&amp;rsquo;histoire n&amp;rsquo;&#233;tait pas termin&#233;e. Mon client a eu, en prison, un comportement exemplaire et, longtemps apr&#232;s, il a pu obtenir une remise de peine. Aujourd&amp;rsquo;hui, c&amp;rsquo;est un petit restaurateur tranquille et prosp&#232;re dont j'ai obtenu la r&#233;habilitation p&#233;nale&quot;, poursuit-il, visiblement heureux.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; De tous les traits de caract&#232;re qui frappent tout de suite lorsqu&amp;rsquo;on rencontre cet avocat hors-norme, la g&#233;n&#233;rosit&#233; domine. Brochen est une sorte de Robert Badinter lillois, un autre de ses mod&#232;les, pour son combat en faveur de la r&#233;insertion des d&#233;tenus et contre la peine de mort, pour son militantisme en faveur de la d&#233;p&#233;nalisation de l&amp;rsquo;homosexualit&#233; ou pour sa participation &#224; la r&#233;daction du nouveau code p&#233;nal. &quot;Lorsque Badinter a d&#233;fendu Patrick Henry, qui avait tu&#233; un gar&#231;on de sept ans en 1976, et le sauve, par sa plaidoirie, de la peine capitale, je crois que la justice a fait son travail&quot; dit Brochen, dont l&amp;rsquo;un des ouvrages de chevet a &#233;t&#233;  L&amp;rsquo;Ex&#233;cution  de Badinter. Et comme celui-ci, Jean-Louis Brochen fait de la justice le mot-cl&#233; de l'histoire de la gauche r&#233;publicaine. Avocat, c'est avant tout un combat pour le droit au droit, en premier lieu ceux de la d&#233;fense, m&#234;me pour l'ind&#233;fendable. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Au cours de sa carri&#232;re Brochen est amen&#233; &#224; participer &#224; la r&#233;daction d'un livre,  L&amp;rsquo;Acharnement  (chronique de la r&#233;pression des sept postiers de Lille Lezennes), et au tournage d'un &#233;pisode de  Justice en France  de Daniel Carlin et Tony Lain&#233; ou encore du documentaire de Mosco Boucault pour France 3,  Roubaix commissariat central  en tant que conseiller juridique. On le voit enfin jouer le r&#244;le d&amp;rsquo;un avocat plaidant, dans un proc&#232;s contre l&amp;rsquo;extr&#234;me droite, dans le film  La Fili&#232;re Noire  de Jean Daniel Simon avec Daniel Auclair.&#160;  (Lire la suite -&#62;)  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10;  La rencontre avec Martine Aubry  &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; D&#233;j&#224; conseiller municipal de Roubaix (1989-1992), Jean-Louis Brochen est sollicit&#233; par Pierre Mauroy, qui avait rep&#233;r&#233; l&amp;rsquo;ancien b&#226;tonnier, pour faire la campagne municipale de 1995 &#224; Lille. C&amp;rsquo;est, l&#224;, &#224; Lille, qu&amp;rsquo;il rencontre Martine Aubry. &quot;Je la connaissais mais elle ne me connaissait pas. Je l&amp;rsquo;avais d&#233;j&#224; vue deux fois, au congr&#232;s du Syndicat des Avocats de France o&#249; elle &#233;tait intervenue et &#224; l&amp;rsquo;occasion d&amp;rsquo;une remise de L&#233;gion d&amp;rsquo;honneur du b&#226;tonnier de Versailles&quot;. Brochen est &#233;lu conseiller municipal d&#233;l&#233;gu&#233;, puis nomm&#233; adjoint &#224; la culture de la mairie de Lille, poste qu&amp;rsquo;il occupera aupr&#232;s de Pierre Mauroy de 1995 &#224; 2001. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &quot;J&amp;rsquo;ai &#233;t&#233; passionn&#233; par ce travail culturel &#224; Lille. J&amp;rsquo;ai particip&#233; activement &#224; la nomination de Stuart Seide au th&#233;&#226;tre du Nord, j&amp;rsquo;ai organis&#233; Lille 2000 et notamment la saison africaine et j&amp;rsquo;ai suivi &#224; ses d&#233;buts le dossier de Lille Capitale europ&#233;enne de la culture&quot;. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; C&amp;rsquo;est aussi lui qui organisera les premi&#232;res grandes r&#233;trospectives de peintres ou de sculpteurs contemporains au Palais des Beaux Arts de Lille, Ladislas Kijno, Edouard Pignon, &#224; l&amp;rsquo;Hospice Comtesse, Jean Roulland et Georges Jeanclos, et dans l&amp;rsquo;Eglise Sainte Marie Madeleine de nombreuses expositions d&amp;rsquo;artistes du Nord, et de grandes expositions,  La Classe Morte  de Tadeus Kantor ou une r&#233;trospective du grand peintre et graveur bosniaque Safet Zec ou deux expositions d'art brut de l'atelier de La Pommeraie dans le hall de l'H&#244;tel de Ville de Lille. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; D&#232;s lors, on voit Martine Aubry et Jean-Louis Brochen ensemble constamment dans les mus&#233;es et les th&#233;&#226;tres de la ville, et fr&#233;quemment, ils assistent &#224; des spectacles parisiens, que ce soit Les Arts Florissants de William Christie, ou des pi&#232;ces aux th&#233;&#226;tres Nanterre-Amandiers ou de l&amp;rsquo;Od&#233;on, Martine Aubry ayant plusieurs abonnements personnels &#224; ces th&#233;&#226;tres. Le th&#233;&#226;tre devient une passion commune et, d&#232;s 1996, ils assistent, enchant&#233;s, au festival d&amp;rsquo;Avignon au  Pereira pr&#233;tend  d&amp;rsquo;Antonio Tabucchi mis en sc&#232;ne par Didier Bezace. Ils viennent &#224; Avignon ensemble chaque ann&#233;e.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Jean-Louis Brochen ne figure pas, toutefois, sur la liste municipale de Lille en 2002. &quot;A partir du moment o&#249; je vivais avec Martine Aubry, nous avons pris la d&#233;cision que je ne pouvais pas me repr&#233;senter sur sa liste et je me suis &#233;loign&#233;, un peu &#224; regret, de la vie politique&quot;. Elle est &#233;lue maire en 2002. C&amp;rsquo;est Pierre de Saintignon, 1er adjoint, qui les marie le 20 mars 2004 &#224; la mairie de Lille dans l&amp;rsquo;intimit&#233;. &quot;Nous avons choisi un mariage en famille et entre amis, nous ne voulions pas le transformer en mariage people&quot;, commente simplement Brochen.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; De son premier mariage, Jean-Louis Brochen a deux enfants. Il est aujourd&amp;rsquo;hui grand-p&#232;re et a trois petits-enfants. Sa belle-s&amp;oelig;ur est la peintre et sc&#233;nographe Lise-Marie Brochen dont la fille, sa ni&#232;ce, est la metteuse-en-sc&#232;ne Julie Brochen, aujourd&amp;rsquo;hui directrice du Th&#233;&#226;tre national de Strasbourg.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Jean-Louis Brochen n&amp;rsquo;aime gu&#232;re parler de sa vie priv&#233;e et il n&amp;rsquo;a donn&#233;, &#224; ce jour, aucune interview sur sa relation avec Martine Aubry. Le couple a refus&#233; tous les portraits et toutes les photos. &quot;Nous sommes tr&#232;s attach&#233;s &#224; notre jardin secret. Nous tenons &#224; la discr&#233;tion et prot&#233;geons notre vie priv&#233;e&quot;, pr&#233;cise-t-il, pudique. Carla Bruni posant en mannequin sur le toit de l&amp;rsquo;Elys&#233;e photographi&#233;e par Annie Leibovitz pour  Vanity Fair , ce n&amp;rsquo;est pas leur style. Mais Brochen sait bien que, dans les mois &#224; venir, sa vie priv&#233;e sera auscult&#233;e &#224; la loupe, ce qui, sans doute, l&amp;rsquo;a convaincu de commencer &#224; parler.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Pour d&#233;crire leur relation, singuli&#232;re, difficile d&amp;rsquo;en savoir plus. Des passions ? Des tensions ? Brochen avoue que leur relation peut se tendre dans une seule circonstance : &quot;Si je pr&#233;tends faire le tiramisu mieux que Martine Aubry&quot;. Il sourit.