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NOTE
Pourquoi "contradictoires" ? Examinons les deux objections principales auxquelles se confronte Paul Clavier. La première est celle qui consiste à demander qui a créé Dieu : "si toute chose a besoin, pour exister, d’un créateur, pourquoi ce dernier échapperait-il à la règle ? Pourquoi n’est-il pas, comme les autres, créé ? C’est pas du juste !" (p.14). À cela, Clavier répond de manière ingénieuse : "Admettons que le monde doive son existence à un créateur. Imaginons, si bon vous semble, que ce créateur, à son tour, doive son existence à un autre créateur. Et ainsi de suite. […] on pourrait très bien décider d’appeler "Dieu" cette cascade infinie de dieux. Dieu serait un nom collectif comme "la police", ou "l’administration" [….] Ce collectif, aussi complexe et mystérieux soit-il, n’en serait pas moins responsable collectivement, de l’existence de l’univers, et c’est tout ce qu’on demande à "Dieu" (c’est déjà beaucoup !). Donc l’objection : "Qui a créé Dieu ?" n’est pas si embarrassante qu’elle pouvait paraître au premier abord" (pp.14-15). – Soit maintenant la deuxième objection, celle selon laquelle, comme le dit Laplace, "on n’a même pas besoin de Dieu pour expliquer l’Univers" (p.16). À cela, Clavier répond de la manière suivante : "Bien sûr, on pourrait se contenter de l’existence du monde, sans chercher au-delà. D’ailleurs pourquoi le monde ne serait-il pas
quelque chose qui existe par soi-même ? Mais justement, le monde n’est pas simplement
un quelque chose. C’est beaucoup de choses à la fois. Et pour expliquer que toutes ces choses se comportent de manière plutôt uniforme, il n’est pas du tout absurde de postuler qu’elles doivent leur existence à une unique cause première. Car si elles existaient chacune de leur côté, par elles-mêmes, il n’y aurait aucune raison qu’elles présentent la moindre caractéristique commune […]" (pp.18-19) – Ces deux réponses sont intéressantes prises séparément, mais elles engendrent un problème quand on les combine. Ainsi, la réponse à la seconde objection suppose que Dieu n’est pas un agrégat de parties diverses (contrairement au monde), mais une véritable unité. Or, la réponse à la première question suppose exactement le contraire : elle fait de Dieu l’agrégation d’une infinité de divinité (soit le contraire même d’une unité). De plus, sa première réponse permet de retourner la seconde réponse de Clavier contre lui. En effet, selon Clavier, il est improbable que le monde existe par lui-même, car le monde est une collection d’entités diverses qui présente la particularité d’avoir les mêmes propriétés. Mais alors que dire du Dieu de la première réponse, cette collection infinie d’êtres identiques et agissant de la même manière, alors même que, étant divins, ils ont la possibilité d’agir autrement ? Clairement, il est improbable que ce Dieu collectif existe par lui-même et explique quoique ce soit.