&#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; En d&#233;pit de la chaleur avignonnaise, Jean-Louis Brochen est redevenu un homme du Nord, pudique, parlant peu. On n&amp;rsquo;en saura pas plus. Osons une image, emprunt&#233;e &#224; un livre que Brochen cite et affectionne, les  M&#233;moires d&amp;rsquo;Hadrien  de Marguerite Yourcenar, femme du Nord n&#233;e &#224; Lille. Dans les notes de cet ouvrage c&#233;l&#232;bre, Yourcenar y pr&#233;cise : &quot;Ce livre n&amp;rsquo;est d&#233;di&#233; &#224; personne. Il aurait d&#251; l&amp;rsquo;&#234;tre &#224; G. F., et l&amp;rsquo;e&#251;t &#233;t&#233;, s&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;y avait une esp&#232;ce d&amp;rsquo;ind&#233;cence &#224; mettre une d&#233;dicace personnelle en t&#234;te d&amp;rsquo;un ouvrage d&amp;rsquo;o&#249; je tenais justement &#224; m&amp;rsquo;effacer. Mais la plus longue d&#233;dicace est encore une mani&#232;re trop incompl&#232;te et trop banale d&amp;rsquo;honorer une amiti&#233; si peu commune (&amp;hellip;). [Il y a] un peu en retrait quelqu&amp;rsquo;un qui nous soutient, nous approuve, parfois nous combat ; quelqu&amp;rsquo;un qui partage avec nous, &#224; ferveur &#233;gale, les joies de l&amp;rsquo;art et celles de la vie, leurs travaux jamais ennuyeux et jamais faciles ; quelqu&amp;rsquo;un qui n&amp;rsquo;est ni notre ombre, ni notre reflet, ni m&#234;me notre compl&#233;ment, mais soi-m&#234;me ; quelqu&amp;rsquo;un qui nous laisse divinement libres, et pourtant nous oblige &#224; &#234;tre pleinement ce que nous sommes&quot;. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; *  Cet article a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par le juriste et politiste Nicolas Leron et par l&amp;rsquo;avocat S&#233;bastien Mabile. Tous les deux sont membres du p&#244;le Droit de nonfiction.fr.    Notes :  1 - Une importante r&#233;forme de l'aide juridictionnelle est actuellement en cours. Le gouvernement veut mettre fin &#224; la gratuit&#233; totale de l'acc&#232;s &#224; cette aide qui permet aux personnes avec peu de ressources ne pouvant pas faire appel &#224; un avocat d'&#234;tre aid&#233;es par l'Etat pour leur d&#233;fense. Mardi 13 juillet, l'instauration d'un &quot;ticket mod&#233;rateur&quot; pay&#233; par le justiciable a &#233;t&#233; d&#233;battu en commission des lois de l'Assembl&#233;e nationale, &#224; la demande du gouvernement.L'Aide juridictionnelle est destin&#233;e aux personnes ayant des revenus inf&#233;rieurs &#224;  915 euros mensuels. En 2009, 900.000 personnes y ont eu recours 2 - Une importante r&#233;forme de l'aide juridictionnelle est actuellement en  cours. Le gouvernement veut mettre fin &#224; la gratuit&#233; totale de l'acc&#232;s &#224;  cette aide qui permet aux personnes avec peu de ressources ne pouvant  pas faire appel &#224; un avocat d'&#234;tre aid&#233;es par l'Etat pour leur d&#233;fense.  Mardi 13 juillet, l'instauration d'un &quot;ticket mod&#233;rateur&quot; pay&#233; par le  justiciable a &#233;t&#233; d&#233;battu en commission des lois de l'Assembl&#233;e  nationale, &#224; la demande du gouvernement.L'Aide juridictionnelle est  destin&#233;e aux personnes ayant des revenus inf&#233;rieurs &#224;  915 euros  mensuels. En 2009, 900.000 personnes y ont eu recours </description>
         <pubDate>08/25/10 16:30:00 CET</pubDate>
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		 <content:encoded><![CDATA[ <p><em>Chaque mois d&eacute;sormais, nonfiction.fr publiera un portrait d&rsquo;une personnalit&eacute; &quot;d&eacute;cal&eacute;e&quot;, un intellectuel ou un acteur social qui participe au d&eacute;bat d&rsquo;id&eacute;es. Ce mois-ci, ce profil de l&rsquo;avocat Jean-Louis Brochen, peu connu du grand public, revient sur le parcours d&rsquo;un grand d&eacute;fenseur de la libert&eacute; d&rsquo;expression, au moment o&ugrave; des r&eacute;formes importantes de la justice menacent jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;aide juridictionnelle des plus d&eacute;munis </em><sup>1</sup>.</p>
<p><em>Pierre Testard, r&eacute;dacteur en chef adjoint de nonfiction.fr.</em></p>
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<p><strong>Avocat de gauche et homme de combats et de convictions, Jean-Louis Brochen est le mari de Martine Aubry. Il s'engage ici contre la r&eacute;forme en cours de l'aide juridictionnelle en faveur des plus d&eacute;munis. Portrait.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
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<p>Il y a quelques mois, le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique lan&ccedil;ait une formule, pour le moins malheureuse, en comparant le couple bling-bling qu&rsquo;il formait avec Carla Bruni &agrave; &quot;Martine et Martin&quot;. Mais quelle mouche a bien pu piquer Nicolas Sarkozy ? Car le mari de Martine Aubry ne s&rsquo;appelle pas Martin, mais Jean-Louis Brochen. Une figure peu connue du grand public.</p>
<p><em>&nbsp;</em></p>
<p>Assis &agrave; la terrasse d&rsquo;un caf&eacute; au festival d&rsquo;Avignon, o&ugrave; il accompagne son &eacute;pouse, Jean-Louis Brochen est calme, mesur&eacute;, presque trop sage. Avec Martine Aubry, il forme un couple d&rsquo;apparence contradictoire. Les contraires s&rsquo;assemblent ? Il y a pourtant plus de ressemblances, plus de points communs qu&rsquo;il n&rsquo;y para&icirc;t entre la maire de Lille et l&rsquo;ancien b&acirc;tonnier. Elle est rapide &ndash; trop parfois. Il est calme &ndash; trop peut-&ecirc;tre. Mais ils partagent une histoire, des valeurs de gauche, un sens de la justice et de la d&eacute;fense des plus d&eacute;munis, une passion pour la culture. Ils sont mari&eacute;s depuis mars 2004.&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Bienvenue en Provence</strong></p>
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<p>N&eacute; &agrave; Roubaix le 7 juin 1944, d&rsquo;un p&egrave;re breton et d&rsquo;une m&egrave;re nordiste, Jean-Louis Brochen est un homme du Nord. Il est grand, solide comme un roc, les cheveux en bataille : &agrave; la terrasse du caf&eacute; o&ugrave; on l&rsquo;interroge &agrave; Avignon, on a l&rsquo;impression d&rsquo;&ecirc;tre dans un remake de <em>Bienvenue chez les Ch&rsquo;tis</em> &agrave; l&rsquo;envers : <em>B&egrave;n-vengudo en Prouv&egrave;n&ccedil;o</em>.&nbsp;</p>
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<p>Ayant grandi dans une famille catholique, avec les communions et la confirmation qui vont avec, Jean-Louis Brochen a &eacute;tudi&eacute; au lyc&eacute;e de Roubaix puis de Tourcoing, passant ce qu&rsquo;on appelait encore le &quot;bac philo&quot; en 1964. Entre temps, il obtient une bourse de l&rsquo;American Field Service, association militant pour la compr&eacute;hension entre les peuples, qui lui permet de passer une ann&eacute;e aux Etats-Unis, dans l&rsquo;Oklahoma. Il y d&eacute;couvre le Midwest, ses grands espaces, le sens de la libert&eacute;, ce c&ocirc;t&eacute; &quot;don&rsquo;t-fence-me-in&quot; (ne m&rsquo;enfermez pas) du &quot;wild west&quot; et des Midwesterners. En m&ecirc;me temps, dans la petite ville de Ponca City o&ugrave; il vit, du nom d&rsquo;une tribu indienne encore nombreuse dans la r&eacute;gion, il souffre un peu d&rsquo;un monde sans art, ni vie culturelle urbaine. Brochen se souvient : &quot;Je me suis retrouv&eacute; plong&eacute; dans l&rsquo;Am&eacute;rique profonde vivant parfois comme un personnage de film de John Ford&quot;.&nbsp;</p>
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<p>De retour en France, il entre &agrave; la facult&eacute; de droit de Lille, est professeur d'anglais &agrave; Villeneuve d'Ascq ou &agrave; l'&eacute;cole Berlitz de Lille. Il est moniteur de Travaux dirig&eacute;s en relations internationales &agrave; la facult&eacute; de droit de Lille. Il pr&ecirc;te le serment d'avocat le 3 novembre 1969.&nbsp;</p>
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<p>Il ne commencera &agrave; exercer qu&rsquo;en juillet 1971, apr&egrave;s deux ann&eacute;es de service militaire au titre de la Coop&eacute;ration, au Cameroun anglophone, en tant qu&rsquo;enseignant du fran&ccedil;ais langue &eacute;trang&egrave;re (FLE).&nbsp;</p>
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<p>Pourquoi a-t-il choisi le m&eacute;tier d&rsquo;avocat ? A la fois par fid&eacute;lit&eacute; et par rupture. La tradition familiale bien s&ucirc;r, son p&egrave;re, le b&acirc;tonnier Yves Brochen, &eacute;tant l&rsquo;un des avocats r&eacute;put&eacute;s de Lille et, &agrave; sa mort pr&eacute;coce, en 1971, le fils, Jean-Louis, reprend le cabinet paternel. Par rupture aussi, car le jeune avocat veut s&rsquo;engager &agrave; gauche, militer autant qu&rsquo;il veut plaider.&nbsp;</p>
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<p>Ainsi, il est tour &agrave; tour Secr&eacute;taire de la Conf&eacute;rence du Stage (1973), pr&eacute;sident de l&rsquo;Union des Jeunes Avocats de Lille (1973-1974), et devient surtout, au niveau national, secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral puis pr&eacute;sident du SAF &ndash; le c&eacute;l&egrave;bre Syndicat des Avocats de France (1981-1983).&nbsp;</p>
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<p>Cet engagement au sein de sa profession, Jean-Louis Brochen le poursuit sur tous les fronts : dans les prisons, au c&ocirc;t&eacute; de ses clients d&eacute;tenus, mais il agit aussi au sein de la Commission de Surveillance des Prisons de Loos ; sur le terrain de la d&eacute;linquance, il est membre du premier Conseil National de Pr&eacute;vention de la D&eacute;linquance ; &agrave; l&rsquo;international, il est vice-pr&eacute;sident de l&rsquo;association Juristes sans fronti&egrave;res. A ce titre, on le retrouve en Bosnie, o&ugrave; il m&egrave;ne une mission humanitaire de juristes pendant la guerre, ou encore au Rwanda o&ugrave; il participe avec M&eacute;decins du Monde au rapatriement sanitaire de vingt enfants victimes du g&eacute;nocide, dans le cadre de la cha&icirc;ne de l&rsquo;espoir. <em>(Lire la suite -&gt;)</em></p>
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<p><strong>Un d&eacute;fenseur acharn&eacute; de la libert&eacute; d&rsquo;expression</strong></p>
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<p>A la crois&eacute;e du droit et de l&rsquo;humanisme, Jean-Louis Brochen s&rsquo;engage parall&egrave;lement au sein de la Ligue des droits de l&rsquo;homme : il enqu&ecirc;te sur la vie carc&eacute;rale dans les &eacute;tablissements p&eacute;nitentiaires de la r&eacute;gion de Douai ou suit le dossier des &quot;Sept de Lezennes&quot;, victimes d&rsquo;une proc&eacute;dure disciplinaire au sein de la Poste.&nbsp;</p>
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<p>Car Brochen est d&rsquo;abord et avant tout un sp&eacute;cialiste du droit social et du droit p&eacute;nal. Avocat de la CFDT, mais aussi des unions locales CGT, de Sud et de Sud-PTT, il d&eacute;fend d&rsquo;innombrables salari&eacute;s dans de nombreux conflits individuels ou collectifs du travail (affaires Deffresne, SGTN, Peignage Am&eacute;d&eacute;e, VPC&hellip;). Il a obtenu il y a plus de vingt ans les premi&egrave;res d&eacute;cisions sanctionnant l&rsquo;ouverture de commerces le dimanche. Il est intervenu au c&ocirc;t&eacute; des victimes et des organisations syndicales dans de nombreux accidents du travail et dans la reconnaissance de la faute inexcusable, notamment &agrave; Usinor. Il fait condamner lourdement l&rsquo;entreprise Leroy (sp&eacute;cialis&eacute;e dans l&rsquo;ensachage des produits d&eacute;tergents &agrave; la base de silice) du Douaisis dans le cadre de la lutte contre la silicose, apr&egrave;s la mort foudroyante de plusieurs ouvriers. Au fond, et sans alors conna&icirc;tre Martine Aubry, Brochen fait appliquer par la justice le respect des Lois Auroux ou les lois sociales que la ministre du Travail de Fran&ccedil;ois Mitterrand a fait voter.&nbsp;</p>
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<p>C&rsquo;est aussi un avocat p&eacute;naliste r&eacute;put&eacute; et craint. Souvent, il intervient, notamment au titre de l&rsquo;aide juridictionnelle, pour d&eacute;fendre des hommes et des femmes qui, accus&eacute;s de crimes, ont n&eacute;anmoins le droit &eacute;l&eacute;mentaire d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;fendus m&ecirc;me lorsqu&rsquo;ils sont sans ressources. Tout &agrave; coup, Brochen, si calme jusque-l&agrave;, se met &agrave; parler haut et fort, tr&egrave;s en col&egrave;re contre la r&eacute;forme en cours de l&rsquo;aide juridictionnelle par le gouvernement Sarkozy : &quot;Un Etat de droit se doit d&rsquo;avoir une justice &eacute;gale pour tous et de garantir &agrave; chacun un acc&egrave;s &eacute;gal &agrave; la d&eacute;fense et au conseil, quelle que soit sa situation de fortune. C&rsquo;est le devoir de l&rsquo;Etat de garantir le bon fonctionnement de ces services publics que sont la justice, et son corollaire, la d&eacute;fense. La France qui s&rsquo;&eacute;tait engag&eacute;e &agrave; r&eacute;aliser une profonde r&eacute;forme de l&rsquo;Aide juridictionnelle garantissant un acc&egrave;s &agrave; la d&eacute;fense et au conseil, fond&eacute; sur le principe d&rsquo;une r&eacute;mun&eacute;ration normale des avocats, n&rsquo;a pas tenu ses engagements et tente aujourd&rsquo;hui de se d&eacute;sengager. On ne peut admettre une telle remise en cause du principe de la gratuit&eacute; de la justice par l&rsquo;instauration d&rsquo;un ticket mod&eacute;rateur inapplicable en mati&egrave;re p&eacute;nale et injuste en mati&egrave;re civile&quot;. Brochen poursuit, toujours en col&egrave;re : &quot;L&rsquo;Etat ne peut fuir ses responsabilit&eacute;s en d&eacute;l&eacute;guant aux assurances priv&eacute;es la mission de prendre en charge l&rsquo;aide l&eacute;gale&quot;. Les pays voisins, d&rsquo;ailleurs, la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas, montrent en la mati&egrave;re un effort sans commune mesure de l&rsquo;Etat au profit des plus fragiles<sup>2</sup>. &nbsp;</p>
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<p>&quot;J&rsquo;ai d&eacute;fendu des prostitu&eacute;es contre des prox&eacute;n&egrave;tes, des meurtriers, des braqueurs&quot;, reprend Brochen qui est &eacute;galement intervenu aux c&ocirc;t&eacute;s de l&rsquo;association &quot;le Nid&quot; dans plusieurs proc&egrave;s concernant la prostitution. Peut-on d&eacute;fendre n&rsquo;importe qui ? &quot;Chacun doit pouvoir &ecirc;tre d&eacute;fendu mais pas n&rsquo;importe comment&quot;.&nbsp;</p>
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<p>Son mod&egrave;le, c&rsquo;est Ma&icirc;tre Henri Leclerc. &quot;J&rsquo;ai plaid&eacute; une fois aux Assises &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s et j&rsquo;ai d&eacute;couvert un homme sensible, humain, un grand p&eacute;naliste, un homme qui est constamment &agrave; l&rsquo;&eacute;coute&quot;. Il partage avec ce grand avocat, qui fut pr&eacute;sident de la Ligue des Droits de l&rsquo;Homme, une passion pour &quot;la d&eacute;fense&quot;, quelle qu&rsquo;elle soit. &quot;Lorsqu&rsquo;on d&eacute;fend un criminel, on n&rsquo;est pas un criminel soi-m&ecirc;me, on est seulement en faveur d&rsquo;une certaine id&eacute;e de la Justice. Je suis fid&egrave;le au serment que j&rsquo;ai pr&ecirc;t&eacute; et n&rsquo;ai jamais reni&eacute; les engagements qui font l&rsquo;honneur de notre profession&quot;, explique Brochen.</p>
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<p>Cette haute conception de la justice lui a fait d&eacute;fendre aussi bien &quot;Radio Lille 59&quot;, la premi&egrave;re radio libre lilloise en 1981, que Raymond Depardon contre l&rsquo;interdiction de la projection de &quot;<em>N&deg;0</em>&quot;, documentaire sur le lancement du journal <em>Le Matin</em>, au festival de court-m&eacute;trage de Lille, ou encore la possibilit&eacute; pour les rappeurs de Sniper de tenir un concert &agrave; Lille. Il plaide aussi afin que de jeunes r&eacute;alisateurs de cin&eacute;ma roubaisiens Nadia Bouferkas et Mehmet Arikan, puissent projeter le film documentaire <em>Li Fet Met</em> qu&rsquo;ils avaient r&eacute;alis&eacute; sur la vie des harkis revenus au pays en d&eacute;pit de l&rsquo;opposition de mouvements int&eacute;gristes.&nbsp;</p>
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<p>Alors qu&rsquo;aucune loi ne r&eacute;glementait le port de signes religieux dans l&rsquo;espace public, Brochen a &eacute;t&eacute; amen&eacute; &agrave; d&eacute;fendre la scolarisation &agrave; l&rsquo;&eacute;cole publique de jeunes filles portant le foulard islamique en 1993, ainsi que d&rsquo;un jeune homme portant la kippa juive. &quot;De m&ecirc;me que l&rsquo;avocat d&rsquo;un criminel n&rsquo;est pas lui-m&ecirc;me un criminel, j&rsquo;ai d&eacute;fendu ces jeunes filles alors que je n&rsquo;&eacute;tais pas favorable au voile. Je suis contre le voile et encore plus clairement contre la burqa, mais c&rsquo;est l&rsquo;honneur d&rsquo;un avocat que de faire en sorte qu&rsquo;un individu ait toujours quelqu&rsquo;un pour le d&eacute;fendre&quot;.&nbsp;</p>
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<p>Dans la lign&eacute;e de son serment d&rsquo;avocat, Ma&icirc;tre Brochen a accept&eacute; de d&eacute;fendre en 2001 un jeune homme entra&icirc;n&eacute; par de jeunes &eacute;tudiants fran&ccedil;ais convertis &agrave; un islam fondamentaliste dans le contexte du g&eacute;nocide de Bosnie, qui avait particip&eacute; &agrave; la folle et vaine aventure avort&eacute; d&rsquo;un braquage en 1996 d&rsquo;un supermarch&eacute; par le &quot;gang de Roubaix&quot;.&nbsp;</p>
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<p>Ces affaires lui valent une haine tenace du Front National du Nord qui n&rsquo;h&eacute;site pas, depuis, &agrave; multiplier les tracts anonymes et les messages diffamatoires sur Internet pour le d&eacute;noncer comme &quot;avocat halal&quot; ou comme &quot;avocat des islamistes&quot;. On peut noter qu&rsquo;un des auteurs de ces campagnes de diffamation, poursuivi par Jean-Louis Brochen, a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; condamn&eacute; dans une affaire similaire. &quot;Dans une r&eacute;union publique &agrave; Lille Sud durant la campagne &eacute;lectorale de 1995, par exemple, o&ugrave; j&rsquo;avais &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute; comme l&rsquo;avocat du voile, j&rsquo;avais rappel&eacute; que je d&eacute;fendais des &eacute;tudiantes contre l&rsquo;exclusion de l&rsquo;Universit&eacute; ou des lyc&eacute;ennes contre l&rsquo;exclusion du lyc&eacute;e, parce qu&rsquo;on leur reprochait de porter le voile, mais que je n&rsquo;&eacute;tais pas l&rsquo;avocat du voile.&quot; En outre, dans l'affaire des filles voil&eacute;es, il d&eacute;fendait davantage le droit &agrave; la  scolarisation pour tous que la d&eacute;fense du port d'un signe religieux. Et Brochen de pr&eacute;ciser : &quot;Ces attaques d&eacute;montrent une m&eacute;connaissance fondamentale du m&eacute;tier d&rsquo;avocat&quot;.&nbsp;</p>
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<p>Il d&eacute;fend aussi des policiers. Brochen figure sur la liste &eacute;tablie par la pr&eacute;fecture du Nord des avocats sp&eacute;cialis&eacute;s en droit p&eacute;nal, acceptant d'assurer la d&eacute;fense des fonctionnaires de police victimes de violences dans leur exercice professionnel. R&eacute;guli&egrave;rement, il repr&eacute;sente devant les juridictions p&eacute;nales les agents du commissariat de Roubaix, ce qui ne l'emp&ecirc;che pas de d&eacute;fendre des victimes de violences polici&egrave;res.&nbsp;</p>
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<p>Cette int&eacute;grit&eacute; professionnelle, ce d&eacute;sir d'offrir &agrave; tous une d&eacute;fense de qualit&eacute;, lui valent depuis longtemps la reconnaissance de ses pairs : &eacute;lu b&acirc;tonnier de Lille, il fut &eacute;galement membre de la Conf&eacute;rence nationale des Barreaux de 1992 &agrave; 1996.</p>
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<p>Ses engagements se traduisent parfois par des &eacute;checs. Aux assises de Douai, il d&eacute;fend par exemple un meurtrier, &quot;alcoolique dangereux&quot;, pour lequel l&rsquo;avocat g&eacute;n&eacute;ral requiert vingt ans de prison &ndash; le verdict, apr&egrave;s sa plaidoirie, condamne le meurtrier &agrave; perp&eacute;tuit&eacute;.&nbsp;</p>
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<p>&quot;Ce jour-l&agrave;, je me suis demand&eacute; si je devais raccrocher ma robe&quot;, explique Brochen. &quot;Mais, l&rsquo;histoire n&rsquo;&eacute;tait pas termin&eacute;e. Mon client a eu, en prison, un comportement exemplaire et, longtemps apr&egrave;s, il a pu obtenir une remise de peine. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est un petit restaurateur tranquille et prosp&egrave;re dont j'ai obtenu la r&eacute;habilitation p&eacute;nale&quot;, poursuit-il, visiblement heureux.&nbsp;</p>
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<p>De tous les traits de caract&egrave;re qui frappent tout de suite lorsqu&rsquo;on rencontre cet avocat hors-norme, la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; domine. Brochen est une sorte de Robert Badinter lillois, un autre de ses mod&egrave;les, pour son combat en faveur de la r&eacute;insertion des d&eacute;tenus et contre la peine de mort, pour son militantisme en faveur de la d&eacute;p&eacute;nalisation de l&rsquo;homosexualit&eacute; ou pour sa participation &agrave; la r&eacute;daction du nouveau code p&eacute;nal. &quot;Lorsque Badinter a d&eacute;fendu Patrick Henry, qui avait tu&eacute; un gar&ccedil;on de sept ans en 1976, et le sauve, par sa plaidoirie, de la peine capitale, je crois que la justice a fait son travail&quot; dit Brochen, dont l&rsquo;un des ouvrages de chevet a &eacute;t&eacute; <em>L&rsquo;Ex&eacute;cution</em> de Badinter. Et comme celui-ci, Jean-Louis Brochen fait de la justice le mot-cl&eacute; de l'histoire de la gauche r&eacute;publicaine. Avocat, c'est avant tout un combat pour le droit au droit, en premier lieu ceux de la d&eacute;fense, m&ecirc;me pour l'ind&eacute;fendable.</p>
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<p>Au cours de sa carri&egrave;re Brochen est amen&eacute; &agrave; participer &agrave; la r&eacute;daction d'un livre, <em>L&rsquo;Acharnement</em> (chronique de la r&eacute;pression des sept postiers de Lille Lezennes), et au tournage d'un &eacute;pisode de <em>Justice en France</em> de Daniel Carlin et Tony Lain&eacute; ou encore du documentaire de Mosco Boucault pour France 3,<em> Roubaix commissariat central</em> en tant que conseiller juridique. On le voit enfin jouer le r&ocirc;le d&rsquo;un avocat plaidant, dans un proc&egrave;s contre l&rsquo;extr&ecirc;me droite, dans le film <em>La Fili&egrave;re Noire</em> de Jean Daniel Simon avec Daniel Auclair.&nbsp; <em>(Lire la suite -&gt;)</em></p>
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<p><strong>La rencontre avec Martine Aubry</strong></p>
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<p>D&eacute;j&agrave; conseiller municipal de Roubaix (1989-1992), Jean-Louis Brochen est sollicit&eacute; par Pierre Mauroy, qui avait rep&eacute;r&eacute; l&rsquo;ancien b&acirc;tonnier, pour faire la campagne municipale de 1995 &agrave; Lille. C&rsquo;est, l&agrave;, &agrave; Lille, qu&rsquo;il rencontre Martine Aubry. &quot;Je la connaissais mais elle ne me connaissait pas. Je l&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; vue deux fois, au congr&egrave;s du Syndicat des Avocats de France o&ugrave; elle &eacute;tait intervenue et &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une remise de L&eacute;gion d&rsquo;honneur du b&acirc;tonnier de Versailles&quot;. Brochen est &eacute;lu conseiller municipal d&eacute;l&eacute;gu&eacute;, puis nomm&eacute; adjoint &agrave; la culture de la mairie de Lille, poste qu&rsquo;il occupera aupr&egrave;s de Pierre Mauroy de 1995 &agrave; 2001.</p>
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<p>&quot;J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; passionn&eacute; par ce travail culturel &agrave; Lille. J&rsquo;ai particip&eacute; activement &agrave; la nomination de Stuart Seide au th&eacute;&acirc;tre du Nord, j&rsquo;ai organis&eacute; Lille 2000 et notamment la saison africaine et j&rsquo;ai suivi &agrave; ses d&eacute;buts le dossier de Lille Capitale europ&eacute;enne de la culture&quot;.</p>
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<p>C&rsquo;est aussi lui qui organisera les premi&egrave;res grandes r&eacute;trospectives de peintres ou de sculpteurs contemporains au Palais des Beaux Arts de Lille, Ladislas Kijno, Edouard Pignon, &agrave; l&rsquo;Hospice Comtesse, Jean Roulland et Georges Jeanclos, et dans l&rsquo;Eglise Sainte Marie Madeleine de nombreuses expositions d&rsquo;artistes du Nord, et de grandes expositions, <em>La Classe Morte</em> de Tadeus Kantor ou une r&eacute;trospective du grand peintre et graveur bosniaque Safet Zec ou deux expositions d'art brut de l'atelier de La Pommeraie dans le hall de l'H&ocirc;tel de Ville de Lille.</p>
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<p>D&egrave;s lors, on voit Martine Aubry et Jean-Louis Brochen ensemble constamment dans les mus&eacute;es et les th&eacute;&acirc;tres de la ville, et fr&eacute;quemment, ils assistent &agrave; des spectacles parisiens, que ce soit Les Arts Florissants de William Christie, ou des pi&egrave;ces aux th&eacute;&acirc;tres Nanterre-Amandiers ou de l&rsquo;Od&eacute;on, Martine Aubry ayant plusieurs abonnements personnels &agrave; ces th&eacute;&acirc;tres. Le th&eacute;&acirc;tre devient une passion commune et, d&egrave;s 1996, ils assistent, enchant&eacute;s, au festival d&rsquo;Avignon au <em>Pereira pr&eacute;tend</em> d&rsquo;Antonio Tabucchi mis en sc&egrave;ne par Didier Bezace. Ils viennent &agrave; Avignon ensemble chaque ann&eacute;e.&nbsp;</p>
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<p>Jean-Louis Brochen ne figure pas, toutefois, sur la liste municipale de Lille en 2002. &quot;A partir du moment o&ugrave; je vivais avec Martine Aubry, nous avons pris la d&eacute;cision que je ne pouvais pas me repr&eacute;senter sur sa liste et je me suis &eacute;loign&eacute;, un peu &agrave; regret, de la vie politique&quot;. Elle est &eacute;lue maire en 2002. C&rsquo;est Pierre de Saintignon, 1er adjoint, qui les marie le 20 mars 2004 &agrave; la mairie de Lille dans l&rsquo;intimit&eacute;. &quot;Nous avons choisi un mariage en famille et entre amis, nous ne voulions pas le transformer en mariage people&quot;, commente simplement Brochen.&nbsp;</p>
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<p>De son premier mariage, Jean-Louis Brochen a deux enfants. Il est aujourd&rsquo;hui grand-p&egrave;re et a trois petits-enfants. Sa belle-s&oelig;ur est la peintre et sc&eacute;nographe Lise-Marie Brochen dont la fille, sa ni&egrave;ce, est la metteuse-en-sc&egrave;ne Julie Brochen, aujourd&rsquo;hui directrice du Th&eacute;&acirc;tre national de Strasbourg.&nbsp;</p>
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<p>Jean-Louis Brochen n&rsquo;aime gu&egrave;re parler de sa vie priv&eacute;e et il n&rsquo;a donn&eacute;, &agrave; ce jour, aucune interview sur sa relation avec Martine Aubry. Le couple a refus&eacute; tous les portraits et toutes les photos. &quot;Nous sommes tr&egrave;s attach&eacute;s &agrave; notre jardin secret. Nous tenons &agrave; la discr&eacute;tion et prot&eacute;geons notre vie priv&eacute;e&quot;, pr&eacute;cise-t-il, pudique. Carla Bruni posant en mannequin sur le toit de l&rsquo;Elys&eacute;e photographi&eacute;e par Annie Leibovitz pour <a href="http://www.nonfiction.fr/article-1374-carla_bruni_en_mannequin_sur_le_toit_du_palais_de_lelysee.htm">Vanity Fair</a>, ce n&rsquo;est pas leur style. Mais Brochen sait bien que, dans les mois &agrave; venir, sa vie priv&eacute;e sera auscult&eacute;e &agrave; la loupe, ce qui, sans doute, l&rsquo;a convaincu de commencer &agrave; parler.&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pour d&eacute;crire leur relation, singuli&egrave;re, difficile d&rsquo;en savoir plus. Des passions ? Des tensions ? Brochen avoue que leur relation peut se tendre dans une seule circonstance : &quot;Si je pr&eacute;tends faire le tiramisu mieux que Martine Aubry&quot;. Il sourit.&nbsp;</p>
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<p>En d&eacute;pit de la chaleur avignonnaise, Jean-Louis Brochen est redevenu un homme du Nord, pudique, parlant peu. On n&rsquo;en saura pas plus. Osons une image, emprunt&eacute;e &agrave; un livre que Brochen cite et affectionne, les <em>M&eacute;moires d&rsquo;Hadrien</em> de Marguerite Yourcenar, femme du Nord n&eacute;e &agrave; Lille. Dans les notes de cet ouvrage c&eacute;l&egrave;bre, Yourcenar y pr&eacute;cise : &quot;Ce livre n&rsquo;est d&eacute;di&eacute; &agrave; personne. Il aurait d&ucirc; l&rsquo;&ecirc;tre &agrave; G. F., et l&rsquo;e&ucirc;t &eacute;t&eacute;, s&rsquo;il n&rsquo;y avait une esp&egrave;ce d&rsquo;ind&eacute;cence &agrave; mettre une d&eacute;dicace personnelle en t&ecirc;te d&rsquo;un ouvrage d&rsquo;o&ugrave; je tenais justement &agrave; m&rsquo;effacer. Mais la plus longue d&eacute;dicace est encore une mani&egrave;re trop incompl&egrave;te et trop banale d&rsquo;honorer une amiti&eacute; si peu commune (&hellip;). [Il y a] un peu en retrait quelqu&rsquo;un qui nous soutient, nous approuve, parfois nous combat ; quelqu&rsquo;un qui partage avec nous, &agrave; ferveur &eacute;gale, les joies de l&rsquo;art et celles de la vie, leurs travaux jamais ennuyeux et jamais faciles ; quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;est ni notre ombre, ni notre reflet, ni m&ecirc;me notre compl&eacute;ment, mais soi-m&ecirc;me ; quelqu&rsquo;un qui nous laisse divinement libres, et pourtant nous oblige &agrave; &ecirc;tre pleinement ce que nous sommes&quot;.</p>
<p>&nbsp;</p>
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<p>* <em>Cet article a &eacute;t&eacute; r&eacute;dig&eacute; par le juriste et politiste Nicolas Leron et par l&rsquo;avocat S&eacute;bastien Mabile. Tous les deux sont membres du p&ocirc;le Droit de nonfiction.fr.</em></p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Une importante r&eacute;forme de l'aide juridictionnelle est actuellement en cours. Le gouvernement veut mettre fin &agrave; la gratuit&eacute; totale de l'acc&egrave;s &agrave; cette aide qui permet aux personnes avec peu de ressources ne pouvant pas faire appel &agrave; un avocat d'&ecirc;tre aid&eacute;es par l'Etat pour leur d&eacute;fense. Mardi 13 juillet, l'instauration d'un &quot;ticket mod&eacute;rateur&quot; pay&eacute; par le justiciable a &eacute;t&eacute; d&eacute;battu en commission des lois de l'Assembl&eacute;e nationale, &agrave; la demande du gouvernement.L'Aide juridictionnelle est destin&eacute;e aux personnes ayant des revenus inf&eacute;rieurs &agrave;  915 euros mensuels. En 2009, 900.000 personnes y ont eu recours<br />2 - Une importante r&eacute;forme de l'aide juridictionnelle est actuellement en  cours. Le gouvernement veut mettre fin &agrave; la gratuit&eacute; totale de l'acc&egrave;s &agrave;  cette aide qui permet aux personnes avec peu de ressources ne pouvant  pas faire appel &agrave; un avocat d'&ecirc;tre aid&eacute;es par l'Etat pour leur d&eacute;fense.  Mardi 13 juillet, l'instauration d'un &quot;ticket mod&eacute;rateur&quot; pay&eacute; par le  justiciable a &eacute;t&eacute; d&eacute;battu en commission des lois de l'Assembl&eacute;e  nationale, &agrave; la demande du gouvernement.L'Aide juridictionnelle est  destin&eacute;e aux personnes ayant des revenus inf&eacute;rieurs &agrave;  915 euros  mensuels. En 2009, 900.000 personnes y ont eu recours<br /> 
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      </item>
      <item>
         <title>Les lectures des socialistes </title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3698-les_lectures_des_socialistes.htm</link>
         <description> Que lisent les socialistes cet &#233;t&#233; ? Alors que l&amp;rsquo;Universit&#233; d&amp;rsquo;&#233;t&#233; 2010 du Parti socialiste s&amp;rsquo;ouvre ce vendredi &#224; La Rochelle, plusieurs responsables politiques se sont livr&#233;s au jeu des conseils de lectures. Chacun propose trois ou quatre titres d&amp;rsquo;ouvrages de fiction ou de nonfiction &#224; ne pas rater. Qu&amp;rsquo;en ressort-il ?  &#13;&#10; &#13;&#10;Que l&amp;rsquo;auteur le plus cit&#233; est Albert Camus, recommand&#233; par David Assouline  1  pour  L&amp;rsquo;homme r&#233;volt&#233; , par Jean-Louis Bianco  2 , pour  La mort heureuse , et pour le  Dictionnaire Albert Camus  de Jean-Yves Gu&#233;rin, par Andr&#233; Laignel  3 . &#13;&#10; &#13;&#10;Que les essais r&#233;cents les plus appr&#233;ci&#233;s sont  Pourquoi il faut partager les revenus. Le seul antidote &#224; l'appauvrissement collectif , de Patrick Artus et Marie-Paule Virard (La D&#233;couverte),  Le Quai de Ouistreham , (L&amp;rsquo;Olivier) de Florence Aubenas, et  La loi du ghetto  (Calmann-L&#233;vy) de Luc Bronner. &#13;&#10; &#13;&#10;L&amp;rsquo;historien britannique  Tony Judt , qui nous a quitt&#233; le 6 ao&#251;t dernier, est &#233;galement cit&#233; pour son   Apr&#232;s-guerre : une histoire de l&amp;rsquo;Europe depuis 1945   (Armand Colin, 2007). Quant &#224; la premi&#232;re secr&#233;taire Martine Aubry, son choix s&amp;rsquo;est port&#233; uniquement sur des romans &#233;trangers :  Les Braises  de Marai Sandor,  Kafka sur le rivage  de Haruki Murakami,  Loin de Chandigarh  de Tarun Tejpal, et  Les chaussures italiennes  de Henning Mankell. &#13;&#10; &#13;&#10;Alors que l&amp;rsquo;influence du marxisme semble d&#233;finitivement s&amp;rsquo;&#234;tre estomp&#233;e dans les esprits socialistes, restent parmi les auteurs &#233;num&#233;r&#233;s quelques intellectuels importants dont on peut dire que leur &amp;oelig;uvre fut travers&#233;e par cette id&#233;ologie, f&#251;t-ce pour un temps : Vassili Grossman, Victor Serge,  Daniel Bensa&#239;d ,  R&#233;gis Debray , Karl Polanyi,  Jorge Semprun ,  Jos&#233; Saramago , Howard Zinn,  Jean-Claude Mich&#233;a  et... Karl Marx &#233;videmment. &#13;&#10; &#13;&#10;Tous les livres de  cette liste  seront en vente &#224; la librairie de l'universit&#233; d'&#233;t&#233;. Une  op&#233;ration  bookcrossing   est aussi organis&#233;e pour que chacun apporte un ou plusieurs livres &#224; &#233;changer et &#224; faire partager. &#13;&#10;&#160;   Notes :  1 - secr&#233;taire national &#224; la communication et la mobilisation 2 - Pr&#233;sident du Conseil g&#233;n&#233;ral &amp;ndash; Alpes de Haute-Provence 3 - Secr&#233;taire national &#224; l'am&#233;nagement du territoire et au d&#233;veloppement local </description>
         <pubDate>08/24/10 16:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3698-les_lectures_des_socialistes.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Que lisent les socialistes cet &eacute;t&eacute; ? Alors que l&rsquo;Universit&eacute; d&rsquo;&eacute;t&eacute; 2010 du Parti socialiste s&rsquo;ouvre ce vendredi &agrave; La Rochelle, plusieurs responsables politiques se sont livr&eacute;s au jeu des conseils de lectures. Chacun propose trois ou quatre titres d&rsquo;ouvrages de fiction ou de nonfiction &agrave; ne pas rater. Qu&rsquo;en ressort-il ? <br />
<br />
Que l&rsquo;auteur le plus cit&eacute; est Albert Camus, recommand&eacute; par David Assouline <sup>1</sup> pour <em>L&rsquo;homme r&eacute;volt&eacute;</em>, par Jean-Louis Bianco <sup>2</sup>, pour <em>La mort heureuse</em>, et pour le <em>Dictionnaire Albert Camus</em> de Jean-Yves Gu&eacute;rin, par Andr&eacute; Laignel <sup>3</sup>.<br />
<br />
Que les essais r&eacute;cents les plus appr&eacute;ci&eacute;s sont <em>Pourquoi il faut partager les revenus. Le seul antidote &agrave; l'appauvrissement collectif</em>, de Patrick Artus et Marie-Paule Virard (La D&eacute;couverte), <em>Le Quai de Ouistreham</em>, (L&rsquo;Olivier) de Florence Aubenas, et <em>La loi du ghetto</em> (Calmann-L&eacute;vy) de Luc Bronner.<br />
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L&rsquo;historien britannique <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3677-tony_judt_est_mort.htm">Tony Judt</a>, qui nous a quitt&eacute; le 6 ao&ucirc;t dernier, est &eacute;galement cit&eacute; pour son <a href="http://www.nonfiction.fr/article-183-postwar___une_histoire_de_leurope_depuis_1945.htm"><em>Apr&egrave;s-guerre : une histoire de l&rsquo;Europe depuis 1945</em></a> (Armand Colin, 2007). Quant &agrave; la premi&egrave;re secr&eacute;taire Martine Aubry, son choix s&rsquo;est port&eacute; uniquement sur des romans &eacute;trangers : <em>Les Braises</em> de Marai Sandor, <em>Kafka sur le rivage</em> de Haruki Murakami, <em>Loin de Chandigarh</em> de Tarun Tejpal, et <em>Les chaussures italiennes</em> de Henning Mankell.<br />
<br />
Alors que l&rsquo;influence du marxisme semble d&eacute;finitivement s&rsquo;&ecirc;tre estomp&eacute;e dans les esprits socialistes, restent parmi les auteurs &eacute;num&eacute;r&eacute;s quelques intellectuels importants dont on peut dire que leur &oelig;uvre fut travers&eacute;e par cette id&eacute;ologie, f&ucirc;t-ce pour un temps : Vassili Grossman, Victor Serge, <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3062-daniel_bensaid_est_mort.htm">Daniel Bensa&iuml;d</a>, <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3608-israel_minquiete_regis_debray_a_la_cite_des_livres.htm">R&eacute;gis Debray</a>, Karl Polanyi, <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3391-jai_perdu_mes_certitudes_jai_garde_mes_illusions_entretien_avec_jorge_semprun.htm">Jorge Semprun</a>, <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3552-jose_saramago_est_mort.htm">Jos&eacute; Saramago</a>, Howard Zinn, <a href="http://www.nonfiction.fr/article-3516-les_intellectuels_le_peuple_et_le_ballon_rond_meritaient_mieux.htm">Jean-Claude Mich&eacute;a</a> et... Karl Marx &eacute;videmment.<br />
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Tous les livres de <a href="http://www.parti-socialiste.fr/articles/universite-d-ete-la-rentree-litteraire-des-socialistes">cette liste</a> seront en vente &agrave; la librairie de l'universit&eacute; d'&eacute;t&eacute;. Une <a href="http://www.parti-socialiste.fr/articles/partagez-vos-lectures-a-la-rochelle-avec-notre-operation-passe-livre">op&eacute;ration <em>bookcrossing</em></a> est aussi organis&eacute;e pour que chacun apporte un ou plusieurs livres &agrave; &eacute;changer et &agrave; faire partager.<br />
&nbsp;</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - secr&eacute;taire national &agrave; la communication et la mobilisation<br />2 - Pr&eacute;sident du Conseil g&eacute;n&eacute;ral &ndash; Alpes de Haute-Provence<br />3 - Secr&eacute;taire national &agrave; l'am&eacute;nagement du territoire et au d&eacute;veloppement local<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Philosophie des s&#233;ries t&#233;l&#233;</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3695-philosophie_des_series_tele.htm</link>
         <description> Si on observe aujourd&amp;rsquo;hui les programmes des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, on remarque l&amp;rsquo;omnipr&#233;sence des s&#233;ries, fran&#231;aises ou am&#233;ricaines. La multiplication des cha&#238;nes avec la TNT ou le num&#233;rique n&amp;rsquo;a fait qu&amp;rsquo;augmenter ce ph&#233;nom&#232;ne. Que r&#233;v&#232;le-t-il sur notre soci&#233;t&#233; et notre culture contemporaines ? Que peuvent nous enseigner les s&#233;ries sur notre fonctionnement ? C&amp;rsquo;est &#224; cette question que Delphine Dubs cherche &#224; r&#233;pondre dans un dossier publi&#233; sur   Implications philosophiques    1  dans le cadre de &quot;l&amp;rsquo;&#233;t&#233; des s&#233;ries&quot; : &quot;Comment comprendre ce succ&#232;s ou cet emballement autour des s&#233;ries ? Ou poser autrement pourquoi sommes-nous  addict  ? On pourrait penser qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;une question qui devrait &#234;tre laiss&#233;e aux sociologues, et ne surtout pas faire son entr&#233;e en philosophie. Pourtant elle ne manque pas d&amp;rsquo;int&#233;r&#234;t, si on prend la peine de voir les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es (ou la t&#233;l&#233;vision de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale) de mani&#232;re (plus) s&#233;rieuse. C&amp;rsquo;est ce &#224; quoi nous nous attellerons dans les prochaines semaines&quot;. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es, qui se prolongent en g&#233;n&#233;ral avec plusieurs saisons d&amp;rsquo;une dizaine ou une vingtaine d&amp;rsquo;&#233;pisodes, permettent le d&#233;veloppement des personnages, de leurs caract&#232;res et des diff&#233;rents th&#232;mes abord&#233;s par les s&#233;ries ; c&amp;rsquo;est dans ce sens qu&amp;rsquo;elles peuvent &#234;tre &#233;tudi&#233;es d&amp;rsquo;un point de vue philosophique : &quot;en un sens, la plupart des s&#233;ries &amp;ndash; m&#234;me les plus mineures ou fantasques &amp;ndash; &#160;peuvent avoir une port&#233;e et une pertinence philosophique [&amp;hellip;]. Qu&amp;rsquo;elles soient existentielles ou morales, ces questions que se posent les personnages, nous nous les posons souvent, ou nous devrions parfois nous les poser&amp;hellip;&quot;. Les t&#233;l&#233;spectateurs s&amp;rsquo;identifient aux personnages ou critiquent, attendent avec impatience de savoir ce qui va arriver &#224; tel ou tel personnage dans l&amp;rsquo;&#233;pisode suivant. Les professions, activit&#233;s ou r&#233;actions des h&#233;ros de ces s&#233;ries entra&#238;nent &#233;galement des d&#233;bats dans le monde &quot;r&#233;el&quot; ; ainsi, la s&#233;rie  24  a soulev&#233; un d&#233;bat sur la torture comme moyen d&amp;rsquo;obtenir des renseignements. Si certaines s&#233;ries restent d&#233;finitivement inint&#233;ressantes d&amp;rsquo;un point de vue philosophique ou sociologique, d&amp;rsquo;autres gagnent r&#233;ellement &#224; &#234;tre &#233;tudi&#233;es. Delphine Dubs pr&#233;sente en particulier la cha&#238;ne am&#233;ricaine HBO dont les productions comme  The Wire ,  Sex and the city ,  The Sopranos  ou  Six feet under  sont en g&#233;n&#233;ral lou&#233;es pour leur qualit&#233; : &quot;ce sont dans les s&#233;ries estampill&#233;es HBO que les personnages ont commenc&#233; &#224; parler de mani&#232;re famili&#232;re ou du moins sans aucun tabou. Provocations manifestes et revendications implicites auraient pu &#234;tre leur mot d&amp;rsquo;ordre&quot;. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Apr&#232;s son texte de pr&#233;sentation, Delphine Dubs a consacr&#233; trois articles &#224; l&amp;rsquo;&#233;tude de la s&#233;rie &quot; The Big Bang Theory &quot; et &#224; &quot;la question de l&amp;rsquo;entente&quot;, et deux articles sur le &quot; temps de la s&#233;rialit&#233; &quot;. Ces analyses montrent &#224; quel point les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es peuvent &#234;tre &quot;intellectualis&#233;es&quot; et &#233;tudi&#233;es dans une approche politique, sociologique ou philosophique : &quot;Il y a bien quelque chose &#224; apprendre des s&#233;ries, de ce miroir pas toujours d&#233;formant de notre quotidien, ou m&#234;me plus largement de la vie&quot;. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; * Delphine Dubs, &quot; Ce que les s&#233;ries nous apprennent... &quot;,  Implications philosophiques , 13 juillet.   Notes :  1 - Revue &#233;lectronique de philosophie &#224; comit&#233; de lecture </description>
         <pubDate>08/23/10 18:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3695-philosophie_des_series_tele.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Si on observe aujourd&rsquo;hui les programmes des cha&icirc;nes de t&eacute;l&eacute;vision, on remarque l&rsquo;omnipr&eacute;sence des s&eacute;ries, fran&ccedil;aises ou am&eacute;ricaines. La multiplication des cha&icirc;nes avec la TNT ou le num&eacute;rique n&rsquo;a fait qu&rsquo;augmenter ce ph&eacute;nom&egrave;ne. Que r&eacute;v&egrave;le-t-il sur notre soci&eacute;t&eacute; et notre culture contemporaines ? Que peuvent nous enseigner les s&eacute;ries sur notre fonctionnement ? C&rsquo;est &agrave; cette question que Delphine Dubs cherche &agrave; r&eacute;pondre dans un dossier publi&eacute; sur <a href="http://www.implications-philosophiques.org/"><em>Implications philosophiques</em></a> <sup>1</sup> dans le cadre de &quot;l&rsquo;&eacute;t&eacute; des s&eacute;ries&quot; : &quot;Comment comprendre ce succ&egrave;s ou cet emballement autour des s&eacute;ries ? Ou poser autrement pourquoi sommes-nous <em>addict</em> ? On pourrait penser qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une question qui devrait &ecirc;tre laiss&eacute;e aux sociologues, et ne surtout pas faire son entr&eacute;e en philosophie. Pourtant elle ne manque pas d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t, si on prend la peine de voir les s&eacute;ries t&eacute;l&eacute;vis&eacute;es (ou la t&eacute;l&eacute;vision de mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale) de mani&egrave;re (plus) s&eacute;rieuse. C&rsquo;est ce &agrave; quoi nous nous attellerons dans les prochaines semaines&quot;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les s&eacute;ries t&eacute;l&eacute;vis&eacute;es, qui se prolongent en g&eacute;n&eacute;ral avec plusieurs saisons d&rsquo;une dizaine ou une vingtaine d&rsquo;&eacute;pisodes, permettent le d&eacute;veloppement des personnages, de leurs caract&egrave;res et des diff&eacute;rents th&egrave;mes abord&eacute;s par les s&eacute;ries ; c&rsquo;est dans ce sens qu&rsquo;elles peuvent &ecirc;tre &eacute;tudi&eacute;es d&rsquo;un point de vue philosophique : &quot;en un sens, la plupart des s&eacute;ries &ndash; m&ecirc;me les plus mineures ou fantasques &ndash; &nbsp;peuvent avoir une port&eacute;e et une pertinence philosophique [&hellip;]. Qu&rsquo;elles soient existentielles ou morales, ces questions que se posent les personnages, nous nous les posons souvent, ou nous devrions parfois nous les poser&hellip;&quot;. Les t&eacute;l&eacute;spectateurs s&rsquo;identifient aux personnages ou critiquent, attendent avec impatience de savoir ce qui va arriver &agrave; tel ou tel personnage dans l&rsquo;&eacute;pisode suivant. Les professions, activit&eacute;s ou r&eacute;actions des h&eacute;ros de ces s&eacute;ries entra&icirc;nent &eacute;galement des d&eacute;bats dans le monde &quot;r&eacute;el&quot; ; ainsi, la s&eacute;rie <em>24</em> a soulev&eacute; un d&eacute;bat sur la torture comme moyen d&rsquo;obtenir des renseignements. Si certaines s&eacute;ries restent d&eacute;finitivement inint&eacute;ressantes d&rsquo;un point de vue philosophique ou sociologique, d&rsquo;autres gagnent r&eacute;ellement &agrave; &ecirc;tre &eacute;tudi&eacute;es. Delphine Dubs pr&eacute;sente en particulier la cha&icirc;ne am&eacute;ricaine HBO dont les productions comme <em>The Wire</em>, <em>Sex and the city</em>, <em>The Sopranos</em> ou <em>Six feet under</em> sont en g&eacute;n&eacute;ral lou&eacute;es pour leur qualit&eacute; : &quot;ce sont dans les s&eacute;ries estampill&eacute;es HBO que les personnages ont commenc&eacute; &agrave; parler de mani&egrave;re famili&egrave;re ou du moins sans aucun tabou. Provocations manifestes et revendications implicites auraient pu &ecirc;tre leur mot d&rsquo;ordre&quot;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Apr&egrave;s son texte de pr&eacute;sentation, Delphine Dubs a consacr&eacute; trois articles &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de la s&eacute;rie &quot;<a href="http://www.implications-philosophiques.org/implications-de-limaginaire/philosophie-des-series/%C2%AB-the-big-bang-theory-%C2%BB-ou-la-question-de-l%E2%80%99entente-1/">The Big Bang Theory</a>&quot; et &agrave; &quot;la question de l&rsquo;entente&quot;, et deux articles sur le &quot;<a href="http://www.implications-philosophiques.org/implications-de-limaginaire/philosophie-des-series/le-temps-de-la-serialite-1/">temps de la s&eacute;rialit&eacute;</a>&quot;. Ces analyses montrent &agrave; quel point les s&eacute;ries t&eacute;l&eacute;vis&eacute;es peuvent &ecirc;tre &quot;intellectualis&eacute;es&quot; et &eacute;tudi&eacute;es dans une approche politique, sociologique ou philosophique : &quot;Il y a bien quelque chose &agrave; apprendre des s&eacute;ries, de ce miroir pas toujours d&eacute;formant de notre quotidien, ou m&ecirc;me plus largement de la vie&quot;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* Delphine Dubs, &quot;<a href="http://www.implications-philosophiques.org/implications-de-limaginaire/philosophie-des-series/ce-que-les-series-nous-apprennent/">Ce que les s&eacute;ries nous apprennent...</a>&quot;, <em>Implications philosophiques</em>, 13 juillet.</p><br /><b>Notes :</b><br />1 - Revue &eacute;lectronique de philosophie &agrave; comit&eacute; de lecture<br /> 
		]]></content:encoded>
      </item>
      <item>
         <title>Deux math&#233;maticiens fran&#231;ais couronn&#233;s par la m&#233;daille Fields</title>
         <link>http://www.nonfiction.fr/article-3687-deux_mathematiciens_francais_couronnes_par_la_medaille_fields.htm</link>
         <description> Les m&#233;dailles Fields sont l'&#233;quivalent pour les math&#233;matiques du prix Nobel, elles sont decern&#233;es tous les 4 ans seulement &#224; entre deux et quatre laur&#233;ats de moins de 40 ans. Les m&#233;daille Fields 2010, qui ont &#233;t&#233; annonc&#233;es ce matin, font la part belle &#224; la recherche fran&#231;aise. Parmi&#160; les quatre laur&#233;ats se trouvent Ngo Bao Chau, professeur &#224; l'Universit&#233; Paris-Sud, et C&#233;dric Villani, professeur &#224; l'Ecole Normale Sup&#233;rieure de Lyon. Les deux autres laur&#233;ats sont Elon Lindenstrauss, professeur &#224; l'universit&#233; h&#233;bra&#239;que de J&#233;rusalem, et Stanislas Smirnov, professeur &#224; l'universit&#233; de Gen&#232;ve. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; Ngo Bao Chau est sp&#233;cialiste de g&#233;om&#233;trie alg&#233;brique et de th&#233;orie des repr&#233;sentations. Il a d&#233;montr&#233; le &quot;lemme fondamental&quot; en th&#233;orie de Langlands, un &#233;nonc&#233; abstrait mais essentiel, conjectural jusqu'&#224; son travail, qui permet de mieux comprendre des liens profonds mais encore myst&#233;rieux entre th&#233;orie des groupes et g&#233;om&#233;trie alg&#233;brique. N&#233; au Vietnam, il a &#233;t&#233; form&#233; &#224; l'Ecole Normale Sup&#233;rieure, mais a accept&#233; &#224; partir de cette ann&#233;e un poste &#224; l'universit&#233; de Chicago. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; C&#233;dric Villani a quant &#224; lui apport&#233; des progr&#232;s importants &#224; de nombreuses branches des math&#233;matiques et en particulier de l'analyse, y compris dans ses relations avec la g&#233;om&#233;trie et avec la physique statistique. Il a aussi mis une partie de son &#233;nergie au service du p&#244;le sciences de nonfiction.fr. &#13;&#10; &#160; &#13;&#10; La vigueur de l'&#233;cole math&#233;matique fran&#231;aise est soulign&#233;e aussi par le prix Gauss, qui se veut le principal prix pour les math&#233;matiques appliqu&#233;es, decern&#233; aujourd'hui &#224; Yves Meyer. Yves Meyer, qui est professeur &#233;m&#233;rite &#224; l'Ecole Normale Sup&#233;rieure de Cachan, a &#233;t&#233; dans les ann&#233;es 1980 le principal d&#233;couvreur des ondelettes, une&#160; th&#233;orie math&#233;matique qui joue aujourd'hui un r&#244;le incontournable pour la compression des images et des signaux sonores ou vid&#233;o. &#13;&#10;&#160; </description>
         <pubDate>08/23/10 09:00:00 CET</pubDate>
         <guid isPermaLink="true">http://www.nonfiction.fr/article-3687-deux_mathematiciens_francais_couronnes_par_la_medaille_fields.htm</guid>
		 <content:encoded><![CDATA[ <p>Les m&eacute;dailles Fields sont l'&eacute;quivalent pour les math&eacute;matiques du prix Nobel, elles sont decern&eacute;es tous les 4 ans seulement &agrave; entre deux et quatre laur&eacute;ats de moins de 40 ans. Les m&eacute;daille Fields 2010, qui ont &eacute;t&eacute; annonc&eacute;es ce matin, font la part belle &agrave; la recherche fran&ccedil;aise. Parmi&nbsp; les quatre laur&eacute;ats se trouvent Ngo Bao Chau, professeur &agrave; l'Universit&eacute; Paris-Sud, et C&eacute;dric Villani, professeur &agrave; l'Ecole Normale Sup&eacute;rieure de Lyon. Les deux autres laur&eacute;ats sont Elon Lindenstrauss, professeur &agrave; l'universit&eacute; h&eacute;bra&iuml;que de J&eacute;rusalem, et Stanislas Smirnov, professeur &agrave; l'universit&eacute; de Gen&egrave;ve.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ngo Bao Chau est sp&eacute;cialiste de g&eacute;om&eacute;trie alg&eacute;brique et de th&eacute;orie des repr&eacute;sentations. Il a d&eacute;montr&eacute; le &quot;lemme fondamental&quot; en th&eacute;orie de Langlands, un &eacute;nonc&eacute; abstrait mais essentiel, conjectural jusqu'&agrave; son travail, qui permet de mieux comprendre des liens profonds mais encore myst&eacute;rieux entre th&eacute;orie des groupes et g&eacute;om&eacute;trie alg&eacute;brique. N&eacute; au Vietnam, il a &eacute;t&eacute; form&eacute; &agrave; l'Ecole Normale Sup&eacute;rieure, mais a accept&eacute; &agrave; partir de cette ann&eacute;e un poste &agrave; l'universit&eacute; de Chicago.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C&eacute;dric Villani a quant &agrave; lui apport&eacute; des progr&egrave;s importants &agrave; de nombreuses branches des math&eacute;matiques et en particulier de l'analyse, y compris dans ses relations avec la g&eacute;om&eacute;trie et avec la physique statistique. Il a aussi mis une partie de son &eacute;nergie au service du p&ocirc;le sciences de nonfiction.fr.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La vigueur de l'&eacute;cole math&eacute;matique fran&ccedil;aise est soulign&eacute;e aussi par le prix Gauss, qui se veut le principal prix pour les math&eacute;matiques appliqu&eacute;es, decern&eacute; aujourd'hui &agrave; Yves Meyer. Yves Meyer, qui est professeur &eacute;m&eacute;rite &agrave; l'Ecole Normale Sup&eacute;rieure de Cachan, a &eacute;t&eacute; dans les ann&eacute;es 1980 le principal d&eacute;couvreur des ondelettes, une&nbsp; th&eacute;orie math&eacute;matique qui joue aujourd'hui un r&ocirc;le incontournable pour la compression des images et des signaux sonores ou vid&eacute;o.<br />
&nbsp;</p> 
		]]></content:encoded>
      </item>
   </channel>
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